Abasourdi, décontenancé, dégoûté... Mario Boos n'a rien pu faire sur cette table finale et s'incline en 8e place pour 1,25 million de dollars
Main Event 10 000 $ (Day 1 TF)
On redoutait ce moment plus que tout. On aurait même aimé qu'il n'arrive jamais. Ne pas voir la lueur d'espoir dans le regard de celui qu'on suit depuis des jours et des jours s'éteindre d'un coup. Ne pas voir le travail de ces trois dernières semaines s'envoler. Il n'y a que sur le Main Event où on peut être déçu de repartir avec une somme à sept chiffres. Tout simplement parce qu'on en veut toujours plus. Pas forcément qu'en termes de billets verts, mais dans le sens où on était là pour vivre l'histoire, la grande histoire : celle d'un ancien technicien dans l'automobile pris de passion par un jeu de cartes découvert aux côtés de son oncle.
Alors il hésite et il se lance. Il fait ses armes en cash game dans les casinos du coin de l'Elsass : Baden-Baden, Ribeauvillé. Des noms qui parlent à nos amis alsaciens. Car l'Alsacien est fier et n'hésite pas à faire savoir d'où il vient. On se rappelle des quelques mots arrachés de la bouche de Mario à la fin d'une nouvelle journée conclue haut la main sur le Main Event. "L'Alsace est là." Et l'Alsace a répondu présent : ses plus fidèles soldats l'ont suivi à l'autre bout du monde - c'est que Vegas, ça fait une trotte depuis les bords du Rhin -. Ils s'appellent Benjamin, Nico, Kevin, Dominik, Toto, Fabien, Victor, Gilou ou Bilou. Vous en connaissez certains. D'autres sont de parfaits inconnus, mais de formidables soutiens. Et puis comment ne pas évoquer le patriarche Yvon. Le roc de ce groupe venu apporter tout ce dont avait besoin Mario : des rires, des sourires, de la bonne humeur pour dépasser un enjeu pouvant être étouffant. Devenir le premier Français de l'histoire à remporter le Main Event.
Dès l'entame, Mario a montré qu'il comptait marquer de son empreinte cette table finale. Peu importe qui il trouvera en face de lui. Si tout le monde se couche devant le chipleader Lucas Jumalon, coaché pour l'occasion par la légende Patrick Leonard, Mario ne suit pas la masse. Il crée son propre chemin, quitte à engager un quart de son stack dans un audacieux 3-bet avec K-7 dépareillé dans les blindes. Sans succès. Alors il revient à ses fondamentaux : un jeu solide sans prendre de risques inutiles, saisissant chaque bon spot notamment au bouton pour grappiller de précieuses blindes. Coincé dans la zone contraignante des stacks moyens (une vingtaine de blindes ici), il attend son heure.
Porté par une armée de casquettes rouges en mode Super Mario, il évalue main après main, spot après spot la bonne décision à prendre. Avec A
Q
au CO, le choix parait limpide : on relance et on est prêt à tout mettre face au shortstack Han Feng en grosse blinde. C'est d'ailleurs ce qu'il se produit. Le Texan est dominé avec son A
4
, mais il suffit d'un satané 4 au turn pour inverser la tendance des probabilités. Les deux se retrouvent maintenant avec une dizaine de blindes et Mario n'a jamais été autant en danger depuis le début de la TF. Il va devoir risquer son tournoi...
Il ne trouve pas preneur avec sa paire de trois. Mais quelques mains plus tard, ses cinq blindes poussées au milieu avec les 8 font de l'œil au Finlandais Lauri Saaskilahti, déjà tombeur de Virgile Turchi plus tôt dans le tournoi. Et l'histoire se répète... Son K
9
passe devant dès le flop 9
2
A
et le restera. La belle histoire prend fin, mais c'est le début d'une nouvelle. Il y a quelques semaines, Mario Boos était encore inconnu du grand monde du poker francophone. Il s'est désormais fait un nom pour l'éternité : on lui demandera sûrement des photos, ses souvenirs de cette table si prestigieuse. Alors oui, il n'est pas le grand gagnant avec son portrait placardé sur les murs du Horseshoe, mais à nos yeux il restera à jamais le Boos de cette édition. Bravo Mario !














