Tout d’abord un grand merci au jury de nous avoir proposé une épreuve de ce style, cela m’a permis de me rendre compte à quel point le niveau des joueurs progressent de manière constante et que nous devons toujours nous remettre en cause, même aux micro-limites ! A travers les commentaires des autres joueurs de la top shark, j’ai constaté que je ne suis pas le seul à être impressionné par le sérieux et la connaissance des joueurs « réguliers » de ces limites, ce qui n’était pas du tout le cas lorsque j’y joué il y a 4 ans.
Malgré tout, la plupart des joueurs que j’ai pu croiser en NL2 SH 5max ont certes des connaissances en ce qui concerne les bases du jeu mais ils ont un jeu limité qui se traduit par 4 styles jeux bien distincts : le joueur maniaque (de moins en moins présents de ce que j’ai pu observer), le joueur LAG, le joueur TAG et enfin le joueur loose passif.
Dans cette main, je vais essayer de démontrer comment les joueurs loose passifs, qui représentent une part importante des joueurs de cette limite, peuvent être exploités de manière assez facile, en ayant un jeu low-variance qui nous permettra de jouer de la manière la plus rentable possible.
Nous sommes donc 4 sur cette table de NL2, je suis à la table depuis 60 mains et les joueurs sont toujours les mêmes. Les 3 joueurs sont des joueurs loose passif, avec un VPIP(pourcentage de mains où le joueur investit de l’argent préflop) entre 45% pour le bouton et 60% pour les deux blinds, et un PFR (pourcentage de mains où le joueur relance préflop) autour de 20%, sauf la BB qui à un PFR à 15%. Ces statistiques sont évidemment à prendre en perspective puisque le sample de mains est faible Mon attitude sur cette table est donc de jouer de manière tight aggresive, avec une sélection des mains plus larges que je pourrais avoir sur de plus hautes limites puisque je considère pouvoir manier plus facilement les coups postflop contre des joueurs aussi passif.
Préflop : J’ouvre donc QJo UTG à 3BB à 0.06€, et les 2 blinds défendent. A ce moment là, la range des joueurs est très large : toutes les paires excepté les JJ+, qui pourront malgré tout être défendu et pas 3-bet à peu près 20% du temps et toutes les mains excepté 80% des mains poubelles (soit K5o-, Q6o-, J6o-…). Notre range perçu, si l’on peux considère que ce type de joueur essaye de déterminer notre range et ne jouent pas uniquement au 1er degré, va être assez large puisque nous sommes assez actifs sur la table (VPIP : 38, PFR : 31).
Flop : Check des 2 joueurs sur ce flop drawy. Le pot est de 0.18€.
A ce moment là, je considère que relancer est une erreur pour des raisons assez évidentes :
Lorsque un des joueurs possède un draw high du Axs, Q10s, Q9s à pique nous pouvons penser qu’ils effectuerons un C/R 80% du temps, et nous devrons donc fold notre main qui possède énormément d’équité sur ce type de board.
Lorsqu’ ils ont des mains marginales qui n’a pas touché ce board ou une pocket paire, nous les faisons fold alors que l’on pourrait avoir une value plus tard sur une carte qui améliorent leur jeu.
Lorsqu’ils ont un K, nous faisons grossir le pot pour eux, ce qu’ils ne feront peut-être pas avec un K weak sur les 2 autres streets vu leurs styles de jeu.
Certes lorsque l’on check-back sur ce board drawy, notre range est capé à une main du Jx, 1010- ou un straight draw weak du type 109. Mais ce type de joueurs va faire des actions tellement straight par la suite que le coup sera facile à jouer et très low variance : ils ne vont bet que leurs équités high du type top paire bien kicker, brelan, double paire ou leur draw straight ou flush, ce qui nous permettra de jouer de manière optimum notre équité. Mon plan pour la suite est celui :
La range d’open-raise au turn sera évidemment plus large pour la BB que pour la SB : en effet la BB relancera sûrement beaucoup plus de draw que la SB qui check/callera, des mains du type Q10 ou Axs à pique
TURN : Cette carte est parfaite : elle augmente considérablement la valeur de notre main puisque la range de value pure des joueurs sera évidemment bien moins large, avec uniquement des Kx et des fulls. Lorsque la SB relance, nous pouvons considérer 3 types de mains dans sa range : les mains en value pure, les draws qui semi-bluffs (Q10 et les flush draws) et enfin des mains en protection qui se considèrent devant notre range après la faiblesse que nous avons représenté flop ; des mains comme les 10-, J8o+ et J6s+. Face à cette range, nous avons intérêt à re-raise : en effet, lorsque le joueur est en draw, il va très rarement nous outplay en sur–relançant, et il va juste se contenter de payer son équité. De même avec ces mains en protection, il préfèrera call turn et river sur les blanks. Donc s’il sur-relance, je vais considérer que je suis battu et je n’aurais plus rien à faire dans le coup.
Je décide donc de relancer à 0.29€ dans un pot qui en fait 0.27€ avec la relance de la SB : avec le recul, j’aurais préférer un sizing plus cher afin de tirer un maximum de value sur les draws et les mains en protection que je bats puisque j’estime que la range de call sera la même si je met par exemple 0.39€. Lorsque le joueur paye ici, je peux considérer à 90% que je suis devant à ce moment là puisque les seuls mains qui me battent sont les fulls en traps, les Kx weak qui call-down et qui vont check/call river ou une main en protection qui me battent, c’est a dire uniquement AJ.
RiVER : Le pot fait maintenant 0.76€ et cette carte ne change strictement rien. A ce moment là, nous pouvons imaginer que nous serons très rarement payer puisque toute la range de draw manqués va check/fold, et que nous aurons uniquement une value sur les mains en protection turn, a savoir les J10- et les pockets paires. Malgré le fait que je représente de la faiblesse au vu de mon moove flop, je pense que le joueur va souvent check/fold ces pockets paires ainsi que ces J7-, je trouve donc préférable de mettre un sizing peu cher afin d’augmenter sa range de call. Un tiers de pot me paraît donc évident.