Main Event 5 300 € (Day 5)
L’angoisse du couvreur, c’est de se retrouver face à un field composé majoritairement d’inconnus. (Et oublier son carnet dans la salle de presse aussi, mais ça, ce sera pour un prochain post). Des randoms comme on les appelle, un peu méchamment. Pourquoi cette appréhension de se retrouver dans cette situation ? Parce que cela demande bien plus de travail et d'astuces pour couvrir un tournoi où aucun visage ne nous est familier. Alors hier, quand Benjo, mon boss en train de guetter si je n'ai pas fait de fautes d'accord dans ma conclusion d'hier, me demande "Pourquoi le field est TOTALEMENT RANDOM ?", je me sens un peu obligé de mener l'enquête, façon Elise Lucet.
En réalité, difficile de répondre à cette question. On pourrait évoquer le nombre de qualifiés de ce Main Event des WSOP-E. 545, rien que sur GGPoker, soit une grosse partie des joueurs "uniques" de ce Main Event. On ne nous a pas communiqué ce chiffre, mais comme beaucoup de top regs sont passés à la caisse plusieurs fois pendant les trois Days 1 et le début du Day 2 (on pouvait mettre 12 bullets au total si ça se passait pas très bien), on peut aisément en conclure qu'ils ne doivent pas être plus de 1200 ou 1300 joueurs uniques (à vue de nez) sur ce tournoi dont le chiffre officiel d'entrées record s'élève à 2 617.
Il est possible aussi que ceux que l'on a l'habitude de voir - et donc ne sont plus des randoms - soient juste moins forts techniquement que les nouveaux qui arrivent. Quand je parlais du style de jeu d'Annette Obrestad à Pierre Calamusa au Day 2, notre Team Pro me regardait avec des yeux tout ronds : "Tu me parles de l'Empire Romain, là, c'est devenu une pompe !", me lâchait-il en guise de punchline. La vérité, c'est qu'une grande partie des visages familiers du field sont des gens qui ont gagné il y a plusieurs années déjà. Roberto Romanello, Eugene Katchalov, Anthony Zinno, Jeff Madsen, des noms que l'on réclame aussitôt à notre photographe vedette dès qu'on les aperçoit dans le field, sont des dinosaures comparés aux joueurs qui débarquent de Lituanie, Bulgarie ou Roumanie et abusent des solveurs depuis leur majorité. Peut-être que les gens connus sont aussi beaucoup moins nombreux que les joueurs que l'on ne connaît pas. Globalement, même si ça paraît un peu simple, basiquee, il y a beaucoup plus de joueurs qui n'ont pas gagné de tournois marquants que de vainqueurs EPT ou WSOP, donc c'est plutôt normal de retrouver des inconnus en demies de ce Main Event des WSOP-E.
Qu'est-ce qui fait qu'un random change de statut ? Qu’est-ce qui fait qu’il ne reste plus un inconnu pour nous et le public ? Une victoire à 5 chiffres, à 6 chiffres, à 7 chiffres ? Une deuxième place marquante ? Qui se souviendra de Yuhan Wang, 21ᵉ de ce Main Event des WSOP-E ? Personne, possiblement. Et pourtant, le joueur chinois, qui a gagné le Mini Main Event de Rozvadov l'an dernier, a disputé un pot à 10 millions avec les Rois contre les As contre le joueur qui gagnera probablement le tournoi, le lituanien Marius Kudzmanas, un joueur que je considérais comme un "random" avant de découvrir qu'il avait pourtant gagné deux bracelets WSOP et jouait les Tritons. Pour vous dire, je suis allé l'interviewer à la première pause de la journée en lui posant cette question idiote : "Who are you ?" Il a dû bien rigoler, et s'est contenté de me dire qu'il jouait un peu online et un peu en live, et qu'il n'avait jamais eu de gros résultats.
Tout ça pour dire que derrière un random se cache souvent une belle histoire. Une histoire que l'on va sûrement rater s'il bust trop vite pour qu'on puisse s'intéresser à lui. Si je n'avais pas croisé Giovanni Zanette à la deuxième pause de la journée, je n'aurais peut-être jamais su que ce joueur d'Afrique du Sud a déjà vécu un deep run encore plus fou que sur ce Main Event des WSOP-E. C'était en 2024 sur le Big One, où il avait fini 33ᵉ pour 300 000 $. Quatrième de la All-Time Money List d'Afrique du Sud, Giovanni s'est qualifié pour le tournoi sur GGPoker et a fait le voyage en solo pour venir défier les européens ici à Prague. "Je joue au poker depuis 20 ans, je jouais professionnellement avant, mais maintenant, j'ai une famille, des enfants, et plus vraiment le temps de jouer. Je voyage une fois par an à Vegas, mais comme j'ai gagné le ticket sur GG sur un sat' à 150 $, c'est la première fois que je viens ici." Conscient d'être entouré d'excellents joueurs européens, Giovanni Zanette semblait conscient de l'opportunité exceptionnelle qui s'offrait à lui. Malheureusement, lui aussi a fait les frais du Lituanien Marius Kudzmanas. Avec Roi-Dame contre paire de 10, il se voyait beau quand la croupière française a retourné un Roi sur le flop, mais un 10 sur la turn l'a renvoyé à sa condition de random en 17ᵉ position de ce Main Event des WSOP-E, pour un gain de 60 000 €.
Est-ce que Giovanni aura eu le droit à son quart d'heure de célébrité, comme Andy Warhol l'écrivait en 1968 ? On aura essayé de faire de notre mieux pour qu'il ne soit plus jamais un random pour nous. Et pour vous aussi, si vous êtes allés au bout de ce post. Après tout, quand on y pense, même Alexandre Reard a été un random. Les randoms d'aujourd'hui sont les stars de demain.
Les éliminés du Day 5
| Place | Nom | Prix |
|---|---|---|
| 17 | Giovanni Zanette | 60 000 € |
| 18 | Benjamin Chalot | 60 000 € |
| 19 | Michael Mc Nicholas | 60 000 € |
| 20 | Vasileios Panagiotidis | 60 000 € |
| 21 | Yuhan Wang | 60 000 € |
| 22 | Sonny Franco | 60 000 € |
| 23 | Viacheslav Sultanov | 60 000 € |
| 24 | Steven Jones | 50 000 € |
| 25 | Markus Bonus | 50 000 € |






