C'est historique : Leo Margets offre au Team Winamax sa première finale sur le plus beau tournoi de poker du monde, le Main Event des World Series of Poker !
"Last Woman Standing", dites-vous ? Et pourquoi pas "Last Player Standing", tout simplement ?
L'accomplissement est extraordinaire, mais le plus dur reste à venir. Et aussi, peut-être, le plus beau...
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Non, Leo est comme les 9 734 autres joueuses et joueurs qui ont participé à cette édition 2025 du Main Event des World Series of Poker : leur seul objectif à toutes et à tous, c'est d'être le Last Player Standing, tout simplement. Et ce soir, au terme de demi-finales parfaitement gérées, celle qui est membre du Team Winamax depuis 2018 a fait un grand pas vers ce qui est l'objectif ultime de tous les joueurs : elle s'est qualifiée pour la table finale. Avec le cinquième plus gros tapis. Avec dans son viseur le premier prix de dix millions de dollars, le titre de championne du monde, le fameux bracelet, et l'immortalité pokeristique qui accompagne tout ça. C'est beaucoup. Mais ce qu'elle a accompli aujourd'hui, et lors de ses sept journées qui ont précédé, c'est beaucoup aussi.
Concentrée, vivant à fond le moment sans jamais perdre un instant ses moyens, chanceuse quand il a fallu l'être, en alerte le reste du temps, Leo n'a pas ménagé ses efforts pour amener la huitième journée du tournoi vers son objectif – tomber de 24 à 9 joueurs – en se chargeant elle-même de trois éliminations. La dernière d'entre elle est instantanément entrée dans le Livre d'Or des WSOP, diffusée quasiment en temps réel dans toutes les salles de poker de Las Vegas. Un coin-flip classique sur le papier, entre sa paire J
J
et le A
K
du Portugais Sergio Veloso, mais dont le déroulement nous offrira l'un des plus beaux coups de théâtre de cette édition.Lentement, les cartes communes ont été étalées sur la table. Un A
venant crucifier la paire de l'Espagnole, rapidement suivi d'une Q
et d'un 9
. Puis un 3
et... un 2
! Une couleur "runner-runner" qui a fait retenir son souffle à tous les joueurs des autres tournois WSOP de la soirée, tous branchés sur le streaming via écrans géants. Ce soir, des tas de joueurs, y compris des pros qui en ont vu d'autres, nous ont confié avoir eu des frissons quand ce fameux "dos de treboles" est venu frapper le tapis vert...Sur le coup de deux heures du matin, au milieu de la cohue typique du climax pré-table finale - techniciens avec leurs grosses caméras, producteurs qui hurlent, photographes jouant des coudes, amis et fans se pressant autour de leurs héros -, nous sommes parvenus à nous frayer un chemin pour retrouver Leo. Elle était entourée de sa large section de supporters, qui n'a cessé de donner de la voix aujourd'hui. Les pros du Team Winamax étaient là. Le coach Stéphane Matheu aussi, bien sûr. Chacun a eu droit à une accolade généreuse. Des larmes ont coulé... Comment pouvait-il en être autrement ?
On savait que Leo était en surchauffe, submergée par une vague d'émotions que l'on peut à peine concevoir. On a tout de même tenté de lui demander une réaction à chaud, à propos de tout ce qu'il s'est passé aujourd'hui. Les mots ont parfois eu du mal à sortir. Non loin se tenait Adrian Mateos, heureux lui aussi, mais se faisant déjà grave, professionnel comme à son habitude : la maquina savait que le plus dur restait à venir. « Il y a encore beaucoup de chemin à faire, et deux journées entières de poker à jouer. »
On l'a dit : les labels du genre "dernière femme en course", cela ne veut rien dire pour Leo. Alors on s'est concentrés sur ce qui compte vraiment ce soir : tout ce qu'elle est en train d'accomplir. Cette formidable chevauchée, longue de huit jours, vers la finale du tournoi de poker le plus prestigieux de la planète. Qu'est-ce que cela représente ?
« Je n'arrive pas encore réellement à y croire. Aujourd'hui, il y a eu trop d'émotions. Je me demande si je ne suis pas en train de rêver ! Ce qui m'arrive, c'est que tous les joueurs de poker rêvent de vivre. »
Il y a une semaine, à la fin de la deuxième journée du tournoi, on se réjouissait en comptant les troupes Winamax : huit pros qualifiés pour le Day 3, plus le jeune Sam Jakubowicz, vainqueur de l'opération Team Pro Experience organisée en début d'année et, à ce titre, membre honoraire du Team W pour la durée du Main Event. Mais 24 heures plus tard, Leo et Sam seront les seuls porteurs du fameux patch Team Pro à franchir la bulle, en compagnie de 1 400 et quelques autres joueurs. Un moment enfiévré, psychédélique, qui nous paraît déjà vieux d'un an au moment d'écrire ces lignes.
Aujourd'hui, voilà Leo qui entre dans le club de joueurs de poker le plus fermé qui soit, soutenue par toute la famille Winamax présente à Vegas et une bonne partie de la communauté espagnole. Ils ont passé la journée à crier leurs encouragements depuis les gradins, au moindre petit pot gagné. Léo ne pourrait être plus reconnaissante de ce soutien. Une personne en particulier lui vient à l'esprit...
« J'ai le meilleur groupe de soutien dont on puisse rêver, que ce soit le Team Winamax, et mes amis qui sont restés derrière moi toute la journée. Je n'arrête pas de penser à Lucia [Navarro] et ce que son soutien a signifié pour moi au cours des trois derniers jours. Aujourd'hui, je ne voulais même pas regarder la table et les cartes lors de ce fameux coin-flip. Tout ce dont j'avais besoin, c'est qu'elle regarde pour moi. »
Leo fait bien sûr référence à LA main de la journée, celle où un As sur le flop a réduit nos espoirs en miettes... avant que la miraculeuse série de quatre trèfles ne nous fasse exploser de joie, la propulsant en deuxième place au classement alors qu'il restait seulement 16 joueurs. Ce 2 de trèfle salvateur, ne ferait-il pas un magnifique premier tatouage ?
« C'était incroyable. Je n'irais pas jusqu'à me faire marquer avec, honnêtement ! Là, tout de suite, je suis tellement excitée, je ne sais pas ce que je veux. Tout ce que je sais, c'est que j'ai le meilleur entourage qui soit. Mais, comme Adri me l'a dit, il faut maintenant revenir sur terre, et se concentrer sur la table finale à venir. Ça va être très difficile : il faut que je sois prête. Il reste beaucoup de chemin à parcourir. »
La réaction du coach
Stéphane Matheu : « C'est historique ! C'est ça qu'on cherche depuis le début. Quand je pense qu'on avait 8 pros au Day 3, plus Sam... pour qu'au final ce soit Leo qui se retrouve à continuer son chemin toute seule. »Concernant le fameux coin-flip : « Je me faisais la réflexion récemment : peut-être que ces derniers temps, je ne ressentais plus les émotions qui vont avec les grosses perfs autant qu'auparavant parce que le Team Winamax a quand même vécu beaucoup, beaucoup de grands moments depuis quelques années. Et là, quand ce 2 de trèfle es tombé, j'ai ressenti une décharge électrique des pieds à la tête. »
Concernant la finale à venir : « L'important pour Leo, ça va être de rester dans sa performance. Elle a été parfaite jusque là, elle a tiré le maximum de son run et de sa chance. Mais le plus dur reste à venir. C'est très bien, qu'il y ait une journée de pause. On va se voir, comme on s'est vus tous les matins depuis le début du tournoi. »
La plus belle page de l'histoire du Team Winamax ?
En 2009, c'est un Team Winamax vieux de seulement deux ans qui goûtait à son premier vrai deep-run sur le Main Event des WSOP, via un Ludovic Lacay au sommet de son art, mais stoppé en 16e place. Trois ans plus tard, la petite nouvelle Gaëlle Baumann livrait une performance de grande, très grande, mais assortie de terribles regrets : dans les archives du poker, cette dixième place n'est pas considérée comme une place en finale, quand bien même il ne reste plus qu'une table à ce moment-là. Seuls les neufs premiers joueurs entrent dans l'histoire des WSOP... En 2013, on a vibré en finale avec la quatrième place de Sylvain Loosli, mais là encore, une note en bas de page s'impose : le Toulonnais avait rejoint le Team après avoir atteint l'ultime table, durant de ce qui était encore un intervalle de trois mois entre les demi-finales et la conclusion du tournoi, le fameux concept "November Nine" qui n'a plus cours aujourd'hui.Tout cela pour vous dire que mardi, à partir de 13 heures 30, heure locale (22h30 en France), la meilleure équipe poker du monde va enfin véritablement savourer jusqu'au bout le plus magnifique des deep-runs que puisse vivre un joueur de poker. Jusqu'au bout ? On s'avance un peu... mais on le sait : Leo a toutes les cartes en main ! - Benjo & Jonas




























