Rencontre avec Jeff Madsen, Player of the Year en 2006 qui vient de remporter son cinquième bracelet WSOP sur un tournoi où les joueurs avaient le choix entre 21 variantes du poker
Event #20 : Dealers Choice 1 500 $ (Finale)
Jeff Madsen avec papa et maman après son 5ᵉ bracelet WSOP
Pendant des années, je participais à une draft pour brokes basée sur le système de la Fantasy Draft à 25 000 $. On misait aux enchères sur les joueurs qu'on voulait dans notre équipe. Tous les ans, le joueur en qui je croyais le plus, c'était Jeff Madsen, un Américain qui avait commencé sa carrière tambour battant en raflant le Player of the Year 2006 pour sa première participation aux WSOP, à seulement 21 ans. Parce qu'il jouait toutes les variantes (donc il pouvait rapporter un max de points) et aussi parce qu'il m'avait fait vibrer par son énorme perf' de 2006, la première année où je lisais les coverages et où je m'intéressais aux WSOP. Regardez un peu les quatre premières lignes de sa Hendon Mob :
Je pense que vous aurez compris qu'il est difficile de faire mieux et que Jeff Madsen s'est emparé du titre de Player of The Year. De quoi avoir son poster pour l'éternité dans la grande salle de tournois du Horseshoe (et dans la Pavillon Room du Rio auparavant). Depuis ce grand moment, Jeff Madsen était - un peu - retombé dans l'anonymat, même s'il a quand même décroché deux bracelets supplémentaires, un en 2013 sur un Pot-Limit Omaha 3 000 $ et un en 2015 sur un PLO8 à 3 000 $. Mais son terrain de jeu préféré, ce sont les tournois de mixed games. Onze ans après son dernier bracelet WSOP, c'est sur le Dealers Choice 1 500 $ qu'il vient de s'emparer de son cinquième bracelet. Un tournoi sur lequel les joueurs avaient le choix entre 21 jeux diffférents ! Une belle occasion pour aller à sa rencontre, alors qu'il était en train de célébrer avec ses parents au Monte Cristo Cigar Bar du Paris.
Bonjour Jeff, comment te sens-tu après avoir remporté ton cinquième bracelet ?
Jeff Madsen : C'est génial. Cette année marque le vingtième anniversaire de mes débuts ici, quand je suis arrivé et que j'ai remporté le titre de Player of the Year. Ça fait du bien de confirmer dans ce qu'on fait, de se dire qu'on est toujours un bon joueur. Cela faisait aussi onze ans depuis mon dernier bracelet. Tous les bracelets font plaisir. Rien n'égale le premier, évidemment, mais il faut être reconnaissant. Ils sont très difficiles à gagner, donc je suis vraiment très heureux.
Repenses-tu souvent à cette année 2006, quand tu as remporté le POY ?
Oui. J'avais 21 ans. Je venais de voir Chris Moneymaker gagner le Main Event, et c'est ce qui m'a donné envie de jouer au poker. Ensuite, j'ai eu ce rêve de devenir professionnel, et ça a fonctionné. Ça n'arrive pas aussi vite à tout le monde. C'était une période formidable. Ce premier mois a lancé toute ma carrière. C'est donc assez incroyable, vingt ans plus tard, de boucler la boucle et de continuer à gagner. Franchement, c'est génial.
Comment as-tu progressé dans toutes ces différentes variantes de poker ?
Dès le début, j'ai lu le livre Super System de Doyle Brunson. Dans ce livre, il y avait de l'Omaha, du Stud et plein de variantes. J'ai donc toujours joué aux mixed games. Naturellement, j'ai voulu apprendre tous les jeux, parce qu'il y a tellement de Hold'em toute l'année que c'est sympa de pouvoir varier les plaisirs. Les World Series sont une excellente occasion de jouer à autre chose. Le Dealers Choice est probablement mon tournoi préféré. C'est amusant. On peut choisir des jeux inhabituels, jouer à des variantes qu'on ne joue pratiquement jamais le reste de l'année. Beaucoup de jeux se ressemblent finalement, seules quelques règles changent. Si vous êtes un bon joueur de poker, vous pouvez adapter votre stratégie et devenir compétent assez rapidement dans différentes variantes, à condition de comprendre leur structure générale.
Que penses-tu du niveau des joueurs américains en mixed games ?
Aujourd'hui, il y a énormément de bons joueurs de mixed games. Je pense que cette discipline devient de plus en plus populaire. Le PLO est déjà bien installé, mais on voit aussi davantage de joueurs se mettre aux mixed games. Pour un joueur de No-Limit Hold'em, ce n'est pas toujours évident de venir jouer des variantes en Limit. Mais quand ils découvrent l'ambiance, et qu'il n'y a pas les interminables réflexions comme au Hold'em, ils trouvent ça plus amusant. Ça casse un peu la monotonie du Hold'em. Les joueurs américains sont bons. J'ai l'impression que les mixed games sont encore un peu moins développés à l'étranger, même si ça progresse. À l'heure actuelle, je pense que les Américains sont probablement les meilleurs dans l'ensemble, simplement parce que beaucoup d'entre nous pratiquent ces variantes depuis plus longtemps.
Est-ce que tu joues aussi en ligne à ces variantes ?
Honnêtement, pas tellement ces derniers temps. À mes débuts, oui. J'étais sponsorisé par Full Tilt Poker, donc je jouais énormément en ligne. Mais je préfère le poker live. J'aime le côté humain, les interactions, les tells. Pouvoir observer quelqu'un et trouver un ajustement basé sur un détail précis. En ligne, c'est un jeu différent. On peut accumuler beaucoup plus de volume et travailler certaines situations de manière très théorique, très GTO. Les deux formats sont très différents. Je ne dirais pas que le online est mon meilleur format, même si je pense être bon. Quand on se déplace pour un tournoi live, on est davantage investi émotionnellement. À la maison, devant son ordinateur, il faut constamment se forcer à rester concentré. En live, je suis probablement plus impliqué et plus concentré. Cela dit, je jouerai probablement quelques événements WSOP Online cet été.
En dehors des WSOP, joues-tu d'autres festivals à travers le monde ?
Oui. Je suis allé à Prague pour les World Series Europe. J'aime aussi les étapes de l'EPT. Depuis le Covid, j'ai moins voyagé qu'avant, mais je vais aller à Barcelone cette année. Le poker est une excellente excuse pour voyager. J'aime aussi l'Australie. Cette année, je vais clairement recommencer à voyager davantage. Cela faisait cinq ou six ans que je ne faisais presque plus de déplacements poker, à part Prague récemment. C'est une bonne raison de visiter de belles villes, de travailler tout en profitant des endroits où l'on se trouve.
Le titre de Player of the Year est-il un objectif pour toi cette année ?
Oui, clairement. Après, que ce soit un objectif officiel ou non, mon but reste de bien jouer chaque tournoi. Je joue tous les jours. Si vous jouez bien et obtenez de bons résultats, le titre de Player of the Year vient naturellement. Maintenant que j'ai bien commencé les Series, je crois être autour de la dixième place au classement. Je poursuis Shaun Deeb. Ce serait vraiment sympa de remporter ce titre vingt ans après mon premier sacre. Je vais continuer à jouer tous les tournois comme d'habitude. C'est agréable de gagner tôt dans l'été, ça donne confiance. On a l'impression de jouer en freeroll ensuite. Peut-être un ou deux bracelets supplémentaires, et on verra ce qui se passe.
Est-ce spécial d'avoir son poster dans la salle et de passer devant tous les jours ?
Bien sûr. Ce n'est pas uniquement une question de récompenses ou de reconnaissance, mais j'ai eu la chance de connaître le succès très tôt. Aujourd'hui, les gens me connaissent et respectent mon jeu, ce qui est agréable. Ce serait sympa d'avoir une deuxième bannière. Mais c'est toujours un peu irréel quand je lève les yeux et que je la vois. Je n'ai pas un énorme éego, donc cela continue de m'impressionner. C'est aussi agréable de faire partie de l'histoire du poker. J'étais là au début du boom du poker. Moneymaker a gagné en 2003, et j'appartenais encore à cette première génération de joueurs qui a suivi. Aujourd'hui, certains jeunes me disent qu'ils me regardaient jouer lorsqu'ils étaient enfants. C'est assez fou. Je suis reconnaissant d'avoir eu cette chance de gagner aussi rapidement à mes débuts.
Est-ce que les WSOP ont beaucoup changé en vingt ans ?
Oui, énormément. D'abord, les joueurs sont bien meilleurs. Les solvers ont fait progresser tout le monde. Les WSOP sont aussi beaucoup plus grands aujourd'hui. Tout est plus moderne : la technologie, les médias, les influenceurs, les vidéos... L'événement a pris une autre dimension. J'aimais beaucoup l'époque du Rio. Quand j'ai commencé, c'était la première année des WSOP là-bas. Aujourd'hui, nous sommes sur le Strip, au Horseshoe, et c'est devenu gigantesque. J'ai même l'impression qu'on vit une nouvelle forme de poker boom. Après le Covid, les gens avaient envie de sortir, de jouer à nouveau. L'économie semble repartir également. Le poker n'est pas près de disparaître. Les gens adorent jouer. Il y aura toujours de nouveaux joueurs et toujours des joueurs moins expérimentés. Le niveau est plus élevé qu'avant, mais moi aussi je me suis amélioré. Après vingt ans de carrière, on évolue avec le jeu et avec la méta.
Dernière question, tu as un avis sur les joueurs français ?
Les joueurs français sont bons. De manière générale, les Européens ont une excellente réputation. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais ils sont naturellement respectés dans le milieu. Quand je pense aux Français, je les vois comme des joueurs solides et difficiles à affronter. J'ai l'impression qu'ils sont particulièrement bons pour lire les gens et comprendre les dynamiques humaines à la table. Pour moi, la France fait clairement partie des meilleurs pays de poker. Chaque pays a un style un peu différent. On entend souvent certains clichés sur les Allemands ou d'autres nationalités, mais les Français ont leur propre identité de joueur. J'adore la France. J'y suis allé plusieurs fois. Et oui, je pense vraiment que les joueurs français sont très bons.
Merci Jeff !
©Regina Cortina / WSOP







