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Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite…
Il est tard, très tard, trop tard…
J’ai marché, bien marché, trop marché…
J’ai bu, bien bu, trop bu…
Au loin, la lumière rouge et aveuglante d’un tripot scintille. Elle me guide, elle m’attire, elle m’aspire. Sur la porte, juste un vieil écriteau branlant : « L’Aboisson Club de France ».
Je sonne. La porte s’ouvre. Devant moi personne...
Je patiente depuis plusieurs secondes maintenant quand une voix nasillarde venue des profondeurs du plancher me dit : « Dangereux, très dangereux, trop dangereux… ». Je me penche et découvre un homme d’une centaine de centimètres qui me dévisage de la taille au pied. Sur sa chemise, un nom : Aurelnain. C’est le portier.

J’avance, l’enjambe et pénètre dans l’enceinte de l’établissement en pensant : « Quel Guignol celui-là ! »
La salle est déserte ou presque. Seuls quatre hommes, assis autour d’une table de poker, s’affrontent.
Je les connais…les reconnais. Le petit homme m’a prévenu. Avec des jetons, ils sont dangereux, très dangereux, trop dangereux…
Ils m’invitent à rejoindre la partie. La cave est chère, très chère, trop chère…
Je m’assois.
A ma gauche, Ludovic Lacaissière, célèbre pour sa faculté à ramasser tout ce qui passe sur le tapis.

A côté de lui, Davidi Qui-Taille, un joueur capable de déstabiliser n’importe qui avec sa verve.

En face de moi, Patrick Cruel qui ne se sépare jamais de son fétiche, une vieille Gibson qu’il s’est achetée avec ses premiers gains.

Enfin, à ma droite, Michel, L’Abbé de Cassis, qui dilapide les fortunes qu’il a amassées en Cash-Games dans les femmes et l’alcool.

De vraies poker faces !
Ça y est ! On y est ! La partie débute…
Première main…J’ouvre Ad Kd. Je suis confiant, très confiant, trop confiant… Je relance. Seul Patrick Cruel me paye. Le flop tombe.
3d - 8c - 5h
Je n’ai rien. J’hésite longuement et décide finalement d’attaquer le coup. Mon adversaire m’observe, me sonde, rigole et me balance : « Tapis ! »
Dur, très dur, trop dur… Je me couche.
Bondissant de son siège, Patrick Cruel empoigne sa guitare et pousse la chansonnette…
Alors regarde, regarde un peu
Je vais pas me coucher parce que t’as un beau jeu
Alors regarde, regarde un peu
Regarde bien tout ce qu’on peut faire avec mon jeu…
Il me dévoile 7s 2d.
J’ai mal, très mal, trop mal… Davidi le sent, le sait. Dès la main suivante, il en profite et me provoque : « Oh ! Mec ! Les options c’est que dans ta voiture ou quoi ? » Je ne réponds pas.
Cette fois-ci, je découvre Jd Jh . Pas vilain, me dis-je… N’ayant pas mis l’option, je suis donc premier de parole. Je relance à nouveau. Lacaissière et Qui-Taille passent leurs mains. Cruel, lui, n’hésite pas une seconde ; il me surelance lourdement.
Silencieux, avachi sur sa chaise, l’Abbé ne dit rien. Il nous scrute, nous dévisage, nous analyse…
Soudain, il sort de sa soutane une fiole d’absinthe et la vide en quelques gorgées seulement. Ça y est ! Il se sent bien, très bien, trop bien… Il envoie tout son tapis…
Ma main est devenue faible, très faible, trop faible… J’abandonne.
Cruel ne doute pas un instant, paye et montre fièrement Ad Ac .
L’ecclésiastique, abattu, jette son Kh Kc sur la table.
Le flop et le turn sont sans conséquence mais la rivière, comme souvent, est d’une violence inouïe !
Le Ks !
Patrick Cruel se saisit de nouveau de son instrument et improvise…
Marre de cette main-là, marre de cette main-là
C’était bien mieux avant, ils touchaient pas tout le temps
Tout le temps, tout le temps, tout le temps…
Au fond de moi je pense…Perdre avec les As préflop… je te comprends Patrick…Cruel, très cruel, trop cruel !
Quelques minutes plus tard, je me retrouve en grosse blind. Ludovic Lacaissière semble avoir verrouillé le tiroir. Une fois de plus, il ne sera pas dans ce coup, tout comme Cruel et l’Abbé ; le premier étant trop assommé par son bad beat et le second trop occupé à évaluer le nombre de chopines et de libertines qu’il allait pouvoir s’offrir avec ce qu’il venait de gagner.
Il ne reste plus que Davidi Qui-Taille et moi.
Il me lance : « La grosse, c’est pas toi d’habitude ? Non ? » Je ne réponds pas.
Tranquillement, je découvre mes cartes 8d 8s et choisis de payer sa relance. Le flop est dévoilé.
5h - 8h - Ac
Davidi checke. Je mise fortement. Il me paye instantanément. A son tour, le turn est dévoilé.
5h - 8h - Ac - Th
Davidi checke de nouveau. Malgré cette mauvaise carte, je ne me déstabilise pas pour autant et continue à l’agresser. J’ai juste le temps de pousser mes premiers jetons que j’entends : « Tapis ! »
Violent, très violent, trop violent !
Je ferme les yeux.
Je cours après ma cervelle... Je mets mon intelligence à l'endroit, à l'envers…
Les paroles de Qui-Taille résonnent violemment dans ma tête : « Si tu te couches, je gagne. Si tu payes, j’ai les nuts. »
J’ouvre les yeux.
Il est tard, très tard, trop tard…
J’ai dormi, bien dormi, trop dormi…
J’ai rêvé, bien rêvé, trop rêvé…
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