Winamax

Franco, la perf’ tranquille

- 23 juin 2024 - Par Fausto

Dernier français en course sur le prestigieux 5 000 $ 6-max, Sonny Franco se contente de la 9e place, pour 59 665 $. Une jolie perf’ à ajouter à un palmarès exceptionnel de longévité et de polyvalence. Et tout ça sans forcer.

Event #52 : NLHE 6-Handed 5 000 $ (Day 3)

Sonny Franco

« Je me sens bien, tranquille » commente Sonny Franco, quelques secondes après avoir reçu son petit ticket violet, bon pour presque 60 000 $. On le sait, Sonny, n’a jamais été le roi des interviews. Il se contente de courtes phrases, simples, justes et laisse son talent s’exprimer sur le terrain vert. En somme, il est le Zinédine Zidane des grinders bleus, avec un peu moins d’accent.

A l’instar de Zizou, Sonny est né sur la côte, remporte la plus part de ses un contre un, il a joué dans les plus grandes arènes (pokeristiques) du monde, accumulé une expérience colossale, tout en prenant des titres quasi chaque année pendant presque quinze ans de carrière.

Ce n’est donc pas l’approche d’une finale WSOP, ou encore pire, le busto à quelques places d’un titre de champion du monde et de 650 000$ qui vont faire trembler Franco. La tranquillité est l’une des armes fétiches de son arsenal. Ces situations de haute pression, ces deep runs à six chiffres potentiels, il les a éprouvé. Le natif de Gruissan sait juste comment les gérer, tranquillement.

Grinder tout-terrain

Aujourd’hui, Sonny a réalisé une perf’ sur le prestigieux 5 000 $ 6-max. L’un des tournois les plus relevés des WSOP, un repère de regs internationaux, chevronnés, maîtrisant parfaitement les subtilités du short-handed, cher à Winamax. Pas forcément le terrain de prédilection du "Team Pro" Partouche, qui n’a plus cliqué sur un tournoi 6-max depuis dix ans.

Sonny Franco

« J’ai joué en ligne pendant longtemps, quand je commençais, mais maintenant, je ne fais plus que du Live, donc c’est vrai qu’on joue quasi jamais ce genre de format. Là, ça m’a plutôt réussi, d’autant que j’avais déjà deep-run le 3 000 $ 6-max (11e pour 37 419 $) », rappelle Sonny, qui signe d’ailleurs son quatrième ITM sur ce tournoi en cinq éditions WSOP (il avait atteint l’argent du 5 000 6-max en 2019, 2021 et 2022). « Ca montre qu’on a pas besoin d’être super aggro pour réussir dans des tournois comme celui-ci. Le 6-max, ça ne change pas tant de choses d’un point de vue de l’agressivité. C’est juste que tu joues plus de mains ».

Fidèle à son style équilibré, tout-terrain, Franco a su changer de vitesse au bon moment pour passer les kilomètres du tournoi. Sa capacité à grappiller de petits pots pour se maintenir autour des 20-25BB, à coups de re-steals et d’arrachages lui ont permis de rester dans la course tandis que le field réduisait à vue d’œil. Ultra patient, il a ensuite trouvé les quelques gros spots à tapis pour parvenir au cap des 3 tables left, puis des demi-finales. Tout d’abord, sur un superbe bad-beat.

A 18 left, open Ihar Soika bouton, 3-bet 22BB de Sonny KJ en grosse blinde et snap-call par deux As ! Le flop vient Q53, Sonny se lève de la chaise, pour mieux voir ce run-out fabuleux : Turn J, river K. Deux paires backdoor, craquage de l’espace et voilà Sonny à 45 blindes !

Quelques orbites plus tard, il trouvera un nouveau double-up sur un slow-play bien malicieux. Open 120 000 Bernd Gleissner sur la blinde de Franco qui défend pour voir le flop 1072. C-bet 155 000, payé.  Turn Q, second-bar 225 000… Et raise 505 000 de Franco. Tapis 1,2 million, snap-call et Sonny montre… QQ ! Top brelan invisible. Attention tout de même aux carreaux contre le A4 adverse. 8 river, ça tient, Sonny revient dans le Top 5.

Sonny Franco

« C’est le moment où il faut prendre des risques » glisse le Français après un nouveau 4-bet shove sur la tête de Mostafa Haidary. Souvent caché dans le milieu de peloton, Franco sort de sa boite en demi-finale, avec l’idée d’encaisser les jetons avant d’aborder une éventuelle finale… Malheureusement, une série de petits coups perdus le font redescendre de 40 à 20 blindes en moins d’une heure. Le coup fatal surviendra quelques minutes plus tard.`

Open Haidary UTG 225 000, 3-bet Pedro Madeira bouton pour 650 000. La parole arrive sur Sonny en BB : cold-4-bet tapis 2 000 000. Quelques secondes plus tard, Haiday re-shove par dessus et le Brésilien entre dans le tank. Il finira par laisser les deux hommes entre eux, showdown ! AQ pour Franco et 1010 pour l’Australien. Un flip pour aller en table finale WSOP. KK5 sur le flop. Ca commence bien, turn 3, river 9 … Ca finit mal. Sonny succombe à ce flip fatal et se contente de la 9e place, pour 59 665 $.

Le succès sans forcer

Sonny Franco

Très peu de déception sur le visage de Franco, qui retient tout de suite ce bon début de campagne. « J’ai vibré quand même. Si je gagne ce flip, je suis presqu’à 5 millions, lâche Sonny qui relativise dans les secondes suivantes. C’est un bon Vegas. J’ai fait 6-7 tournois et je fais 9e de celui-là, 11e du 3 000$ et j’ai aussi deep run le Monster Stack ». Cette fois, on était quand même proche d’une finale WSOP, d’un bracelet, le seul trophée légendaire qu’il manque à sa très large collection.

« J’étais à une marche du bracelet à Rozvadov (2e du 10 000$ 6-max WSOP Europe), rappelle Sonny. Mais je ne fais pas de course. Si ça vient, ça vient ». La gloire, les lumières, Sonny ne les a jamais vraiment cherché. C’est seulement sa capacité déconcertante à remporter des bagues WSOP-C, des piques, des WPT, UDSO BPT, MPO et autres acronymes qui ont fait de lui une star du poker français. Ce soir, il était à un flip d’ajouter une nouvelle ligne de choix à son palmarès. Mais cette fois, on se contentera de 60 000$. Et c’est déjà bien. Tranquille.

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