Claude Marbleu est le dernier Français en lice, assuré de 5 000 dollars au moins.
Joueur de backgammon éclairé, il partage ce deep run avec un autre spécialiste de la discipline, notre Team Pro Gus Hansen
Event #47 : Omaha High-Low / Stud High-Low 2 500 $ (Day 2)
Je retrouve le Toulousain à 50 joueurs restants sur une table où il évolue à la gauche de Phil Hellmuth. Quand je demande à Claude ce que ça lui fait de partager sa table avec une légende, il me glisse malicieusement qu’il l’a éliminé l’année dernière. "Phil ne s’en souvient pas... mais c’est normal, il bust tout le temps !"
Mais en fait, la vraie légende, ne serait-ce pas Claude Marbleu himself, ce petit bonhomme à la retraite qui vient défier les plus grands en mixed games depuis tant d’années ? Bible vivante du poker français, l’homme aux mille anecdotes connaît tout le monde. Quelle avait été ma surprise de le découvrir pendant le tournage de mon film Nosebleed, échangeant pendant un repas arrosé des mains de Stud High-Low avec Alex Luneau et Seb Sabic ! "Le Stud Hi-Lo, c’est vraiment ma variante préférée, celle que j’ai l’impression de mieux maîtriser. En No-Limit Hold’em, je n’arrive pas à suivre la cadence. Avec la GTO, il y a trop de travail pour se maintenir au niveau."
Si on croise principalement Claude aux tables de poker, c’est surtout via le backgammon (et au bridge) qu'il s’est fait une solide réputation, disputant de nombreuses compétitions internationales depuis des années, aux côtés de François Tardieu, Arnaud Mattern, Paul Magriel (l'inventeur du fameux concept de "M" dans le poker, et surtout auteur du meilleur livre stratégique de backgammon de tous les temps) ou un certain Gus Hansen. "C’est marrant, je me suis retrouvé deux fois à la table de Gus sur ce tournoi. On a beaucoup parlé, il m’a raconté un peu sa vie à Copenhague et les grosses parties de backgammon qu’il faisait."
22ᵉ en 2022, Claude Marbleu est d’ores et déjà dans les places payées sur ce tournoi qu’il avait coché depuis longtemps. "Je suis arrivé exprès il y a deux jours pour jouer ce tournoi", me glisse-t-il avant de relancer avec un A
affiché. Des anecdotes sur Vegas, Claude pourrait en raconter des milliers, comme sa première participation sur le Main Event, où il a perdu un flip avec As-Roi contre paire de 9 sur la première main (faut dire que la structure était très différente à l'époque) ou ce satellite pour le Poker Players Championship où, au lieu de prendre un ticket pour le tournoi, il avait accepté un deal à 6 restants, sécurisant 35K$. Il le regrette d'ailleurs amèrement, tant ce tournoi le fait rêver depuis toujours. Si Claude Marbleu a brillé à plusieurs reprises sur les World Series, il n'a jamais fait mieux qu'une 10ᵉ place (à Enghien, sur la version Europe des WSOP), en plus de quelques places d'honneur sur des tournois de variantes.
Sur ce tournoi qui m'a servi de prétexte pour aller lui parler, tout va plutôt bien pour Claude, qui estime que le field n'est pas très relevé. "Les Américains font beaucoup d'erreurs en Stud Hi/Lo, ils surestiment notamment la force du High, alors que c'est clairement un jeu de freeroll et qu'il vaut mieux avoir un Low." J'ai tout de même assisté à un coup où il aurait clairement pu bust, mettant ses derniers pions dans la bataille avec A
4
A
2
Q
J
8
contre un joueur qui affichait un tableau 4
T
7
2
. Heureusement pour Claude, son adversaire n'avait finalement qu'un Low et sa main ne battait pas sa paire d'As pour le High. Bref, vous l'aurez compris, il a eu chaud sur ce coup, à tel point qu'après avoir tank-call, il a lâché un petit "You scared me!" qui voulait tout dire, avec un beau petit accent français.




