La bulle du Main Event vue de l'intérieur
Main Event 10 000 $ (Day 4)
Vétéran du Main Event, Luis se rappelle au bon souvenir de la bulle qui avait précédé son deep run, cela remonte à 2010. Cependant, son estimation reste loin de la réalité... puisque, avec quinze éliminations à vivre avant d’entrer dans l’argent, les phases de tank exagérées vont commencer très tôt. "C’est long... la table derrière moi a mis 18 minutes pour jouer la première main" se lamente Clément Meunier. "Enfin bon, je suis obligé de les imiter parce qu’avec mon tapis, je perds beaucoup trop si je ne le fais pas."
Après une heure de jeu, l’un des moments les plus attendus de la planète poker arrive enfin : la bulle du plus gros tournoi de l'année. Enfin, pas tout à fait. Avant ça, il faut traverser la phase de main par main. Et Dieu sait si elle est importante, car c’est le moment où l’organisation ne doit pas flancher dans le décompte des bustos.
Heureusement, cette année, la révolution technologique introduite par l'appli WSOP+ va grandement les aider. Chaque bust est saisi en temps réel sur l'ordinateur, d'un simple clic du croupier sur une tablette placée devant chacun d'entre eux. Rien à voir avec le fonctionnement à l'ancienne que l'on avait connu jusqu'en 2024, lorsque tout était encore fait à la main, et avec les yeux.
La deuxième phase est le mouvement général qui s’ensuit, avec une cohorte de journalistes du monde entier se traînant dans le sillage du chef des WSOP, tentant d’obtenir la meilleure place autour de l’ovale concerné. Celles-ci sont chères. Des caméras mastoc de PokerGO au téléphone du vlogger de quartier en passant par l'appareil de LA photographe du poker, Caroline Darcourt, la masse d’objectifs qui se rue d’une table à l’autre ne laisse pas de place au faux pas, sous peine d’être piétiné sans vergogne avec, pour seule excuse de notre bourreau, l’envie d’obtenir le meilleur angle.
Arrive ensuite le troisième acte : une fois tout le monde en place, la main est jouée là où l’action s’est arrêtée, c’est-à-dire au moment où le tapis a été payé. L’abattage se fait en direct : Jack Effel met sa casquette de speaker pour narrer la situation au reste du field, qui peut également suivre le coup sur les écrans géants de la salle.Pour chaque main jouée, la clock du tournoi est arrêté deux minutes. Mais vous vous doutez bien que l’ensemble du processus est infiniment plus long. Un chronométrage perso d’une de ces séquences a mesuré dix minutes entières. Et encore, il s’agissait d’une séquence où seuls deux joueurs étaient à tapis, dont aucun ne s’est fait éliminer. Maintenant que vous avez cette donnée, sortez vos calculettes et faites le calcul approximatif pour neuf situations similaires. On vous épargne la recherche : ce sont bien 90 minutes qui furent nécessaires pour la seule phase de main par main. Si la plupart des joueurs sont restés pour assister au spectacle, on a repéré des vétérans du Main Event qui connaissaient la musique et en profitaient pour faire autre chose. Parmi ceux-ci, Antonin Teisseire s’est levé dès le lancement du "hand for hand" pour aller griller une cigarette, tandis que J-C Tran, croisé aux toilettes, savait qu’il aurait largement le temps de faire sa commission avant que la prochaine main ait lieu.
À l’autre bout de la salle, PonceP et Erika Moulet découvrent cet événement hors normes pour leur premier Vegas, un épisode qu’ils évoqueront dans le prochain 100 % Poker tourné sur place. Annoncé en début de journée, le bubble boy ne repartira pas les mains vides, puisque l’organisation le gratifiera d’un package d'une valeur de 30 000 $ pour les WSOP Bahamas, qui auront lieu en décembre prochain. J’assiste à une discussion de regs entre Florian Ribouchon, Léo Soma et Loïc Debregeas sur le "risk premium" de terminer à la bulle. Je m'enfuis.Vous l’avez compris : le bubble boy, qui n’est initialement pas censé prendre un kopeck, en prendra quand même (en "value" si ce n'est en cash), ce qui explique que cinq joueurs se sont retrouvés à tapis à la "stone bubble". Pourtant, ce n’est pas sous l’œil des caméras mobiles de PokerGO que la bulle officielle sautera, puisque c’est Julien Mariani qui se chargera de libérer tout le monde, directement depuis le plateau télé. En début de parole, il open/call avec K
6
la sur-relance d’un joueur, alors qu’un troisième, nommé Sachin Joshi, est à tapis forcé de BB... Ils sont donc trois à jouer, dont deux pour un side pot. Une mise du Sudiste sur un flop anodin suffit à faire fuir son adversaire. Les joueurs retournent leur jeu : Joshi est mal embarqué avec un 9
6
qui restera derrière après l'apparition d'un 8 puis d'un 6.
Dans la ballroom où toutes les autres tables sont réunies, le rush des caméras se remet en branle : il reste quatre autres situations à aller voir. Deux d’entre eux se sauveront, mais pas Marco Dickner ni Mathew Frankland. L'avantage, pour les trois, d'avoir sauté simultanément à la "stone bubble", c'est qu'ils ne repartent pas les mains vides. Techniquement, les deux premières places payées leur reviennent de droit. Deux fois 15 000 dollars à partager en trois parts. Bref, ils récupèrent leur investissement initial de 10 000 balles.
Mais il reste encore à les départager pour recevoir le prix du "vrai" bubble boy : le package pour les Bahamas.
Après une heure trente d’une intensité rare, le jeu reprend. La machine à éliminations va recommencer à tourner à plein régime. Vous l'avez déjà constaté en lisant les articles écrits par mes collègues tandis que je tapais ce récit. It's popcorn time! - Phil Anthropik






















