Qu'importe le Martini pourvu qu'on ait l'ivresse !

- 8 juin 2026 - Par Tapis_Volant

Mais où est passé Julien Martini, qui nous a tant fait vibrer sur les tournois de variantes ?

WSOP26

Julien Martini lors de sa victoire sur le Razz Championship (2022)

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. En marchant entre les tables du Stud Championship hier, je me rends soudainement compte de l'absence d'un joueur qui nous a fait vibrer sur les variantes pendant des années, un certain Julien Martini, recordman de bracelets français avec quatre breloques décrochées, deux à Vegas et deux à Rozvadov. On n'oubliera jamais son bracelet décroché en 2018 sur le Omaha High-Low 1 500 $, quatre ans après le dernier bracelet français en date, cxelui d'Hugo Pingray. Et son deuxième à Vegas, sur le Razz Championship en 2022, non plus.

Mais alors, pourquoi Julien Martini n'est pas aux WSOP cette année, lui qui nous avait accordé une interview en 2019 dont le titre n'était autre que "Deux bracelets sinon rien" ? Déjà, premier élément de réponse, il n'est plus sponso PMU depuis le début de l'année. Mais ce n'est pas vraiment ça qui l'empêche de venir jouer quelques beaux tournois de variantes. "L'année dernière, j'avais beaucoup ralenti. Avant, je jouais tout au Rio ou au Horseshoe, En, 2025, j'ai dû jouer sept tournois. Cette année, peut-être que je jouerai le Players Championship, mais même pas sûr de jouer le Main Event."

La raison ? Des parties juteuses de cash-game en 200$/400$. Mais pas que. Une envie de mieux choisir ses combats, et d'avoir "une vie plus équilibrée." Même s'il a encore beaucoup de respect pour l'événement qui lui a fait vivre ses plus belles heures de joueur de tournoi, Julien n'a plus le sentiment qu'il a quelque chose à prouver et plus l'envie d'aller "hunt" le cinquième bracelet.  

Quand on lui demande ce qu'il fait de sa vie, Julien, installé à Vegas depuis plusieurs années, m'explique qu'il a une vie que certains pourraient trouver "chiante". "Je prends beaucoup soin de moi, j'ai arrêté les raclettes, je me suis mis au sport, comme les gens me le recommandaient depuis des années. J'ai beaucoup investi sur mon sommeil, je travaille davantage ma santé mentale. Finalement, je me concentre sur tout ce qui est en dehors de la technique. Pendant longtemps, j'ai plutôt mis ma carrière au premier plan. Aujourd'hui, j'ai 34 ans et je ressens le besoin d'avoir plus de structure pour performer."

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Même s'il m'avoue avoir de nouvelles passions comme l'art ou la course automobile sur circuit, Julien Martini reste un "gambler" dans l'âme, pas un joueur de roulette ni de black-jack, mais un mec qui aime foncièrement avoir des cartes en main, et qui reste très connecté à la scène du poker. "Je suis les perfs des Français à Vegas, j'aimerais bien que quelqu'un vienne chercher mon record de bracelet et aussi que d'autres Français que David Benyamine aillent me faire sweat sur les variantes."

Depuis plusieurs mois, il vit entre Vegas, Los Angeles et New-York, mais l'été, sa vie est rythmée par le cash-game. "Je joue de la 200/400 au Wynn, avant c'était au Venetian. Ce sont des semi-privées, sur invitation, mais qui se tiennent dans les casinos." D'ailleurs, si vous voulez suivre un peu l'action de ces games, les tables du Venetian sont parfois streamées.

"J'ai vu Michael Mizrachi débarquer à une table de 100/200"

C'est d'ailleurs pendant une de ces parties que Julien a vécu une histoire assez lunaire qu'il m'a gentiment raconté. Attention, âmes sensibles s'abstenir. "Un truc qui m'a un peu choqué, c'est de voir débarquer Michael Mizrachi à une de mes tables quelques semaines après avoir gagné le Main Event et le Players Championship. On jouait en cash-game 100/200 $ au Venetian. Il a demandé quel était le buy-in minimum. Il a sit avec 10 000 dollars, a perdu sa cave assez rapidement en jouant extrêmement tight, puis il s'est levé et est parti."

L'anecdote pourrait s'arrêter là, mais quelques jours plus tard, "un gars est venu à la table et nous a demandé comment jouait Mizrachi parce que c'était lui qui le stakait. Malgré ses performances incroyables pendant l'été, c'était assez choquant de voir qu'il n'avait toujours pas d'argent. J'imagine qu'il était staké et qu'il a dû utiliser sa part des gains pour rembourser ses dettes du passé. C'est assez rigolo, ou flippant, de voir que le vainqueur du Main Event n'a pas forcément le buy-in pour une partie en 100/200. Ça remet aussi les idées en place. Tu vois beaucoup de joueurs extrêmement talentueux qui se font mal. Et ça te pousse à essayer d'avoir une vie équilibrée si tu veux durer dans le temps."

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Ce qui m'a motivé à aller questionner Julien, c'est une rumeur comme quoi le fait d'avoir gagné quatre bracelets WSOP lui porterait préjudice pour sa vie d'aujourd'hui (de joueur de cash-game). Et j'avoue avoir été assez surpris de sa réponse à ce sujet : "Si mon objectif avait été uniquement de gagner de l'argent au poker, alors gagner des bracelets et gagner des tournois, c'est probablement la pire chose que j'ai faite. Aujourd'hui, si je pouvais payer deux ou trois millions de dollars pour effacer ça, je le ferais probablement." Pour finir sur une note plus positive, qui me rappelle ce que Seb Sabic m'avait dit sur les tournois dans Nosebleed, Julien n'oublie pas que ce sont sans doute ses performances aux WSOP qu'il pourra raconter au coin du feu à ses enfants ou ses petits-enfants. 

"Si un jour, j'ai des enfants, ce que j'espère, je leur raconterai que j'ai gagné des bracelets. Je ne vais pas leur raconter qu'un jour, j'avais nuts bloqueur et que j'ai check-raise all-in pour 300 000 dollars pour faire fold mon adversaire. Je leur raconterai que j'ai bataillé pendant quatre jours, que j'ai chatté comme un porc, et qu'à la fin, j'ai soulevé le trophée. Il y aura une belle photo, ça ce sont les souvenirs qui resteront. Donc non, je ne regrette pas. Parce qu'il y aura cette nostalgie plus tard. J'en suis fier, reconnaissant, et c'était un objectif ultime pour moi. Les bracelets ont représenté quelque chose de très fort dans ma vie. En revanche, pour ma vie actuelle de joueur de cash game, c'est clair que ça va plutôt à l'encontre de mes intérêts. Parfois, on me refuse sur une partie à cause de ça."

Bon, même si on a bien compris que Julien avait plus à gagner à spotter les fishs sur sa 200/400 quotidienne pendant les WSOP ou à faire quelques apparitions sur les grosses games en 2 000 $ / 4 000 $ de la Bobby's Room, on espère quand même que notre frenchie viendra pointer son nez pour nous rappeler aux bons souvenirs de ses exploits passés. 

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