Après avoir malheureusement terminé cette épreuve de cash game avec une bankroll à 0 et m’en être voulu, je reviens sur mes sessions de jeu pour analyser une main en faisant partie. Pour cette épreuve d’analyse, j’ai d’abord pensé choisir une main intéressante et significative parmi les 4000 mains que j’ai joué en NL2. Ces 4000 mains ne sont cependant pas les plus représentatives de mon parcours dans cette épreuve. La main que j’ai choisi a donc été disputé après ces sessions en NL2, je jouais alors sur deux tables de NL10 (ma bankroll oscillait à ce moment-là entre 115 et 120 euros). Cette main me permettra d’aborder le facteur mental déterminant de ma déroute : le tilt et de clarifier les erreurs que j’ai commis durant cette épreuve.
(NB : Je suis conscient qu’une réflexion sur mon tilt et ma gestion de l’épreuve n’est pas une analyse purement poker et n’est pas forcément le but premier de l’exercice. Cependant je souhaite ici combiner l’analyse précise d’une main avec un travail sur mes erreurs, leurs causes et conséquences sur mon jeu afin de ne pas les reproduire.)
Nous sommes donc en en NL10 sur une table nocturne avec 5 joueurs, nous avons tous plus de 10 euros et la table est plutôt voir très agressive. Détail qui peut avoir son importance, les joueurs m’ont questionné dans le t’chat sur l’épreuve et je me suis même un peu fait « chahuter » par certains, qui ont montré leur envie de me mettre en difficulté. Je jouais alors sur deux tables de NL10 en essayant de repérer les tendances de mes adversaires et de cibler certains joueurs de la nuit pour pouvoir en profiter.
*** PRE-FLOP ***
callmar1 raises 0.20€ to 0.30€
untram folds
Quentinovich raises 0.60€ to 0.90€
666emefish raises 1.80€ to 2.70€
lolo 1968 folds
callmar1 folds
Quentinovich calls 1.80€
Le joueur UTG relance 0,30 soit 3 fois la big blind. Je me trouve au bouton avec une paire de neuf. J’ai alors deux possibilités : 3bet ou call. Me contenter de payer était un choix qui me parait correct, mais j’ai préféré relancer. Le joueur UTG est plutôt agressif, et sur une table à 5 joueurs sa range est assez large. Je préfère 3bet également afin de pouvoir éventuellement représenter une main plus forte que ma paire de neuf tout en profitant de l’avantage de ma position. En effet il est toujours avantageux pour un gros pots d’avoir la position.
Le 3bet présente cependant un problème, dans le cas d’un 4bet jeter ma main deviendrait probablement l’option la plus sage, même si certains pourraient trouver un call. Cela dépend aussi du montant du 4bet mais il faudra alors se méfier car la range du joueur UTG deviendrait alors considérablement plus forte. Je relance donc à 0,90.
Le joueur de petite blinde décide alors de 4bet à 2,70 et UTG jette ses cartes. C’est le plus actif et le plus agressif depuis que je suis à cette table et c’est également celui qui m’attaque dans le t’chat, montrant visiblement son intérêt pour ma présence à table. Sur les 49 mains jouées sur cette même table, il a été très agressif (39/33) et surtout il a déjà effectué 12 3bet soit presque 1 main sur 4, et 4 d’entre eux ont été depuis la small blind. Sa range de 4bet semble donc assez large, un 4bet light (avec une main faible ou moyenne) n’est pas à exclure ici, en effet en NL10 et surtout sur des tables shorthanded, c’est une action que l’on peut rencontrer, alors qu’elle est beaucoup plus rare en NL2 par exemple. Je ne souhaite donc pas folder ma paire de 9 qui est une main trop forte face à un 4bet d’un tel adversaire. En supposant que la SB soit light ici et après le fold du joueur UTG, je pourrais décider de 5bet afin de prendre le coup préflop mais 5bet serait une erreur. Lorsqu’il a une paire supérieure ou deux cartes supérieures je vais me retrouver obligé de payer son tapis et de « gambler » alors que nos tapis sont très profonds (188 big blinds pour lui et 179 pour moi). De plus, je devrais lui faire passer tous ses jeux faibles ou moyens alors que je pense qu’il continuera de miser avec ceux-ci, et qu’il pourrait commettre des erreurs. En effet, je suis en position sur un joueur agressif qui placera presque toujours un continuation bet au flop (ce qu’il a fait 90% du temps jusque-là),je préfère donc compléter les 1,60 manquants pour aller voir un flop.
*** FLOP *** [4c 3d 7s]
666emefish bets 2.90€
Quentinovich calls 2.90€
Comme prévu mon adversaire place un continuation bet de la moitié du pot soit 2,90 sur ce très bon flop pour ma main. Pas d’overcard et peu de tirages mis à part quelques tirages quintes. Sa range ne se réduit pas vraiment puisque le cbet était envisagé presque 100% du temps venant de ce joueurs. Même s’il est vrai qu’on ne peut exclure à 100% de sa range les mains qui me battent, à savoir les paires supérieurs à la mienne, les brelans et doubles paires. Cependant, vu le profil du joueur, les 5 paires supérieurs (TT JJ QQ KK AA) ne représentent qu’un faible pourcentage de sa range de 4bet. Les paires 33, 44, 77 sont des mains peu probables pour un 4bet mais ne sont pas à exclure entièrement chez un adversaire agressif. La quinte ou les doubles paires sont possibles si mon adversaire avait décidé de 4bet light avec des mains comme 34 ou 56. Cependant ce flop ne représente pas assez de danger pour me faire folder ma main face à un continuation bet d’un joueur aussi agressif. Mon adversaire tente de représenter une overpair et mon call préflop indique que, sauf quelques rares cas de slowplay, je ne possède pas QQ+. Mon adversaire doit probablement me penser muni d’une paire moyenne ou petite, d’AT/AJ+ et peut être parfois d’une broadway ou de connecteurs suités. Je m’en tiens donc au raisonnement effectué préflop et paye les 2,90. Je ne souhaite toujours pas relancer pour ne pas faire fuir les mains que je bas, continuer de jouer le coup en position et le laisser continuer un éventuel bluff.
*** TURN *** [4c 3d 7s][Jc]
666emefish bets 13.21€ and is all-in
Quentinovich calls 12.31€ and is all-in
La turn est le Jc et mon adversaire me pousse à tapis sachant que celui-ci est supérieur de 0,71 à la taille du pot. Ce valet est une carte dangereuse pour ma paire de 9, mon adversaire fait tapis et me place dans une situation compliquée. Je dois alors me poser plusieurs questions. Pourrait-il avoir un valet ? Ferait il tapis avec ses jeux forts ? Et avec air, un tirage ?
En ce qui concerne le valet, il pourrait avoir relancé et cbet avec AJ ou des mains du type JQs, JTs, etc.. Cependant avec l’équité obtenue à la turn et sachant qu’il sera très rarement payé par moins bien que top paire, il ne devrait donc probablement pas faire tapis possédant un J. Concernant les overpairs QQ KK et AA et les brelans et la quinte, on ne peut toujours pas les exclure entièrement, bien qu’il aurait pu souvent préférer continuer de miser entre un tiers et la moitié du pot afin de continuer à valoriser sa main sans me faire fuir afin de m’engager dans le coup de manière définitive. Il pourrait faire tapis avec une improbable double paire afin de protéger sa main face à d’éventuels tirages. Mais toutes ces combinaisons qui me battent ne représentent à mon avis pas une part aussi importante que les bluffs ou éventuels semi-bluffs à tirage (quinte ou tirage trèfle obtenu à la turn) de mon adversaire. Sachant qu’il me demande 12,31 pour un pot qui en fera 36,22 (moins le rake), il me faudra gagner le coup au moins 1 fois sur 3 pour justifier le call. Compte tenu de la range de 4bet et de c-bet très large de mon adversaire, j’ai estimé avoir au moins 1 fois sur 3 la meilleure main ici. J’ai donc décidé de payer à hauteur de mon tapis soit 12,31.
*** RIVER *** [4c 3d 7s Jc][6s]
*** SHOW DOWN ***
Quentinovich shows [9s 9d] (One pair : 9)
666emefish shows [4d 5c] (Straight 7 high)
Après le 6s river, mon adversaire montre 45o pour une quinte obtenue river. Il possédait donc une paire et un tirage quinte ventrale depuis le flop qu’il a joué très agressivement, ce qui ne m’a pas vraiment surpris après avoir analysé son profil. On peut donc noter l’importance de jouer en position contre un joueur très agressif, l’importance du « profiling » de ses adversaires. Ce coup montre également la nécessiter de s’adapter au type d’une table et à sa dynamique.
J’avais le sentiment d’avoir pris la bonne décision après ce coup et j’ai été frustré par le résultat très négatif qui impactait fortement ma bankroll. Si j’étais plutôt serein, concentré et appliqué jusque-là (ou du moins je pensais l’être), c’est à partir de cette main que j’ai commencé à déraper pour finir la nuit avec une bankroll à 0 en me risquant en dehors des micro-limites.
Si engager mon tapis sur cette turn n’était peut-être pas une erreur, être assis à cette table de NL10 peut être considéré comme une faute, ou en tout cas une grande prise de risque. Admettons alors que j’ai pris un risque/fais une erreur (qui aurait pu être profitable en remportant ce joli pot), il est important d’accepter ce risque et de ne pas « tilter » comme je l’ai fait par la suite. Perdre le même coup en NL2 ne m’aurait pas affecté de la même manière, c’est évident. J’étais pourtant prévenu, et une simple river ne doit pas affecter le jugement d’un joueur de poker.
C’est là qu’il faut savoir prendre les bonnes décisions, comme toujours au poker me direz-vous. Quelles étaient-elles ? Tout d’abord prendre du recul et ne pas rester « absorbé » par ses tables et par l’envie de se rattraper à tout prix. A bientôt 4h du matin le plus sage aurait probablement été d’arrêter cette longue session pour aller se coucher avec une bankroll tout à fait acceptable d’environ 90 euros. L’autre alternative aurait été de redescendre en NL2 pour remonter calmement. Quoi qu’il en soit, prendre le temps de réfléchir et non foncer tête baissée. Tenter de compenser une erreur par une autre erreur encore plus dangereuse, voilà quels ont été les choix que je regrette et espère ne pas reproduire.