Le verre à moitié plein

- 12 juillet 2025 - Par Flegmatic

Thomas Eychenne, Adrien Zychowski et Leo Margets font partie des 57 derniers prétendants au titre de Champion du Monde
Le clan français est bien moins fourni qu'attendu, mais l'espoir subsiste
Main Event 10 000 $ (Fin du Day 6)

Thomas Eychenne - Adrien Zychowski

14 Français au Day 6 du Main Event des World Series of Poker : l'événement ne s'était encore jamais présenté. Et malgré la présence de quelques profils controversés au sommet du classement, le casting dans son ensemble avait de quoi laisser rêveur. Plusieurs top regs habitués des tables finales des plus gros festivals du circuit, un ancien Top Shark passé tout récemment à deux doigts d'un premier bracelet, un vainqueur de Team Pro Experience franchissant un à un les obstacles se présentant face à lui, l'une des meilleures joueuses françaises en plein comeback, un ancien sur le retour ou encore des cash gameurs en plein one time : que pouvait-il mal se passer ? Pourtant, dix heures de poker plus tard, douze d'entre eux ont rendu les armes bien trop prématurément à notre goût, tous aux portes du Top 100.

Alors quoi, c'est fini ? Non, car si vous savez correctement compter, vous avez déduit qu'il reste encore deux Bleus en piste. Deux joueurs aux profils radicalement différents, qui ont d'ailleurs partagé une bonne partie de leur journée ensemble et qui nourrisssent les mêmes ambitions. Et attendez, on ne vous a pas tout dit. Pendant que nos Frenchies tombaient les uns après les autres, le clan espagnol, lui, restait 100% intact. Un trois sur trois qui nous rend un peu (beaucoup) jaloux, mais dont on se satisfait au moins à un tiers, puisque parmi ceux-là figurent la dernière femme de ce tournoi, et elle porte un W rouge. Alors, elle n'était pas si mal cette journée, finalement ? On débriefe. - Flegmatic

Leo Margets (Espagne, Team Winamax) : la lionne rugit encore
6,4 millions (32 BB)

Leo Margets

C'est une journée intense qui vient de s'achever pour Leo Margets. Déplacée de nombreuses fois d'une feature table à une autre, elle a dû batailler avec les mêmes adversaires une bonne partie de la journée, à la fois sous le feu des caméras de PokerGO, mais aussi (surtout en ce qui nous concerne) de celles de Dans la Tête d'un Pro. Impliquée dans de nombreux gros pots, la Barcelonaise s'est rapidement élevée au-dessus du tapis moyen, avant de perdre quelques plumes lors du dernier niveau. De quoi nourrir de nombreux épisodes de votre série préférée.

Avant de placer dans son sac ce qui représentera une grosse trentaine de blindes pour demain, Leo a connu un premier événement aujourd'hui : pour la deuxième fois de sa carrière, seize ans après la première, l'Espagnol est la Last Woman Standing de ce Main Event. Un exploit que seulement six femmes ont réalisé avant elle et qu'elle considère comme… un non-événement absolu. "Honnêtement, peu m'importe d'être la dernière joueuse en course, nous a-t-elle avoué. Bien sûr, c'est une bonne chose parce que ça montre que je vais loin dans le tournoi et que je joue bien. Mais tout ce qui m'intéresse est de jouer chaque main du mieux que je peux, de profiter du moment et, évidemment, d'aller le plus loin possible."

Leo Margets

Hier, Leo nous disait que sa table la plus relevée depuis le début du tournoi était, de loin, celle de son Day 2. À la fin de la journée, nous l'avions retrouvée épuisée. Aujourd'hui, elle était nettement plus enjouée et encore pleine d'énergie. Les derniers jours ont ainsi été plus tranquilles qu'escompté. "Oui, le Day 2 était le plus difficile à gérer. J'ai eu une tonne de spots compliqués. Aujourd'hui, j'en ai eu une juste avant d'être déplacée en feature table, où j'ai fold brelan. J'ai misé 500 000, mon adversaire m'a relancé à 1,35 million et j'ai abandonné. Je n'en revenais pas d'avoir fait ce fold, mais ça me montre à quel point je suis concentrée : je vais chercher des raisons pour prendre des décisions compliquées dans ce genre de situations." Même si elle devra négocier un tapis pas évident de 32 BB, les ingrédients semblent réunis pour que Leo efface des tablettes cette 27e place acquise en 2009. Avant de viser mieux ? - Jonas

Thomas Eychenne : la force tranquille
7,2 millions (36 BB)

Thomas Eychenne

"Le premier Day 7 de ma vie, c'est fou quoi ! Il est tellement éprouvant ce tournoi…" À peine la fin de cette journée actée, les premiers mots de Thomas Eychenne ont été pour la dimension physique de ce Main Event, comme pour signifier qu'il s'agit de la véritable difficulté supplémentaire à prendre en compte ici. "Je n'arrive pas à trouver un bon rythme, donc je dors mal et je dors peu. En début de journée, ça va, mais le dernier niveau est très difficile. Par exemple, là, je n'étais pas dedans. À cause de la fatigue, j'ai joué plus tight que ce que j'aurais fait d'habitude. Je n'avais pas envie de rentrer dans des gros coups, de faire des erreurs."

Se préserver dans les moments difficiles pour conserver le peu d'énergie qu'il nous reste : c'est aussi ce qui peut faire la différence après des heures et des heures de poker. Pour l'aider dans cette tâche, Thomas a eu la chance de passer la journée à "une table très small ball. Il y a peut-être eu un ou deux gros coups. Moi, je n'en ai joué qu'un, le flip que je perds contre Adrien." Une journée placée sous le signe de la discipline, à l'opposée d'un Day 5 fulgurant durant lequel il a collectionné les premiums et multiplié les grosses rencontres. Une journée presque à l'économie, qui pourra l'aider dans sa conquête d'une nouvelle table finale de prestige, deux ans et demi après avoir terminé 7e du deuxième PSPC.

"J'ai conscience de vivre un truc assez fou, concède Thomas. Mais 57 joueurs restants, on est encore loin, et j'ai moins que la moyenne. Disons que c'est un nouveau tournoi qui commence, je ne me fais pas d'illusion ni de rêve." La tête sur les épaules, conscient d'être arrivé plus loin que 99,5% du field, mais avec encore énormément de travail devant lui. D'autant qu'avec 36 blindes, chaque coup peut être le dernier. "Il va falloir gagner des flips," conclut-il dans un sourire. - Flegmatic

Adrien Zychowski : dans sa bulle malgré l'effervescence
5,075 millions (25 BB)

Adrien Zychowski Team Elite

"Empile, gogogo !", hurlent les amis d'Adrien Zychowski depuis le rail, en voyant le membre de la Team Élite remonter des pions. 20 blindes au début de la journée, ça ne semblait pas être le bon scénario pour un joueur de cash game. Habitué à jouer 100 ou 200 BB deep, Adrien était loin de sa zone de confort. Pourtant, c'est un bloc qu'il a su manœuvrer avec résilience, laissant les mains passer les unes après les autres, les couchant sans s'impliquer dans des pots complexes. Puis est arrivé ce double up contre Thomas Eychenne, qui a lancé son tournoi lorsque ses Dames ont tenu face au As-Roi de son compatriote.

De là, un autre tournoi s'est engagé. "C'est le moment où j'ai commencé à visualiser, et me dire qu'il y avait quelque chose à faire." Adrien sort la panoplie : les 3-bets, les calls contre les relances, le jeu postflop, jusqu'à essuyer quelques revers qui l'ont remis dans un mode "rocher", comme il dit. La pause repas passe et le temps devient long, paraissant une éternité pour lui comme pour les autres participants. Il faut dire que six jours de jeu à raison de 10 heures de poker par jour, ça fatigue son homme.

Vidé de son énergie, Adrien ne maîtrise plus totalement ses gestes, à tel point qu'il doit s'y reprendre à deux fois pour mettre ses jetons dans son sac. Mais l'essentiel est préservé : avec 5,7 millions, il est toujours là, dans une zone qu'il semble finalement affectionner. Son clan sera là dès midi pour le soutenir, mais Adrien le dit lui-même : "L'ambiance est folle, mais je suis dans ma bulle. Je les entends, mais je pense qu'ils vibrent plus que moi pour l'instant." Pierre, le manager et caméraman de la team, le suit constamment dans cette aventure et vibre en continu. "C'est dingue, on vit une aventure de groupe folle", dit-il, avant d'embarquer tout le monde se coucher. Car demain c'est une très longue journée qu'ils vivront tous ensemble. - Phil Anthropik

Il y aura qui en face ?

Un ancien Champion du Monde, un ancien finaliste, un Espagnol spécialiste de PLO, une valeur sûre du circuit américain, un régulier du circuit Triton, une tête à claques britannique ou encore un imprévisible amateur canadien : il reste encore du beau monde pour se dresser entre nos trois petits chouchous et le bracelet. On vous en présente une poignée.

Kenny Hallaert

"Ils ont tué Kenny !", c'est pour South Park. Sur ce Main Event c'est plutôt "Ils ont engraissé Kenny". Avec un énorme pot gagné dans un 3-way all-in (AA vs QQ vs JJ) sur l'une des dernières mains de la journée, le Belge prend les commandes de ce tournoi qu'il a deep run quatre fois en dix ans, se hissant jusqu'en 6e place en 2016.

Eric Afriat
Avec un pot de 20 millions encaissé dans style de poker non conventionnel, Eric Afriat est l'un des profils qui peut animer ce Day 7. Mais qu'on ne s'y trompe pas : avec 6 millions sur Hendon Mob, le gaillard n'est pas le perdreau de l'année.

Greg Merson
Vainqueur en 2012, Gerg Merson est sur le bon chemin pour retrouver la table finale. Ça passera par un Day 7 qu'il abordera avec un petit stack de 3 millions.

Will Kassouf
Pour combien de temps encore entendra-t-on "9 high like a boss!" dans ce tournoi ? Avec 2,5 millions à la reprise, acquis grâce à un double up salutaire en toute fin de Day, William Kassouf fait partie des favoris pour sauter avant la pause dîner.

Leon Sturm
Leon Sturm sillonne le circuit Triton mais c'est sur les WSOP qu'il a réalisé son plus gros gain, en prenant un bracelet sur le Highroller à 50 000 $ de 2023. Celui-là même sur lequel Alex Réard s'est incliné en heads-up ce soir. L'Allemand aura 34 blindes à faire fructifier demain.

Michael Mizrachi
La table finale mythique de 2010 dont il avait été un des grands acteurs est a porté de main pour Michael Mizrachi qui termine 3e de ce Day 6 avec 19 millions de jetons.

Chad Power
Power Ranger force rouge pour Chad qui continue son incroyable comeback en se positionnant 5e sur la grille de départ du Day 7.

Tony Gregg
12 millions de gains dont un quart furent collectés lors de son bracelet sur le One Drop Highroller à 111 111 $ en 2013, ça vous donne une idée du pédigree de Tony Gregg qu'on suivra de très près avec son tapis de 10 millions (50 BB).

Lautaro Guerra
Lautaro Guerra à fait une incartade qui pourrait lui rapporter du pognon en s'inscrivant à son premier tournoi de No-Limit Hold'em de l'année. Spécialiste de Omaha, il est déjà allé chercher un bracelet dans le prestigieux PLO 100K organisé aux Bahamas en décembre dernier. 11,7 millions dans le sac pour l'Espagnol.

Theo Tran
Leo Margets retrouvera peut-être sur son chemin Théo Tran, qui avait également réalisé un beau deep run (126e) sur le Main Event 2009.

Les éliminés français du Day 6

Sam Jakubowicz

Cliquez pour consulter l'article correspondant à chaque déception tricolore du jour :

103ᵉ : Arnaud Mattern 70 000 $
107ᵉ : Adrien Delmas 70 000 $
108ᵉ : Damien Luis 70 000 $
111ᵉ : Vladimir Nex 70 000 $
114ᵉ : Florian Ribouchon 70 000 $
117ᵉ : Fabrice Bigot 70 000 $
128ᵉ : Jordan Dumas 70 000 $
136ᵉ : Sam Jakubowicz (photo) 70 000 $
164ᵉ : Romain Locquet 60 000 $
169ᵉ : Alexis Lucarini 60 000 $
171ᵉ : Thi Xoa Nguyen 60 000 $
202ᵉ : Julien Mariani 60 000 $

Mounir Tajiou

Trublion bordeline dans la veine d'un Kassouf, animateur numéro de la table télévisée lors du Day 5, le Suédois Mounir Tajiou fut le dernier sortant de cette journée (58e, 165 000 $).

Gold Tables

On se donne désormais rendez-vous samedi à partir de midi (21 heures en France), pour le dernier virage avant le sprint final vers la TF de ce Main Event. On ne sait pas encore si les plans seront de tomber à 18 joueurs ou de disputer un certain nombre de niveaux, mais avec deux Français et une Team Pro Winamax encore dans le coup, il y aura de toute façon largement de quoi vibrer. Avec vous ?

Flegmatic, Phil Anthropik, Jonas & Caroline Darcourt

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