De 62 à 21 joueurs, le Main Event a vécu sa journée la plus folle... et c'est loin d'être fini ! Deux Français sont qualifiés pour les demi-finales : l'ex-pro du Team Winamax Romain Lewis, et le décidément impressionnant Mario Boos.
Main Event 10 000 $ (Fin du Day 7)
Avant même que les premières cartes ne soient distribuées ce matin, on a immédiatement compris que cette journée ne serait pas comme les précédentes. De la colère teintée de surprise : ce furent les premières émotions de la journée, ressenties collectivement par la quasi-totalité des 62 joueurs qualifiés pour le Day 7, lorsque l'organisation les a informés de la mise en place de la Shot Clock. Un dispositif bien connu sur le circuit High Roller, mais jamais vu sur le Main Event, qui eut pour effet immédiat de limiter drastiquement le temps de réflexion accordé aux joueurs : 20 secondes avant le flop, 30 secondes ensuite, et seulement 6 jokers accordés pour bénéficier de temps supplémentaire. Une décision prise suite à, semble-t-il, un excès de "tanking" constaté la veille (15 minutes !), venant d'un joueur qui n'était pourtant plus dans le tournoi. Inédit, surprenant, et surtout rageant pour la majorité des joueurs, à l'exception de quelques pros ravis de gagner un avantage supplémentaire sur les amateurs encore en course.
Les règles sont les règles, y compris quand elles sont changées à la dernière minute. Elles seront quelque peu assouplies quatre heures plus tard, avec l'octroi de 4 jokers supplémentaires à chaque joueur. Pour l'heure, il fallait s'y plier, le show devait continuer. D'autres émotions suivront, se mélangeant à chaque nouvelle élimination. Chez Edouard Sacrispeyre, premier sortant français du jour en 56e place, la fierté dominera, partagée par son père Patrick : pour sa quatrième participation au Main Event, l'amateur réalisait un rêve d'adolescent, près de vingt ans après ses premières parties de poker fermé entre copains ou sur le jeu vidéo officiel WSOP sur console Xbox. Pendant ce temps, le mépris et le dégoût dominaient sur les réseaux sociaux, inondés de messages rageurs de pros et de fans de poker pestant contre l'introduction de cette foutue Shot Clock, et/ou la difficulté de trouver un streaming du tournoi avec des commentaires en langue anglaise.
De l'admiration et de la surprise, on avouera sans problème en avoir ressenti devant Allan Sannier, grand artificier des différentes tables télévisées des derniers jours, un amateur capable de sortir les plays les plus "ballsy" face aux pros. Engagé presque par hasard dans son deuxième Main Event (il s'était inscrit à un satellite en pensant viser la qualif' pour une épreuve deux fois moins chère), il en sortira en 29e place et plus riche de 265 000 dollars, en nous disant : "Ce n'est que du bonus !"
La frustration, on l'a partagée avec Maxime Chilaud, encore tombé aux portes d'un exploit majeur. Trois ans après la 11e place sur le plus gros garanti de l'histoire du poker, le WPT World Championship du Wynn, voilà une 27e place sur le Main Event. Mais ça ne change pas ce qu'on savait déjà, depuis qu'on suit ses deep runs, toujours exécutés avec méthode, un calme hallucinant et une précision d'orfèvre : son jour viendra.
De l'anxiété, Romain Lewis n'a pas manqué de nous en transmettre tout au long d'une journée qui a vu son tapis fluctuer dans tous les sens, passant même une fois par l'épreuve du coin-flip. Soulagement, quand celui-ci est passé. De l'amour, on en a pris une bonne dose durant la dernière heure de la journée, lorsque Stephen Lewis, l'autre fier papa du jour, nous a raconté un souvenir prophétique. Des vacances en Californie, lorsque Romain venait d'avoir 18 ans, une visite dans une des "ghost towns" minières qui pullulent dans l'Ouest des États-Unis, et une boutique de souvenirs proposant de personnaliser un journal du XVIIIe siècle. Les parents ont demandé une impression de la tête de Romain coiffé d'un chapeau de cow-boy. Le titre qu'ils ont choisi ? "ROMAIN LEWIS WINS GOLD IN LAS VEGAS". Même si la fin de journée lui a réservé un dernier mauvais coup, un call/muck rivière face au brelan de son dernier compatriote en course, la prédiction est plus que jamais d'actualité...
De la surprise, encore, on ne pouvait qu'en éprouver en observant les explosions en vol de Tyler Gaston et Zhao Liu, éphémères chip-leaders, ou la nouvelle journée propre et sans bavure de Mario Boos, la révélation majeure de ce Main Event 2026 dans le clan français. Que ressentir d'autre devant tant de sérénité affichée par le jeune grinder propulsé sur la scène la plus scrutée de la planète poker ?
Et puis, en toute fin de journée, le Main Event n'est pas passé loin de partir définitivement en sucette. Antonio Galiana : en quelques dizaines de minutes, l'Espagnol va passer par tous les états. À tapis avec deux Dames contre Roi-Valet, il survit à l'épreuve du board face à Rami Hammoud. Joie, cris, célébrations avec le rail espagnol. Quelques minutes passent, cinq ou six mains sont jouées. Puis on le voit bondir, hors de lui : il lui manque des jetons, son tapis a été mal compté, il n'a pas tout ce qu'il devrait avoir, il lui manque dix millions de jetons, c'est 20 blindes, c'est énorme, en dollars cela vaut six chiffres, minimum ! Stupeur, colère, anxiété au maximum, tollé général chez les Hispaniques. L'équipe d'arbitrage intervient, ça parlemente, mais du côté des hommes en noir, le ton est ferme et assuré. Il semble bien qu'on lui indique qu'il n'y a rien à faire, que c'est trop tard, qu'il va falloir encaisser le coup dur. Antonio ne tient plus en place, il fait des allers-retours entre son rail et les arbitres, on est au bord du nervous breakdown. Quelques minutes supplémentaires passent, puis les arbitres reviennent. Comme par magie, tout est arrangé, l'injustice est réparée : la somme manquante lui est restituée. Immense soulagement. Le dernier éclat d'une journée définitivement pas comme les autres.
Après ça, il nous fallait tenter de donner un sens à tout ce qu'on avait vu. Cela donne le récit que vous venez de lire. On aura manqué de temps pour étudier le chip-leader Malcolm Trayner, la survie des "old schoolers" Todd Brunson et Greg Mueller, la nouvelle démonstration de Shaun Deeb, la suite du run atypique de Will Givens, entre shots de vodka et salades d'avocat, le bis repetita de Hossein Ensan, sept ans après son sacre au Rio, et quantité de profils inconnus comme le Main Event en fait éclore chaque année. Pour tous ceux-là, on ressent de la curiosité : il nous reste une dernière journée avant la finale pour en savoir plus. Les dix dernières heures de sprint, un ultime tourbillon d'émotions, au milieu duquel va être déterminé qui, parmi les 21 derniers joueurs en course, deviendront les 9 finalistes du plus beau tournoi du monde. - Benjo
Romain Lewis : réactions à chaud
Sa journée en quelques mots : "C'était intense, la journée la plus intense depuis le début du tournoi. J'ai perdu un peu de jetons en fin de journée, notamment à cause d'un call muck contre Mario, mais je ne peux pas être déçu. J'ai joué 70 heures de poker, il reste 20 joueurs à battre… Let's go ! Mais là, tout de suite, je ressens surtout la fatigue. Les 40 dernières minutes ont été très compliquées. Mais je sens que je la gère beaucoup mieux qu'il y a sept ans [quand il avait terminé 60e en toute fin de Day 6, NDLR]."
Le shitstorm de la Shot Clock : "Je l'ai vécu comme une injustice. Me faire ça pour mon premier Day 7 ? J'avais l'impression qu'on me volait mon moment, j'avais presque les larmes aux yeux. J'ai eu une discussion avec Steph' [Matheu, le coach du Team Winamax] à ce sujet et, après, ça a commencé à aller mieux."
Mario Boos : réactions à chaud
"Incroyable, c'est incroyable. L'Alsace est là ! Après, on n'y est pas encore, il reste 21 joueurs pour un bracelet. Mais il y en a bien un qui le prendra, donc on ne peut pas en rester là."Les jours précédents, Mario nous disait prendre les mains les unes après les autres et ne pas ressentir de pression. Est-ce que ça a changé ? "Pas vraiment, en fait, j'ai déjà fait des tournois qui ont été jusqu'au Day 4. Mais ce n'est pas sur le coup que je réalise, c'est souvent après, quand je rentre chez moi, que je me dis : je suis loin dans le tournoi. C'est là que l'émotionnel apparaît. Mais pas à la table."
Échanger des parpaings avec des légendes, ça fait quoi ? "C'est fou, j'ai joué avec Hossein Ensan, il est Allemand alors on a pu échanger, c'est vraiment quelqu'un de gentil, c'est dingue. Hier, j'ai joué avec Shaun Deeb. Ouais, c'est quand même quelque chose, le Main Event !"
Le déroulé de sa journée : "Au départ, j'ai joué mon rôle de chip leader, j'ai pu mettre la pression et ça s'est bien passé, après on m'a changé de table et c'est devenu bien plus compliqué. J'ai tenu, j'ai fait ce que j'ai pu et voilà : Day 8, quoi !"
Anecdote : le pire ennemi de Mario sur le tournoi, c'est... la clim' de sa chambre. "Je suis Diamond sur ma carte de fidélité Caesars, ça me permet d'avoir accès à des chambres gratuites en semaine. Mon coloc à Vegas a pris MON avion aujourd'hui : je le connais, je suis sûr qu'il ne l'a pas éteinte avant de partir. Donc je vais juste changer de chambre, là, tout de suite !"
Les 21 joueurs du Day 7
| Nom | Pays | Jetons | Blindes |
|---|---|---|---|
| Malcolm Trayner | Australie | 63 200 000 | 105 |
| Rami Hammoud | Canada | 41 500 000 | 69 |
| Lucas Jumalon | USA | 40 800 000 | 68 |
| Evagoras Evagorou | Chypre | 38 200 000 | 63 |
| Will Givens | USA | 31 700 000 | 53 |
| Shaun Deeb | USA | 31 300 000 | 52 |
| Tolga Karakaya | Allemagne | 30 000 000 | 50 |
| Hossein Ensan | Allemagne | 29 700 000 | 49 |
| Thomas Clack | UK | 27 500 000 | 46 |
| Antonio Galiana | Espagne | 27 200 000 | 45 |
| Mario Boos | France | 24 300 000 | 40 |
| Han Feng | USA | 24 000 000 | 40 |
| Daniel Savas | USA | 21 300 000 | 35 |
| Michael Gagliano | USA | 19 300 000 | 32 |
| Jamie Shaevel | USA | 17 100 000 | 28 |
| Romain Lewis | France | 15 800 000 | 26 |
| Lauri Saaskilahti | Finlande | 15 600 000 | 26 |
| Brock Wilson | USA | 13 600 000 | 22 |
| Greg Mueller | Canada | 13 200 000 | 22 |
| Dylan Smith | USA | 9 600 000 | 16 |
| Todd Brunson | USA | 7 800 000 | 13 |
Ils sont entre nos Français et le bracelet
Les joueurs à fort pédigrée ne manquent pas parmi les 19 derniers opposants de nos Bleus. Du chipleader au short stack, rares sont finalement les amateurs perdus en plein one time.
Qui aura la peau du grand méchant Deeb (31,3 m.) ? Constamment surveillé par un rail aussi curieux que bruyant, le Player of the Year 2025 a semblé vaciller plusieurs fois aujourd'hui, mais a toujours trouvé le moyen de remonter la pente. "J'ai officiellement bag plus de fois sur le Main Event que sur tous mes autres tournois de cet été combinés," a-t-il rapidement tweeté ce soir. Sacré "Summer Saver".
Le saviez-vous ? Depuis 2024, l'Espagne a toujours placé l'un de ses représentants autour de la dernière table du Main Event. Antonio Galiana (27,2 m.) - qui n'a pas manqué de célébrer bruyamment chacun de ses nombreux coups remportés avec son rail - peut faire perdurer cette série assez folle. Derrière, Shaun Deeb, c'est le résolument old school Greg Mueller (13,2 m.) qui compte le plus de bracelets WSOP à son actif : trois, pour être exact dont un Limit Championship en 2009 et un H.O.R.S.E. Championship en 2019.Sans faire de bruit, Dylan Smith (9,6 m.) a déjà signé onze places payées sur ces WSOP, collectant au passage son premier bracelet sur le Mixed Big Bet à 2 500 $. Il devra cependant remonter un tapis de 16 blindes pour espérer signer son premier grand coup d'éclat.
On l'a un temps vu dans le haut du classement, finalement Todd Brunson, retombé en queue de peloton (7,8 m.), ferme la marche avec quinze petites blindes. Un peu de réussite sera nécessaire pour espérer imiter papa Doyle, cinquante ans après son premier titre sur le Big One.
Quelques moments forts du Day 7
Antonio Galiana tendu avant de doubler. Cinq minutes plus tard, la tension se transformera en panique, lorsqu'il célèbre son double up avec ses amis, avant de s'apercevoir que 20 BB manquent à son stack suite à une erreur manifeste du croupier
Dans le rail de Romain Lewis, son père Stephen découvre les WSOP et se mêle à l'ambiance de dingo qui accompagne le deep run de son fiston.
Maxime Chilaud (photo) et Allan Sannier nous auront régalé sur l'intégralité du Main Event, eux aussi auraient mérité une place sur ce Day 8, mais les cartes en ont décidé autrement.
Entre Allemand et Français, le rail de l'Alsacien est bien fourni à l'image d'Aurélie Réard venue également en renfort.
Deux Français au Day 8 du Main Event, il faut remonter à 2024 pour en retrouver une trace, à l'époque les espoirs tricolores étaient portés par Malcolm Franchi et Malo Latinois.
On a beau être l'un des joueurs de poker les plus suivis de la planète, on n'en reste pas moins seul lorsqu'il faut se concentrer sur son deep run. Shaun Deeb durant une des pauses du Day 7.
Rendez-vous lundi à partir de 21 heures, ici et sur YouTube, pour la dernière journée avant la table finale !
Benjo, Flegmatic & Phil Anthropik
























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