Le premier bracelet français des WSOP 2026 est venu de là où on ne l'attendait pas : par la victoire d'un amateur lyonnais de 72 ans sur le tournoi Super Seniors
Event #61 : Super Seniors 1 000 $ (Fin)
Quelques heures après les émotions offertes par Benny Glaser sur le Poker Players Championship, nous n'avions donc pas fini de vibrer aux WSOP en ce jeudi soir. Peu après qu'un autre Français inconnu de nos services voyait son rêve s'arrêter en 5ᵉ place sur le Freezeout à 1 500 $ (on reviendra plus tard sur la perf' de Nethanel Cohen), le compteur tricolore s'est enfin ouvert sur l'épreuve réservée aux plus de soixante ans. Avec, là encore, un grand frisson : des poings lancés en l'air, des potes qui hurlent "Champion du Monde !", une voix qui se noue au moment de répondre à nos questions, et l'amour pur pour le poker qui transpire par tous les pores. Les bracelets qui sortent de nulle part, je crois que ce sont ceux que je préfère...
"C'est ce que je dis toujours : quand on joue au Loto, on pense qu'on va gagner... mais on ne gagne jamais !" Pas cette fois, Lionel. "Pour un petit joueur amateur comme moi, c'est une grande satisfaction, une récompense pour vingt années passées à jouer. Je ne me considère pas comme un bon joueur. Il y a des champions extraordinaires. Alors pour moi, avoir le bracelet, ce dont tous les joueurs de poker rêvent, c'est incroyable. Je viens à Vegas depuis 2017, et rien que de penser à la Marseillaise qui va retentir demain, à la reconnaissance du milieu..."
Oui : pour sa toute première victoire live en 15 ans de présence sur le circuit, Lionel entre dans l'histoire du poker français en tant que 46ᵉ champion WSOP tricolore... et le second sur ce tournoi précis, après Jean-Luc Adam en 2021. Même s'il a parfaitement géré sa barque tout au long de la quatrième et dernière journée du tournoi, où il n'a jamais été vraiment en danger, même quand la progression des blindes a fait chuter les tapis de tout le monde dans la zone dangereuse, pas question pour lui de s'attribuer plus de mérite qu'il n'en faut. "J'étais bien pendant quatre jours. Je n'ai pas reçu de bad beats, j'ai eu des setups favorables, et j'ai eu de la chance sur deux ou trois coups. Mais il en faut, de la chance. Même sur un 10 € de Winamax avec 4 000 joueurs, il faut chatter. Alors imagine un joueur très moyen comme moi, dans un tournoi à 3 000 joueurs comme celui-là... j'ai bien chatté !" Oui : quelques 3-outers par-ci par-là, un tirage ou deux qui rentrent, mais pas plus que chez n'importe quel pro remportant un gros 6-max à 5 ou 10 000 $ l'entrée.
"C'est sûr, l'an prochain on se fait le Main : je te l'offre !" a lancé Lionel a son ami le plus proche après sa victoire. Et même s'il nous dit qu'il n'en mène pas large quand il affronte "les jeunes loups agressifs" sur d'autres tournois, il aimerait bien, peut-être, voir si l'histoire peut se répéter dans les mois à venir. En attendant, samedi, au lendemain de la cérémonie de remise de bracelet (une tâche qui sera probablement assurée avec fierté par Grégory Chochon, le boss français des WSOP), il quittera Las Vegas, au terme d'un séjour durant lequel il n'a "jamais passé le Level 5 en 5 tournois"... avant de terminer au sommet du dernier de la plus belle des manières. Et avec les larmes aux yeux... "C'est fou, quand j'étais jeune, je ne pleurais jamais. Je deviens émotif avec l'âge !" On le serait pour moins que ça.
Résultats - Super Seniors 1 000 $
3 323 inscrits - Dotation 2 924 240 $
| Rang | Joueur | Pays | Gain |
|---|---|---|---|
| 1 | Lionel Barracano | France | 355 263 $ |
| 2 | Kevin Song | Corée du Sud |
236 712 $ |
| 3 | Donald Briggs | USA | 176 564 $ |
| 4 | Paul McMullin | USA | 132 696 $ |
| 5 | Nancy Birnbaum | USA | 100 488 $ |
| 6 | Alexander Dovzhenko | Ukraine | 76 683 $ |
| 7 | Micheal Dokell | USA | 58 970 $ |
| 8 | Dhesikan Ananchaperumal | USA | 45 703 $ |
| 9 | Glen Clementi | USA | 35 699 $ |
Kevin Song, le dernier adversaire de Lionel Barracano était aussi le plus expérimenté, avec un palmarès long comme le bras, construit dès les années 90 : son bracelet remonte à l'année de la dernière victoire de Stu Ungar ! Et roublard en plus avec ça, avec sa manie de faire des piles de 19, et sa familiarité avec la plupart des croupiers. Mais Lionel ne s'est pas démonté sur la dernière ligne droite, ne tremblant pas au moment de payer son tapis avec paire de Valet (il prendra le chip-lead contre As-3) puis une paire de 5 (il tient facilement contre paire de 4).
Harisson est le jeune croupier qui a dealé la dernière main. Il a tenu à garder un souvenir avec le vainqueur... car c'est la première fois qu'il officiait sur la toute fin d'un tournoi des WSOP !

