Semaine 5 – Épreuve 2 – Les réponses de Tm4betlight

   Main du parrain - Première partie


1.    Définition du contexte.

La main se déroule sur un tournoi à 1000e sur Winamax. Il s'agit là du plus gros buy-in de Winamax pour un tournoi régulier. Le droit d'inscription étant élevé, d'autant plus pour un tournoi sur internet, nous pouvons donc supposer que le field  va être plutôt difficile.

2.    Définition d'un « reg » compétent

Un reg compétent est un joueur qui maîtrise ses ranges préflop qui sont  bien travaillées. De plus, il travaille très probablement avec des logiciels que l'on nomme solvers, ce qui fait en sorte qu'il a une bonne idée de la stratégie à adopter post-flop. Autrement dit, il sera difficile de « l'exploiter »
Dans la situation qui nous intéresse, à savoir lorsque ce dernier est au CO et fait face à une relance au HJ, nous pouvons déduire qu'il adoptera très probablement une stratégie mixte, plutôt orientée 3bet a priori,  à savoir qu'il va avoir une range de call, au même titre qu'une range de 3bet/call et de 3bet/fold.
En effet, un stack de 25BB est difficile à manœuvrer car d'une part, le risk/reward pour shove pré-flop est moins intéressant qu'un stack de 20bb et d'autre part, car la profondeur réduite permettra plus difficilement de réaliser l'équité sur plusieurs streets avec beaucoup de mains. 
Les caractéristiques présentes dans la construction de sa range seront une bonne équité contre la range de HJ pour les mains qu'il va call, ainsi qu'une capacité à se défendre contre les squeezes des joueurs à parler après.
Nous détaillerons sa range plus spécifiquement ci-dessous.

3.    Définition des ranges

•    Notre range d'open au HJ. Nous relançons environ 20% du range



La range de vilain au CO :




Evidemment, l'exercice d'estimation des ranges, comme son nom l'indique, est une estimation car  nous ne pouvons pas affirmer hors de tout doute que l'adversaire va suivre à la lettre cette range. Sans oublier qu' « ingame », il arrive de commettre des erreurs.
Malgré cela, la probabilité est assez forte pour que cela se rapproche de la réalité, si l'on en croit les éléments à notre disposition. Donc pour  des raisons de simplification, et toutes choses étant égales par ailleurs comme s'empresseraient de le faire remarquer nos amis économistes, nous utiliserons spécifiquement les ranges décrites ci-dessus.

Vilain décide de flat call.  Voici donc l'état de sa range  :



Nous partons du principe qu'il aurait soit 3bet soit fold toutes les autres mains.


4. Décomposition de la texture du board et impact sur la range adverse.

Flop : T 9

Examinons notre équité contre celle de notre adversaire sur ce flop.



Nous constatons que notre équité est de 52,52%. Nous avons un  avantage de range d'environ 5%

Examinons à présent plus précisément l'impact du board sur la range adverse à l'aide de l'outil « Hand strength distribution and hand range reduction » du logiciel Power equilab.



Nous nous apercevons que bien que l'adversaire ait de la difficulté à relancer car il n'a pas beaucoup de combos pour le faire en valorisation, il n'y a pas beaucoup de combos non plus qui vont fold sur une simple mise de continuation.
Par exemple, si nous portons attention à la catégorie « made hands », 58,2% de ses combos ont 2 paires (le tableau affiche une paire de 9), et 35,5% ont hauteur As.
Autre illustration, si nous nous intéressons à la catégorie « draws » soit tirages, 62,7% ont un tirage quinte backdoor.
L'adversaire étant un bon régulier, nous ne pouvons alors pas nous attendre à le faire folder plus que  A6s et peut-être 55 et 66 soit 15 combos au total (nous avons un A ce qui enlève un combo d'A6s).
15/55=0,27 donc 27% du temps.
 
5.    Choix et justification de l'action.

Nous devons choisir entre checker et miser. Vu que nous ne faisons folder notre adversaire que 27% du temps en misant, nous pourrions être tentés de checker. Toutefois, nous avons également vu que nous disposions d'un  avantage de range de 5% ce qui fait plutôt pencher la balance en faveur d'une mise. Même si nous sommes conscient que nous allons être suivis environ 75% du temps, le coup pourra se dérouler sur plusieurs streets.
Un sizing d'environ 1/3 du Pot accomplira ce que nous recherchons à savoir profiter de notre  avantage de range, prendre l'initiative pour la suite du coup en plus d'obtenir la Fold Equity évoquée ci-dessus.
Le pot fait 2200*2+1500+120*6= 4420 jetons
Le Stack to Pot Ratio (SPR) est de 22800/4420= 5,15

Nous décidons donc de miser 1400.

 


   Main du parrain - deuxième partie


1. Suite de l'action et considérations générales

La turn est un A  
Nous avions expliqué dans la partie 1 les éléments qui nous avaient conduit à miser mais nous pourrions aussi envisager de checker entre autres selon l'argument mentionné que nous avons peu de Fold Equity.
Les deux décisions sont sûrement proche, possiblement pour la raison qu'il est difficile de savoir si miser AJo sur ce flop est plutôt un bluff ou un value. Comme nous l'avions déjà évoqué lors de l'analyse de main en semaine 3, Will Tripton préconise  de ne pas obligatoirement se focaliser sur la dichotomie entre bluff et value et de choisir l'action qui va avoir le plus d'impact sur l'arbre décisionnel de l'adversaire pour le pousser à commettre des erreurs ou pour le mettre en difficulté et ainsi générer le plus d'EV pour nous.  La marraine de l'épreuve Gaëlle Baumann a choisi de check.
Nous poursuivrons alors l'analyse en partant du principe que nous avons check-call une mise de 2200 au flop.


2. Range  adverse

La principale question est de savoir comment notre adversaire va construire sa range de bet après notre check au flop. En admettant qu'il souhaite miser de façon équilibrée, il devrait détenir le même nombre de combos en value et en bluff. S'il mise les Tx et le 9x cela donne 12 combos. Il peut donc équilibrer cela avec des semi-bluffs qui disposent d'une équité décente soient KQo, KQs et QJs ce qui représente 11 combos.
Voici donc à présent l'état de la range de l'adversaire lorsque le croupier virtuel va dévoiler la turn.




3.    Définition de notre range.

Si nous check-callons, notre range perçue par l'adversaire va contenir beaucoup de combos d'hauteur As. Il va quand même être conscient que nous avons également des combos ayant de la showdown value comme JTs ou QTs ou 77-88.
D'un point de vue GTO, si notre adversaire mise la moitié du pot, et pour éviter de nous faire exploiter par ses bluffs, nous devons défendre au moins 2/3 de la range qui a check.

Voici une range qui aurait check (en jaune check-call, en violet/rose check-fold) :




Si nous décidons d’implémenter une stratégie mixte où l'on va checker une partie du temps, il est intéressant d'y inclure quelques mains fortes pour protéger notre range de check. Par exemple, nous pouvons checker une partie du temps AA ainsi que TT car nous bloquons une partie du calling range adverse sans par ailleurs bloquer les bluffs. Nous pouvons y ajouter quelque combos de tirages quinte car sinon nous n'aurions jamais quinte sur beaucoup de cartes au turn et il serait facile pour notre adversaire de nous bluffer.
Cette range comporte donc 153,5 combos au total. Les check-call représentent quant à eux 101 combos soit environ 2/3 du range comme mentionné ci-dessus pour neutraliser la stratégie adverse.


4.    Conséquences sur l'action à la turn

Du fait de toutes ces considérations, en fonction du range de l'adversaire et de notre range réelle/perçue, l'As est une carte qui est bien plus favorable pour notre range que pour celle de l'adversaire. En effet, vilain ne détient que les combos d'ATs et A9s alors que nous détenons AJo+, AJs+ et A8s. Nous avons d'ailleurs un avantage de range de 6%



L'equity graph d'équilab permet de le visualiser. En abscisse, le pourcentage de mains et en ordonnée l'équité. Nous voyons qu'au centre de la courbe, entre 20 et 60% des mains, la majeure partie de la courbe bleue (notre range) est située assez nettement au dessus de la courbe verte. Cela illustre notre avantage d'équité.

Aurions-nous un intérêt à lead (miser nous-même) ? Pas vraiment, car nous ne ferions que nous empaler sur les combos qui nous battent (même si leur nombre est réduit) et faire folder les tirages quinte que nous battons.
De plus, en fonction du board et du SPR, nous pensons avoir seulement une street de value, donc il paraît préférable de la prendre à la river.

En fonction de tous ces éléments, nous décidons de check.


5. Ouverture sur la river

L'adversaire va checker back une grosse partie du temps si l'on se fie à ce que nous venons d'expliquer ci-dessus. En fonction du déroulement de la main, il apparaît qu'une bonne option pour nous serait d'utiliser un petit sizing faisant office de blocking bet, pour prendre de la value sur ses Tx et ne pas lui laisser la possibilité de check back et amener sa main à l'abattage gratuitement et pour pouvoir folder assez facilement sur une relance.


Merci d'avoir lu et joyeuses fêtes.