Samedi soir à l'Empire Casino. Entre les asiatiques se défoulant sur le Punto-Banco et les jeunes londoniens fortunés gaspillant leur argent à la roulette, il devient compliqué de circuler dans l'enceinte sans se faire bousculer. Difficile néanmoins de louper l'action : le Main Event a repris tambour battant ! Ludovic Lacay fut le premier à se mettre en évidence en doublant son tapis. Il nous raconte.
« En petite blinde, je complète avec T

9

et Barry Shulman relance à 4,000. Je paie. Le flop est Q

8

6

me donnant un tirage à huit cartes. Je checke et Barry fait 4,000. Je relance à 16,000 et il me fait tapis... J'ai alors 32,000 à ajouter. » Je lui réponds alors : « On est samedi soir à Leicester Square, c'est un call évident ! » Ludo se marre mais reste professionnel : « Il y a la fête certes, mais surtout le fait que j'ai besoin que de 33% d'équité contre sa range. Je pense les avoir et engage la somme... Il retourne alors une des pires mains possibles : K

Q

. » Mais le croupier a envie d'être sympa ce soir : après l'apparition d'un turn Q

, il donne un 7

sur la rivière qui donne une miraculeuse quinte à Ludo.
Quelques instants plus tard, le joueur du Team Winamax prend quelques jetons de plus à Barry en value bettant cher son full avec As-Trois sur un tableau Q-3-3-Q-4 et voit son tapis grimper à 130,000. Barry Shulman nous quittera quelques mains plus tard, son As-Cinq n'améliorant pas face à une paire de huit. Le tenant du titre est donc éliminé. John Juanda et Annette Obrestad ayant également rendus les armes, nous aurons à coup sûr un vainqueur inédit dans ce Main Event des WSOP-E !
Et là, je lui montre un quatre de trèfle
Elle est bonne, non ? Ah oui, faut que je raconte l'histoire avant. Donc c'est Arnaud Mattern en milieu de parole. Il relance à 3,000 et se fait 3-bet par Brian Powell à 9,000. Arnaud n'en reste pas là et envoie 21,000... Brian paie. Un beau petit pot est donc d'ores et déjà constitué lorsque tombe un flop 3

K

2

. Arnaud envoie 20,000 et est de nouveau payé.
Le croupier retourne le turn : un 7

. Le public commence à se masser autour de la table pour voir Arnaud miser 36,500. Un poil plus long dans la réflexion que son homonyme Asafa, Brian Powal prend trois bonnes minutes avant de passer. Et là, Arnaud lui montre un quatre de trèfle ! Elle est bonne, non ? Ce pot permet à FrenchKiss de grimper à 215,000.
Un vrai cauchemar
A la même table qu'Arnaud Mattern : Jean-Paul Pasqualini. « Ma journée ne se passe pas très bien » confie le corse. Et quand on l'écoute raconter ses déboires, on comprend son désarroi : « Il y a cette main où Barny Boatman limpe premier de parole pour 1,000. Arnaud relance à 3,700 et je me contente de payer en grosse blinde avec K

K

. Barny paie aussi. Le flop est T

7

3

. On checke tous. Sur le turn 2

, j'envoie 4,100 et seul Barny paie. La rivière est un K

: j'envoie 6,500 et il fait tapis pour 23,000... J'hésite deux minutes puis paie : il a 9

2

! Je ne comprends pas vraiment sa façon de jouer avant le flop... Ensuite, je place un squeeze à 8,000 avec As-Roi après une relance payée. La petite blinde n'avait pas vu ma mise et envoie tapis pour 23,000... Je paie et il montre Valet-Cinq : un cinq vient le sauver. » Bilan : Jean-Paul chute à 33,000, un tapis commençant à être inconfortable. A la table se trouve un autre corse : Thomas Bichon est totalement insaisissable aujourd'hui : son tapis pointe désormais à 290,000, ce qui le place dans le top 5.
Harper
C'est terminé pour Ludovic Lacay
Non, le titre de cette news n'est PAS une mauvaise blague. Je sais bien qu'Harper vient de vous raconter comment Ludovic a réussi à doubler son tapis de manière assez chanceuse contre Barry Shulman pour remonter à 130,000, un tapis au dessus de la moyenne. Mais vous pouvez oublier tout cela : Cuts vient de sauter. En tournoi, tout peut aller très vite, à fortiori quand on pratique le style qu'affectionne Ludovic Lacay.
Tout s'est passé très vite, en deux mains. Je n'ai pas assisté à la première, la plus importante des deux. C'est l'intéressé lui-même qui m'a résumé ce qu'il s'était passé, quelques secondes avant de jouer son dernier coup :
« Mon voisin de droite [Danny Steinberg] relance à 3,500 en fin de parole, je 3-bet à 8,000 en position avec Q

4

. Il paie. Flop Roi-7-4. Il checke. Je mise 10,400. Check/raise à 27,500. Je le sens faible : je fais tapis. Il lui reste 85,000, il me paie avec K

T

. »
Le turn et la rivière ne changent rien, et, pour la énième fois de ce tournoi, Ludovic revient à la case départ, et même pire que cela : il ne lui reste plus que 21,000 aux blindes 800/1,600.
Commentaire à chaud après ce pot de 240,000 : « Je ne regrette pas ma décision, malgré tout. Il m'a outplay, je me suis fait attraper, mais il n'a que K

T

. C'est un gamble de sa part... »
Et de la part de Ludo aussi, tout de même.
Ludovic va voler une fois les blindes avant de se retrouver à tapis avec 88 contre deux Valets : aucun miracle ne vient le sauver sur le board 4-5-2-9-7, mettant fin à l'un des tournois les plus mouvementés de sa carrière. Son tapis aura subi toutes les variations possibles et imaginables deux jours durant, pour se terminer en « beauté », avec un coup de poker complètement barré sur lequel je vais m'interroger encore longtemps.
Déménagement permanent
Le jeu des chaises musicales continue pour Rémy Biechel. Le voilà assis autour de sa troisième table de la journée, en compagnie de Barbara Martinez (assez short-stack) et Daniel Negreanu (il a repris des couleurs après un départ difficile). Rémy possède 95,000 environ.
Marc Inizan (70,000) a quant à lui été envoyé aux côtés de Mike Matusow et Mikael Thuritz.
Pedro : no dinero
Notre ami Pierre Canali est sorti du Main Event avant la pause-dîner, et a bien voulu me raconter ses déboires via une conversation Skype. Une initiative fort appréciée, si tout le monde faisait comme lui, nous n'aurions plus besoin de nous déplacer sur les tournois. »
« Après le coup contre William Reynolds raconté par Harper, je double sur Phil Laak : je raise A

Q

UTG+1, il call au bouton. Je c-bet sur A

9

2

, il paie. Turn T

. Je check, il mise la moitié de mon tapis, j'envoie tout, il paie pas content avec K

7

, la rivière brique et je double. »
« Je reviens à 36,000, mais je suis ensuite 'card dead', aucun spot, et je change de table. Je suis avec Matusow. J'ai 25 grosses blindes. Un joueur relance au hi-jack. Le cut-off paie, Matusow paie aussi au bouton. Avec ma paire de 10, j'ai une bonne opportunité : je pousse depuis la petite blinde. Le hi-jack réfléchit deux minutes et paie, les autres passent. Il a deux As, bien sur. »
Merci, Pedro, et à bientôt.
Benjo
Tableau de bord
88 joueurs restants (sur 346 au départ)
36 places payées
Blindes : bientôt 1,000/2,000, ante 300
Tapis moyen : 119,000