Au paroxysme de l'émotion

- 13 juillet 2026 - Par Benjo DiMeo

De 62 à 21 joueurs, le Main Event a vécu sa journée la plus folle... et c'est loin d'être fini ! Deux Français sont qualifiés pour les demi-finales : l'ex-pro du Team Winamax Romain Lewis, et le décidément impressionnant Mario Boos.
Main Event 10 000 $ (Fin du Day 7)

WSOP Coverage Winamax
De la joie à la tristesse, de la colère au soulagement, de la fierté à la honte en passant par l'admiration, le mépris ou la surprise, les psychologues du XXe siècle ont recensé une vingtaine d'émotions primaires chez l'être humain. Les Américains Paul Ekman et Robert Plutchik, parmi les éminences les plus réputées dans ce domaine, auraient probablement adoré prendre place dans les travées du plateau télévisé des World Series of Poker aujourd'hui. Dix heures durant, le travail de toute leur vie s'est étalé à l'œil nu sur les dernières tables du Main Event. Un cocktail de sentiments explosif, comme seul le plus gros tournoi du monde est capable de nous offrir.

Avant même que les premières cartes ne soient distribuées ce matin, on a immédiatement compris que cette journée ne serait pas comme les précédentes. De la colère teintée de surprise : ce furent les premières émotions de la journée, ressenties collectivement par la quasi-totalité des 62 joueurs qualifiés pour le Day 7, lorsque l'organisation les a informés de la mise en place de la Shot Clock. Un dispositif bien connu sur le circuit High Roller, mais jamais vu sur le Main Event, qui eut pour effet immédiat de limiter drastiquement le temps de réflexion accordé aux joueurs : 20 secondes avant le flop, 30 secondes ensuite, et seulement 6 jokers accordés pour bénéficier de temps supplémentaire. Une décision prise suite à, semble-t-il, un excès de "tanking" constaté la veille (15 minutes !), venant d'un joueur qui n'était pourtant plus dans le tournoi. Inédit, surprenant, et surtout rageant pour la majorité des joueurs, à l'exception de quelques pros ravis de gagner un avantage supplémentaire sur les amateurs encore en course.

WSOPLes règles sont les règles, y compris quand elles sont changées à la dernière minute. Elles seront quelque peu assouplies quatre heures plus tard, avec l'octroi de 4 jokers supplémentaires à chaque joueur. Pour l'heure, il fallait s'y plier, le show devait continuer. D'autres émotions suivront, se mélangeant à chaque nouvelle élimination. Chez Edouard Sacrispeyre, premier sortant français du jour en 56e place, la fierté dominera, partagée par son père Patrick : pour sa quatrième participation au Main Event, l'amateur réalisait un rêve d'adolescent, près de vingt ans après ses premières parties de poker fermé entre copains ou sur le jeu vidéo officiel WSOP sur console Xbox. Pendant ce temps, le mépris et le dégoût dominaient sur les réseaux sociaux, inondés de messages rageurs de pros et de fans de poker pestant contre l'introduction de cette foutue Shot Clock, et/ou la difficulté de trouver un streaming du tournoi avec des commentaires en langue anglaise.

De l'admiration et de la surprise, on avouera sans problème en avoir ressenti devant Allan Sannier, grand artificier des différentes tables télévisées des derniers jours, un amateur capable de sortir les plays les plus "ballsy" face aux pros. Engagé presque par hasard dans son deuxième Main Event (il s'était inscrit à un satellite en pensant viser la qualif' pour une épreuve deux fois moins chère), il en sortira en 29e place et plus riche de 265 000 dollars, en nous disant : "Ce n'est que du bonus !"

La frustration, on l'a partagée avec Maxime Chilaud, encore tombé aux portes d'un exploit majeur. Trois ans après la 11e place sur le plus gros garanti de l'histoire du poker, le WPT World Championship du Wynn, voilà une 27e place sur le Main Event. Mais ça ne change pas ce qu'on savait déjà, depuis qu'on suit ses deep runs, toujours exécutés avec méthode, un calme hallucinant et une précision d'orfèvre : son jour viendra.

Romain LewisDe l'anxiété, Romain Lewis n'a pas manqué de nous en transmettre tout au long d'une journée qui a vu son tapis fluctuer dans tous les sens, passant même une fois par l'épreuve du coin-flip. Soulagement, quand celui-ci est passé. De l'amour, on en a pris une bonne dose durant la dernière heure de la journée, lorsque Stephen Lewis, l'autre fier papa du jour, nous a raconté un souvenir prophétique. Des vacances en Californie, lorsque Romain venait d'avoir 18 ans, une visite dans une des "ghost towns" minières qui pullulent dans l'Ouest des États-Unis, et une boutique de souvenirs proposant de personnaliser un journal du XVIIIe siècle. Les parents ont demandé une impression de la tête de Romain coiffé d'un chapeau de cow-boy. Le titre qu'ils ont choisi ? "ROMAIN LEWIS WINS GOLD IN LAS VEGAS". Même si la fin de journée lui a réservé un dernier mauvais coup, un call/muck rivière face au brelan de son dernier compatriote en course, la prédiction est plus que jamais d'actualité...

De la surprise, encore, on ne pouvait qu'en éprouver en observant les explosions en vol de Tyler Gaston et Zhao Liu, éphémères chip-leaders, ou la nouvelle journée propre et sans bavure de Mario Boos, la révélation majeure de ce Main Event 2026 dans le clan français. Que ressentir d'autre devant tant de sérénité affichée par le jeune grinder propulsé sur la scène la plus scrutée de la planète poker ?

WSOPEt puis, en toute fin de journée, le Main Event n'est pas passé loin de partir définitivement en sucette. Antonio Galiana : en quelques dizaines de minutes, l'Espagnol va passer par tous les états. À tapis avec deux Dames contre Roi-Valet, il survit à l'épreuve du board face à Rami Hammoud. Joie, cris, célébrations avec le rail espagnol. Quelques minutes passent, cinq ou six mains sont jouées. Puis on le voit bondir, hors de lui : il lui manque des jetons, son tapis a été mal compté, il n'a pas tout ce qu'il devrait avoir, il lui manque dix millions de jetons, c'est 20 blindes, c'est énorme, en dollars cela vaut six chiffres, minimum ! Stupeur, colère, anxiété au maximum, tollé général chez les Hispaniques. L'équipe d'arbitrage intervient, ça parlemente, mais du côté des hommes en noir, le ton est ferme et assuré. Il semble bien qu'on lui indique qu'il n'y a rien à faire, que c'est trop tard, qu'il va falloir encaisser le coup dur. Antonio ne tient plus en place, il fait des allers-retours entre son rail et les arbitres, on est au bord du nervous breakdown. Quelques minutes supplémentaires passent, puis les arbitres reviennent. Comme par magie, tout est arrangé, l'injustice est réparée : la somme manquante lui est restituée. Immense soulagement. Le dernier éclat d'une journée définitivement pas comme les autres.

Après ça, il nous fallait tenter de donner un sens à tout ce qu'on avait vu. Cela donne le récit que vous venez de lire. On aura manqué de temps pour étudier le chip-leader Malcolm Trayner, la survie des "old schoolers" Todd Brunson et Greg Mueller, la nouvelle démonstration de Shaun Deeb, la suite du run atypique de Will Givens, entre shots de vodka et salades d'avocat, le bis repetita de Hossein Ensan, sept ans après son sacre au Rio, et quantité de profils inconnus comme le Main Event en fait éclore chaque année. Pour tous ceux-là, on ressent de la curiosité : il nous reste une dernière journée avant la finale pour en savoir plus. Les dix dernières heures de sprint, un ultime tourbillon d'émotions, au milieu duquel va être déterminé qui, parmi les 21 derniers joueurs en course, deviendront les 9 finalistes du plus beau tournoi du monde. - Benjo

Romain Lewis : réactions à chaud

Romain Lewis
Sa journée en quelques mots : "C'était intense, la journée la plus intense depuis le début du tournoi. J'ai perdu un peu de jetons en fin de journée, notamment à cause d'un call muck contre Mario, mais je ne peux pas être déçu. J'ai joué 70 heures de poker, il reste 20 joueurs à battre… Let's go ! Mais là, tout de suite, je ressens surtout la fatigue. Les 40 dernières minutes ont été très compliquées. Mais je sens que je la gère beaucoup mieux qu'il y a sept ans [quand il avait terminé 60e en toute fin de Day 6, NDLR]."

Le shitstorm de la Shot Clock : "Je l'ai vécu comme une injustice. Me faire ça pour mon premier Day 7 ? J'avais l'impression qu'on me volait mon moment, j'avais presque les larmes aux yeux. J'ai eu une discussion avec Steph' [Matheu, le coach du Team Winamax] à ce sujet et, après, ça a commencé à aller mieux."

Mario Boos : réactions à chaud

Mario Boos
"Incroyable, c'est incroyable. L'Alsace est là ! Après, on n'y est pas encore, il reste 21 joueurs pour un bracelet. Mais il y en a bien un qui le prendra, donc on ne peut pas en rester là."

Les jours précédents, Mario nous disait prendre les mains les unes après les autres et ne pas ressentir de pression. Est-ce que ça a changé ? "Pas vraiment, en fait, j'ai déjà fait des tournois qui ont été jusqu'au Day 4. Mais ce n'est pas sur le coup que je réalise, c'est souvent après, quand je rentre chez moi, que je me dis : je suis loin dans le tournoi. C'est là que l'émotionnel apparaît. Mais pas à la table."

Échanger des parpaings avec des légendes, ça fait quoi ? "C'est fou, j'ai joué avec Hossein Ensan, il est Allemand alors on a pu échanger, c'est vraiment quelqu'un de gentil, c'est dingue. Hier, j'ai joué avec Shaun Deeb. Ouais, c'est quand même quelque chose, le Main Event !"

Le déroulé de sa journée : "Au départ, j'ai joué mon rôle de chip leader, j'ai pu mettre la pression et ça s'est bien passé, après on m'a changé de table et c'est devenu bien plus compliqué. J'ai tenu, j'ai fait ce que j'ai pu et voilà : Day 8, quoi !"

Anecdote : le pire ennemi de Mario sur le tournoi, c'est... la clim' de sa chambre. "Je suis Diamond sur ma carte de fidélité Caesars, ça me permet d'avoir accès à des chambres gratuites en semaine. Mon coloc à Vegas a pris MON avion aujourd'hui : je le connais, je suis sûr qu'il ne l'a pas éteinte avant de partir. Donc je vais juste changer de chambre, là, tout de suite !"

Les 21 joueurs du Day 7

Lucas Jumalon

Benjamin de ce Main Event à seulement 23 ans, Lucas Jumalon comptait pour tout high score avant ce Main Event... une victoire sur un Daily Deepstacks à 400 balles l'an passé pour 23 000 $. Vous aussi, croyez en vos rêves.

Nom Pays Jetons Blindes
Malcolm Trayner Australie 63 200 000 105
Rami Hammoud Canada 41 500 000 69
Lucas Jumalon USA 40 800 000 68
Evagoras Evagorou Chypre 38 200 000 63
Will Givens USA 31 700 000 53
Shaun Deeb USA 31 300 000 52
Tolga Karakaya Allemagne 30 000 000 50
Hossein Ensan Allemagne 29 700 000 49
Thomas Clack UK 27 500 000 46
Antonio Galiana Espagne 27 200 000 45
Mario Boos France 24 300 000 40
Han Feng USA 24 000 000 40
Daniel Savas USA 21 300 000 35
Michael Gagliano USA 19 300 000 32
Jamie Shaevel USA 17 100 000 28
Romain Lewis France 15 800 000 26
Lauri Saaskilahti Finlande 15 600 000 26
Brock Wilson USA 13 600 000 22
Greg Mueller Canada 13 200 000 22
Dylan Smith USA 9 600 000 16
Todd Brunson USA 7 800 000 13


Ils sont entre nos Français et le bracelet

Les joueurs à fort pédigrée ne manquent pas parmi les 19 derniers opposants de nos Bleus. Du chipleader au short stack, rares sont finalement les amateurs perdus en plein one time.

Malcolm Trayner

Plus de trois millions de dollars de gains, dont un million sur sa victoire du Mystery Millions à 1 000 $ des WSOP 2024 et un autre sur le Main Event de l'Aussie Millions en début d'année, Malcolm Trayner (63,2 millions) et sa dégaine de jeune premier fait figure de sérieux candidat à l'accession à la table finale. En tout cas, il en a déjà le tapis moyen.

Rami Hammoud
Toujours accompagné de son fidèle card guard Psykokwak - on valide à 100% - Rami Hammound (41,5 m.) a délaissé les tournois low stakes (entre 300 et 1 000 $ canadiens) de l'iconique Playground Poker Club de Montréal. Sa toute première place payée sur le Big One ressemble à un one time en bonne et due forme.

William Givens
On a cru le perdre hier, au lendemain de son Day 5 sous influence, mais Will Givens (31,7 m.) a retrouvé aujourd'hui le visage qu'on lui connaissait le mieux : celui d'un passionné volubile, jamais avare en anecdotes plus ou moins inventées dont tout le monde se fout, capable d'électriser une table en un claquement de doigts. Exactement le genre de profil que l'on veut voir s'asseoir autour de la table finale.

Shaun Deeb
Qui aura la peau du grand méchant Deeb (31,3 m.) ? Constamment surveillé par un rail aussi curieux que bruyant, le Player of the Year 2025 a semblé vaciller plusieurs fois aujourd'hui, mais a toujours trouvé le moyen de remonter la pente. "J'ai officiellement bag plus de fois sur le Main Event que sur tous mes autres tournois de cet été combinés," a-t-il rapidement tweeté ce soir. Sacré "Summer Saver".

Antonio Galiana
Le saviez-vous ? Depuis 2024, l'Espagne a toujours placé l'un de ses représentants autour de la dernière table du Main Event. Antonio Galiana (27,2 m.) - qui n'a pas manqué de célébrer bruyamment chacun de ses nombreux coups remportés avec son rail - peut faire perdurer cette série assez folle.

Greg Mueller
Derrière, Shaun Deeb, c'est le résolument old school Greg Mueller (13,2 m.) qui compte le plus de bracelets WSOP à son actif : trois, pour être exact dont un Limit Championship en 2009 et un H.O.R.S.E. Championship en 2019.

Dylan Smith
Sans faire de bruit, Dylan Smith (9,6 m.) a déjà signé onze places payées sur ces WSOP, collectant au passage son premier bracelet sur le Mixed Big Bet à 2 500 $. Il devra cependant remonter un tapis de 16 blindes pour espérer signer son premier grand coup d'éclat.

Todd Brunson
On l'a un temps vu dans le haut du classement, finalement Todd Brunson, retombé en queue de peloton (7,8 m.), ferme la marche avec quinze petites blindes. Un peu de réussite sera nécessaire pour espérer imiter papa Doyle, cinquante ans après son premier titre sur le Big One.

Quelques moments forts du Day 7

Antonio Galiana

Antonio Galiana tendu avant de doubler. Cinq minutes plus tard, la tension se transformera en panique, lorsqu'il célèbre son double up avec ses amis, avant de s'apercevoir que 20 BB manquent à son stack suite à une erreur manifeste du croupier


Romain Lewis
Même si Romain ne fait plus partie du Team Pro, il est pour Harper et pour toute l'équipe du banc de presse le poulain de notre coeur.


Romain Lewis
Dans le rail de Romain Lewis, son père Stephen découvre les WSOP et se mêle à l'ambiance de dingo qui accompagne le deep run de son fiston.

Chilaud
Maxime Chilaud (photo) et Allan Sannier nous auront régalé sur l'intégralité du Main Event, eux aussi auraient mérité une place sur ce Day 8, mais les cartes en ont décidé autrement.

Mario Boos
Entre Allemand et Français, le rail de l'Alsacien est bien fourni à l'image d'Aurélie Réard venue également en renfort. 

Mario Boos
Deux Français au Day 8 du Main Event, il faut remonter à 2024 pour en retrouver une trace, à l'époque les espoirs tricolores étaient portés par Malcolm Franchi et Malo Latinois.

WSOP
On a beau être l'un des joueurs de poker les plus suivis de la planète, on n'en reste pas moins seul lorsqu'il faut se concentrer sur son deep run. Shaun Deeb durant une des pauses du Day 7.


Rendez-vous lundi à partir de 21 heures, ici et sur YouTube, pour la dernière journée avant la table finale !

Benjo, Flegmatic & Phil Anthropik

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