Il joue "deux ou trois tournois par an" depuis plus de vingt ans : le Corse François Scapula décroche la 6ᵉ place et 80 390 $ sur sa première finale WSOP, jouée dans une variante loin d'être sa préférée.
Event #57 : Pot-Limit Omaha 1 000 $ (Day 3 et finale)
"Aucun regret !" Au sortir de la dernière main de son tournoi, jouée sur le podium télévisé secondaire, François Scapula s'est rapproché de quelques amis présents dans le rail pour un rapide debrief à chaud. Le bilan est positif, le sourire est de mise : il s'agissait de la toute première finale WSOP pour le Corse basé à Paris, passionné de poker depuis plus de vingt ans. Sa finale, bien que brève, fut riche en rebondissements, du genre qui marquent une carrière de récréatif. Elle lui rapporte 80 390 $, de loin son plus gros gain sur une compétition officielle.
"Je suis un pur amateur, nous dit Scapula. Je joue deux ou trois tournois par an, ça fait un peu plus de vingt ans." Celui-là, de tournoi, était joué en Pot-Limit Omaha. Amateur de variantes, le Français avoue cependant que c'est loin d'être son format préféré. "J'aime bien le Omaha High-Low, le Stud High-Low, le Deuce to Seven... Mais le PLO, ce n'est pas mon jeu. Si je me suis inscrit, c'est surtout parce que c'était plus ou moins le seul tournoi qui restait avant mon vol retour. D'ailleurs, j'étais censé partir aujourd'hui, j'ai dû décaler !"
Plus tôt dans la journée, on avait deviné que Scapula était un ancien de l'Aviation Club de France, lorsqu'on l'a vu réussir un hero call avec seulement une paire... Clairement le genre de move gonflé qui n'a pu être appris que dans le mythique cercle parisien des années 1990/2000, véritable école des meilleurs joueurs de PLO d'Europe à une certaine époque.
Chipleader en début de Day 3 à 23 joueurs restants, Scapula s'est installé en table finale six heures plus tard avec le cinquième tapis, 23 blindes. Là, il fera rapidement une sortie de route suite à un autre move osé : un énorme bluff rivière avec une pocket paire de 10 plus un tirage couleur manqué. "Il a vraiment bien joué", nous dira Scapula à propos d'Harry Rubin, auteur d'un call de légende avec J-J-9-5, seulement deux paires sur un dangereux board 6-5-9-As-7. "J'ai pris des risques, résumera le Français. Je jouais pour la gagne."Le move laissera Scapula pour mort, avec tout juste 300 000 restants aux blindes 150K/300K. Mais le Corse ne quittera pas la finale sans un ultime tour de manège, quintuplant son stack quelques minutes plus tard, avant de doubler à nouveau pour revenir au-dessus de la moyenne. Entre temps, on avait perdu Tony Cousineau (un des recordmen des places payées WSOP, mais jamais de bracelet gagné) et Sasha Guerin, permettant à Scapula de gratter deux précieux paliers et de croire à une remontada en bonne et due forme. Las : après la sortie de Dechang Zhang en 7ᵉ place, il rendra les armes...
...mais l'histoire retiendra qu'il n'était vraiment pas loin de doubler à nouveau et se remettre vraiment dans la course : avec un J
J
9
8
joué à fond sur un board 2
9
5
, Scapula était de facto bien favori contre le 9
8
7
6
du Roumain Narcis-Gabriel Nedelcu, avec 70 % de chances de gagner. Mais avec son "wrap" de quinte, le Roumain avait tout de même pas mal d'outs : le 8
turn était l'une d'entre elles. "Dommage, j'aurais quand même bien aimé que ça continue un peu !", dira Scapula, qui en était à son "cinquième ou sixième" Vegas depuis 2006. Satisfait, mais pas tout à fait rassasié.
Bientôt, Scapula retrouvera sa vie de trader. Il nous décrit ainsi son métier de "quant" : "On se sert des stats et des maths pour prendre les meilleures décisions." Toute ressemblance avec un jeu qu'on adore ne serait évidemment pas une coïncidence !

