J'vous l'présente, il s'appelle Henry

- 10 juillet 2026 - Par Benjo DiMeo

Nouvelle perf française sortie de nulle part ! Venu d'Atlanta, l'expatrié Henry Benamram est allé chercher la deuxième place et 260 000 $ sur l'un des derniers gros fields low-cost de l'été
Event #86 : Ultra Stack 600 $ (Fin)


"Je suis quand même très content. C'est dur, hein ! C'est physique..." Il est 20 heures et au terme de trois longues journées, le tournoi Ultra Stack vient de se terminer dans l'ombre du Day 4 du Main Event. Une épreuve dont le buy-in tout doux - 600 $ - a attiré des milliers de petites bankrolls, plus pas mal de déçus du Big One.

Henry Benamram
Les mots qui précèdent sont prononcés par le tout dernier éliminé du tournoi. Mais on ne trouvera aucune trace de déception chez Henry Benamram. Le Français sait ce qu'il vient de réaliser : une performance majuscule devant 8 000 inscrits, un test d'endurance magistralement réussi pour quelqu'un qui n'avait jamais, de son propre aveu, "concouru à ce niveau". Tout au plus émettra-t-il quelques regrets quant à son état de forme. "C'était très long. On a joué 14 heures [sur le Day 1], pareil hier... Ce matin, j'étais debout à six heures pour le travail, des réunions en visio... J'ai eu un petit coup de mou à la fin."

Vous n'avez jamais entendu parler d'Henry Benamram ? C'est doublement normal. Proverbial petit joueur, il n'avait même pas de fiche Hendon Mob à son nom avant de débarquer à Las Vegas il y a quelques jours. Par-dessus le marché, Henry est installé aux États-Unis depuis quatorze ans. Deux bonnes raisons de n'avoir jamais vu sa photo dans un coverage... jusqu'à ce soir !

Henry BenamramSa deuxième visite sur les WSOP (après un premier essai en 2024), Henry la doit à ses performances au sein de son home-game de copains à Atlanta, état de Géorgie. "On était une douzaine à la base, aujourd'hui on est 27. Avant, on faisait du cash-game, mais derrière on a décidé de passer en mode tournoi. En début de saison, chacun a mis 400 dollars pour démarrer la ligue. Il y a 16 parties au calendrier, et on n'a pas le droit d'en louper plus de 4 ! Sur chaque partie, on rajoute 5 ou 10 $ par personne selon le format joué, pour 'intéresser' la soirée. À la fin, les trois qui ont réalisé les meilleures performances partent à Vegas munis de leur budget. On choisit les tournois que l'on veut." Des passionnés, oui, mais des passionnés organisés !

Cela fait deux jours que le groupe Whatsapp de la bande sature de messages : les autres n'ont évidemment rien loupé de son deep run, à coups de F5 sur PokerNews. Car le gain de 260 000 $ qu'il remporte ce soir, il est aussi le leur. "C'est 50 % pour moi, 50 % pour le groupe." Le poker est un jeu individuel, mais infiniment plus sympa quand on peut partager ses succès avec d'autres...

Henry BenamramResponsable de la branche USA du groupe Pluxee, une multinationale spécialisée dans les tickets resto et autres titres-cadeau pour les entreprises, Henry jouait déjà au poker avant de s'expatrier. Pas trop loin de chez lui, il y a le casino Harrah's Cherokee, où il se rend de temps à autre. Mais aller aussi loin sur un tournoi WSOP, il n'y était pas vraiment préparé. "Je ne pensais pas arriver là", rigole-t-il. "Je devais partir ce matin, il a fallu s'organiser pour garder la chambre, changer l'avion..." Mais l'amateur connaît l'importance du bracelet. "Je vais avoir 60 ans le mois prochain, ça serait un beau cadeau", nous disait-il juste avant le heads-up contre l'Américain Eric Weber. "Je serais même prêt à deal avec l'autre joueur pour être sûr de l'avoir !"

Au lieu de ça, les deux ont disputé l'un des plus longs HU de l'été : trois bonnes heures, durant lesquelles le gros chip-lead d'Henry a commencé par s'étendre, avant que Weber ne parvienne à renverser la vapeur. Le nom du tournoi - Ultra Stack - a été respecté jusque dans la "jetonnerie" utilisée en finale : les deux joueurs disposaient de dizaines de tours de jetons chacun, alors que la structure n'était pas spécialement plus deep que d'habitude. Visuellement, cela donnait à cette fin de tournoi un cachet old school : on se croyait sur le Main Event des WSOP 2006 remporté par Jamie Gold, une édition marquée par la quantité astronomique de jetons en circulation durant tout le tournoi (regardez les archives de l'époque si vous ne me croyez pas). "Oh regarde, il envoie une grosse praline !" ai-je lancé à Harper en début de heads-up. Mon confrère a plissé des yeux, compté la mise, puis lâché : "C'est un min-raise."

Henry BenamramLe style de jeu pratiqué en fin du tournoi était à l'avenant : calme, sans effusions ni 3-bets à gogo, presque passif, en vérité. Un duel entre amateurs de l'époque pré-Internet, quoi ! D'ailleurs, l'adversaire d'Henry portait un t-shirt floqué du nom de sa ligue à lui...

Cette quasi-victoire dans le temple du poker mondial a déjà donné des envies à Henry Benamram. "J'étais avec un pote joueur qui venait de France. Je lui ai dit qu'on reviendrait sûrement l'an prochain." Il sourit. "Je vais continuer la ligue à la maison, bien sûr, mais je me referai Vegas en parallèle. Cette fois en 'candidat libre' !"

Henry Benamram

Henry Benamram
C'est aussi un record de carrière pour le vainqueur Eric Weber, crédité jusque-là de 17 000 $ de gains en live. GG ! 


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