« Dans la tête d’un joueur de poker ordinaire »
Chapitre 1
Nous avons probablement tous joué au poker lorsque nous étions enfants.
Avec mon père nous jouions souvent au poker sur la table de la cuisine avec des allumettes en guise de jetons. Nous avions l’habitude de jouer un poker fermé à 5 cartes. Je me souviens que la plupart des coups étaient tournés bluff et lorsque j’avais la chance de gagner contre lui j’avais l’impression d’avoir gagné son estime…c’était la plus belle des récompenses.
Bien des années plus tard, je me retrouvais sur cette même table de cuisine à jouer au poker. Mais cette fois-ci les choses sont différentes.
Les allumettes sont devenues des jetons da la malette de poker “Casino royale”, le poker fermé à 5 cartes s’est transformé en Texas Hold’em No Limit et mon père, qui ne doit même plus connaître les combinaisons de cartes, s’est transformé en un groupe d’amis. Même mon coca bien frais, bien gazeux de l’époque a trouvé du rhum pour un mélange “cuba libre”.
Quel Bonheur ces parties entre amis. On jouait quelques euros mais on passait de si bons moments.
Je me rends compte aujourd’hui que ça n’était pas du poker comme je le vois maintenant mais un divertissement, un loisir, un jeu tout simplement.
Pendant plusieurs mois nous faisions donc des parties entre amis. Mais rapidement mes amis ne veulent jouer que très rarement. Pour ma part, c’était diffèrent. J’avais sans cesse envie de jouer, comme une drogue dont je ressentais le manque lorsque je ne prenais pas ma dose.
Clairement mes amis délaissaient le poker pour d’autres divertissements mais je délaissais les autres divertissements pour le poker.
Je me suis ainsi retrouvé seul à vouloir continuer à jouer. C’est très logiquement que je me suis tourné vers la toile et TRIST26 est né. J’ai joué pendant plusieurs mois des tournois à très petit buy-in. C’était magique lorsque je gagnais un tournoi. Malheureusement c’était assez rare.
Pourquoi c’était rare? Mais tout simplement car je jouais un poker au feeling, comme les bluffs d’avec mon père ou les all-in dès que nous avions une paire en main d’avec mes parties entre amis.
Je n’avais acquis aucune base solide. Je n’avais acquis aucune base en fait! Je connaissais les combinaisons, leur force les unes par rapport aux autres, et je savais qu’il fallait avoir de la chance. Enfin, je pensais qu’il fallait avoir de la chance.
Tout a changé cet été 2012.
Mes bons vieux amis ne jouent plus au poker. Mais de nouvelles personnes intègrent ma vie et j’ai la chance d’avoir maintenant un ami qui joue au poker. Je partage donc avec lui cette passion. Lorsque nos fiancées respectives profitent des congés d’été pour partir ensemble en vacances, c’est très clair pour nous, ça sera une semaine de poker intensive.
Je me rendrai compte quelques semaines plus tard que cette immersion totale allait changer mon jeu pour toujours.
Nous avons donc décidé de laisser nos maillots de bain au placard et de sortir nos ordinateurs pour aller « grinder » sur Winamax.
Nous voilà donc avec nos deux ordinateurs, côte à côte, sur la table basse du salon, et nous sommes prêts à push sur le premier AA qu’on verrait. C’est alors qu’une question toute bête a changé tout notre programme: “Pourquoi mise-t-on au poker?”
Comme pour un écrivain impuissant devant sa page blanche, nous n’avions aucune réponse concrète à formuler.
C’est ainsi qu’à la place de taper Winamax, sur le moteur de recherche Internet, nous avons tapé “les raisons de miser au poker”.
S’en est suivi un retour dans des études studieuses. Avant de faire les comptes annuels d’une société on apprend la comptabilité, avant de créer un logiciel on apprend le langage informatique, et avant de jouer au poker…on apprend les bases et techniques du poker.
Nous voilà donc revenu sur les bancs de l’école. Nous avons consulté un nombre incalculable de sites dédiés au poker, des cotes implicites à l’étude de la position à la table, du limp au 3-bet, en passant par le semi bluff et la mise pour value.
J’avais l’impression de n’avoir jamais su ce qu’était le poker.
Patrick Bruel dit très justement qu’il faut cinq minutes pour apprendre les règles du poker et toute une vie pour en maitriser le jeu.
Sa citation prend tout à coup un sens.
Après de longues journées de bachotage, il était temps de se détendre sur la terrasse ensoleillée avant de commencer à mettre en pratique toutes les notions que nous avions étudiées. Nous voilà donc, chacun avec un magazine de poker à étancher cette soif de savoir inébranlable sur le sujet, sous le soleil brulant du mois d’aout.
Nous lisons encore quelques conseils sur nos magazines et nous faisons ainsi connaissance avec les tables de resteal. Ces tables peuvent être utiles lorsqu’il vous reste peu de blinds dans un tournoi…selon votre position à la table, les éventuelles enchères réalisées avant votre tour de parole et votre main, cette table vous indique si vous devez envoyer votre tapis ou vous coucher. A long terme, les statistiques ainsi calculées sont de votre côté pour espérer rester dans le tournoi.
Tout cela était étranger pour nous.
Nos premières parties de mise en pratique ont été bien plus hilarantes que fructueuses. En effet, après avoir essayé de suivre les conseils et techniques que nous avions tentés d’assimiler, nous nous sommes vite retrouvés en période de resteal dans les tournois joués.
« J’ai tel jeu…j’ai tant de big blinds, je suis à telle position et il y a une ouverture avant moi…qu’est-ce que je fais ? »
« Attends je regarde le magazine »
« Là tu dois te coucher ! »
Ce premier essai s’est terminé en fous rires. Sans notre magazine nous ne savions plus jouer, c’était dingue. Tout ce que nous pensions connaître sur le poker ne nous servait plus à rien.
Ainsi, et depuis ce jour, le feeling a laissé place à la technique que je travaille chaque jour intensément.
En réalité, certaines personnes naissent avec le poker dans les veines et d’autres le travaillent au fil du temps. Le mélange entre l’inné, l’apprentissage des diverses techniques et l’expérience peut élever un joueur de poker ordinaire au rang de joueur de poker un peu moins ordinaire.
« Fin du chapitre 1 »