Demain sera un autre jour

- 2 juillet 2026 - Par Benjo DiMeo

Comment garder la motivation quand on ne fait que bust de chaque tournoi ? Un amateur germano-américain nous guide à travers son bad run, et révèle quelques conseils pour rester de bonne humeur 

L'interview qui va suivre est un peu la séquelle d'un de mes articles préférés de TapisVolant. Publié durant les WSOP 2019, "La folle journée d'un grinder à Vegas" cherchait à répondre à la question : combien de fois peut-on sauter d'un tournoi en 24 heures ? À l'époque, pour obtenir la réponse, Tapis s'était adressé à l'un des pros français les plus acharnés, Erwann Pecheux. Cette fois, nous allons aborder la question avec un joueur amateur comme cobaye. On nous reproche parfois de n'évoquer que ceux qui réussissent, ceux qui vont en finale, bref ceux qui prennent l'argent. Forcément, les perfs occupent la majorité de nos journées de travail (car elles sont nombreuses)... mais on sait bien que pour beaucoup de ceux qui viennent à Vegas, que ce soit une semaine ou deux mois, le séjour ne se termine pas dans le vert. Parlons-en, donc !

Dennis - InterviewDennis habite à Centreville, en Virginie, dans la banlieue de Washington D.C., la capitale des États-Unis. Il a quitté l'Allemagne en 2008 pour s'installer au pays de l'Oncle Sam : il possède aujourd'hui la double nationalité. Il est ingénieur dans le secteur des satellites. Quand il joue au poker, il aime bien s'habiller de manière flashy. C'est peut-être le plus grand fan de Dans la Tête d'un Pro outre-Atlantique : c'est d'ailleurs comme ça qu'on se connaît depuis des années, il laisse des commentaires sous chaque épisode, ou presque. Sur sa Hendon Mob, il affiche 223 000 $ de gains bruts, dont une troisième place à 110 K$ il y a un an.

Mais hier, Dennis n'a pas ajouté le moindre dollar à son palmarès. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Il nous raconte.

Donc, hier, on était mercredi. Tu te réveilles, et... tiens, d'ailleurs : à quelle heure tu te réveilles ?

Je me suis levé aux alentours de 7 heures.

OK, et ton tournoi du jour était le Mini Main Event, qui commence à 10 heures.

C'est ça.

C'était le Day 1C, et tu avais déjà joué le 1A et le 1B les jours précédents. Que s'est-il passé dans le 1C ? La première bullet du jour...

Elle a bien démarré, celle-là. J'ai commencé à construire un stack, j'avais une belle table... Je me suis bagarré toute la journée avec un type assis à ma droite. Je l'ai senti très loose, ''bluffy'', un peu calling station. On essayait de se bluffer, de se prendre nos jetons. Donc j'ai fini par me dire : si j'arrive à choper une grosse main, il va me payer.

OK.

Et cette grosse main a fini par arriver. On est au niveau où la BB vaut 5K, on doit avoir 250 000 chacun à peu près.

Ce qui est énorme.

C'est beaucoup. Il a juste deux ou trois jetons de plus que moi. Il open au hijack, je suis au cutoff avec les Rois. Derrière moi, il y a trois stacks qui peuvent potentiellement shove préflop, environ 15 BB chacun.

Donc tu flat-call.

Je flat. Et ces mecs-là avaient shove chacun à leur tour au cours des orbites précédentes, donc j'aime le flat. Mais personne ne shove, il y a juste la SB qui flat. Mon voisin de droite flat aussi. Flop : 10-7-6. Il y a un tirage couleur, j'ai le Roi qui va avec. La SB check, le HJ envoie 12 000, je relance à 35 000, la SB fold. Et le HJ insta-shove.

Pfouffff...

J'ai snap-call, hein ! S'il a une quinte, tant pis, il a une quinte. Il peut avoir les Dames, les Valets, As-10... Mais en fait, il n'a aucune de ces mains. Il a une paire de 8.

Dennis - InterviewWow !

Il touche la quinte à la rivière.

Argh.

C'était un pot de 550 000. Je pense que le chip leader, à ce stade, avait 700 000.

Donc tu bust du Mini Main Event au Level 6, il n'y a qu'un re-entry par jour, donc c'est fini. Tu fais quoi ? Tu avais un plan B tout prêt, ou tu es plus dans l'improvisation ?

Dans le passé, j'étais du genre à avoir un programme très fourni. ''Si je bust de X, je joue Y'', ce genre de plan. Mais pour ce voyage-là, je suis plus en mode : ''J'ai choisi un tournoi aujourd'hui, après on verra''.

OK. Du coup, c'était quoi la bullet #2 ?

Le Daily Deepstack des WSOP. 250 $ l'entrée. J'ai tenu deux mains avant de sauter ! Les Dames contre les Rois.

On arrive à la bullet #3...

Et la journée est encore jeune !

C'est pas trop dur de se focus vraiment sur un 250 $ assez random, quand tu viens de jouer un très beau tournoi WSOP à 1 000 $, où il y a un million de dollars à gagner ? Tu passes d'un truc super excitant à quelque chose de... peut-être un peu moins excitant, quoi.

Non, en définitive, ça reste du poker, et je suis là pour jouer au poker. Je suis marié, j'ai deux enfants, j'ai un job, donc quand je suis à Vegas, c'est 100 % poker. Évidemment, je fais attention à ma bankroll, mais je ne suis pas là pour zoner, mater un spectacle, enchaîner les restos ou les soirées. Je veux jouer au poker. Je veux prendre les meilleures décisions possibles. Et comme je suis déjà ici et que le tournoi commence, la décision est ultra-simple : je m'inscris.

OK, donc : bullet #3... Tu as retenté ta chance sur le Daily 250 $ ?

Oui. Et celle-là était marrante aussi, car j'ai commencé à construire un stack. Jusqu'à avoir le deuxième stack de la table. Et là, j'ouvre avec As-2 de pique. Je me fais payer par le cutoff, donc je suis hors de position. Flop : 3 et 4 de pique, et un 10. Je check, il mise, je relance, il fait tapis. On avait 35 BB chacun, environ, ce qui était beaucoup à ce stade. Je paie. Il montre Roi-Valet de pique.

Donc tu es devant !

Il touche le Valet ! Je suis OUT.

Pfiou. C'était donc la bullet #3...

Et pendant que je jouais ce tournoi, j'ai ouvert WSOP.com sur mon téléphone, et j'ai lancé le satellite « Flip » à 160 $ pour le Main Event.

Ah oui, c'est les qualifs où tu es à tapis tout le temps...

Oui. 64 joueurs, et tu enchaînes les mains à tapis en heads-up. J'ai sauté dès la toute première !

Dennis - InterviewBon, ça, c'est fait.

J'ai joué un autre satellite sur mon téléphone... Je ne me souviens plus lequel. Un sat pour jouer un plus gros tournoi, aussi en ligne. Mais je me souviens avoir bust à 50 ou 60 places de l'argent, un truc standard.

On arrive à la bullet #6...

Je me suis retrouvé au Venetian, pour jouer le tournoi à 800 $. J'ai mis deux bullets dans celui-là.

Ce sont donc les bullets #6 et #7.

Sur la deuxième, j'ai passé la late reg, donc j'ai quand même pu brag à un pote que j'avais accompli quelque chose. Genre : ''Hé, je vais pas re-entry plus sur celui-là !'' Et juste après, je l'ai éliminé ! [rires]

Il s'est passé un truc marrant, au moins.

Mais j'ai été card dead. Dame-4 à chaque main. Et je ne me rappelle même pas comment j'ai bust.
 

Dennis - Interview
Imbattable sur les costumes, on vous dit


OK, on arrive à la bullet #8. Tu viens de jouer deux fois au Venetian. Et maintenant ?

Je suis revenu ici [au Horseshoe] et j'ai rejoué.

Il était quelle heure, en gros ?

Il faisait noir... Attends, je regarde les messages sur mon téléphone. J'ai une conversation avec mon pote Justin, et on plaisante souvent là-dessus : on veut faire partie du club ''Bonnes Décisions'', mais parfois on rejoint le club ''Mauvaises Décisions''. Là, c'était une mauvaise décision. J'aurais dû rentrer à la maison et dormir.

Mais...

Il y avait le 250 $ du soir. Je l'ai ''max late reg''.

Et ?...

Attends, faut que je me rappelle. [C'est vrai qu'à ce stade, ça commence à faire beaucoup de mains à se souvenir en une journée, NDLR.] Ah, oui : j'open avec KK, je dois avoir 20 BB à ce stade, et un joueur très actif paie au cutoff, encore. Situation similaire à précédemment. Le flop tombe 9-5-x avec deux cœurs. Je check, car à chaque fois que j'ai checké contre lui, il a misé. Il mise, je raise, il paie. Turn : une brique. Je fais tapis. Il fait genre : ''Mmmmh...'', il joue avec ses jetons, puis il paie. Il a un tirage couleur. Avant que la rivière tombe, il tapote la table deux fois, comme ça [il mime], et là, je sais que je suis mort ! [rires] La couleur tombe, et je suis OUT.

Cette journée s'achève donc sur cette bullet #8.

Après ça, je suis rentré à la maison. On est huit ou neuf à vivre dans une villa à quelques minutes d'ici. Mentalement, je dois dire que je suis un peu... fragile, on va dire ? Mais je me soigne.

Est-ce qu'une journée comme ça peut te faire reconsidérer ton programme des jours suivants ? Le montant des buy-ins ?

Non, pas du tout.

Tu as une bankroll poker, n'est-ce pas ?

Tout à fait.

Tu as un job à côté, mais tu essaies de gérer le poker comme un pro : tu ne joues jamais tes économies, par exemple.

Ma bankroll poker est complètement séparée du reste de mon argent.

Ce qui est tout à fait raisonnable et la bonne chose à faire.

Ça me serait quasiment impossible de perdre ma bankroll sur ce séjour. Même si je me mettais à tout jouer et à re-entry tout le temps, tous les jours. Ceci étant dit, la semaine a été assez mauvaise.

Mais... tu vas survivre.

Tout va bien se passer ! Ma bankroll va s'en sortir, je vais m'en sortir.

Mais tout de même, ce que tu dis, c'est que mentalement, les signaux ne sont pas au vert.

Je suis arrivé à Vegas un jour avant toi [le 21 juin, donc, NDLR]. Avant les trois bullets dans le Mini Main, j'ai mis trois bullets dans le Mystery Millions. Ma première session, j'ai les As, je floppe brelan, tapis turn : je perds contre un tirage couleur ! Donc quand ce genre de choses arrive plusieurs fois de suite, il y a un moment où tu commences à développer un syndrome de l'imposteur. Du genre : ''Est-ce que je sais vraiment jouer au poker ?'' Mais honnêtement, en définitive, tous ces spots... Certains sont peut-être débattables, mais dans l'ensemble, c'est assez standard. Là où j'ai de la chance, c'est que j'ai un gros réseau d'amis dans le poker.

Pour le soutien émotionnel, pour le soutien stratégique...

Oui, pour tout. À la villa, ils sont tous joueurs pros. Je suis le seul qui a un job.

Et ils te respectent encore, même après avoir joué huit tournois en une journée.

Peut-être qu'ils me respectent encore plus après ça ! [rires] Genre : ''Purée, Dennis, il y va fort !''

Dennis - InterviewBon, évidemment, le plus gros truc, pour toi et plein d'autres gens, c'est le Main Event, qui arrive maintenant. Tu as réfléchi à un plan pour arriver au Main dans le meilleur état possible ?

J'ai choisi le Day 1D, comme l'an passé... [Dennis avait fait ITM, NDLR].

Ça te fait gagner quelques jours...

Et je vais prendre un jour off la veille. Peu importe ce qu'il se passe avant. À moins que je me qualifie pour une grosse table finale, évidemment. Le Day 1D, je le prends car je soupçonne que je peux tomber sur une table un peu meilleure que la moyenne, par rapport aux jours précédents. Mais bon, c'est quand même assez random, le tirage de table. Mon raisonnement, c'est que les amateurs qui gagnent leur ticket dans des home games, ils choisissent tous le Day 1D. Donc je veux jouer avec ceux-là. Donc voilà : Day 1D, et j'arrive à l'heure, ça, c'est sûr. Je veux jouer toutes les mains.

Et tu mets un beau costume ? Tu es connu pour ça, mais l'an passé, tu t'es habillé "casual".

Peut-être. Je n'ai pas encore décidé. Mais très probablement.

Tu fais ça pour passer sur ESPN ?

Je ne fais pas ça pour passer à la télé. M'habiller comme ça, ça provoque des effets secondaires sympas. Je le fais parce que je peux, déjà. Et aussi parce que c'est marrant. Et parce que ça génère plein de conversations amusantes.

Oui, j'ai remarqué, tu connais plein de monde aux WSOP ! Le costume est un accélérateur social.

Totalement. Ça me permet de créer du lien avec les gens. Et comme ça, si je passe une mauvaise journée, comme hier, j'ai au moins ça : je me promène, et les gens me parlent. Et je peux me dire : ''Hey, this is good!'' Ça aide.

C'est ça, le bon mindset quand tu es sur un long festival ? Genre, ''Demain est un autre jour'' ?

C'est mon mantra. J'ai coutume de dire : ''Today is the day. Tomorrow is the next day. And that's how days work.'' [NDLR : difficile à traduire, mais grosso modo : "Aujourd'hui est aujourd'hui. Demain sera demain. C'est comme ça que les jours fonctionnent."]

Merci, Dennis !

Cette interview à été conduite pendant une pause du Day 1 du Deepstack à 600 $. Au moment de la publier quelques heures plus tard, notre ami est toujours en course avec un stack de 250 000. Bien au-dessus de la moyenne, qui est de 150 000. Les places payées ne vont pas tarder à se pointer... Pour reformuler un le mantra de Dennis : la vérité d'hier n'est pas toujours celle du lendemain !

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Il était une voix

- 20 juin 2026 - Par Soflo

Voix irremplaçable de l'UFC, Bruce Buffer est aussi un passionné de poker de longue date. En fan inconditionnel de ses prestations lyriques d'avant match, je ne peux résister à lui poser quelques questions qui me brûlent les lèvres.
Event #56 : 6-max 3 000 $ (Day 1)

Bruce Buffer

"It's timeeeeeeee !" La petite phrase est reprise en cœur par des milliers de fans dans les arènes de l'UFC. Derrière le micro, pour chauffer à blanc un public en manque d'hémoglobine, on retrouve Bruce Buffer. Légende vivante de l'announcing outre-Atlantique, il a vécu ce week-end le genre d'évènement qu'on ne vit qu'une fois dans une carrière : présenter la nouvelle rencontre UFC dans les jardins de la Maison Blanche. Alors, à la pause du "3K 6-max", je décide de le coincer le temps d'un petit round de questions/réponses en cinq minutes top chrono !

Bonjour Bruce. Enchanté, je peux prendre cinq minutes de ton temps [un petit acquiescement et une tape sur l'épaule et c'est parti]. Raconte-nous : comment devient-on la voix de l’UFC ?

C’est une longue histoire. Je fais ce métier depuis 30 ans et je me suis battu pour avoir ce job. En gros, j’ai fait mes premières annonces d’avant match à l’UFC 8 à Puerto Rico. Ensuite, ils m’ont engagé un an plus tard pour faire l’UFC 10. Je commence en quelque sorte par me présenter en tant que commentateur de l’UFC à mes amis. J’ai rencontré le commentateur et je lui ai dit : « Me voilà dans la plus grande émission de télévision. Je suis le commentateur de l’Octogone. Ça fait plus d’un an que je te demande ce poste. C’est la dernière fois que je te le demande. Dis oui ou non, je t’aiderai à développer cette marque parce que je suis fait pour ça, mais j’ai besoin d’évoluer à tes côtés en tant que commentateur de l’Octogone .»  Et, c’était la meilleure main de poker que j’aie jamais jouée.

Qu’est-ce que ça fait d’être speaker ? 

C’est incroyable, c’est un honneur. Je me réveille tous les jours, je suis très fier d’être le speaker de l’UFC. C’est quelque chose que je prends très au sérieux et très à cœur. C’est un métier passionnant. Je transmets aux combattants toute mon énergie, toute ma voix et tout mon souffle, pour rendre ce moment encore plus intense pour eux et pour les spectateurs. 

Il y a eu plusieurs events UFC à Paris. Les fans ont toujours mis le feu derrière leurs combattants, dirais-tu que le public français est l’un des plus bruyants ? 

Chaque ville a son charme et ses spécificités, mais Paris dégage sans aucun doute une énergie incroyable. C'est l'un de mes endroits préférés pour commenter. J'adore les fans français. Et c'est sans conteste l'un des endroits les plus agréables pour ressentir l'énergie de la foule, ce qui me motive encore plus quand j'annonce les combattants.

Tu étais à la Maison Blanche le week-end dernier. En tant qu’Américain, qu’est-ce que ça te fait de présenter un event UFC dans cet endroit si symbolique ? 

Ce fut un honneur de me retrouver là-bas ; ce fut un moment historique, une superbe soirée de combats. J'ai eu le privilège d'être aux côtés de tous ces militaires, dans une ambiance empreinte de respect. C'est un souvenir qui restera gravé dans ma mémoire pour le reste de ma vie.

Tu as vu passer énormément d’athlètes au cours de ta carrière, lequel t’a le plus impressionné ? 

C'est difficile à dire, car ça fait plus de 30 ans que je suis speaker. Il y a beaucoup de grands noms : Jon Jones, Georges Saint-Pierre, Chuck Waddell, Justin Gaethje. C'est vraiment difficile. Il y a tellement de grands combattants.

Cyril Gane a remporté la ceinture intérimaire des poids lourds, ce dimanche, comment as-tu trouvé ce combat face à Pereira ? 

Ce fut un combat acharné. Au final, Cyril le mérite. Il se déplace comme un poids mi-lourd. Il est constamment en mouvement et il sait aussi bien frapper avec ses poings que donner des coups de pied. J’étais content pour lui. J’apprécie beaucoup Pereira. J’aurais été content, peu importe le vainqueur de ce combat, et donc bravo à Cyril. Il évolue dans ce milieu depuis un certain temps déjà, et j’étais très heureux de le voir remporter la ceinture.

Enfin, on va quand même parler un peu poker avec toi. On te voit de temps en temps aux tables, comment et quand as-tu commencé à jouer ?

J'ai appris à jouer au poker à neuf ans. Je joue des parties en cash depuis l'âge de 15 ans, et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'investir sérieusement dans ce jeu. Lorsque j'ai disputé mon premier tournoi, le World Poker Tour existait déjà, et j'ai atteint la table finale. Il s'agissait du Celebrity Poker Tournament, organisé au Commerce Casino de Los Angeles. J'ai participé à l'émission télévisée et, dès lors, je me suis passionné pour le poker.

Je pratique les arts martiaux depuis toujours, mais je ne combats plus. Cela dit, quand je m’assois à une table, que je remporte les jetons de quelqu’un et que je le mets K.O., ça me procure la même excitation. C’est pour ça que j’adore le poker. Je n’ai pas souvent l’occasion de participer aux tournois des WSOP, même si j’aimerais bien, vu mon emploi du temps chargé. Je suis donc très heureux d’être ici en ce moment pour jouer.

Merci beaucoup Bruce et bonne chance !

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Rendez-vous en terrain connu

- 18 juin 2026 - Par Tapis_Volant

Leo Margets est de retour dans le lieu où elle a marqué l'histoire, en terminant 7ᵉ du Main Event. Comme en 2025, notre Team Pro entame son Vegas par un deep run !
Event #49 : NLHE Freezeout 2 500 $ (Day 2)

WSOP26

Elle est la dernière arrivée du Team à Vegas en date, et elle est déjà occupée à deep run le premier tournoi qui se trouvait sur sa route : mesdames et messieurs, voici Leo Margets ! Comme l'année dernière... où elle avait terminé 24ᵉ du Millionnaire Maker à peine descendue de l'avion. Je la retrouve à 190 joueurs restants sur le Freezeout 2 500 $ à une table sur laquelle elle vient d'éliminer un autre finaliste du Main Event, Tony Miles (debout sur la photo). Le temps d'une petite interview le temps du break, tout en rangeant les jetons fraîchement acquis.

Alors Leo, ça fait quoi de revenir ici au Paris ?

C’est génial. Franchement, j’ai l’impression que Vegas fait ressortir le meilleur de moi-même. Dès que j’arrive ici, je me sens à ma place. J’adore cet endroit.

Est-ce que le regard des gens a changé depuis la perf' de l'an dernier ? Est-ce qu’on t’arrête toutes les cinq minutes pour un selfie ou un autographe ?

Oui, il y a clairement beaucoup plus de selfies. Ce qui est assez étrange, c’est que depuis Dans la Tête d’un Pro, ce n’est pas seulement lié à mon deep run. Évidemment, beaucoup de gens me reconnaissent pour ça, mais j’ai aussi l’impression que beaucoup de personnes ont regardé la série et ont le sentiment de me connaître personnellement. Je pense que comme on y voit énormément d’émotions, les gens ont l’impression d’avoir partagé quelque chose avec moi. Ils me parlent parfois comme s’ils me connaissaient déjà. D’une certaine façon, ils me connaissent un peu. C’est assez particulier.

Est-ce que tu comptes changer quelque chose dans ta routine cette année, ou continuer ce qui a fonctionné l’an dernier ?

Après un gros résultat, la tentation est grande d’essayer de reproduire exactement tout ce qu’on a fait auparavant. Mais honnêtement, ma routine a toujours été la même. Je ne fais pas ces choses parce que je veux copier ce que j’ai fait l’année dernière. Je les fais parce qu’elles me font du bien. En revanche, j’ai aussi appris à ne pas devenir esclave de ma routine. L’important, c’est simplement de faire ce qui me permet de me sentir bien.

WSOP26

Comment as-tu vécu la sortie de Dans la Tête d’un Pro ?

En réalité… je n’ai toujours pas regardé la série ! J’ai participé au projet, j’ai enregistré les voix off, mais je n’ai pas encore visionné les épisodes terminés. La seule chose que j’ai regardée, c’est l'épisode avec la conversation avec Adri, parce que mon père n’avait pas encore vu cet épisode. La veille de mon départ pour Vegas, nous étions ensemble à Barcelone et je me suis dit que le regarder avec lui pourrait me mettre dans un bon état d’esprit avant les World Series. Mais j’attendais que tous les épisodes soient sortis avant de décider si j’allais les regarder ou non. Pour être honnête, je ne sais toujours pas quand je le ferai.

L’année dernière, tu avais réalisé un énorme parcours très tôt dans le Millionaire Maker. Est-ce que tu te sens dans les mêmes dispositions cette année ?

Je me sens vraiment bien physiquement. Je suis arrivée ici avec la sensation d’être prête, motivé et dans un très bon état d’esprit. Je ne veux pas paraître mystique parce qu’au poker tout peut arriver, mais je me sens tellement bien que j’ai l’impression que de belles choses peuvent se produire pendant ces World Series. Je suis très curieuse de voir ce qui va se passer.

Tu arrives à peine et tu vois déjà Adrian remporter le Super High Roller. Qu’est-ce que ça t’inspire ?

C’est incroyable. Adrian est une énorme source d’inspiration pour moi. J’ai énormément de choses à apprendre de lui, dans tous les domaines. Et ce n’est même pas lié à sa victoire d’hier. Bien sûr, c’est un résultat exceptionnel, mais ce qui m’inspire chez lui va bien au-delà des résultats. C’est quelqu’un que j’admire énormément.

À quoi ressemble ton programme pour les WSOP ?

Tu sais, je n’ai jamais vraiment de programme précis. Je fonctionne tournoi par tournoi. À l’heure actuelle, je n’ai que trois tournois réellement planifiés dans mon calendrier. Tout le reste dépendra du moment, des sensations et de ce qui se présentera. J’aime avancer au fil des événements. Par exemple, lorsque je joue un tournoi, je n’aime même pas regarder ce qui est prévu dans les trois jours suivants. J’aime être concentrée uniquement sur le tournoi que je suis en train de jouer.

Parfait. Merci beaucoup, Leo !

C’est déjà terminé ? (rires)

Oui, je ne vais pas t'embêter plus longtemps !

Merci Victor. J’espère qu’on enregistrera encore beaucoup d’autres interviews ensemble pendant ces WSOP.

WSOP26

Bon là, Leo ne le sait pas encore, mais c'était mon dernier jour de coverage [ND Benjo : snif, déjà ?] alors forcément, même si je vais continuer à suivre les WSOP, pas sûr qu'on aura d'autres occasions de discuter cet été. Mais qui sait, peut-être ce soir, quand elle sera chipleadeuse à 13 left de ce Freezeout 2 500 $ ? En attendant, j'ai l'impression que ce n'est plus possible pour elle d'échapper aux demandes incessantes de selfies. À peine notre interview terminée qu'un Français lui sautait dessus pour avoir sa photo-souvenir !

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Mad Son !

- 7 juin 2026 - Par Tapis_Volant

Rencontre avec Jeff Madsen, Player of the Year en 2006 qui vient de remporter son cinquième bracelet WSOP sur un tournoi où les joueurs avaient le choix entre 21 variantes du poker
Event #20 : Dealers Choice 1 500 $ (Finale)

WSOP26

Jeff Madsen avec papa et maman après son 5ᵉ bracelet WSOP

Pendant des années, je participais à une draft pour brokes basée sur le système de la Fantasy Draft à 25 000 $. On misait aux enchères sur les joueurs qu'on voulait dans notre équipe. Tous les ans, le joueur en qui je croyais le plus, c'était Jeff Madsen, un Américain qui avait commencé sa carrière tambour battant en raflant le Player of the Year 2006 pour sa première participation aux WSOP, à seulement 21 ans. Parce qu'il jouait toutes les variantes (donc il pouvait rapporter un max de points) et aussi parce qu'il m'avait fait vibrer par son énorme perf' de 2006, la première année où je lisais les coverages et où je m'intéressais aux WSOP. Regardez un peu les quatre premières lignes de sa Hendon Mob : 

WSOP2026

Je pense que vous aurez compris qu'il est difficile de faire mieux et que Jeff Madsen s'est emparé du titre de Player of The Year. De quoi avoir son poster pour l'éternité dans la grande salle de tournois du Horseshoe (et dans la Pavillon Room du Rio auparavant). Depuis ce grand moment, Jeff Madsen était - un peu - retombé dans l'anonymat, même s'il a quand même décroché deux bracelets supplémentaires, un en 2013 sur un Pot-Limit Omaha 3 000 $ et un en 2015 sur un PLO8 à 3 000 $. Mais son terrain de jeu préféré, ce sont les tournois de mixed games. Onze ans après son dernier bracelet WSOP, c'est sur le Dealers Choice 1 500 $ qu'il vient de s'emparer de son cinquième bracelet. Un tournoi sur lequel les joueurs avaient le choix entre 21 jeux diffférents ! Une belle occasion pour aller à sa rencontre, alors qu'il était en train de célébrer avec ses parents au Monte Cristo Cigar Bar du Paris. 

WSOP26

Bonjour Jeff, comment te sens-tu après avoir remporté ton cinquième bracelet ?

Jeff Madsen : C'est génial. Cette année marque le vingtième anniversaire de mes débuts ici, quand je suis arrivé et que j'ai remporté le titre de Player of the Year. Ça fait du bien de confirmer dans ce qu'on fait, de se dire qu'on est toujours un bon joueur. Cela faisait aussi onze ans depuis mon dernier bracelet. Tous les bracelets font plaisir. Rien n'égale le premier, évidemment, mais il faut être reconnaissant. Ils sont très difficiles à gagner, donc je suis vraiment très heureux.

Repenses-tu souvent à cette année 2006, quand tu as remporté le POY ?

Oui. J'avais 21 ans. Je venais de voir Chris Moneymaker gagner le Main Event, et c'est ce qui m'a donné envie de jouer au poker. Ensuite, j'ai eu ce rêve de devenir professionnel, et ça a fonctionné. Ça n'arrive pas aussi vite à tout le monde. C'était une période formidable. Ce premier mois a lancé toute ma carrière. C'est donc assez incroyable, vingt ans plus tard, de boucler la boucle et de continuer à gagner. Franchement, c'est génial.

Comment as-tu progressé dans toutes ces différentes variantes de poker ?

WSOP26

Dès le début, j'ai lu le livre Super System de Doyle Brunson. Dans ce livre, il y avait de l'Omaha, du Stud et plein de variantes. J'ai donc toujours joué aux mixed games. Naturellement, j'ai voulu apprendre tous les jeux, parce qu'il y a tellement de Hold'em toute l'année que c'est sympa de pouvoir varier les plaisirs. Les World Series sont une excellente occasion de jouer à autre chose. Le Dealers Choice est probablement mon tournoi préféré. C'est amusant. On peut choisir des jeux inhabituels, jouer à des variantes qu'on ne joue pratiquement jamais le reste de l'année. Beaucoup de jeux se ressemblent finalement, seules quelques règles changent. Si vous êtes un bon joueur de poker, vous pouvez adapter votre stratégie et devenir compétent assez rapidement dans différentes variantes, à condition de comprendre leur structure générale.

Que penses-tu du niveau des joueurs américains en mixed games ?

Aujourd'hui, il y a énormément de bons joueurs de mixed games. Je pense que cette discipline devient de plus en plus populaire. Le PLO est déjà bien installé, mais on voit aussi davantage de joueurs se mettre aux mixed games. Pour un joueur de No-Limit Hold'em, ce n'est pas toujours évident de venir jouer des variantes en Limit. Mais quand ils découvrent l'ambiance, et qu'il n'y a pas les interminables réflexions comme au Hold'em, ils trouvent ça plus amusant. Ça casse un peu la monotonie du Hold'em. Les joueurs américains sont bons. J'ai l'impression que les mixed games sont encore un peu moins développés à l'étranger, même si ça progresse. À l'heure actuelle, je pense que les Américains sont probablement les meilleurs dans l'ensemble, simplement parce que beaucoup d'entre nous pratiquent ces variantes depuis plus longtemps.

Est-ce que tu joues aussi en ligne à ces variantes ?

Honnêtement, pas tellement ces derniers temps. À mes débuts, oui. J'étais sponsorisé par Full Tilt Poker, donc je jouais énormément en ligne. Mais je préfère le poker live. J'aime le côté humain, les interactions, les tells. Pouvoir observer quelqu'un et trouver un ajustement basé sur un détail précis. En ligne, c'est un jeu différent. On peut accumuler beaucoup plus de volume et travailler certaines situations de manière très théorique, très GTO. Les deux formats sont très différents. Je ne dirais pas que le online est mon meilleur format, même si je pense être bon. Quand on se déplace pour un tournoi live, on est davantage investi émotionnellement. À la maison, devant son ordinateur, il faut constamment se forcer à rester concentré. En live, je suis probablement plus impliqué et plus concentré. Cela dit, je jouerai probablement quelques événements WSOP Online cet été.

En dehors des WSOP, joues-tu d'autres festivals à travers le monde ?

Oui. Je suis allé à Prague pour les World Series Europe. J'aime aussi les étapes de l'EPT. Depuis le Covid, j'ai moins voyagé qu'avant, mais je vais aller à Barcelone cette année. Le poker est une excellente excuse pour voyager. J'aime aussi l'Australie. Cette année, je vais clairement recommencer à voyager davantage. Cela faisait cinq ou six ans que je ne faisais presque plus de déplacements poker, à part Prague récemment. C'est une bonne raison de visiter de belles villes, de travailler tout en profitant des endroits où l'on se trouve.

Le titre de Player of the Year est-il un objectif pour toi cette année ?

Oui, clairement. Après, que ce soit un objectif officiel ou non, mon but reste de bien jouer chaque tournoi. Je joue tous les jours. Si vous jouez bien et obtenez de bons résultats, le titre de Player of the Year vient naturellement. Maintenant que j'ai bien commencé les Series, je crois être autour de la dixième place au classement. Je poursuis Shaun Deeb. Ce serait vraiment sympa de remporter ce titre vingt ans après mon premier sacre. Je vais continuer à jouer tous les tournois comme d'habitude. C'est agréable de gagner tôt dans l'été, ça donne confiance. On a l'impression de jouer en freeroll ensuite. Peut-être un ou deux bracelets supplémentaires, et on verra ce qui se passe.

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Est-ce spécial d'avoir son poster dans la salle et de passer devant tous les jours ?

Bien sûr. Ce n'est pas uniquement une question de récompenses ou de reconnaissance, mais j'ai eu la chance de connaître le succès très tôt. Aujourd'hui, les gens me connaissent et respectent mon jeu, ce qui est agréable. Ce serait sympa d'avoir une deuxième bannière. Mais c'est toujours un peu irréel quand je lève les yeux et que je la vois. Je n'ai pas un énorme éego, donc cela continue de m'impressionner. C'est aussi agréable de faire partie de l'histoire du poker. J'étais là au début du boom du poker. Moneymaker a gagné en 2003, et j'appartenais encore à cette première génération de joueurs qui a suivi. Aujourd'hui, certains jeunes me disent qu'ils me regardaient jouer lorsqu'ils étaient enfants. C'est assez fou. Je suis reconnaissant d'avoir eu cette chance de gagner aussi rapidement à mes débuts.

Est-ce que les WSOP ont beaucoup changé en vingt ans ?

Oui, énormément. D'abord, les joueurs sont bien meilleurs. Les solvers ont fait progresser tout le monde. Les WSOP sont aussi beaucoup plus grands aujourd'hui. Tout est plus moderne : la technologie, les médias, les influenceurs, les vidéos... L'événement a pris une autre dimension. J'aimais beaucoup l'époque du Rio. Quand j'ai commencé, c'était la première année des WSOP là-bas. Aujourd'hui, nous sommes sur le Strip, au Horseshoe, et c'est devenu gigantesque. J'ai même l'impression qu'on vit une nouvelle forme de poker boom. Après le Covid, les gens avaient envie de sortir, de jouer à nouveau. L'économie semble repartir également. Le poker n'est pas près de disparaître. Les gens adorent jouer. Il y aura toujours de nouveaux joueurs et toujours des joueurs moins expérimentés. Le niveau est plus élevé qu'avant, mais moi aussi je me suis amélioré. Après vingt ans de carrière, on évolue avec le jeu et avec la méta.

Dernière question, tu as un avis sur les joueurs français ?

Les joueurs français sont bons. De manière générale, les Européens ont une excellente réputation. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais ils sont naturellement respectés dans le milieu. Quand je pense aux Français, je les vois comme des joueurs solides et difficiles à affronter. J'ai l'impression qu'ils sont particulièrement bons pour lire les gens et comprendre les dynamiques humaines à la table. Pour moi, la France fait clairement partie des meilleurs pays de poker. Chaque pays a un style un peu différent. On entend souvent certains clichés sur les Allemands ou d'autres nationalités, mais les Français ont leur propre identité de joueur. J'adore la France. J'y suis allé plusieurs fois. Et oui, je pense vraiment que les joueurs français sont très bons.

Merci Jeff !

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©Regina Cortina / WSOP

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