Le gars du dernier rang

- 3 juin 2026 - Par Tapis_Volant

Treize ans après son premier deep run sur les World Series (24e sur un 3K 6-Max), Julien Duveau est aux portes de la table finale sur le tournoi préféré du clan français, avec un beau billet de 346 108 $ à aller chercher mercredi
Event #13 : 6-max 1 500 $ (Day 2)

WSOP2026

On vous avait prévenus, le 1 500 $ 6-max est LE tournoi des Français sur ces WSOP. Et qui d'autre que Julien Duveau, alias JELLYFISH, un joueur qui a passé une bonne partie de sa vie derrière son écran sur les tables 6-max de Winamax, pour atteindre le Final Day du tournoi ? La table finale est toute proche puisque les organisateurs ont stoppé le jeu à neuf joueurs restants et Julien est en bonne position pour espérer commencer de la meilleure manière son Vegas avec 346 108 $ et un bracelet WSOP.

Dès le début du Day 1, le tournoi avait commencé tambour battant pour Julien, avec un joueur qui l'a 4-bet shove 60 blindes avec As-3 suité quand il avait As-Roi en main. De quoi bien lancer la machine et acquérir de précieuses munitions. Pour résumer son tournoi, Julien n'y va pas par quatre chemins : "Les Américains sont vraiment très nuls dans ce format." Dès le début du Day 1, Julien me confiait avoir vu quelques dingueries. "Les joueurs ne sont pas assez agressifs, souvent trop passifs, trop tights et ils commettent de grosses erreurs quand ils ont beaucoup de profondeur. Quand on approche de l'argent, ils sont stressés. Même avec un gros stack, ils mettent tout au milieu pour se débarrasser du problème plutôt que de réfléchir à comment jouer le coup de la meilleure manière." Tout est allé très vite pour Julien sur ce Day 2, à tel point qu'il n'en revenait pas quand il s'est retrouvé à deux tables left dans une salle parallèle complètement déserte. Le coup qui l'a mis bien s'est passé un peu plus tôt, quand il a triplé avec deux Rois contre une paire de 10 et As-Valet alors qu'il faisait partie des plus petits tapis du tournoi.

Duveau

Il aura fallu quinze ans à Julien Duveau pour arriver si proche d'une grosse table finale WSOP, avec sept ou huit participations à ce marathon depuis 2013. On ne va pas le poudrer, mais avec le 5ᵉ stack et une quarantaine de blindes, on espère bien tenir demain notre deuxième finale de l'été. La fois où Julien avait été le plus loin sur une épreuve des WSOP remonte à 2013 et c'était déjà sur un 6-max. "Je m'en souviens bien, parce que j'avais bust contre Benjamin Pollak en 24ᵉ place et lui avait fait TF." Depuis, si Julien est un visage connu du circuit, il a toujours eu du mal à conclure sur les grands rendez-vous avec comme meilleure performance une 8ᵉ place sur le FPS Paris en 2024 pour 57 000 €. Une table finale lui permettrait demain de battre ce score et qui sait d'aller chercher le magot de la première place. 

Car Julien est formel. Il joue pour l'argent, pas pour la breloque. "Si on me propose un deal où je prends plus d'argent mais je n'ai pas le bracelet, je snap." Depuis quelques années, le grinder assidu travaille pour Spin Elite. Son titre officiel ? Manager de l'écurie MTT et coach pour les joueurs qui évoluent principalement sur les buy-ins entre 5 et 10 € online. "Je gère toute la structure MTT : le recrutement, le management, le staking, l’établissement des grilles. Je m’occupe de toute la partie tournoi avec Giovanni Renna et je fais aussi du coaching pour la structure." S'il fait partie de l'ancienne école, qui a appris à l'expérience en touchant à tous les formats, sans les solveurs, Julien se considère comme "un gars du dernier rang de la classe". Gagnant sans trop forcer à ses débuts, il s'est pendant longtemps reposé sur ses acquis, avant de voir la nouvelle génération le rattraper dangereusement. Passé par la case broke en 2018, il a fait appel à un coach pour se rendre compte à quel point il était largué et qu'il était indispensable qu'il se mette à la page s'il voulait continuer à exister dans ce milieu en mutation. "C'est fou comme chaque année tu te dis que tu étais nul l'année d'avant", me lâche-t-il. 

Demain, Julien Duveau aura l'occasion de sécuriser son séjour à Vegas et effacer des tablettes l'année 2024 des World Series, une année où il n'avait fait que trois places payées sur plus de 70 tournois. "Et encore, c'était sur les plus petits à la fin du séjour !", se souvient-il amèrement. Proche du burn-out de joueur de tournoi à ce moment précis, Julien avait même été "traumatisé" par une situation très inhabituelle en fin de festival : "J'étais sur un de mes derniers tournois, j'arrive en avance et on commence en 3-handed, avec un Américain qui pose son porte-téléphone et son gros thermos sur la table. Il n'a pas l'intention de s'envoyer en l'air, ça c'est sûr. Après cinq minutes, il relance à 6 100 au lieu de 600. Moi et l'autre joueur, on essaye de faire en sorte que le croupier accepte la mise à 600, j'ai As-9 et je préfère voir un flop. Le floor est appelé et décide de maintenir la mise à 6 100. J'explique au Ricain que je suis désolé mais que je suis obligé de faire ça, et j'annonce tapis. Il me snap avec paire de 3 et me fait tomber à 400 jetons. Je bust la main d'après, je me souviens encore croiser mes potes sur le chemin de la caisse. Ils me demandent si je vais m'inscrire, je leur réponds sèchement que je vais re-entry, ils ne me croient pas et je me barre, en état de stress post-traumatique."

WSOP2026

Bref, oublions le passé, le Duveau nouveau est arrivé, et il est tout proche de sa première grosse table finale WSOP. Et on sera aux premières loges demain pour le suivre. Face à lui, deux anomalies du poker moderne, Rania Nasreddine, une joueuse américaine qui avait réussi à claquer deux tables finales de suite sur un Main Event EPT, à Monte-Carlo et Barcelone, et surtout Justin Arnwine, un extraterrestre qui cumule 145 victoires sur Hendon Mob et porte un sac Hello Kitty. Alors, certes, ce sont surtout des tournois à 30 joueurs dans des casinos obscurs d'Atlantic City, mais disons qu'il doit savoir comment joueur un HU.