Le jour d'avant. À la veille de s'asseoir en table finale du Main Event WSOP, Mario Boos et son entourage tentent de garder une routine pour une nouvelle journée (presque) comme les autres
Main Event 10 000 $ (Préparation de la TF)
En allant à la villa ce matin, je m'attendais à changer de séquence de film. C’est le dernier jour avant la finale et je me disais qu’il y avait beaucoup de chance pour que le stress, le trac aient pris possession des lieux. Dans le Uber, Tapis_Volant a l’air aussi préoccupé que moi, il m’explique qu'il est ennuyé parce qu’il doit interviewer Mario aujourd'hui pour recueillir ses impressions de veille de finale du plus prestigieux tournoi du monde ! On est d’accord tous les deux : ce n'est pas le moment… Mario est "dans la zone", comme disent tous ses potes. La zone de quelqu’un qui ne semble pas avoir d’échéance, quelqu’un de détendu qui profite de chaque instant passé avec les gens qu’il aime. Alors forcément, ça nous semble difficile d'aborder le sujet. Non, on n’a pas envie d’être les abrutis qui lui remettent le nez dans la finale. Ceux qui lui rappellent l'enjeu alors que depuis plusieurs jours, il fait exactement l'inverse : vivre comme si demain n'avait pas besoin d'exister avant demain.
Aux dernières nouvelles, on doit aller à la salle, comme tous les matins... C'est un rituel qui rythme nos journées, et je ne vois aucune raison pour qu'il en soit autrement. Quand on arrive, l'ambiance est exactement la même que les jours précédents : on se retrouve dans la cuisine. Yvon s’affaire comme à l’accoutumée : des œufs au plat par-ci, une omelette par-là. On discute, on rigole, on se chambre. À regarder le groupe de loin, on pourrait croire à une simple journée de vacances. Pourtant, quelque chose a changé. Ce n'est pas spectaculaire. Personne ne fait de discours. Personne ne verbalise quoi que ce soit, mais les liens se resserrent autour de Mario.
C'est presque animal. Chacun semble instinctivement trouver sa place. Il y a celui qui le fait rire au bon moment, celui qui s'assoit simplement à côté de lui, celui qui veille à ce que rien ne vienne perturber la bonne humeur, celui qui organise. Une main sur l'épaule. Un " tu as besoin de quelque chose ? ". Un silence quand il faut. Une présence quand elle compte. Personne ne s'est réparti les rôles et pourtant, tout le monde joue le sien. Sans s'être concertés, ils poursuivent tous le même objectif : faire en sorte que Mario arrive demain exactement comme il est aujourd’hui.
On va s'entraîner, on rentre, on mange, on discute, puis on organise le début de soirée. Ah oui, parce qu’on a tout de même un passage obligé : ESPN a convié les neuf finalistes pour un briefing sur le déroulement de la finale avant de les emmener faire un tour du Strip en bus, histoire de tourner quelques images dans une ambiance, je suppose, décontractée. Du coup, pour la première fois depuis notre arrivée à Vegas, on a un horaire à respecter. Ça peut paraître anodin, mais en dehors du sport, ça ne nous arrive absolument jamais. Et, finalement, c’est peut-être le truc le plus perturbant de toute la journée.
Quoi qu’il en soit, j’ai beau chercher, je ne décèle toujours aucun signe de stress chez lui. Il est détendu comme toujours. Planté au sol, le regard droit, les idées bien en place. Manifestement, il cherche à garder le bon rythme, le bon mood, les bonnes ondes, la bonne ambiance dans laquelle il s’est installé depuis son retour. À l’observer, je me dis qu’il y a clairement deux écoles. La première est celle que l'on connait bien : l’école de l’optimisation ! Le sommeil minuté, les repas pesés, les calories comptées, les heures de travail technique, les simulations, les graines, les compléments alimentaires, le matcha, le sport, la méditation, le yoga et j’en passe ! Une préparation presque militaire, où l'on cherche à contrôler le moindre détail. Et puis il y a l'autre école : celle qui considère que, la veille, le plus gros du travail est déjà derrière soi.
Mario appartient clairement à celle-là. Son choix : ne pas s'ajouter plus de pression qu'il en a déjà. De préserver les habitudes qui l'ont amené jusqu'ici. Pas question de casser un équilibre construit depuis des mois sous prétexte que demain est un jour différent. Sa préparation consiste justement à ne rien dérégler. À protéger son jeu autant que son esprit. À faire confiance au travail déjà accompli plutôt qu'à la panique de dernière minute. Demain, les cartes décideront d'une partie de l'histoire. Mais ce soir, en les quittant, j’ai surtout l'impression d'avoir compris une chose : on ne prépare pas toujours une finale en en faisant plus. Parfois, la plus grande preuve de maîtrise, c'est d'avoir la force de ne rien changer.













.jpg)

.jpg)






