Jumal-on top

- 6 août 2026 - Par Soflo

Après un rapide heads up d'une heure, Lucas Jumalon remporte le Main Event WSOP 2026 et empoche 10 millions de dollars
Main Event 10 000 $ (Fin)

Lucas Jumalon Day 3 TF

On était en droit de s'attendre à une partie très disputée. À une opposition de style confrontant la technicité du jeune Lucas Jumalon, pris sous l'aile de Patrick Leonard, au brin de folie scandinave porté par Lauri Saaskilahti. Les stacks étaient assez proches et conséquents ( 328M et 225M de jetons à l'avantage de l'Américain), suffisant pour faire durer la chose et se délecter de coups de poker apportant matière à discussion dans le chat du stream Winamax.

Le décor est posé, l'enjeu bien réel : 10 millions de dollars, la gloire éternelle et le plus beau des bracelets. Le scénario suffisamment alléchant pour faire signer n'importe quel producteur avide de bonnes affaires : deux types qui se croisent sur une des tables du Day 5, lancent innocemment "on se donne rendez-vous en heads up" pour mieux s'y retrouver près de quatre semaines plus tard. L'un a fait le voyage à Las Vegas grâce à une session gagnante l'année passée au Huster Casino à Los Angeles, de quoi lui payer une partie du ticket d'entrée du Main. L'autre, le natif de Spokane dans l'état du Washington, réalise son rêve, mais surtout un rêve de famille. Celui d'un père passionné transmettant l'amour des cartes à son fils. Aujourd'hui, papa est là, présent juste derrière son petit, vivant par procuration la folie du Main Event. 

HU Day 3 TF

En maître de cérémonie, ça ne pouvait être que lui : Michael 'The Grinder' Mizrachi pour lancer le shuffle up and deal. Messieurs à votre tour de devenir des légendes. Les premières mains servent de rounds d'observation, alors que les deux joueurs peinent à s'observer à cause d'une montagne de billets verts se dressant entre eux. Très vite, Lauri fait du Lauri. Non, il n'est pas là pour être le meilleur ami de Lucas, quand on voit le spot dans lequel il place le jeune homme de 22 ans. Dans un pot limpé préflop, le premier Finlandais à atteindre la table finale du Big One envoie un 3-barrel se concluant par une mise deux tiers pot river. On se prendrait tous la tête dans les mains après un tel mal de crâne. Pas Lucas Jumalon : il lui suffit d'une troisième paire avec 10 pour snap call et infliger le premier coup dur de ce duel. 

HU Day 3 TF

L'écart entre les deux grandit et pour revenir Saaskilahti va devoir prendre encore plus de risques. Comme partir à tapis, sur le 3-bet shove de son cadet : A 10 contre A 9, ça sent bon le double up pour Saakilahti, à moins qu'un 9 ne tombe au turn sur Q A 4 9. Mais rien n'est perdu, il reste une tonne d'outs pour Lauri qui peut serrer le poing sur un 6 river. 

Lauri Saaskilahti Day 3 TF

Tout est à refaire, Lauri revient sur les talons de Lucas. Tout ça nous permet de prolonger le plaisir de quelques minutes, d'étaler encore plus dans le temps les WSOP 2026. Car, malgré ce retour aux affaires, on le sent : la victoire ne peut échapper à Lucas Jumalon, chip-leader de bout en bout de cette table finale. Encore plus si Lauri baisse la garde, après un excès d'euphorie. Dans un pot où il aurait dû déguerpir dès le flop, Saaskilahti plonge dans une longue réflexion après un 3-barrel conclu par une mise à 180M  de Jumalon. Sur A K 4 J 6, Lauri n'a qu'une troisième paire avec J-3.  Pour autant, il a des envies de super hero... Et s'il était tout de même devant ? "Tu l'as ? Je pense que le valet est bon", lance-t-il à Lucas, avant de balancer un jeton au milieu. Au grand bonheur de l'Américain qui est max avec Q 5

Lucas Jumalon Day 3 TF

Ce n'est pas fini, mais Lucas le sait : il a fait un grand pas vers la victoire finale. Pour la première fois depuis le début de cette ultime table, on sent l'émotion l'envahir. Mais pour pleinement exulter, faut-il encore boucler l'affaire en arrachant les neuf dernières blindes de Lauri. Sa seconde balle de match arrive : avec K 6, il pousse son adversaire à tapis qui paie avec une hauteur As, mais avec un 6 au flop, puis un 6 au turn, on peut enfin le dire : Lucas Jumalon remporte le Main Event WSOP 2026. 

Lucas Jumalon Day 3 TF

Plus qu'un simple Champion du Monde, il devient par la même occasion l'ambassadeur du poker dans le monde comme l'ont pu être avant lui des Chris Moneymaker ou Michael Mizrachi. "Si je peux amener n’importe qui à pratiquer notre jeu, j’adorerais ça. Je suis juste si heureux et reconnaissant. C’est un rêve qui devient réalité." Sous les yeux de son père, de son meilleur ami ou encore de son coach Patrick Leonard, Lucas Jumalon soulève le plus beau bracelet et scelle la 57e édition des World Series of Poker ! 

Main Event WSOP 2026
9 208 entrées - Prizepool 85 634 400 $

Lucas Jumalon Day 3 TF

Place Nom Pays Prix
1 Lucas Jumalon Etats-Unis 10 000 000 $
2 Lauri Saaskilahti Finlande 6 000 000 $
3 Gregor Mueller Canada 3 750 000 $
4 Michael Gagliano Etats-Unis 2 750 000 $
5 Han Feng Etats-Unis 2 250 000 $
6 Rami Hammoud Canada 1 750 000 $
7 Jamie Shaevel Etats-Unis  1 500 000 $
8 Mario Boos France 1 250 000 $ 
9 Evagoras Evogorou Chypre 1 000 000 $

Lucas Jumalon Day 3 TF

Lucas Jumalon Day 3 TF

Lucas Jumalon Day 3 TF

Lucas Jumalon Day 3 TF

Lucas Jumalon Day 3 TF

Lucas Jumalon Day 3 TF

WSOP 2026 : tous nos articles

Présents au rendez-vous

- 5 août 2026 - Par Soflo

Le heads up est connu : ce sera Lauri Saaskilahti contre Lucas Jumalon. L'Europe contre les États-Unis. Le chip-leader indéboulonnable contre l'immortel finlandais. Rendez-vous demain à 4h30 sur notre chaîne Youtube
Main Event 10 000 $ (Day 2 TF)

Day 2 TF Main Event

Trois joueurs pour l'ultime journée. Tel était le programme annoncé par les WSOP, mais le cours du jeu en a décidé autrement, la faute à une deuxième journée chaude d'action. Alors quand on est tombé à trois joueurs restants en trois petites heures, l'organisation a laissé jouer. Histoire de, peut-être, dessiner le duel final sans attendre plus longtemps. Et ils ont eu le nez fin...  

Day 2 TF Main Event

Greg Mueller, vendu comme une barre de fer, est bien plus friable qu'annoncé. L'ancien hockeyeur disposant du plus gros et bruyant rail de la table télévisée, n'a pas voulu se faire marcher sur les pieds, a tenté un coup d'éclat, avant de se prendre les pieds dans le tapis. Il aurait pu être celui trouvant un énorme hero call aux portes du heads up, mais encore fallait-il que son adversaire direct, le Finlandais Lauri Saaskilahti, soit en bluff. Dans un pot limpé en BvB, le Scandinave élabore son piège en complétant la grosse blinde avec une paire de Rois. Le plan se passe à merveille puisque Mueller accroche même une petite paire sur le flop 4 A A. Mais le Scandinave se réserve bien de passer à l'action tout de suite. Pourquoi pas au turn sur le J ? Une petite blinde sans crier gare, juste pour appâter sa proie. Alors, sur un banal 3 river, dans une histoire qui n'a ni queue ni tête, Mueller pourrait être tenté de vouloir faire le call de l'année. C'est sûrement ce que c'est dit Saaskilahti quand il a envoyé son tapis.

Day 2 TF Main EventLe mal de tête commence... et la tentation est trop grande. C'est payé. "J'ai les Rois", lâche Lauri dubitatif sur la force de sa main. Mais il va vite se réjouir devant la mine déconfite de Mueller qui retourne 10 4. L'histoire du 'FBT' prend fin en 3e place, le triple champion du monde redescend doucement de l'effervescence du Main Event et prend conscience de sa perf' colossale. "C’est la plus grande expérience poker de toute ma vie. Je ne sais pas ce que je ferai à l’avenir dans le poker", lance-t-il au sortir de sa table finale. 

Day 2 TF Main Event

Bon, je crois bien qu'on touche à la fin de ce voyage : plus de deux mois de coverage entrecoupés d'une pause de trois semaines pour arriver à ce moment : le heads up du plus beau tournoi de l'année. Nous aurons donc d'un côté Lauri Saaskilahti et de l'autre Lucas Jumalon. Et pour rajouter un peu de storytelling à ce moment déjà historique, on apprend que les deux s'étaient rencontrés autour d'une table dès le Day 5. Ils avaient alors lâché de concert : "On se donne rendez-vous en heads up".

Lauri Saaskilahti

Lauri Saaskilahti aura 225M de jetons en face de lui...

Lucas Jumalon
... juste derrière le toujours chip-leader Lucas Jumalon et ses 328M de jetons.

Si Lucas Jumalon peut tout simplement devenir le deuxième plus jeune vainqueur du Main Event derrière les 21 ans et onze mois de Joe Cada en 2009, Lauri Saaskilahti peut réaliser un exploit tout aussi grand : devenir l'une des premières personnes au monde à tenir une résolution de début d'année, lui qui s'était engagé à remporter le Main Event, rien que ça. Alors, pour savoir qui des deux va écrire son nom en toutes lettres dans l'histoire des WSOP et remporter 10 millions de dollars ? Ça se passe ce soir dès 4h30 sur notre chaîne Youtube. On vous y attend nombreux !  

Lauri Saaskilahti

Lucas Jumalon

Day 2 TF Main Event

Day 2 TF Main Event

Day 2 TF Main Event

Day 2 TF Main Event

Day 2 TF Main Event

Day 2 TF Main Event

Day 2 TF Main Event

WSOP 2026 : tous nos articles

Une autre paire de manche

- 5 août 2026 - Par Soflo

Main Event 10 000 $ (Day 2 TF) 

Day 2 TF

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas du tout sur la table finale du Main Event WSOP. S'il nous a fallu six heures de jeu hier pour éliminer deux joueurs dont le Français Mario Boos (8e), les finalistes ont été deux fois plus productifs ce mardi. En trois petites heures, nous avons nos trois derniers joueurs restants. On vous résume une journée de folie comme seule Vegas sait nous en offrir. 

Shaevel, 7e

La première heure a été plutôt calme : un double up de Mueller bien heureux avec K-J contre le A-K de Saaskilahti garde encore les sept joueurs en lice. Dans ce lot, l'Américain Shaevel est le plus mal en point. Il laisse une blinde derrière lui et tente sa chance avec K 6. L'irrésistible Jumalon paie logiquement en grosse blinde et découvre un flop 7 4 3. Les derniers jetons sont avancés de part et d'autre et les valets au turn et à la river ne sauveront pas Shaevel comme premier éliminé de la journée : 7e pour 1,5 million de dollars. Le maillot de Kobe Bryant et le "Mamba mentality" ne lui auront pas suffi à aller chercher le titre. 

Hammoud, 6e

De son côté, l'ancien hockeyeur Greg Mueller continue d'être toujours aussi bon à tapis. Dans une bataille qui sent bon le sirop d'érable, il prend le meilleur sur son compatriote Hammoud en trouvant un double up avec une paire de neuf contre A K. Forcément, Hammoud se retrouve maintenant dans la zone critique des dix blindes. Et avec Q J, ça suffit amplement pour jouer son va-tout. Mais le chip-leader Jumalon reste intraitable : son A 5 demeure devant et élimine le dernier francophone de la table finale à la 6e place pour 1,75 million de dollars. "Quel run, quelle expérience ! Pouvoir partager avec ma famille et mes amis, c'est magnifique. Concourir au plus niveau, au plus niveau de pression, c'est incroyable. Ça change ma vie", lâche-t-il en suivant au micro de Jeff Platt. 

Feng, 5e

Lui était plutôt serein avant d’attaquer cette journée. Après le run de folie qu’il avait vécu la veille, Han Feng était clairement l’homme en forme du petit groupe. Mais comme dit plus haut, les journées se suivent et ne se ressemblent pas. En deux mains, il réussit à perdre 70 % de ses quarante blindes initiales. Il fait d’abord doubler le Finlandais Saaskilahti dans un coup qu’il regrettera par la suite  - de son propre aveu -, puis il y a cette main où il flat paire de 10 pour payer ensuite les deux banderilles de Jumalon, bien heureux avec son full floppé. Il faut donc maintenant relancer la machine pour Feng et quoi de mieux qu’une paire d’As pour se remettre d’aplomb ! Sur sa relance, le Scandinave Saaskilahti le met à tapis tandis que Mueller trouve le bouton fold avec sa paire de valets en grosse blinde. Mais alors que le Finlandais ne joue que deux outers avec sa paire de neuf sur 3 10 8 J, une Q s’abat river donnant lieu à l’un des pires bad beats de cette année coûtant plusieurs millions de dollars à l’Américain finissant 5e pour 2,25 millions de dollars. Un coup du sort déjà digéré quelques minutes plus tard : “Ça arrive. J’aime la manière dont j’ai joué les 10, contrairement à mon A-J contre Lauri qui est bien plus discutable. Prochain stop à Barcelone, j’ai déjà tout réservé.”  

Gagliano, 4e

Devant toute cette agitation, entrainant sortant sur sortant, il y en a un qui regarde tout ça sans broncher prenant palier sur palier. Michael Gagliano n’a plus que trois blindes devant lui quand il pousse tout avec K Q et bien évidemment Jumalon ne dirait pas non à s’offrir le scalp d’un nouveau nom à son tableau de chasse du jour, mais K J ça risque d’être compliqué… à moins de toucher un J au turn nous offrant notre trio de fin pour ce Main Event, le tout en moins de trois heures. Le multiple champion du monde américain, lui, n’en verra pas la couleur, finissant au pied du podium pour la modique somme de 2,75 millions de dollars, ça fait relativiser...

Greg Mueller, Lauri Saaskilahti et Lucas Jumalon. Je crois bien qu'on tient notre casting final pour demain. À moins qu'une dernière dinguerie ne se produise sur le plateau télévisé du Horseshoe car l'organisation n'a encore sifflé la fin de la journée...

Grer Mueller rail

Shaevel

Gagliano

Hammoud rail

Hammoud rail

Hammoud

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Et maintenant ?

- 4 août 2026 - Par Soflo

Han Feng

Que vais-je faire ? 65 ans après Gilbert Bécaud, je me retrouve à me poser la même question que le compositeur français. Après la douloureuse sortie de Mario Boos, il y a quelques heures, en 8e place pour 1,25 million, la table finale du Main Event a fortement perdu de son intérêt. Tous les Français vous le diront : s'il n'y a plus ce petit drapeau tricolore pour nous faire vibrer, on en devient presque indifférent. Bravo au futur vainqueur et ses 10 millions remportés, peu importe qui tu seras parmi les sept derniers finalistes en lice, il n'y en avait qu'un qui faisait battre notre cœur. 

Malgré ce scénario cruel, sur Winamax, on aime faire les choses bien jusqu'au bout. Dès ce soir, vous pourrez retrouver en stream sur notre chaîne Youtube le deuxième jour de la table finale du Big One. Et on continuera bien évidemment de vous narrer tout ça, ici sur la coverage. Ils seront donc encore sept contre les six attendus. Les WSOP ayant choisi de stopper le jeu après plus de six heures de décisions à plusieurs millions de dollars entrecoupées de multiples coupures pub comme une vidéo d'un Youtuber en manque de sous. 

Lucas JumalonAprès cette première passe d'armes, le patron reste le patron : Lucas Jumalon (photo) a vécu des hauts, quelques bas, pour se retrouver finalement avec quasiment le même stack qu'à la première main de la TF avec 212M de jetons. Mais s'il a joué son rôle de chip-leader à la (presque) perfection, le grand antagoniste des mers du Main Event est Han Feng, avant-dernier en jetons hier soir. Sous son haut rose vif plein de frou-frou, inspiré du personnage machiavélique Doflamingo du manga One Piece, il a tiré ses ficelles à merveille passant de moins de 10 blindes à plus de 40 BB finissant juste derrière le chip-leader. Autre belle surprise, le Finlandais Lauri Saaskilahti qui complète le podium avec 33 blindes. 

Demain matin, il devrait n'en rester plus que trois. Qui empochera de nouveaux millions ? Qui loupera de peu le plus beau des bracelets ? Réponse dans quelques heures sur notre stream. On vivra ça ensemble !

L'échelle des gains restants en table finale 

# Gains
Vainqueur 10 000 000 $
2e 6 000 000 $
3e 3 750 000 $
4e 2 750 000 $
5e 2 250 000 $
6e 1 750 000 $
7e 1 500 000 $
8e - Mario Boos 1 250 000 $
9e - Evagoras Evagorou 1 000 000 $

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Quand tout s’arrête

- 4 août 2026 - Par Caro Dark

Une élimination marque la fin d'un parcours. Mais elle dit rarement ce qu'elle laisse derrière elle. C'est pourtant là que parfois commencent les histoires les plus intéressantes
Main Event 10 000 $ (Day 1 TF)

Mario Boos


Hier, je me suis bien gardée d’écrire sur l’élimination de Mario. D’abord, parce que Florian s’en est chargé bien mieux que je ne l’aurais fait et surtout parce que je n’en étais pas capable. Il fallait laisser passer une nuit. Que le vacarme du Horseshoe s’éloigne un peu, que les images s’arrêtent de tourner en boucle, parce qu’au fond ce n’était pas seulement Mario qui venait d’être éliminé, c’était aussi trois semaines d’une aventure hors du temps qui s’achevaient en une river aussi cruelle que sans appel. 

Quand on fait mon métier, on sait qu’il y a des moments très inconfortables. Photographier la joie, c’est toujours facile : quand quelqu’un gagne, il vous cherche du regard, il veut que vous soyez là pour immortaliser le moment. Mais photographier une bulle ou une élimination, c’est tout autre chose. 

Mario Boos

D’un seul coup, on a l’impression de s’introduire dans quelque chose qui ne nous appartient plus, de voler des images d’une douleur qui devrait rester intime Si j’essaie d’avoir toujours un oeil réconfortant dans ces moments là je sais que j’avance toujours sur la pointe des pieds pour ne pas etre la voyeuse qui vient chercher l’image qui va faire pleurer les chaumières et celle qui dérange de trop. 
Hier, quand la river est tombée, que je l’ai vu fermer les yeux dans mon viseur, j’ai cru que je n’allais pas y arriver. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu autant de mal à faire ce que je sais faire. Je les ai suivis, j’ai fait une dernière photo d’eux tous ensemble, j’avais envie d’être sur cette photo parec que c’était ma team à moi aussi et je les ai regardés partir, déconcertée parce que je ne pouvais pas les suivre. Il fallait continuer à travailler, à reporter la suite de cette maudite finale. 

Mario BoosAutour de moi, le vacarme continuait comme si rien ne s’était passé. Je ne sais pas si le plus violent, finalement, ce n’est pas la vitesse à laquelle tout continue. Les tribunes scandaient les chants écrits pour leurs poulains, et des dizaines de personnes continuaient de vivre leur rêve tandis que nous, quelques mètres plus loin, le nôtre venait de s’arrêter.  Le tournoi n’a absolument aucune considération pour ceux qu’il vient de briser, il continue d’écrire son histoire avec une froideur glaçante. Ce qui m’a le plus frappée : le bruit, le bruit euphorisant qui nous avait portés toute la journée, devenait soudainement assourdissant, presque oppressant. Parce que d’un seul coup, il manquait une voix : le rail de Mario n’était plus là. 

Mario Boos

Je ne pouvais plus réajuster la casquette d’Yvon qui décidément n’était pas faite pour lui, je n’entendais plus les hurlements, que dis je, les beuglements de Mathieu, Victor et Bilou. Je ne voyais plus les regards enveloppants de Toto, Nico et Kevin. Plus rien, si ce n'est le vide, le vrai. 

J’ai dû attendre 3 heures avant de pouvoir les rejoindre. Pendant tout le trajet, je me suis demandé dans quel état j’allais les retrouver. D’instinct, j’étais sûre qu’ils étaient en train de fêter cette enorme perf', mais la réalité était différente. Dans les faits, tout était exactement comme d’habitude : on allait et venait entre la cuisine, la piscine et la table de jeu. Les mêmes gestes, les mêmes activités, la même maison sauf que tout le monde avait baissé d’un ton. Personne ne faisait le clown, chacun avait l’air enfermé dans sa bulle. Au milieu de tout ça : Mario. Mario le solide. Mario au sourire désarmant. Mario le solaire.

Il passait d'un groupe à l'autre en répétant : « Hey les gars, tout va bien ! Je viens de finir huitième du Main Event , j’ai gagné 1,25 million de dollars ! Il y a pire non ?! ». Le monde marchait à l’envers : c’était lui qui réconfortait les autres. Après quelques jours passés avec lui, ça n’avait rien d’étonnant. Ce garçon est aussi attentif qu’il est déterminé, il est de ceux qui gardent la tête froide même lorsque le sol se dérobe sous leurs pieds, ceux qui trouvent encore la force de regarder les autres quand tout devrait les ramener à eux. 

Mario BoosJe voyais bien que les autres avaient du mal à l’entendre parce qu’ils n’étaient pas déçus pour eux, mais déçus pour lui. Dans la cuisine, Yvon rangeait deux assiettes avec une énergie inhabituelle, il râlait contre le désordre : " il y en a marre de ce bordel… regarde moi ça il y en a partout ". Je le regardais s’énerver devant cette cuisine qui, en réalité, était le cadet de ses soucis. Il lui fallait simplement quelque chose contre quoi se mettre en colère. Quelque chose de plus facile à ranger que cette immense déception. Il est fier de son fils, immensément fier. Mais il aurait aimé que l’histoire continue encore un peu, sans le dire. Chez les Boos, on continue d’avancer et on prend ce que la vie nous donne du mieux qu’on peut. Pendant toute cette aventure, je me suis souvent dit que cette famille était différente. Dans un milieu où l'argent, les résultats et les ego prennent parfois beaucoup de place, eux n'ont jamais cessé d'être simplement... ensemble.

Au fond, Mario n’a pas seulement réussi un exploit dont rêvent tous les joueurs de poker. Il m’a surtout rappelée quelque chose que parfois on oublie : les plus grandes victoires ne se lisent pas à travers des lignes Hendon Mob. Elles se cachent parfois dans une maison remplie de gens qui vous aiment, dans les liens que l’on tisse, dans la façon dont on traverse les épreuves, ensemble.

Mario Boos

Mario Boos
 

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