Michael Mizrachi remporte le Main Event des WSOP 2025 pour dix millions de dollars
Le Grinder a expédié en un temps record une finale qui lui semblait promise d'avance, pour conquérir son huitième bracelet
Deux semaines après sa victoire sur le Poker Players Championship, le Floridien signe un doublé historique qui lui permet d'intégrer le Poker Hall of Fame et d'entrer à jamais dans la légende de notre jeu
Main Event 10 000 $ (Fin)
"Je ne sais pas : une heure ?"
Voilà ce qu'a répondu Michael Mizrachi mardi soir, au terme de la première partie de la table finale du Main Event des WSOP 2025, quand Jeff Platt lui a demandé au micro de PokerGO en combien de temps il comptait boucler l'affaire ce mercredi. N'y voyez aucune arrogance de la part du Grinder. Il n'était pas le seul à se voir déjà triompher aujourd'hui. À quatre joueurs restants, son nom figurait déjà en haut de notre tableau de résultats, et on connait plus d'un journaliste qui se préparait à annoncer un sacre plus qu'attendu.
Hier, 59 mains ont suffi à Michael Mizrachi pour multiplier son tapis par presque cinq et accaparer plus des trois quarts des jetons en circulation. Aujourd'hui, le Floridien n'en a eu besoin que de vingt supplémentaires, dont… 18 de heads-up, se chargeant lui-même de refermer le couvercle sur une victoire express autant qu'historique.
"Historique". Un terme souvent galvaudé. Mais comment appeler autrement un titre qui constitue à la fois le huitième bracelet en carrière de son champion et le deuxième de son été, 18 jours exactement après le précédent, et pas n'importe lequel : le Poker Players Championship à 50 000 $, que Mizrachi remportait… pour la quatrième fois. "C'est fou, je ne réalise pas. J'ai joué le meilleur poker de ma vie, surtout sur le PPC. J'ai donné le meilleur de moi-même, je n'ai rien lâché. C'était le destin, c'est tout ce que je peux dire. J'avais un pressentiment, je savais que j'allais gagner."
Un doublé irréel, surréaliste même, sur deux épreuves légendaires aussi différentes, qui ne font pas du tout appel aux mêmes qualités. Pourtant, à l'entendre, sur le PPC comme sur le Big One, face aux meilleurs du monde dans neuf variantes différentes ou en No-Limit Hold'em au milieu de presque 10 000 joueurs venus de tous horizons, Michael Mizrachi est resté Michael Mizrachi. "J'ai un style assez old school, je suis plus un "field player". J'ai les maths du jeu dans ma tête, bien sûr, mais je cible davantage les joueurs. Je joue agressivement, pour mettre mes adversaires dans des situations compliquées, et je pense que c'est ce qui me rend meilleur que beaucoup d'autres."
L'Élu
Comment contester cette déclaration quand, de l'extérieur, à partir disons du milieu du Day 8, le bracelet de Champion du Monde lui semblait promis. Mizrachi n'a jamais douté, jamais dévié de sa ligne. En face, plus les journées défilaient, plus les jetons partaient de son côté, plus ses adversaires avaient l'air groggys, comme saoulés de coups prenant la forme de relances poignée ou de showdowns défavorables. Devant les caméras, malgré quelques sourires et autres notes d'optimismes, ils apparaissaient comme résignés à l'idée de n'être que des personnages secondaires dans ce roman épique qui ne pouvait avoir qu'un héros.
Car il y a le fait de gagner le Main Event des World Series of Poker et il y a le fait de le gagner de cette manière. Avec une telle marge, une telle impression de facilité, qui donne à ce succès une ampleur et une démesure inédites. Il fallait voir Michael Mizrachi sur le plateau télévisé, comme dans un fauteuil, lever les pouces en regardant le croupier pour annoncer une relance, se marrer en perdant un coup qui ne changerait absolument rien au résultat final, célébrer avec son clan avant même que la dernière carte ne soit dévoilée, certain que son destin allait s'accomplir.
On en aurait bien repris pendant des heures. Le Grinder, lui, avait décidé de passer en mode rouleau-compresseur. "Ç'a vraiment duré une heure ?, a plaisanté Mizrachi, au moment de lui rappeler ses paroles de la veille. Je ne m'attendais quand même pas à ce que ça dure une heure. Deux peut-être."
Rien ni personne n'a pu se mettre en travers de Michael Mizrachi lors de ces deux dernières journées. Pas même le chipleader John Wasnock, balayé par un As river sur ce qui restera comme le tournant majeur de cette TF, avant de subir un setup de plus sur la dernière main. Pas même l'expérimenté Kenny Hallaert, sixième de ce Main Event en 2016, tombé short hier en fin de journée sur un call perdant puis défait en quatrième place sur un 60/40. Le favori a tenu son rang. Et de quelle manière.
De l'enfer au paradis…
Mais l'histoire de cette victoire est aussi celle d'une résurrection. Et on ne parle pas ici à l'échelle de la carrière de Michael Mizrachi, faite au moins d'autant de hauts que de bas, ponctuée de déboires avec le fisc et parsemée d'excès en tous genres. Non, il s'agit de ce que tout observateur de ce tournoi n'a pas pu oublier. Après une main jouée lors du Day 8, une rencontre entre son As-Valet et le As-Dame de John Wasnock, Michael Mizrachi est tombé à trois blindes. Durant les deux heures qui ont suivi, il a enchaîné les double ups (dont un sur un 3-outer), signant l'un des comebacks les plus retentissants de l'histoire du Main Event.
"Je sais que j'ai dit que c'était le destin, mais à un moment donné, il faut aussi être chanceux, a admis le Floridien. Pour gagner le Main Event, il faut gagner énormément de coups à tapis. Mais quand je tombe à trois blindes, je suis déjà très loin dans le tournoi. Je suis arrivé jusque-là en passant beaucoup de bluffs… mais l'an prochain, je ne blufferai pas !"
On est en droit d'en douter, même si, dans la dernière ligne droite de ce tournoi, il n'en a pas eu besoin. Cette finale 2025 ne restera pas dans les annales pour le niveau de jeu produit à table, mais on s'en souviendra pendant longtemps comme l'une des plus spectaculaires. Elle s'est ouverte avec la présence – historique, là encore – de Leo Margets, devenue la première femme en trente ans à y mettre les pieds, la première de l'histoire du poker moderne. Elle s'est fermée avec la consécration d'un talent et d'un profil hors normes, dont l'aura et le charisme débordent largement du tapis vert. Et si ce sont les cartes qui ont fait la décision, plus que les joueurs, elles ont parfaitement choisi leur champion.
…et parmi les immortels
En guise d'épilogue, les World Series of Poker nous ont offert une dernière séquence émotions d'une rare justesse. En plus de son bracelet de Champion du Monde, Michael Mizrachi a reçu à la fin de ce Main Event l'un des plus beaux hommages qui soient : son intronisation au sein du Poker Hall of Fame. Alors qu'il ne faisait même pas partie de la short list présentée cette année, qui a débouché sur la nomination (fort méritée) de Nick Schulman, le Grinder a rejoint, à titre exceptionnel, le clan des immortels. Ces derniers, dont une partie s'est réunie pour lui remettre en personne le trophée honorant cette distinction (étaient là, entre autres : Phil Ivey, Phil Hellmuth, Eli Elezra, Jennifer Hartman, Brian Rast, David Oppenheim ou encore John Hennigan), n'ont pu rester sourd aux "Hall of Fame! Hall of Fame!" scandés par le rail de Mizrachi depuis le Day 7, et encore moins aveugles à ce nouveau haut fait.
"C'est incroyable, a commenté l'intéressé. Un grand merci aux 33 membres du Hall of Fame. Je sentais que ça allait arriver, mais je me disais 'Peut-être l'année prochaine'. Mais là, c'est fou : gagner le PPC, puis le Main Event et ensuite être intronisé au Hall of Fame : je ne me suis jamais senti aussi bien de ma vie !" Et dire que cet exploit ne se répètera peut-être jamais dans toute l'histoire du poker. "Qu'est-ce que vous racontez ? Je vais le refaire l'an prochain !"
En attendant, le futur proche s'annonce tout aussi épique. "Le plus grand gagnant aujourd'hui, c'est la ville de Las Vegas," ont déjà prophétisé certains, évoquant la longue histoire d'amour entre Michael Mizrachi et le monde de la nuit. On l'a déjà dit à demi-mot : le Grinder est aussi (surtout ?) connu pour ses "performances" en dehors des tables. Et une fois de plus, il semble prêt à confirmer toutes les attentes placées en lui.
"Ça va être une très grosse fête !, a-t-il souri. Il y a beaucoup de monde avec moi. Ma famille, mes amis, tout le monde est venu, certains de France. C'est très important pour moi, ça m'aide énormément à aller loin dans la vie." Et ensuite ? "Probablement Porto Rico, puis Miami pour me reposer en famille quelques jours. Après ça, on verra." Qu'il nous tarde de découvrir le nouveau chapitre de la grande fresque du Champion du Monde Michael Mizrachi.
Main Event WSOP 2025
9 735 joueurs - Résultats de la finale
| # | Joueur | Gains |
|---|---|---|
| Vainqueur | Michael Mizrachi (USA) | 10 000 000 $ |
| 2 | John Wasnock (USA) | 6 000 000 $ |
| 3 | Braxton Dunaway (USA) | 4 000 000 $ |
| 4 | Kenny Hallaert (Belgique) | 3 000 000 $ |
| 5 | Luka Bojovic (Serbie) | 2 400 000 $ |
| 6 | Adam Hendrix (USA) | 1 900 000 $ |
| 7 | Leo Margets (Espagne, Team Winamax) | 1 500 000 $ |
| 8 | Jarod Minghini (USA) | 1 250 000 $ |
| 9 | Lee Dae-Hyung (Corée du Sud) | 1 000 000 $ |











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. Michael Mizrachi défend sa BB avec 10
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