Semaine 2 – Épreuve 2 – Réponses de francisco83

Guillaume Diaz, le parrain de la 5e Semaine de la Top Shark Academy propose aux candidats une main, découpée en 3 parties et invite les aspirants Top Shark à nous faire part de leur réflexion argumentée sur chacune des situations.
 

Première partie



  • La main de volatile38 - Première partie


Définissons au préalable l’image perçue de Vilain ainsi que la nôtre.

Image perçue de Vilain : C’est assez difficile sans historique. Pour l’instant, on sait seulement que notre adversaire est jeune et porte un logo, et donc il est sûrement compétent : soit sponsorisé, soit qualifié online et donc probablement joueur régulier online, la plupart du temps agressif.

Notre image perçue : Elle est plus ou moins la même. De plus la Team Winamax est mondialement connue et par conséquent notre adversaire peut facilement savoir que nous sommes un joueur agressif et compétent.

Analyse des ranges perçues :
Il est assez rare de voir des combats de blinds en début de tournoi. Aussi, le coup se déroule entre deux joueurs probablement compétents et sans historique, par conséquent chacun aura une range très large preflop pour jouer le coup postflop et prendre des informations importantes sur son adversaire, nécessaires à l’instauration d’un métagame qui pourra nous être profitable par la suite.

Notre range perçue :
Nous relançons 3bb hors de position. En théorie, cela montre plutôt de la force. Néanmoins, notre adversaire se doute que nous allons très rarement lui laisser un walk dans le premier combat de blinds, que nous voulons avoir de l’information sur lui et que nous voulons montrer une image agressive. Ainsi, notre range perçue est très large (environ 80% des mains) : mains assorties, pocket paires, Ax, Kx, Qx, J3o+, T6o+, 95o+, 85o+, 75o+, 65o, 54o.

Range de vilain :
Notre adversaire call un raise de 3bb censé lui enlever ses cotes de pot pour nous call any 2 cards. Ceci dit, en position, sa range est plus large, surtout que lui aussi voudra prendre des informations sur nous. On y rajoute donc J2o+, T2o+, 94o+, 84o+, 74o+, 64o+, 53o+, 43o. On peut exclure TT+ et AK qu’il va 3bet quasiment tout le temps. AQ va 3bet la plupart du temps, mais il peut aussi call pour nous laisser bluffer les top paires qu’il pourrait trouver postflop.

Flop : Le pot fait 2025 (configuration 9 handed) et le flop est AdKsQd. Nous avons donc une bottom paire sans kicker et un backdoor flush draw. On peut soit check, soit faire un continuation bet.

Le check :

Avantages :
- On a de la showdown value.
- On garde le pot petit.
- Notre adversaire va rarement multi barrel en bluff ce type de boards.

Inconvénients :
- On perd l’initiative.
- Notre main n’est pas assez forte pour check call.
- C’est contraire à notre plan qui est de montrer une image agressive.

Le continuation bet :

Avantages :
- On garde l’initiative.
- On montre une image agressive, en accord avec notre plan. Quand on relance cette main preflop, ce n’est pas pour check les flops.
- On va prendre des informations sur notre adversaire : va-t-il float ? Va-t-il respecter les continuations bet sur les scared cards ?
- On peut gagner le coup tout de suite.
- On a des possibilités d’améliorations : backdoor flushdraw, deux paires, brelan.
- On équilibre nos ranges et cela évite d’être face up sur une showdown value.
- Notre adversaire va très rarement nous relancer sur ce flop.

Inconvénients :
- Notre adversaire peut s’attendre à ce que l’on mise 100% du temps sur ce flop et on peut donc se faire call et float par une multitude de combos, certains nous battant et d’autres non (Ax, Kx, Qx, deux paires (AQ, KQ), flush et straight draws, nuts (JT), parfois des pocket paires). Mais cela n’est pas bien grave, ne changeant rien à notre stack.


Conclusion :
En accord avec notre plan (montrer une image agressive et prendre des informations), nous effectuons un continuation bet à 900 (45% pot), un montant que l’on ferait avec toute notre range sur ce type de flop.
 


Deuxième partie



  • La main de volatile38 - Deuxième partie


Analysons désormais la meilleure décision à prendre à la river :

Range de Vilain :
On a exclu de sa range preflop TT+ et AK. Vilain va miser au flop avec une grande partie de sa range, en value avec quinte (JT), 2 paires (AQ, KQ), top paire (A2-AJ), une paire Kx et QT+. Il va souvent check ses autres Qx (pot control et showdown value). En bluff, sa range est très large : flush draw, Jx, Tx, pocket paires et mains sans aucune équité comme 56o, 89o, etc., dont il est difficile d’évaluer la fréquence de mise sans information. Il check turn soit en abandon, soit pour prendre son équité avec un tirage, soit pour pot control Ax, Qx et JT, ou pour induire des bluffs avec Kx (qui représenterait beaucoup de force à miser).

Notre range perçue :

Avec un check call au flop, nous avons quasiment toujours touché une partie du board : Ax (majoritairement avec un mauvais kicker), Kx, Qx, JJ, TT. On aurait misé quasiment tout le temps avec un tirage. Aussi, représenter AA, KK, QQ, AK, AQ, KQ ou JT est difficile car on aurait effectué un continuation bet environ 80% du temps (20% de check pour induire des bluffs).

Le pot fait 4425 (2025+2400), et le board est AdKsQdKcQc. Nous avons le plus petit full possible. Le flush draw a manqué, et tous les combos sans équité que Vilain pouvait avoir au flop jouent désormais le board pour partager. On peut check ou miser.

Le check :


Avantages :
- Notre adversaire peut miser avec toutes ses mains qui jouent le board pour éviter un partage.
- Check masque la force de notre main.
- Notre adversaire peut se value cut.
- Cela nous laisse aussi une petite possibilité de tourner notre full en bluff, si notre adversaire mise, en le relançant (notre adversaire n’ayant pas AA, AK, KK et QQ). Ce genre de bluff assez tricky marchera bien plus avec un check raise assez cher river qu’avec une mise maintenant. Néanmoins, en ayant check au flop, représenter ces mains est assez difficile.

Inconvénients :

- Vilain peut abandonner le coup et check pour partager, ou prendre sa showdown value avec Ax et JT.
- On peut avoir une décision compliquée si Vilain overbet.

Le bet :
Un overbet aurait peu de sens, car notre range, déjà forte, serait polarisée et ferait fold les mains sur lesquelles on peut espérer value. Un bet à 1900 serait approprié.

Avantages :
- On peut value sur Ax ou JT.
- On va rarement se faire relancer en bluff sur ce board.

Inconvénients :
- Après le check call au flop, on est un peu face up en misant maintenant. Ainsi, Vilain ne va quasiment jamais call pour jouer le board, et peut aussi fold des Ax qui reviendraient à la même chose s’il nous estime en value.
- Vilain ne bluffera pas.

On peut donc value sur 50,88 combos :
- JT (16 combos) : check turn environ 40% du temps et call river 70% du temps (donc 40%x70%x16=4,48).
- Ax (A2-AJ) (116 combos) : check turn 100% du temps et call river 40% du temps (donc 40%x116 = 46,4).

On a exclu AA, KK, AK. On se value cut sur 59 combos :
- AQ (3 combos) : check turn 100% du temps et ne fold pas river.
- K2-KQ (80 combos) : check turn 70% du temps (donc 70%x80=56) et ne fold pas river.  

Conclusion :
En misant river, on se value cut 54% du temps. De plus, on perd l’éventualité que notre adversaire bluff river pour ne pas jouer le board. Ainsi, on décide de check avant d’évaluer quelle sera la meilleure décision à prendre si notre adversaire mise et pour quel montant.
 

 


Troisième partie



  • La main de volatile38 - Troisième partie


Range perçue :
En ayant check call au flop, nous avons toujours touché une partie du board, qui nous donne river soit top paire A, soit full. En misant seulement moins d’1/3 pot, nous représentons souvent ce que nous avons : Ax ou full avec Qx. On aurait en effet probablement misé plus cher avec Kx pour prendre plus de value sur les fulls que l’on aurait battus. Par conséquent, notre blocking bet nous rend assez face up.  

Range de Vilain :
Elle est très polarisée de par son overbet. Tout d’abord, ayant joué passivement, à aucun moment nous lui avons fait fold sa range très large qu’il avait preflop. Aussi, on avait exclu TT+ et AK, qu’il aurait défendues extrêmement rarement. Voyant notre blocking bet, il ne va jamais relancer en overbet autre chose que Kx ou rien du tout, puisque Qx, JT et Ax ont une très bonne cote pour call.

On peut donc fold, call ou raise en bluff.


  • Raise
    Avantages :
    - Vilain n’ayant jamais AK et QQ+, il peut fold Kx si nous relançons.
    Inconvénients :
    - Nous n’avons pas assez d’informations pour savoir s’il va vraiment fold Kx.
    - On risquerait une très grande partie de notre tapis.
    - On est assez face up donc il est difficile de représenter AK et QQ+.
     
  • Fold
    Avantages :
    - On conserve un tapis de plus de 100bb.
    - On pourra jouer plus tard de notre image de joueur exploitable quand on aura les nuts.
    Inconvénients :
    - On montre que l’on joue de manière face up avec des sizings tells apparents. Dès lors on aura besoin d’avoir les nuts pour call un raise river.
    - Notre adversaire prend un avantage psychologique et profitera de notre image de joueur exploitable pour nous martyriser, surtout avec la position.
     
  • Call
    Avantages :
    - Notre adversaire peut muck sans qu’on ait à montrer.
    - On peut prendre un avantage psychologique sur notre adversaire, ainsi que le respect de la table, ce qui s’avèrera profitable.
    - On va prendre des informations cruciales sur Vilain.
    - On blocking bet aussi pour induire des bluffs et c’est cohérent avec notre plan de jeu.
    - Après un mauvais call, on aurait encore 80bb, en rien préjudiciable pour la suite.
    - Vilain aurait encore 70bb en perdant le coup et peut donc bluff.
    Inconvénients :
    - On peut créer un mauvais écart en jetons par rapport à Vilain.
    - Avec un mauvais call, la table verra que l’on call facilement et pourra nous donner des décisions difficiles.

De plus, le montant du sizing en overbet rend Vilain extrêmement polarisé. En relançant entre 3500 et 4500, il aurait davantage représenté de la value avec Kx sur un full inférieur. Aussi, nous jouons contre toute sa range. Vilain peut donc relancer en bluff pour la simple et bonne raison que nous n’avons pas d’informations sur lui et que nous allons donc lui donner du crédit, avec l’idée qu’en misant cher on va fold notre main.

Vilain a potentiellement 56 combos de Kx (voir analyse 2ème partie) qu’il va quasiment tout le temps relancer.

En excluant Ax, Qx et JT dont on n’attend pas une relance river, il reste 596 combos (range définie en 1ère partie) susceptibles de relancer en bluff. En estimant que Vilain mise 80% du temps au flop avec cette range, et notre blocking bet étant propice au bluff, qu’il relance river 40% du temps, cela fait donc 80%x40%x596=190,72 combos.
Ainsi, nous battons bien plus de combos.


Conclusion :
Relancer en bluff est risqué pour notre tournoi. Par conséquent, après une analyse mathématique et en raison de sa range très polarisée, on décide de call plutôt que fold. Des informations utiles comme sa posture à table (nervosité, tremblements) et son timing de raise river auraient également pu influencer notre décision.
 

Conclusion de la main de Guillaume


Le sizing de notre bet river a pour but de value sur les quelques Ax que peut avoir notre adversaire, mais aussi pour induire un bluff de sa part. Nous restons donc cohérent et payons pour voir notre adversaire retourner Jd8s.