Winamax

Le grand saut

- 21 juin 2024 - Par Flegmatic

Tout juste passé pro à plein temps, Sami Bechahed plane sur cette première moitié de WSOP
Un festival charnière à plus d'un titre pour cet expatrié, qui s'apprête à rentrer à la maison
Event #49 : NLHE Freezeout 3 000 $ (Day 2)

Sami Bechahed

Ils étaient 1 252 sur la ligne de départ de cette énième petite sauterie en Hold'em, pour 187 au Day 2, tous ITM. Parmi eux, bien placé en quatrième place avec plus de 23 tapis de départ, trônait Sami Bechahed. Un autre jour au bureau pour le Français, éternellement affublé du drapeau américain dans les listings de PokerNews/WSOP, à cause de son statut d'expatrié Californien. Depuis le début du mois, Sami compte pas moins de huit places payées (neuf donc avec ce tournoi), live et online confondus. "Le online, c'est juste pour m'amuser, explique-t-il. Je joue à la maison, sur mon téléphone, ce n'est pas très sérieux. Mais en live, oui, ça se passe bien : ça donne l'impression que j'ai tout joué, mais en fait, j'en suis à six tournois pour cinq ITM." Un ratio à en faire pâlir plus d'un. "Je ne suis pas le joueur le plus technique, mais j'ai un bon instinct."

Une intuition qu'il a développée durant de longues années en tant que croupier du côté de Los Angeles, où il s'est installé en 2016, pour rejoindre celle qui est devenue sa femme, rencontrée en vacances un an plus tôt. Sami quitte tout pour traverser l'Atlantique et les États-Unis, mais se retrouve un an sans travailler, le temps d'obtenir les papiers nécessaires. Une fois les formalités administratives accomplies, le destin a alors frappé à la porte. "Un casino à côté de chez moi formait gratuitement des croupiers, explique-t-il dans une interview donnée au RMC Poker Show. Je me suis lancé, et j'ai commencé sur les plus petites parties de cash game, aux tables de 1/2 $ et de 5/5 $."

Petit à petit, le Frenchie gravit les échelons jusqu'à se retrouver à distribuer les cartes sur quelques parties streamées de la cité des anges. Un élan que vient couper le Covid... mais pas pour très longtemps. S'étant bâti un nom et une solide réputation, Sami passe alors du côté des parties privées, en compagnie d'une partie du gotha de la côte ouest, au point de se retrouver à une table face à un certain Leonardo DiCaprio. "C'est un nit ! Je ne m'attendais pas du tout à ça. Il joue en 5/10, uniquement pour s'amuser, et il réfléchit vraiment à chaque action. Ce n'est pas du tout avec lui que j'ai eu mes parties les plus folles." Lorsque la vie normale reprend son cours, Sami se retrouve aux tables du Hustler Casino, à dealer les fameuses parties du Hustler Casino Live, qui attirent les plus gros (ou les plus fous) cash gamers de la planète, où les pots atteignent régulièrement les sept chiffres.

Mais quels que soient les joueurs à table autour de lui, Sami, lui, observe. Il prend des notes, se pose des questions, réfléchit pendant, après les coups. Au point que l'idée de passer de l'autre côté de la table fait son petit bonhomme de chemin. S'il a fait ses armes sur Winamax - "après avoir découvert le poker à la buvette de [son] club de foot" - Sami a conscience de ses lacunes concernant le jeu online. "Je n'arrive pas à rester concentré, je joue mal et trop cher, ce qui est le meilleur moyen de tout perdre." Pour lui, ce sera donc le live, et rien d'autre, tout en continuant à donner les cartes quelques fois par semaine, grâce à un emploi du temps plus ou moins à la carte.

Sami Bechahed NAPT Winner Photo

Crédits photo : PokerNews / Matthew Berglund

Les premiers résultats arrivent vite, avec deux bagues WSOP-Circuit suivies d'une deuxième place pour 60 000 $, le tout collecté sur un même festival fin 2021 à LA. Arrive alors cette folle année 2022, marquée d'abord par une deuxième place sur un 550 $ WPT pour 194 000 $ avant la consécration : la troisième bague, de loin la plus belle, à 275 000 $, décrochée sur le Main Event à 1 700 $ dans la réserve indienne de Choctaw, dans l'Oklahoma. La suite n'est pas mal non plus : une gagne à 150K$ devant plus de 3 000 joueurs sur un 360 $, et un nouveau titre de prestige, obtenu ici, à Las Vegas. Pour le grand retour du circuit NAPT (North American Poker Tour), chapeauté par le pique rouge, il devance en finale des pointures telles que Nick Schulman,Sergio Aido et David Coleman pour faire main basse sur le titre et le premier prix de 270 000 $.

Alors pour faire encore plus fort cette année et les suivantes, Sami Bechahed a pris une grande décision. Ou plutôt deux. "J'ai arrêté mon activité de croupier le 30 mai. Depuis le début des World Series, je suis officiellement joueur professionnel. Et je vais déménager à Paris avec ma femme et notre enfant. Tu me verras partout sur les tournois Winamax et PS. Mais l'idée, c'est aussi de prendre du bon temps, de changer de lifestyle. À Los Angeles, tu ne peux rien faire à pied, tout prend beaucoup de temps. Et c'était le rêve de ma femme d'aller vivre à Paris. Dans un premier temps, elle s'occupera du petit, c'est un métier à part entière !" L'objectif est donc simple : parcourir, notamment, le circuit EPT, sur lequel Sami a encore tout à découvrir. Mais toujours, sans brûler les étapes. "Mettre 5K dans un tournoi, c'est mon maximum pour l'instant. Ma zone de confort se situe plutôt autour de 2/3K." Ce qui ne l'avait pas empêché de se glisser jusqu'en 48ᵉ place de son seul Main Event EPT à ce jour, celui de Paris 2023.

"En tout cas, sur ce tournoi, il va falloir qu'il se passe quelque chose, rebondit-il. Tous ces jetons, je les ai d'hier. Aujourd'hui, je n'ai pas gagné un coup," nous glisse-t-il avant de laisser échapper un pot contre le chipleader de sa table, qui l'a check/raise au flop dans un pot 3-bet. Tombé autour des vingt blindes, Sami ne s'affole pas. La confiance et les résultats parlent pour lui. Quinzième du 5K en ouverture de festival, il est ensuite passé tout près de la finale du "3K 6-max", s'inclinant en huitième place pour un peu moins de 50 000 $. Avec notamment le redoutable Chris Brewer deux crans à sa gauche, et alors que le Top 50 se profile à l'horizon, la route reste encore longue et parsemée d'embûches. Mais lorsque l'on est capable de traverser deux fois le globe pour suivre ses rêves, elle ne parait pas si insurmontable.

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