Gus Hansen approche les places payées dans le premier tournoi de PLO Hi/Lo de sa vie
Et si on allait lui demander s'il a apprécié le film Nosebleed ?
Event #36 : Pot-Limit Omaha Hi/Lo 10 000 $ Championship (Day 2)
Depuis l'intégration de Gus Hansen dans le Team Winamax, j'appréhendais ce moment. Le moment où j'allais avouer au Great Dane, l'un de mes joueurs préférés quand j'ai découvert le poker (ça ne date pas d'hier), que se cache dans l'équipe de couvreurs Winamax le mec qui a réalisé Nosebleed, un film documentaire où, c'est le moins qu'on puisse dire, il n'a pas le plus beau rôle.
Timide, je n'avais jamais osé lui dire, alors que je mourrais d'envie de savoir ce qu'il en avait pensé. Je le prenais en photo comme si de rien n'était, je le regardais jouer des orbites sur les festivals Winamax, sans dire un mot. De toute façon, c'était somme toute logique qu'il ne reconnaisse pas mon visage, et qu'il soit loin d'imaginer que j'avais commis cette chose qui le présentait comme le meilleur client d'Alex Luneau, à la grande époque où le Français dominait le monde des high stakes online en mixed games.
Dans tous les cas, je peux vous dire qu'aujourd'hui, au moment précis où je lui envoie un SMS pour solliciter une interview, je n'en mène pas large. Comment je vais lui dire ? Comment va-t-il réagir ? L'a-t-il bien pris en voyant l'épouse d'Alex s'adresser à la caméra pour lancer "Gus, we love you !" ? Très gentiment, Gus me répond dans la minute et me donne rendez-vous avant la reprise duPot Limit Omaha Hi/Lo Championship, sur lequel il est tout proche des places payées. "On my way to the area." Je le vois revenir un gros paquet de chips dans les mains, me dépassant sans faire attention. Il se rapproche de la zone de tournois, regarde l'état des stacks de certains de ses adversaires, puis me remarque en train de lui traîner autour.
"Hey, Gus !" Je le dis tellement pas fort que j'ai besoin de répéter pour qu'il m'entende. Sueurs froides. J'envisage le pire : va-t-il me mettre une patate quand je vais lui annoncer que j'ai pris un malin plaisir à aller l'interview dans les couloirs du Rio pour lui demander ce qu'il pense d'Alexonmoon ?
On s'installe sur une table près de l'aire de jeu, iPhone X prêt à enregistrer le clash. Avec mon accent français et mes capacités réduites dans la langue de Shakespeare, je bredouille que je me sens un peu mal à l'aise de lui annoncer que je suis le mec qui a réalisé le film Nosebleed. Et là, très vite, mon ego en prend un coup.
"Malheureusement, je n'ai jamais vu le film." OK, merde. Un bluff ? Gus me dit qu'il en a entendu parler, mais qu'il ne l'a jamais vu, et a l'air désolé pour moi. Mon plan tombe à l'eau, je me vois lui dire "Bon, beh, salut, je n'ai plus rien à te demander, good luck !", mais bon, on est quand même professionnel, je lui ai réclamé une interview, faut que j'assume maintenant. Je le fais parler un peu de ce PLO Hi/Lo Championship qu'il est en train de deep run, après tout, c'est le seul membre du Team qui s'apprête à réaliser un ITM aujourd'hui, João Vieira et Adrián Mateos en sont encore très loin sur le 100 000 $ High-Roller.
De manière surprenante, Gus Hansen m'avoue que c'est le premier tournoi de PLO Hi/Lo qu'il joue de sa vie. "J'ai joué beaucoup ce format en cash-game, évidemment, mais c'est ma première fois en tournoi. Quand j'ai vu le programme des Series, je me suis dit que j'allais probablement jouer tous les tournois de variantes à 10 000 $, et peut-être aussi les plus gros tournois de PLO." On ne se refait pas, Gus était occupé dans de juteuses parties de cash-game au Bellagio hier, et c'est pourquoi il a lae reg ce matin sur le Day 2, comme un paquet de joueurs d'ailleurs. "Au début de la journée, chaque main ressemblait un peu à un coin-flip, mais cela s'est plutôt bien passé, puisque j'ai un tapis qui me permet d'espérer de rentrer dans les places payées. Même si je vise plutôt la table finale qu'un simple min-cash." Avouant jouer beaucoup plus tight qu'à son habitude, Gus Hansen a confiance en ses chances sur ce tournoi où il se sent très à l'aise, malgré un stack légèrement sous l'average.
Quand on lui demande son programme pour l'été, il admet que cela dépendra de ses deep runs dans les tournois. "Quand tu vas loin dans un tournoi, ça te donne envie de jouer les prochains. Quand tu te fais éliminer rapidement, tu as surtout envie de retourner jouer en cash-game." Très humble quant à ses connaissances en tournoi, Gus avoue écouter consciencieusement les bons conseils de João, notamment sur le fait de respecter la bulle et de sécuriser d'abord les 20 000 $ de l'ITM avant d'aller voir plus grand et tenter de monter un stack.
Je ne résiste pas à l'envie de lui demander comment il vit le fait de se retrouver au sein d'une Team dans laquelle Alexandre Luneau a passé deux années de 2015 à 2017. "Je n'ai de problèmes avec personne. Alex Luneau, The Moon, ou quelque soit son nom, il avait vraiment le dessus sur moi, c'est entendu. Mais c'est le passé. Je suis à peu près sûr qu'il jouait mieux que moi. C'est comme ça que ça se passe dans le poker, le meilleur joueur finit par gagner sur le long terme."
Très heureux d'être dans le Team Winamax, qu'il décrit comme la meilleure équipe de poker à l'heure actuelle, avec des joueurs qui sont devenus des amis, Gus avoue être plus proche de João Vieira, avec qui il partage une passion pour les mixed games. "Peu importe l'équipe qu'Alex Luneau a choisie, je suis dans le Team Winamax désormais. Et c'est un honneur pour moi", conclut Gus.
Avant de se rendre sur son tournoi où la bulle devrait éclater bientôt, Gus m'explique qu'il ne jouera probablement pas le Poker Players Championship à 50 000 dollars cette année. Très proche de sa sœur et de sa famille, il doit rentrer au Danemark pendant une semaine pour des raisons familiales et sa priorité va clairement à sa famille. "Il y aura toujours un PPC 50 000 $ l'an prochain, et je vous promets qu'un jour, je le gagnerai." On est désormais prévenu, il faudra encore compter sur Gus.
Bon, ce n'est probablement le post que je pensais faire en allant lui réclamer une interview... et j'ai encore plus peur qu'il finisse par regarder ce putain de film, maintenant ! Si un jour il le fait, je vous raconterai, promis. En attendant, on va retourner voir le field magique de ce tournoi de spécialistes, où les détenteurs de bracelets se comptent à la pelle. Parmi eux, notamment, James Obst, Shaun Deeb, Ben Yu, Brian Rast, Huck Seed, Mike Matusow, Anthony Zinno... et donc Gus Hansen.



