Pitavy, paye ta vie !

- 12 juin 2025 - Par Tapis_Volant

Deuxième au chip-count du High Roller à 100 000 $ en fin de Day 1, Emilien Pitavy nous révèle quelques petits secrets de la planète high stakes
João Vieira et Adrián Mateos terminent la journée dans le top 10
Event #38 : High Roller 100 000 $ (Fin du Day 1)

Pitavy

Voir des joueurs dépenser 100 000 dollars pour jouer aux cartes me surprendra toujours, même après de longues années à parcourir le circuit du poker. Qui sont ces gens qui allongent autant de billets verts pour une partie de Texas Hold'em ? Comment vivent-ils le fait de pouvoir sauter dès la première main avec deux Rois contre deux As ? Sont-ils les meilleurs des meilleurs parce que le buy-in est le plus cher ? Pour répondre à quelques-unes de mes interrogations, j'ai trouvé l'un des meilleurs guides, un certain Emilien Pitavy, étoile montante du poker français, qui connaît un démarrage tonitruant sur ce High Roller pour pointer en deuxième place au chip-count à l'issue du Day 1, seulement coiffé au poteau pour le chiplead par l'excellent belge Thomas Boivin

Parmi les secrets les mieux gardés du circuit des ballas : l'action que les joueurs détiennent sur ces tournois. Et apparemment, la parole se libère depuis quelque temps, brisant ce qui a longtemps été un tabou. "Il y a même des mecs qui blaguent à table sur le fait qu'ils ne détiennent que 1% de leur action", me lâchait Emilien lors de la dernière pause de la journée. Plus prosaïquement, une grande majorité du field de ces High Rollers ne jouerait que pour 5 ou 10 % de leur action. Sur un événement du circuit Triton, une légende circule même sur le fait qu'un investisseur détenait de l'action sur tous les joueurs de la table finale...

Peu de joueurs ont la bankroll pour jouer ces tournois (il faudrait bien 10 millions en banque pour respecter le "BRM" !) et seuls les riches récréatifs (plus une minorité de pros) détiennent toute leur action. Pour Emilien, en parler, c'est aussi une manière de faire comprendre aux gens qui le suivent et à sa famille que les sommes en jeu ne finiront pas en intégralité sur son compte en banque. "Si je gagne un million sur un de ces tournois - et je sais que ça arrivera un jour - la somme que verra mon banquier sera bien plus faible !" Dans son cas à lui, il s'agit d'un milliardaire, ex-joueur de poker, qui stake un grand nombre de poulains pour jouer ces événements et vibrer à travers eux.

De manière amusante, les réguliers ont la fâcheuse tendance à émettre des hypothèses sur les joueurs les plus riches du field. "Tu crois que c'est Mikita le plus riche ? Ou Fedor ? Tu penses qu'il joue combien de son action ?"

Mais alors, pourquoi ces top regs jouent-ils ces tournois ? L'une des explications évoquées par Emilien tient au fait que les joueurs qui vendent génèrent du profit immédiat sur ce qui est acheté. Explication : si un joueur vend 90 % de son action à un mark-up de 1,05, l'investisseur doit payer 94 500 $. Le joueur n'a donc plus qu'à régler 5 500 $ pour jouer 10 % d'un tournoi à 100 000 $ : avant même le début de la partie, il est déjà "EV+". L'investisseur compte sur un ROI (Retour Sur Investissement) compris entre 10 et 15% pour son poulain : cela suffit pour satisfaire les deux parties. 

La deuxième explication, et celle qui paraît la plus étonnante, c'est l'image. Tu joues les plus gros tournois du monde, du coup, mathématiquement, tu as plus de chance d'être dans la lumière, d'autant que les fields sont plus réduits. Tu deviens visible : cela peut attirer des sponsors, d'autres investisseurs...

Ensuite, il y a aussi l'aspect dont tout le monde parle à demi-mot, le "whale effect", l'effet baleine en VF. Disons que les joueurs les plus faibles, aussi appelés les récréatifs ou "baleines", font tourner les parties. Fausto, ancien couvreur de Winamax, qui s'occupe maintenant de la communication de la Team SmartDex, me racontait que le joueur qu'il suit actuellement, Manuel Fritz, attendait patiemment qu'une de ces baleines apparaisse dans le field du 100 000 $ pour enfin daigner s'inscrire. "On peut faire l'interview tranquille, pas besoin d'y aller encore, il n'y a que des tops dans le field" disait le joueur à Fausto. Puis quelques minutes plus tard... "Bidule s'est inscrit, je n'ai plus le temps pour l'interview, il faut que je m'inscrive immédiatement !"

Pitavy

Après vous avoir révélé ces pépites, intéressons-nous un peu à la superbe journée d'Emilien Pitavy, qui tente sa chance sur les Super High Rollers depuis un an tout pile, seul français de l'équipe montée par Fedor Holz pour aller crush le petit monde des High Rollers. Après une frustrante, mais encourageante 42e place sur le High Roller à 50 000 $, Emilien vient aujourd'hui de vivre la plus belle journée de poker de sa jeune carrière. Après 10 heures de jeu sur ce field quatre étoiles de 77 joueurs, il emballe près de 3 millions de jetons, soit 6 stacks de départ, et se place en deuxième position au chip-count. "C'était comme dans un rêve du début à la fin, rembobine-t-il. J'ai commencé par doubler contre Ben Heath en trouvant les nuts dans un pot 100 blindes deep, puis j'ai eu les As trois fois, que j'ai bien value, dont une contre les Rois où j'ai pris un énorme coup. J'ai fait aussi les Rois contre les Dames, et à la fin, j'ai même passé 5-5 contre 6-6 à tapis preflop contre un short."

De plus en plus à l'aise sur ce genre de fields, après avoir beaucoup travaillé sur le jeu en live, Emilien Pitavy, gros bosseur qui peut passer des heures à étudier toutes les réponses à une situation donnée pour comprendre chaque spot, a eu besoin de dame variance pour signer un Day 1 qui le laisse espérer un bon gros deep run. "C'est vraiment ce que j'attends maintenant, un très gros deep run sur un tournoi comme celui-ci, je vais mettre tout en place pour que cela se produise et surtout continuer à prendre du plaisir."

Vieira

Cette superbe journée de notre unique français du field nous en ferait presque oublier que nos deux membres du Team habitués des High Rollers ont signé également une superbe performance en se plaçant tous les deux dans le Top 10 de l'épreuve à 37 joueurs restants : Joao Vieira 3e et Adrián Mateos 8e. Les surprises sont encore possibles à la reprise demain, puisque les late reg sont ouvertes pendant les deux premiers levels de la journée. 

Le Top 10 à l'issue du Day 1

# Joueur Pays Chip-count Blindes
1 Thomas Boivin Belgique 3 840 000 192
2 Emilien Pitavy France 2 980 000 149
3 Joao Vieira - Team Winamax Portugal 2 920 000 146
4 Vinny Lingham Etats-Unis 2 350 000 118
5 Brandon Steven Etats-Unis 2 300 000 115
6 Landon Tice Etats-Unis 2 230 000 112
7 Taylor von Kriegenbergh Etats-Unis 2 050 000 103
8 Adrian Mateos - Team Winamax Espagne 1 815 000 91
9 Chris Hunichen Etats-Unis 1 345 000 67
10 Christopher Puetz Allemagne 1 335 000 67

Mateos

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