Disputant son tout premier tournoi WSOP, Arthur Teisseire réalise une performance incroyable en finissant tout proche de la table finale, 10ᵉ pour 120 000 €, sous les yeux de son daron Antonin, qui n'en a pas raté une miette
Event #18 : Monster Stack 1 500 $ (Day 4)

Pendant qu'on avait les yeux rivés vers le possible bracelet d'Erwann Pecheux, un joueur vivait dans la même salle du Paris LA belle histoire de la journée. Arthur Teisseire, fils de qui vous savez, a réalisé aujourd'hui une performance exceptionnelle. Il a battu 11 923 joueurs en terminant 10ᵉ du Monster Stack à 1 500 $ pour un gain mirobolant de 120 000 $. Et tout ça, sous les yeux du paternel, Antonin, qui était aux premières loges. Enfin, pas depuis le début, puisqu'il était encore plus stressé que son fils qui jouait pourtant son tout premier event WSOP. Tonin n'osait pas s'approcher, de peur de le perturber. "Je ne veux pas qu'il joue différemment s'il sait que je suis là, qu'il tente des moves qu'il n'aurait pas fait si je n'étais pas là." On se rappelle tous quand papa ou maman venaient nous voir jouer au foot ou au tennis, le moment parfait pour rater un péno ou faire une double faute.
Valentin Vornicu, João Simao et... Arthur Teisseire
Alors, Antonin se renseigne. Son fils est quand même à 80 left de 1,3 million, il rafraîchit l'appli des WSOP, demande des nouvelles à Sonny Franco ou Tahar Saïd (qui partagent le deep run du fiston). Puis il craque, et se rend dans la grande salle du Paris. Les joueurs se font éliminer les uns après les autres et son fils est toujours là. Jamais fringant, mais toujours debout, Arthur tient, de longues heures, avec un stack entre 10 et 25 blindes. Il est entouré par des joueurs qui détiennent des bracelets, des bagues WSOP-C, mais à aucun moment il ne ressent la pression de l'événement. "J'étais dans mon salon, en train de cliquer", m'avouera-t-il. Car même s'il est le fils d'Antonin Teisseire, c'est surtout online qu'il a fait ses gammes. "J'ai vu mon père jouer au fermé quand j'étais petit et je me suis même fait virer d'un job parce que j'ai regardé sa table finale WSOP plutôt que d'aller travailler."
À 34 ans, c'est seulement la deuxième fois qu'Arthur vient à Vegas. "La première fois, c'était un an après le bracelet de mon père, j'y étais allé avec ma grand-mère aussi, mais j'avais 20 ans, je ne pouvais rien faire, c'était frustrant." Depuis, le petit (il fait 1,90m) Teisseire a beaucoup joué sur Internet. Son papa me vantait d'ailleurs sa belle courbe sur Winamax. "Il doit avoir 60 000 € de gains sur des 5 et des 10 balles." De là à aller claquer une perf' comme ça sur le Monster Stack, c'est quand même assez fou. Même s'il n'a jamais joué à Vegas, Arthur joue des tournois du côté de Cannes depuis une dizaine d'années, avec pour meilleure perf' une 5ᵉ place sur un Ring Event à 500 € en 2017 devant un certain... Alexandre Réard.

Suivi à la culotte par les vidéastes de le Team Partouche, Arthur Teisseire est passé par toutes les émotions sur ce Day 4 du Monster Stack. Le seul moment où il a senti un peu le stress monter, c'est quand il s'est retrouvé en table télévisée aux côtés du chipleader Valentin Vornicu (détenteur d'une dizaine de bagues WSOP). Pas spécialement par rapport à ses adversaires, mais plutôt pour le fait d'être scruté et commenté dans ses décisions. Heureusement, à ce moment-là, il pouvait compter sur le soutien de Sonny Franco (qui deep runnait de son côté le 600 € Mixed NLHE/PLO) qui lui apportait toute son expérience et lui distillait quelques précieux conseils. Dans le rail, Antonin y allait aussi bruyamment de ses conseils. "Fais des piles de 20, t'auras pas besoin de recompter sans arrêt". Laisse-moi faire, lui répondra Arthur, dans la zone à 25 left, avec un tapis confortable pour la première fois depuis bien longtemps.
Tout va très vite, la table finale est proche, mais Arthur sait qu'il va devoir faire des moves pour s'en sortir. À 12 joueurs restants, alors qu'il lui reste une quinzaine de blindes, il tente un resteal avec A
10
mais voit un joueur reshove derrière lui et le relanceur initial payer tout ce beau petit monde. Opposé à As-Roi et Dame-Dame, il est en mauvaise posture et voit son aventure s'achever ici, en dixième position, éliminé sur la même main que celui qui détenait la main non faite. "Je n'ai vraiment aucun regret, quand on s'approche aussi près d'une TF comme ça, on commence à s'imaginer un truc encore plus fou, on imagine le rail qu'on peut avoir, mais comme sur le reste du tournoi, je savais qu'il fallait être agressif pour me maintenir et avoir une chance d'aller plus loin. Je n'ai pas été à tapis couvert souvent, mais je n'oublie pas les bad beats que j'ai infligés, comme ce Roi-10 contre As-Roi où je touche deux 10 pour survivre."

Du côté du papa, on ressent quand même une légère frustration. Pas forcément parce qu'il avait promis de faire du breakdance en cas de table finale (comme Kool Shen l'avait fait pour lui quand il a décroché son bracelet WSOP en 2011), mais parce qu'il sait que la table finale aurait été un moment inoubliable à vivre. "À part le Main Event, c'est le meilleur tournoi à deep run, ce Monster Stack. L'histoire aurait pu être encore plus belle, mais elle est déjà incroyable. Je suis tellement fier de lui. Je l'étais déjà, même sans le poker. Maintenant, il va falloir que j'aille chercher mon deuxième bracelet pour montrer qui est le patron."

La suite, on y réfléchira dans quelques jours. Pour l'instant, Arthur veut chill pendant quelques jours avec ses potes dans la villa, avant de se pencher sur le programme des tournois, et envisager comment poursuivre cette formidable aventure familiale. Et ce qui nous ravit également, c'est que les vidéastes qui avaient fait les vlogs pour Partouche l'an dernier n'ont pas raté une miette de cette histoire. D'ici à quelques mois, vous pourrez suivre ce deep run de l'intérieur.
On n'oublie pas non plus les trois autres grands animateurs de la journée côté tricolore, Vincent Albert (18ᵉ, photo, à gauche), Tahar Saïd (43ᵉ, à droite) et Thomas Cazayous (49ᵉ), qui n'ont pas démérité, mais se sont fait un peu éclipser par le superbe parcours d'Arthur Teisseire. En tout cas, dans nos cœurs.
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