En deuxième place !
Le pro hybride Ethan "Rampage" Yau, mi-influenceur mi-high-stakeur, remporte son deuxième bracelet contre le meilleur joueur de No-Limit Hold'em actuel
Online High Roller 6-max Championship 5 300 $ (Fin)
Et pourtant ce soir, l'Espagnol a fait un truc complètement inédit pour lui. Une chose qui ne lui était jamais arrivée en treize ans de carrière.
Adrián a perdu un heads-up pour un bracelet des World Series of Poker.
Ses 17 finales WSOP précédentes s'étaient soldées une fois par une 9ᵉ place, trois fois en 8ᵉ place, une fois en 7ᵉ place, deux fois en 5ᵉ place, deux fois en 4ᵉ place, deux fois en 3ᵉ place... et six fois par la victoire. Des statistiques affolantes qui ne trompent pas : quand Adrián atteint la finale d'un tournoi, que ce soit sur les WSOP ou ailleurs, sa stratégie est entièrement focus sur la première place. La seule qui compte. Toutes ses décisions sont focalisées sur ce but. Et c'est comme ça qu'il l'atteint, ce but, plus souvent que jamais, plus souvent que les autres.
Le tournoi en question était le High Roller 6-max à 5 300 $ ayant rassemblé 226 inscrits. Un tournoi WSOP joué en ligne... mais, comme c'est souvent le cas lorsque la table est belle, la décision a été prise par les organisateurs de conclure la partie en live. Pour les fans, pour le stream, for the content quoi !
Il est vrai qu'il aurait été criminel de cantonner cette TF à l'anonymat du online. Visez un peu : Nick Schulman en quête d'un neuvième bracelet de carrière (chip-leader à l'entame, il sera finalement le premier à sortir, éliminé par Adrian). Pedro Nevel, l'un des meilleurs joueurs Portugais ne s'appelant pas Joao Vieira (il se contentera de la 5ᵉ place). Dejan Kaladjurdjevic, peut-être le meilleur joueur de l'histoire au Montenegro (4ᵉ). Shannon Shorr, 17 millions bruts en carrière et éternel membre de la liste des meilleurs n'ayant pas encore gagné de bracelet (3ᵉ, éliminé par notre Team Pro). Et enfin, pour infliger à Adrián sa toute première défaite en heads-up d'un tournoi WSOP, un pro atypique, moitié influenceur, moitié high-stakeur : Ethan Yau alias "Rampage".
Tout le contraire d'un Adrián Mateos, donc. Cela crevait l'évidence ce soir, y compris visuellement. À ma droite : le meilleur joueur de No-Limit Hold'em actuel, vêtu d'une sobre veste coupe-vent sombre uniquement perturbée par le logo Winamax. Calme, absolument calme, la poker face en perpétuel "lock". À ma gauche : un éternel adolescent aux vêtements flashy, une carte Pokémon à 300 000 $ qui pendouille autour du cou, des sourires régulièrement envoyés à son rail.
Mais au moment d'affronter un adversaire qu'il définissait quelques minutes plus tôt comme "impossible à battre", Rampage fut loin de se démonter, et loin d'être ridicule. Pour gagner, il savait qu'il lui faudrait jouer "high variance", en faisant grossir les pots le plus vite possible, en relançant très fort dès le préflop (jamais moins de 3,5x). Une stratégie "small ball" face à Mateos aurait relevé du suicide. À la place, Rampage a joué sa chance à fond.
Le pro du Team Winamax avait entamé le match avec un léger avantage : son avance se confirmera franchement avec deux paires As-7 rentabilisées jusqu'au showdown. Derrière, Rampage lui rendra la pareille, provoquant à son tour un "call muck" sur un gros pot pour repasser en tête. On n'était pas sur le tournoi le plus deepstack de l'été : la moyenne a fini par chuter sous les 20 BB. Logiquement, une première balle de match se présentera rapidement : avec 66 contre Roi-8, Adrián remportera le flip de la survie. Suivra ce qui fut peut-être le coup le plus important du duel : un 3-bet shove de Rampage préflop. Adrián réfléchit longuement, très longuement, la décision est cruciale : il finit par décider que son As-6 est jouable. Sauf que Rampage est en tête avec As-10 : cinq cartes plus tard, le voilà en possession d'un chip-lead massif.
Chutant à moins de 10 BB, Adrián allait pourtant vendre chèrement sa peau. On imagine la détresse de Rampage quand il a vu le meilleur joueur de tournoi actuel survivre à plusieurs confrontations favorables d'affilée : Roi-4 contre Roi-7 (split pot !), Roi-4 contre 44 (Adrian touche un Roi), As-10 contre 8-6 (la meilleure main de départ gagne), As-9 contre As-Valet (split pot !!!)... Mais Rampage finira par trouver une main en béton pour achever l'Espagnol : deux Dames qui ne souffriront pas contre 10-9 offsuit.
C'est le deuxième bracelet que remporte Ethan Yau. "Ça faisait longtemps !" Oui : c'était en 2020, et c'était un bracelet online. Celui-ci est forcément un peu plus important. "Il a un côté légitime, c'est comme si je l'avais mérité, nous dit Rampage. C'est comme si cette fois, je n'avais pas juste run good pour y arriver."
De son côté, Adrián ne risque pas de perdre beaucoup de temps à ruminer cette première seconde place (sic) sur un tournoi WSOP. "Bon, ça arrive. Avec ce format, les tapis sont peu profonds. En HU, avec 30 ou 20 blindes et la BB ante, il faut jouer très loose. En gros, il faut jouer presque toutes les mains, donc il y a énormément d’all-ins. Aujourd’hui, les situations n’ont pas tourné en ma faveur, mais ça reste un bon résultat." La suite ? C'est tout de suite. "Demain, on remet ça, puis encore le lendemain. Le Main Event arrive très bientôt, donc… J’espère faire un beau deep run, ce serait l’idéal. Mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir."

