Winamax

Les neuf travaux de Martini

- 25 juin 2024 - Par Fausto

Fraichement arrivé sur le Day 2 du PPC, Julien Martini savait la mission qui l’attendait. Monter un tapis dans neuf variantes différentes face aux meilleurs joueurs du monde de mixed-games. Défi accepté.
Event #58 : Poker Players Chamionship 50 000 $ (Day 2)

Martini

Epreuve 1 : Pot-Limit Omaha

L’aventure sera d’autant plus rude que notre Français démarre la partie avec un demi-stack. Un premier gros coup en PLO contre le « Grinder », surnom de Michael Mizrachi, ampute Julien de la moitié de son tapis de départ (300 000).

« J’open 14 000 UTG (sur 2 000 - 4 000) avec 6678, Mizrachi me paie et le flop vient Q64. Je fais mi-pot, 22 000, il call. Turn 10, je pot, pour 80 000, il paie encore et river 3. Une des pires du paquet. Je check-fold. Mizrachi est capable de bluffer ici mais la plupart du temps, il a ».

Un autre coup perdu fait même tomber le Corse dans la zone rouge, à 71 000 jetons. Il faut reconstruire un stack au plus vite. Pourquoi pas en “Deuce to Seven No-Limit Single-Draw”.

Epreuve 2 : No-Limit Deuce to Seven Single Draw

Une variante bienvenue puisqu’avec le Hold’em, c’est la seule qui se joue en “No-Limit” et qui permet donc de faire valser les stacks d'un coup d'un seul.

Mizrachi Martini

Cinq cartes fermées sont distribuées à chaque joueur. Le but est de constituer la plus basse hauteur, sans faire de quinte ni de couleur. 2-3-4-5-7 est la meilleure main, 2-3-4-6-7 la deuxième nuts et ainsi de suite. Un tirage vous permet de changer une de vos cartes pour améliorer votre combinaison. Mais si vous faites une paire, c’est foutu.

Avec un stack si réduit, Julien opte pour une option drastique : Open shove 71 000 (sur 2 000 - 4 000)… Et c’est payé, par Michael Mizrachi. L’heure de la revanche a sonné. Julien demande à tirer une carte, Michael aussi et les deux joueurs affichent leur jeu.

Julien Martini : 2579
Michael Mizrachi : 2478

Pour l’instant, le “Grinder” est devant. Les joueurs retournent la dernière carte : 3 pour Martini (qui fait donc hauteur 9), A pour Mizrachi (hauteur As) : double-up pour Julien !

Epreuve 3 : Seven Card Stud

C’est muni de nouvelles munitions que le Team Pro PMU part à l’assaut du Stud. Cette fois, sept cartes sont distribuées à chaque joueur, trois faces cachées, quatre révélées et il faut faire la meilleure combinaison. Nouveau bras de fer avec l’ami “Grinder”.

Un J affiché devant l’Américain qui a “complete” (mise maximum) en premier de parole. Avec un 4, Julien défend son “Bring-in” (mise de départ avancée par la plus basse carte révélée entre les joueurs). En mode bulldozer, Mizrachi mise alors sur chaque street sur les tableaux suivantes.

Julien Martini : 41093
Michael Mizrachi : J75K

Une dernière carte face cachée, Mizrachi bet encore et Julien est forcé de fold. « Évidemment, le tirage flush qui ne rentre pas » souffle Julien, qui reste confiant. « J’ai une table relativement facile comparée aux autres. Mizrachi a l’expérience, mais il joue un tournoi de Mixed-Games par an. Il ne vient pas sur les grosses parties de cash-game comme beaucoup de joueurs ici. C’est normal qu’il ne soit pas au même niveau ».

Epreuve 4 : No-Limit Hold'em

Martini

Cette séquence fait mal à Martini qui retombe près des 70 000 jetons quand arrive le No-Limit Hold’em. Inutile de vous préciser les règles cette fois. Open d'Erick Lindgren 8 000 UTG, call de Michael Noori et Julien défend en grosse blinde pour voir le flop 256.

Lead 10 000 Martini, call Lindgren… et raise 35 000 Noori. Julien compte son stack et envoie la sauce : raise tapis pour 51 000 jetons. Payé par Lindgren et… fold De Noori. Spot de presque triple up pour Julien, qui est cependant bien dominé avec son Q6 face au 1010 adverse. Bim ! La Q tout de suite, brique river, nouveau double-up ! « Je ne parviens pas à faire un jeu en “Limit” et je chatte en No-Limit » analyse Julien pendant le break, avant de revenir sur le Omaha High-Low.

Epreuve 5 : Limit Omaha High-Low 8-or-Better

Quatre cartes en main, cinq quartes communes et on joue à la fois “pour le haut” (la meilleure combinaison) et “pour le bas” (la moins bonne hauteur avec cinq quartes, suite incluse, la meilleure main étant A-2-3-4-5).

Lindgren Martini

Open Alexander Wilkinson 20 000, 3-bet 30 000 bouton de Martini et les deux joueurs se retrouvent sur un flop A24. Martini bet 10 000, payé. 20 000 sur le turn K, payé et bet encore la river J. Payé. Julien montre QQ35 : Les nuts, puisque Martini a trouvé la fameuse “wheel” dès le flop (A-2-3-4-5, quinte et meilleur low possible). Retour à 230 000. Place au Razz !

Epreuve 6 : Razz

La variante préférée de Julien Martini, dans laquelle il a remporté le bracelet en 2022 sur la version Championship à 10 000 $. Même fonctionnement qu’en Stud : sept cartes devant soi, trois faces cachées, quatre ouvertes, mais cette fois, on ne joue que pour le “low”. Limp 3 000 Noori avec un 8, call Nacho Barbero avec un 6 et “complete” 10 000 chez Julien, qui affiche un 5. Seul Noori décide de payer et Julien envoie une série de bets sur ces deux tableaux :

Julien Martini : X-X - 5A8Q - X
Michael Noori : X-X - 87710 - X

Nouveau bet du Français sur la dernière, suffisant pour faire fold l’Américain et nouveau bon pot pris par Martini, qui a presque rattrapé tout son retard et revient près du “starting stack”.

Epreuve 7 : Deuce-To-Seven Triple Draw (Limit)

La partie se poursuit en “Deuce-to-Seven Triple Draw”, le format traditionnel du 2-7. Cette fois, on dispose de trois tirages pour essayer de composer la “pire” main. Mais à la différence du Single-Draw, les mises sont en format “Limit”.

Open 16 000 de Michael Noori CO, défense de Martini et les deux joueurs échangent deux cartes pour le premier tirage. Check Martini, bet Noori 8 000… Et check/raise de Martini à 16 000.

Mizrachi Noori

Martini “pat” (il ne demande aucune carte”), tandis que Noori en demande une. Bet Martini 16 000, call Noori et même séquence : “pat” et ”draw one”. Nouveau bet de Martini à 16 000, Michael prend ses jetons et envoie le raise à 32 000. Julien fixe longuement son adversaire. La cote est belle mais cette mise est cruciale pour sa survie dans le tournoi. Après un temps, Julien lâche sa main. Le revoilà dans le dur, alors que revient le PLO.

Epreuve finale : Pot-Limit Omaha

Limp Wilkinson 5 000, mise 25 000 Martini bouton, snap-call Mizrachi en SB et c’est payé par Wilkinson. Ils sont donc trois sur le flop KQ6. Check-check-check. Turn A. Check-check-check. River K. Cette fois, Michael prend l’initiative : Bet 16 000, fold Wilkinson et Martini annonce “Pot” : 128 000 jetons pour suivre.

Mizrachi se tâte quelques secondes, puis décide de payer. “You win” lâche Martini en révélant K987. Comprenez bien que Martini n’était pas en value avec son brelan, mais bien en bluff, en s’appuyant sur ce K qui bloque de nombreux combos de full. Sur un board pareil, avec des possibilités de couleur et une doublette, Martini s’attend à faire folder beaucoup de mains qui ne sont pas des fulls. Mais visiblement, Mizrachi ne parle pas le même poker et paye avec…  J1055.

Une main qui aurait dû aller dans le muck pré-flop, qu’on ne pensait certainement pas voir payer river et qui sonne complètement notre Français.

« Je ne comprends vraiment pas. C’est à croire qu’il a vu mon jeu pour faire un call pareil » marmonne Julien en prenant le chemin de sa chambre. Ce magnifique tournoi qui semble si bien taillé pour lui continue de lui causer des déceptions. Malgré cette technique étonnante, Michael Mizrachi, lui s’invite encore parmi les gros tapis, pour viser peut-être… une quatrième victoire dans ce tournoi (qu’il a déjà remporté en 2010, 2012 et 2018).

Table Gus Hansen

La fin du parcours de Martini ne signifie pas la fin du suivi de ce PPC, bien au contraire. Nos deux Team Winamax sont encore en course, et même plus que ça. Regardez-moi cette table légendaire où siège notre nouvelle recrue Gus Hansen : David Benyamine, Jason Mercier, Phil Ivey... ainsi que Shaun Deeb et Johannes Becker (l'un des tout meilleurs joueurs de mixed games high stakes). "Je crois que c'est la pire" me souffle Gus dans un français presque parfait. Pas de quoi freiner l'ascension du Danois, qui a monté près de trois tapis de départ, alors que nous sommes à mi-parcours.

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