Monstrueux, dantesque, irréel : un mois après avoir décroché la plus belle victoire de sa carrière au Monténégro, Adrián Mateos s'impose sur le tournoi le plus cher des WSOP 2026 et remporte 4,33 millions de dollars
À même pas 32 ans, la máquina devient le plus jeune joueur de l'histoire à détenir six bracelets et s'invite en cinquième place de la All-Time Money List
Event #41 : Super High Roller 250 000 $
De l'admiration teintée de sidération. Voilà ce que l'on pouvait ressentir dans la salle principale du Paris de Las Vegas alors qu'Adrián Mateos triomphait sur le Super High Roller pour s'offrir le sixième bracelet de sa carrière. "C'est juste le meilleur," a-t-on pu entendre dans le public, sous le choc de ce nouveau sacre majuscule. Le Madrilène a beau banaliser l'exceptionnel avec une précocité qui dépasse l'entendement, l'exploit n'en est pas moins immense : remporter le "250K", le tournoi le plus cher et l'un des plus relevés de l'été, face aux meilleurs joueurs de la planète, le tout avec une sérénité et une aisance qui ne peuvent que forcer le respect. Qu'ils soient des cadors du circuit, tels que Bryn Kenney, Jason Koon et Phil Ivey, respectivement 1ᵉʳ, 3ᵉ et 11ᵉ de la All-Time Money List, de nouvelles pépites de la scène high stakes à l'instar de Brandon Wilson, Sean Winter et Samuel Mullur, ou des trouble-fêtes comme Mike « Texas-Mike » Moncek et David Einhorn, aucun n'a su résister à la máquina. C'est bien simple, l'Espagnol semble être dans la forme de sa vie, un mois après avoir atteint un nouveau sommet en carrière en remportant l'Invitational à 200 000 $ des Triton Monténégro pour 6,37 millions de dollars.
Ce lundi, il a même bouclé l'affaire en à peine trois heures. D'abord simple spectateur sur les éliminations rapides de Michael Moncek (9ᵉ) et Phil Ivey (8ᵉ), il passe ensuite à deux doigts d'un spectaculaire strike. Avec A
10
sur un 3-way all-in l'opposant aux Valets de Wilson et au A
Q
de Winter, il voit finalement ce dernier rafler la mise suite à un board à suspense 9
8
6
Q
6
. Un petit coup d'arrêt qui n'aura que peu de conséquence, puisqu'Adrián relance la machine en se chargeant de Samuel Mullur (6ᵉ, As-8 contre 10-9 en bataille de blindes) puis élimine Jason Koon sur un flip crucial (5ᵉ, deux 10 contre As-Roi), se replaçant à la deuxième place qu'il occupait au départ de la TF. La suite est encore plus belle : de nouveau en BvB, Sean Winter (4ᵉ) croit bon de 5-bet shove son A
9
mais se fait payer dans la seconde par notre Pro et... sa paire d'As !
Le "gêneur" David Einhorn mis hors d'état de nuire par Bryn Kenney, peut alors débuter le heads-up que l'on attendait entre les deux chipleaders au lancement de la finale. D'un côté, l'intouchable n°1 de la All-Time Money List. De l'autre, une máquina en pleine confiance, mais qui part derrière, avec 33 millions de jetons contre 50 pour l'Américain. Mais il suffit d'une petite demi-heure pour que le Madrilène inverse le rapport de force. En grosse blinde, Adrián défend 10
2
et trouve le flop rêvé : 10
4
2
, quand Kenney touche sa top paire avec 10
9
. Le stream s'emballe à raison car ce sera le dernier coup de cette partie. Adrián check/raise. Kenney 3-bet, et l'Espagnol 4-bet pour son tapis. L'Américain paie et le tournoi se joue sur les deux prochaines cartes. 8
au turn, suivi d'un 3
river. Adrián laisse exploser sa joie d'un poing rageur !
Sur les traces de 2024
En début d'année, Adrián Mateos s'était livré à la rédac' Winamax. Dans une longue interview, il avait annoncé de grandes ambitions pour 2026, notamment monter toujours plus haut dans la All-Time Money List. Au 1ᵉʳ janvier, il attaquait l'année à la 9ᵉ place avec près de 55 millions de dollars. Six mois plus tard, le voici auréolé de ses deux meilleurs résultats en carrière, 6,37 millions et 4,33 millions de dollars, le propulsant en 5ᵉ position avec près de 67,2 millions de dollars de gains.
En six mois, avec 12,5 millions collectés, Adrián a déjà presque égalé sa meilleure année en carrière (2024), lors de laquelle il avait amassé 13,1 millions. Même lui ne semblait pas pouvoir faire mieux. "L’année 2024 va vraiment être dure à battre. C'est ma meilleure année, de loin", nous glissait-il en début d'année. La citation a mal vieilli... et tant mieux. Alors, où va s'arrêter Adrián ? Lui seul le sait. "C’est incroyable. Un de mes objectifs est de monter toujours plus haut dans la All-Time Money List. Quand je prépare mon agenda chaque année, j’essaie de choisir les plus gros buy-ins pour tenter de gagner autant d’argent que possible, c’est ma priorité. Grimper dans la All-Time Money List est super cool. Maintenant, tu me dis que je suis Top 5, c’est génial. Mais j’en veux plus : je vais travailler, jouer les plus beaux spots, faire tout ce qui est en mon possible pour continuer de monter toujours plus haut."
On en oublierait presque que le Madrilène gagne ici son sixième bracelet. Il devient le plus jeune joueur de l'histoire à réaliser cet exploit, deux semaines avant ses 32 ans. Mais en travailleur acharné, une année à bracelet n'équivaut pas forcément à une année réussie dans sa tête. En 2025, malgré l'éclaircie de son bracelet sur le High Roller Online à 3 200 $ (qui s'était conclu en live), il a connu l'une des périodes les plus frustrantes de sa carrière. "Je n’étais pas dans une bonne passe pendant 18 mois. Avant le Triton du Monténégro, j’accumulais les festivals négatifs, mais j’ai continué à travailler, donner le meilleur de moi-même. Online, j’ai de bons résultats, je me suis amélioré, je suis plus confiant chaque mois dans mon jeu."
"Être meilleur qu'hier chaque jour"
Pour être le meilleur, il faut battre les meilleurs. Sur la route d'Adrián vers les sommets, il y a Bryn Kenney, le numéro 1 de la All-Time Money List, avec plus de 85 millions de dollars de gains. Forcément, cet adversaire donne une saveur particulière à ce sixième bracelet. "Gagner contre Bryn rend la victoire spéciale. C’est un adversaire redoutable, le premier de la All-Time Money List. Le battre est incroyable. On se jouera probablement encore, j’ai une bonne relation avec lui, beaucoup de respect pour sa carrière, mais quand je joue, tout ce qui m’intéresse, c’est gagner. Je veux être meilleur qu'hier chaque jour." Froidement signé Adrián Mateos.
Mais ce n'est pas tout. Certes, la première grande victoire du Madrilène reste celle du Main Event des WSOP Europe à Enghien-les-Bains en 2013. En revanche, ce qui l'a propulsé dans d'autres sphères, celles des tournois high stakes, des tournois à six chiffres, est son succès sur ce même tournoi, cinq ans plus tôt. "C’est spécial de le gagner deux fois. Il a marqué ma carrière. J'adore le jouer : il a une super structure, des niveaux d’une heure, sur trois jours. C’est un de mes tournois préférés. Le gagner deux fois, c'est inimaginable." Et pourtant, s'il y a quelqu'un avec lequel on peut tout imaginer, c'est bien Adrián Mateos.
Event #41 : Super High Roller 250 000 $
56 entrées - Prizepool 13 720 000 $
| Place | Joueur | Pays | Gain |
|---|---|---|---|
| Vainqueur | Adrián Mateos (Team Winamax) | Espagne | 4 334 411 $ |
| Runner-up | Bryn Kenney | États-Unis | 2 776 634 $ |
| 3e | David Einhorn | États-Unis | 1 862 941 $ |
| 4e | Sean Winter | États-Unis | 1 312 037 $ |
| 5e | Jason Koon | États-Unis | 972 375 $ |
| 6e | Samuel Mullur | Autriche | 760 417 $ |
| 7e | Brandon Wilson | États-Unis | 629 397 $ |
| 8e | Phil Ivey | États-Unis | 553 270 $ |
| 9e | Michael Moncek | États-Unis | 518 518 $ |








