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Les As du face à face

- 22 septembre 2010 - Par Benjo DiMeo

Après la conclusion des premiers tours dans la très chère épreuve de tête à tête (10,350 livres sterling par tête de pipe), ils ne sont plus que seize au départ des huitièmes de finale. Les Phil Hellmuth, Tom Dwan, Mike Matusow, Patrick Antonius et consorts ont déjà mordu la poussière, mais le casting reste en grande majorité composé de grands noms. Des joueurs célèbres, et des bons : Daniel Negreanu, Andrew Robl, Huck Seed, Neil Channing, Howard Lederer... Pourtant, malgré l'étendue du talent rassemblé sur le podium central du casino Empire, tous les yeux du public sont tournés vers une autre direction. Au centre de la salle, deux géants incontestés du poker mondial s'affrontent, deux joueurs faisant partie du club très fermé de ceux dont la notoriété dépasse largement les frontières du poker : Gus Hansen et Phil Ivey.

Coverage par Winamax

Chacun démarre le troisième tour avec un tapis de 240,000 aux blindes 1,000/2,000. Sans surprise, nos deux stars ne perdent pas de temps à rentrer dans leur match : les premiers gros pots se créent dès les premières mains. Sur un turn JCoeur5TrèfleQTrèfleACarreau, Ivey mise 22,000 et le danois paie après une longue réflexion. La rivière est un dangerueux 6Trèfle. Ivey checke, et reste silencieux, la main devant la bouche, observant Hansen miser 63,000. Le directeur du tournoi Jack Effel passe derrière la table et donne par inadvertance un coup de pied dans la chaise d'Ivey. Ce dernier bondit comme si un coup de feu avait été tiré dans le casino, puis se reprend, et jette ses cartes.

À une table voisine, la jeunesse affronte la jeunesse : Jim Collopy contre Martin Kabrhel. Looks d'étudiant, mais deux étudiants bien différents. Avec son chewing-gum et son éternel rictus aux lèvres, Collopy est le redoublant récidiviste qui passe ses journées à jouer au baby-foot plutôt qu'à réviser ses partiels. Kabrhel, c'est l'inverse. Engoncé dans sa chemise noire bien repassée, le tchèque inspire confiance. On lui donnerait sa bourse d'études sans confession. Un garçon studieux, bosseur, qui, après avoir remporté ses deux premiers tours en un temps record, est resté au casino le reste de la journée pour étudier ses prochains adversaires. Virtuellement inconnu il y a un an, Kabrhel a gagné a peu près tous les tournois qu'il a disputés depuis, accumulant un million de dollars de gains dans les side-events de l'European Poker Tour.

Coverage par Winamax

Martin Kabrhel

Accoudé au bar ceinturant l'arène, Tony Cascarino tape la discute avec des fans de football. Fidèle à sa réputation, Gus Hansen offre un large sourire à la serveuse venue lui apporter une bouteille d'eau. Toujours coincé dans un plâtre après une partie de squash qui a mal tourné, l'accro au sport qui sommeille en lui ronge son frein en attendant d'être remis sur pied. Le manque d'exercice se fait sentir : les muscles ont fondu et le danois semble bien maigrichon dans un pantalon et t-shirt moulant noir.

Hansen sur-relance avant le flop et se fait payer par Ivey. Le flop est APiqueQTrèfle9Coeur et Hansen mise 25,000. Ivey complète sans mot dire. Le croupier retourne un 6Coeur en guise de turn. Le regard dans le vide, Hansen souffle et tapote du poing sur la table. « Combien il te reste ? », demande Ivey. Réponse : environ 160,000. Les deux joueurs sont grosso modo à égalité. Ivey prend tout son temps, trois minutes entières, avant de lui aussi checker. La rivière est un 2Coeur apportant une couleur possible. Hansen checke une dernière fois, et Ivey mise rapidement 60,000. Hansen semble physiquement malade devant cette mise, son visage affichant un masque d'agonie.

Coverage par Winamax

Je vais vous confier un petit secret : en cinq ans passées à couvrir des tournois de poker, je n'ai pas encore vu Gus Hansen jeter ses cartes sur la rivière. Il n'y a rien que le danois déteste plus que de se faire bluffer. Peu importe qu'on lui montre la meilleure main plus souvent que jamais : Hansen est curieux. Hansen veut voir. Hansen veut attraper son adversaire en flagrant délit de bluff. C'est donc sans surprise que je vois Hansen jeter les jetons au milieu du tapis après un long moment de réflexion. Il a essayé de passer, pourtant. Il a essayé de se convaincre, de trouver une bonne raison.

Ivey lui montre ACoeur4Pique, et bien entendu, sa top-paire avec un kicker médiocre est largement suffisante. Ivey est désormais largement en tête.

Coverage par Winamax

Pendant ce temps, Daniel Negreanu prend l'avantage sur le jeune mais déjà légendaire Andrew « good2cu » Robl, doublant son tapis à la faveur d'une couleur trouvée sur la rivière. Le canadien a été quelque peu chanceux : les tapis sont partis au milieu sur le tournant.

Pas plus de 45 minutes sont nécessaires pour qu'un premier match se termine. Le discret et relativement inconnu Sondre Svanevik tombe contre Kevin Eyster. L'américain est déjà qualifié pour les quarts de finale : son match précédent, contre Ludovic Lacay, avait été lui aussi très court.

Quelques instants plus tard, un deuxième vainqueur est déclaré : Ram Vaswani vient de battre un autre nordique de l'ombre en la personne de Marius Torbergsen. Tout s'est joué en deux coups : il n'aura fallu à Vaswani qu'une couleur max bien rentabilisée, puis une confrontation preflop entre QPiqueQTrèfle et ACoeur9Carreau pour en finir avec Torbergsen. Après avoir passé presque quinze ans à remporter tous les titres possibles et imaginables en Europe et aux Etats-Unis (y compris un EPT et un bracelet WSOP), le membre fondateur de la Hendon Mob se fait extrêmement discret sur le circuit live depuis trois ans, ne faisant que de rares apparitions sur les grands tournois, avec seulement deux places payées au compteur depuis 2008.

Au centre du podium, une main complètement folle va faire basculer le match entre Gus Hansen et Phil Ivey. Le premier (en désavantage avec 150,000 contre 330,000) limpe au bouton. Le second relance à 9,000. Le troisième répond avec un étrange limp-reraise à 38,000. C'est payé par Ivey, et le flop tombe 5CoeurTPique4Pique. Ivey checke, et Hansen réfléchit un très long moment avant d'appuyer sur la gâchette : tapis, pour 104,000. Ivey paie aussitôt, montrant la top-paire avec QCarreauTCarreau. Hansen secoue la tête : avec 3Trèfle3Carreau, son plan a lamentablement échoué.

On semble donc s'acheminer vers une victoire d'Ivey. Une victoire logique : l'américain a dominé son adversaire de la tête et des épaules. Un adversaire qu'il connaît bien, l'ayant si souvent affronté autour des plus grosses tables d'Internet. En fait, Ivey connaît tellement bien Hansen que son visage n'affichera aucune surprise à la vue du 3Pique retourné par le croupier sur le turn. Après tout, Hansen est aussi connu pour ses bluffs gonflés que pour ses coups de chance tenant du miracle.

Hansen reprend l'avantage, et dès la main suivante, tout est terminé en trois relances. 10,000 chez Ivey, 33,000 chez Hansen, « all-in » chez Ivey, snap-call d'Hansen avec deux Valets. Ivey retourne une paire de 6, et un Valet sur le flop vient mettre fin au match de la manière la plus brutale qui soit. « C'était un plaisir », conclut Ivey, pince sans rire.

Plongé dans son match face à Howard Lederer, Huck Seed interpelle Gus, en train de se lever péniblement à l'aide de ses béquilles : « Comment tu as fait ? » Sourire en coin chez Hansen. « Rien de très difficile... J'ai juste du trouver un 2-outer avec deux cartes à venir. » Howard Lederer secoue la tête d'un air entendu. Le danois cinglé ne déçoit jamais.

Chez Neil Channing, point de tactiques rocambolesques de ce genre. L'anglais privilégie la patience : la perspective d'un long match contre McLean Karr ne lui fait pas peur. Channing a annoncé hier son intention de vendre 25% de son action dans le Main Event des WSOP-E, qui commence demain. Ne croyez pas pour autant que le londonien soit dans le besoin. Bien au contraire : Channing ne perd jamais. En plus d'être un redoutable joueur de poker, avec une réputation de tueur en cash-game (le Vic est sa second maison) et un coquet palmarès en tournoi (l'Irish Open figure à son tableau de chasse), Channing est aussi un investisseur avisé, « handicappeur » de génie dans le domaine des paris sportifs (son ancienne activité principale), et légendaire sponsor de toute une armée de joueurs anglais. Dans le milieu, il y a un dicton bien connu : « Derrière chaque anglais gagnant un tournoi se cache un Neil Channing ». Ce n'est qu'à moitié une plaisanterie. Jetez un oeil à la (longue) liste des joueurs anglais ayant décroché un titre ces trois dernières années, et vous retrouverez souvent la trace du « Joker ». Sam Trickett, quatrième à l'EPT de Vilamoura ? Sunny Chattha, multi-récidiviste au GUKPT ? James Akenhead, quatrième au Main Event 2009 pour 1,2 millions de dollars ? Tous, et bien d'autres, étaient financés par Channing : la confiance qu'il leur a accordé fut récompensée au centuple (voire même plus).

Coverage par Winamax

Jim Collopy (photo) est à tapis avec QPiqueTPique contre ACarreauKTrèfle. Sur le flop, un As, mais aussi un 10. Sur la rivière, un autre 10. L'américain se rattrape aux branches, reprenant par la même occasion l'avantage.

À côté, Andrew Robl se lève, vaincu. Il n'a jamais pu retrouver l'avantage contre Daniel Negreanu. La rencontre se termine sur un bête coin-flip, et Negreanu avance en quarts de finale.

Seulement quatre matches sont encore en cours à 21 heures 30... Howard Lederer contre Huck Seed, Jim Collopy contre Martin Kabrhel, Neil Channing contre McLean Karr, et Saar Wilf contre Andrew Feldman.