Main Event : les meilleures perfs FR à travers les âges

- 14 juillet 2023 - Par Benjo DiMeo

A quel étage ranger le deep-run de Clément Richez dans la grande histoire des Français sur le Main Event des WSOP ? Pour répondre, on a fouillé dans vingt années de nos archives...

WSOP
2003 : Bruno Fitoussi – 15e pour 65 000 $
L'année de la déflagration Moneymaker, les Français sont encore peu nombreux à faire le pèlerinage annuel à Vegas. Ils sont une vingtaine tout au plus, la plupart habitués de l'Aviation Club de France : Ange Besnainou (meilleur Français trois ans plus tôt), Jan Boubli, Robert Kojfer, Claude Cohen, Elie Marciano, Xavier Laszcz... et bien sûr Bruno Fitoussi. Déjà un défenseur acharné de notre jeu préféré bien avant qu'il ne soit à la mode chez nous, Bruno manquera de très peu l'une des finales les plus importantes de l'histoire du poker.

2004 : aucun Français ITM !
Grâce au jeu en ligne et aux satellites accessibles partout dans le monde sans quitter son salon, l'affluence fait un bon sans précédent : de 839 à 2 576 inscrits. Sauf que nous, on avait piscine.

2005 : Daniel Sellam – 309e pour 21 070 $
Lors de la première édition des WSOP jouée au Rio, aucun couvreur français n'était présent pour immortaliser le semblant de deep run d'un joueur inconnu de nos services... mais actif depuis 1995, et qui joue encore en live aujourd'hui.

WSOP
2006 : Dan Abouaf – 103e pour 51 129 $

En ce qui me concerne, c'était mon premier Main Event. Mon suivi des tricolores pour le forum du ClubPoker s'est arrêté lors du Day 6, après l'élimination d'un joueur parisien qui s'était présenté comme étant le neveu de Jan Boubli.

WSOP
2007 : Nicolas Atlan – 47e pour 190 053 $

Le poker commence à décoller en France, les amateurs sont de plus en plus nombreux à tenter l'expérience... mais les Parisiens continuent de squatter les meilleures places. C'est un insider que l'on applaudit cette année : floor manager des parties high stakes de l'Aviation Club de France, Nicolas Atlan se glisse dans le top 50 avec l'aide de Claude Cohen, coach depuis le rail.

WSOP
2008 : Stéphane Hornet (Qualifié Winamax) – 106e pour 41 816 $

Le premier Main Event de l'histoire du Team Winamax, dix mois après sa naissance. Et du coup, c'est mon premier Main Event en tant que reporter Wina (même si l'année précédente, j'avais été recruté pour poster sur le forum Wam-Poker, ce qui revenait à peu près au même). Winamax n'existe que depuis deux ans, mais parvient déjà à créer un petit village gaulois à Las Vegas. Sur le Main Event, on croise bien sûr le Team (Manuel Bevand se hisse dans l'argent), mais aussi des freerolleurs issus d'une compétition toute neuve appelée le KING5, et des vainqueurs de satellites. C'est dans cette dernière catégorie qu'il faut chercher le Last Frenchman Standing : qualifié sur Winamax pour seulement 30 balles, Stéphane Hornet manque de très peu le top 100 et sort de son premier tournoi pro plus riche de 42 000 dollars.

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2009 : Antoine Saout – 3e pour 3 479 670 $

Si Antoine Saout ne fut pas le premier joueur français ayant atteint la finale du Main Event (l'honneur revient à un certain Marc Brochant, 8e en 1998), c'est bien lui qui a montré à toute une génération de grinders que l'exploit était possible. Complètement inconnu au moment de se qualifier en ligne pour le Big One en 2009, le Breton n'a pas tremblé tout au long des huit journées préliminaires du tournoi. Aussitôt recruté par l'une des plus grosses salles online de l'époque (Everest Poker - RIP), c'est accompagné d'une armée de supporters tricolores et de journalistes que Saout est revenu à Las Vegas en novembre - oui, à cette époque, une pause de trois mois était observée entre les demi-finales et la TF ! En finale, le gamin s'est proprement sublimé, jouant un poker d'un niveau dont lui-même ignorait être capable. Certains diront même que ce jour-là, il a surclassé un certain Phil Ivey, lui aussi présent en finale... jusqu'à ce qu'Antoine soit éliminé en troisième place, suite à un terrible bad beat infligé par Joe Cada, le vainqueur éventuel, et un ultime coin-flip perdu. Un moment déchirant qui restera comme le plus fort de ma carrière de couvreur : devant le micro tendu par le journaliste de France Info dépêché sur place, j'ai commenté chaque action de la main. Jusqu'à cette désastreuse rivière, devant laquelle je n'ai réussi qu'à pousser un long cri d'agonie. Quelques heures plus tard, il était diffusé dans toute la France...

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2010 : Nicolas Babel – 38e pour 206 395 $

Après les émotions de l'édition précédente, retour à la monotonie : le clan français s'arrête de vibrer au Day 7, après l'élimination en 38e place d'un amateur venu de Paris, régulier en ligner et sur les tournois mid-stakes de la capitale.

WSOP
2011 : Guillaume Darcourt – 35e pour 242 636 $

Cette année-là, la France vit son boom à la Moneymaker avec quelques années de décalage : cela fait un an que les sites de poker en ligne peuvent opérer légalement en France, et faire de la pub à la télé. Winamax ne s'en prive pas, claquant 12 millions d'euros en deux mois à coups de spots montrant la fameuse épée en plastique (l'important au poker ce ne sont pas les cartes etc etc). Les nombreux autres sites tentant la conquête de l'Eldorado online ne vont pas aussi loin, mais tous investissent dans des équipes de pros sponsorisés, ainsi que dans les qualifs Vegas. Résultat : on n'a jamais vu autant de Français sur le Main Event, plus de 200 selon nos estimations. Dans les faits, cela ne se traduit pas par une grosse perf'... mais on ne boude pas notre plaisir en encourageant jusqu'au Day 7 l'un des pros les plus fantasques de l'époque.

WSOP
2012 : Gaëlle Baumann (Team Winamax) – 10e pour 590 442 $

Peut-être l'année où notre reportage annuel a fait le plus de clics... grâce au run hors du commun de celle qui venait tout juste de rejoindre le Team Winamax. Onze ans plus tard, aucune joueuse n'a encore fait mieux que la 10e place de Gaëlle Baumann, injustement éliminée aux portes de la finale, au terme d'un tournoi dans lequel elle fut victime d'un des faits d'arbitrages les plus célèbres de l'histoire du poker. Aujourd'hui encore, les Américains n'ont pas oublié son tour de piste devant les caméras d'ESPN, et l'alpaguent régulièrement dans les couloirs des WSOP pour lui demander un selfie...

WSOP
2013 : Sylvain Loosli (Team Winamax) – 4e pour 2 792 533 $

Atteindre la table finale du plus gros tournoi du monde ne garantit pas que l'on va s'installer durablement dans le paysage du poker pro. Au fil des années, j'ai oublié plus de finalistes du Main Event que j'en ai retenu... Sylvain Loosli n'est définitivement pas de ceux-là : arrivant sur son tout premier Main Event avec un solide profil de cash-gameur online en 5$/10$, le Toulonnais a parfaitement donné raison à ceux qui lui voyaient un vrai avenir sur les plus gros MTT. Notamment Winamax, qui s'est empressé de le signer dans l'invervalle entre la demi-finale et la finale. Depuis sa 4e place sur le Main Event, Loosli a collecté près de 5 millions de dollars en live, remportant entre autres le gros SHR à 50K de l'EPT Barcelone en 2015. Aujourd'hui encore, il est une force sur laquelle compter dans n'importe quel tournoi qu'il dispute.

WSOP
2014 : Yorane Kérignard – 23e pour 286 900 $

Un petit cru, cette édition 2014, avec un seul Français dans le Top 100.  Vainqueur du World Poker Tour Malte deux ans plus tôt, le spécialiste des MTT online Yorane Kérignard chutera au cours du Day 7. De nos jours, on le croise beaucoup moins en live.

WSOP
2015 : Paul-François Tedeschi – 161e pour 46 890 $

Annus horribilis. On a été NULS. Au chômage technique dès la troisième heure du Day 5.

2016 : Antoine Saout – 25e pour 269 430 $
On dit que la foudre ne frappe jamais au même endroit. Un adage qui ne s'applique pas à Antoine Saout, auteur du deuxième Day 7 Main Event de sa carrière. Le pire, c'est que cela n'allait pas être le dernier...

WSOP
2017 : Benjamin Pollak – 3e pour 3 500 000 $

Sans aucun doute la plus belle finale Main Event pour le clan français. Non seulement Antoine Saout était de retour pour une rarissimme seconde apparition autour de la dernière table (il se contentera cette fois d'une sixième place et 2 millions), mais en plus l'un de nos meilleurs représentants sur la scène live à déroulé l'étendue de son immense talent devant les yeux de toute la communauté internationale.

WSOP
2018 : Antoine Labat – 9e pour 1 000 000 $

L'experimenté grinder online n'est resté que quelques minutes en finale... parce que la veille, il avait joué, et perdu, l'un des coups les plus improbables de l'histoire du Main Event. On tremble encore en rejouant la vidéo.

WSOP
2019 : Romain Lewis (Team Winamax) – 60e pour 142 215 $

Eté absolument génial pour le Team Winamax, avec les bracelets de Joao Vieira et Ivan Deyra. Sur le Main Event, on se marre un peu moins... mais le Team y fait le boulot aussi, en plaçant un de ses membres au poste de meilleur FR.

2020 (édition jouée en ligne) : Julien Pérouse – 15e pour 113 465 $
Ouais, bon... désolé, mais il n'y a pas de COVID qui tienne : un Main Event des WSOP joué online, ça n'est pas vraiment un Main Event des WSOP. Surtout quand le site est innaccessible à une bonne partie de la planète, dont la France et les USA. Next !

WSOP
2021 : Nicolas Vayssieres – 17e pour 305 000 $

Une édition immensément joyeuse : après plus de deux ans d'absence, les restrictions liées à la pandémie s'estompent enfin pour permettre le retour des WSOP, exceptionnellement programmés durant l'automne, pile au moment où les Etats-Unis autorisent de nouveau les voyageurs étrangers. Le plaisir fut donc total au moment de chroniquer le magnifique run d'un jeune pro, ancien finaliste Top Shark et vainqueur KING5, aujourd'hui considéré comme l'un des plus solides espoirs des Bleus dans le paysage MTT.

WSOP
2022 : Karim Rebei – 16e pour 410 000 $

Un phénomène. Que dis-je, un OVNI. Une étoile filante à la stratégie anti-GTO qui nous a tellement régalés que lorsqu'on a voulu dresser le Top 5 de ses plus beaux coups de folie, on a galéré pour choisir.

WSOP
2023 : Clément Richez - 50e pour 188 400 $
J'en suis convaincu : malgré la déception de ne voir aucun Français en finale (ni même au Day 7), on gardera un bon souvenir de ce cru 2023 où quelque chose comment 300 de nos joueurs ont participé. En partie grâce à la qualité des profils représentés dans le top 100. A commencer par Clément Richez. Comme l'a écrit Fausto : "Impressionnant dans ses décisions [...], exemplaire dans son attitude, agréable avec les couvreurs, à l’aise devant la caméra, [il] a montré cette semaine le beau et grand joueur qu’il est."

2023 : le bilan Français

FR ITM ME WSOP 2023 Winamax
50e : Clément Richez 188 400 $
68e : Estelle Cohuet (Team Winamax) 130 300 $
77e : Jonathan Therme 109 400 $
78e : Mikael "ShiShi" Berrio 109 400 $
149e : Lorenzo Santo Rodriguez 67 700 $
167e : Grégory Caubet 58 500 $
247e : Jules Dickerson 50 900 $
274e : Jérémy Palvini 50 900 $

283e : Samuel Bifarella 50 900 $
300e : Grégory Fournier 44 700 $
334e : Leo Soma 44 700 $
343e : Simon Wiciak 44 700 $
410e : Maxime Parys 40 000 $
425e : Omar Lakhdari 37 500 $
441e : Jérôme Finck 37 500 $
448e : Théo Devidal 37 500 $
470e : Bertrand Grospellier 37 500 $
515e : Hayg Badem 35 000 $

524e : Corentin Quertelet (Vainqueur KING5) 35 000 $
531e : Damien Le Goff 35 000 $
640e : Bruno Soutavong 30 000 $
647e : Adrien Guyon 30 000 $
663e : Mohamed Aissani 30 000 $
678e : Anthony Cierco 27 500 $
707e : Florian Ribouchon 27 500 $
739e : Thomas Eychenne 27 500
771e : Corentin Ropert 25 000 $
779e : Mesbah Guerfi 25 000 $

791e : Giuseppe Zarbo 25 000 $
812e : Loïc Debregeas 25 000 $
816e : Arnaud Mattern 25 000 $
842e : Baptiste Carteau 25 000 $
848e : Hicham Mahmouki 25 000 $
871e : Tom Dupuy (Vainqueur KING5) 22 500 $
937e : Julien Martini 22 500 $
952e : Kenny Deffrasnes 22 500 $
963e : Antoine Delorme 20 000 $
969e : Paul Guichard 20 000 $

991e : Sonny Franco 20 000 $
1006e : Sylvain Loosli 17 500 $
1053e : Kool Shen (Team Winamax) 17 500 $
1086e : Quentin Guivarch 17 500 $
1095e : Dimitri Joubert 17 500 $
1154e : David Susigan 17 500 $
1176e : Lionel Lesur 17 500 $
1202e : Jean Lhuillier 17 500 $
1234e : Paul Amsellem 17 500 $
1213e : Selim Oulmekki 17 500 $

1290e : Kalidou Sow 15 000 $
1302e : Elie Nakache 15 000 $
1348e : Yannick Cardot (Qualifié Winamax) 15 000 $
1359e : Abel Ben Messaoud 15 000 $
1378e : Rabat Ait Abdelmalek 15 000 $
1435e : Clément Cure 15 000 $
1453e : Martin Vialla de Soleyrol 15 000 $
1454e : Erwann Pecheux 15 000 $
1494e : Christopher Marcadet 15 000 $
1499e : Bastien Joly 15 000 $

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- 3 juillet 2023 - Par Rootsah

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Fini les parties nosebleed et les pots à sept chiffres sur Full Tilt Poker. Désormais, "Isildur1" n'est rien de plus que Viktor Blom, un ex-petit génie reconverti en grinder de tournois de variantes aux WSOP. Et malgré des résultats mitigés depuis le début de l'été, le potentiel semble exister...

Ces WSOP 2023 fourmillent de légendes du poker live. En revanche, on ne retrouve que de rares spécimens issus des plus grosses parties online de la fin des années 2000, les fameuses nosebleed. Mais si on s'attendait tout de même à croiser Matthew Ashton ou encore Phil Ivey, on ne pensait pas pouvoir observer durant aussi longtemps celui qui a sans doute été la plus grande révélation de l'histoire du poker à cette époque inscousciante du poker online, avant le Black Friday : Viktor Blom, alias le mythique "Isildur1"

Souvenez-vous : le Suédois avait dynamité ces parties de cash-game high-stakes de Full Tilt Poker, où les blindes atteignaient régulièrement les quatre chiffres, que ce soit en Hold'em, en Pot Limit Omaha ou en Mixed Games. Isildur avait ainsi gamblé des centaines de milliers de dollars lors de sessions marathons contre les meilleurs joueurs de l'époque, se faisant une spécialité des swings de mutant qui l'avaient finalement menés à sa perte. Par la suite, Full Tilt Poker ayant fermé, Blom avait continué à jouer, sur une room au pique rouge notamment, mais à des enjeux moindres.

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Mais ces dernières années, le natif de Rånäs semble avoir changé son fusil d'épaule. Finies les nosebleed : on l'avait surtout aperçu sur quelques événements live d'un autre opérateur de jeux en ligne, dont il était brièvement l'ambassadeur. Ses principaux fait d'armes ? Plusieurs places payées à l'EPT Prague 2019, le dernier avant la vague Covid, et d'autres sur des événements WSOP online. Mais s'il avait déjà effectué le pélerinage à Vegas pour les Championnats du Monde 2022, Blom ne comptait aucun résultat sur sa fiche Hendon Mob depuis trois ans maintenant.

Sauf qu'en 2023, il a visiblement décidé de remédier à cela : depuis le début des WSOP, on l'a vu souvent assis aux tables des tournois. Mais pas celles des High Rollers à cinq ou six chiffres de buy-in joués en No Limit Hold'em, non. Pas même sur un bon vieux Pot Limit Omaha à 25 000 $, la variante où il avait rasé Tom Dwan à son apogée. Non, c'est bien sur les Mixed Games qu'Isildur1 semble avoir décidé de se refaire une réputation. Durant ces WSOP, il grinde ainsi les tournois de variantes : Razz Championship, Stud Hi-Lo, le tournoi de 9-Game Mix à 3 000 $ (où il a pour l'instant signé sa seule place payée du festival) et même le Poker Players Championship à 50 000 $, dont il avait fini 14e en 2012, il y a onze ans de cela (ouf, on commençait à se demander s'il possédait encore une bankroll). Mais alors, que fait donc Viktor Blom dans ces fields ultra-spécialisés ? "Je crois qu'il est staké par quelqu'un, mais je ne suis pas sûr", renseigne le vice-président français des WSOP, Gregory Chochon. En tout cas, il a l'air beaucoup mieux qu'il y a deux ans !"

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Un nouveau Viktor Blom, comme nous le confirme Julien Martini, l'un des seuls Français à Vegas jouant régulièrement les mêmes tournois que le Suédois, et qui le connait bien. "C'est un super mec, il aime bien le poker. Même pour grinder moins cher, des tournois entre 500 $ et 5 000 $ grosso modo. Au dessus, il vend de l'action." Isildur1 semble donc déterminé à reconstruire une bankroll, en suivant les règles de gestion qu'il envoyait balader il y a 15 ans de cela. "Il repart du bas, poursuit le détenteur de quatre bracelets WSOP. Cela fait quelques années maintenant qu'il fait ça." Si de l'aveu de Julien, Blom est un "solitaire", il semble en tout cas avoir retrouvé sa place au milieu des meilleurs joueurs de poker de la planète. Et donc, il n'est plus seulement un expert du Texas Hold'em et un degen de l'Omaha : "C'est un très bon joueur sur les jeux de Draw, notamment en Deuce To Seven Triple Draw", continue Julien. Je le trouve aussi assez fort en Omaha Hi-Lo et en Hold'em. Il est peut-être un peu moins bon sur les jeux de Razz et de Stud. Mais il reste un excellent joueur de manière générale."

Mais le passé ne sera jamais effacé : "J'ai une anecdote, raconte Julien. A la belle époque d'Isildur, il était tellement fort en Deuce to Seven que les joueurs allemands payaient des fortunes pour qu'il s'enregistre lors de ses sessions, et qu'il envoie ensuite les vidéos après coup. Bon, ils avaient écrit un contrat qui stipulait qu'ils ne pouvaient pas du tout jouer contre lui. En Deuce to Seven en tout cas, il est vraiment reconnu comme étant l'un des meilleurs joueurs jamais vus, peut-être au même niveau qu'Alexandre Luneau." 

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Sur ces WSOP, Blom n'a en tout cas pas fait étalage de ces compétences, en tout cas de par ses résultats, et montré qu'il pouvait rivaliser en live avec les dizaines de grands spécialistes de variantes. Blom, peut-être aussi un nom à ajouter à la liste des "meilleurs joueurs sans bracelets" encore en activité, même s'il a beaucoup moins joué à Vegas que les candidats de ce listing. Et si un jour, Blom remportait finalement sa première breloque sur un anonyme tournoi de H.O.R.S.E à 1 500 $ ? En tout cas, il sera au Day 2 du PLO8 Championship ce lundi. Pour un premier vrai deeprun ?

Dans la tête d’un Player of the Year

- 2 juillet 2023 - Par Fausto

Il est l’une des sensations de ces WSOP. À force d’enchainer les perfs et tables finales dans différentes variantes, Michael Rodrigues touche du doigt l’objectif presque inatteignable qu’il s’était fixé en début de festival : jouer le titre du Player of The Year. Une course prestigieuse et dangereuse, réservée à la crème des grinders. Encore runner-up hier du PLO8, le Portugais accroche pour l’instant la roue de Shaun Deeb, mais reste dans le rétroviseur de l’autre phénomène de ces WSOP, un certain Ian Matakis.

Rodrigues

Il y a un mois, Michael Rodrigues n’attirait ni les foules, ni les projecteurs. Il faisait seulement partie de ces bons regs qu’on voit deep run de temps à autre, tantôt sur les EPT, un peu sur le circuit français. Pour autant, avant l’année 2023, aucune victoire de marque, aucune table finale de prestige n’était inscrite à son palmarès. Après un mois de Vegas, Mika est désormais champion du monde et quadruple finaliste WSOP. En 12 ITMs il a cumulé plus d’un demi-million de dollars. Soit près du double de ce qu’il avait jusque-là amassé dans toute sa carrière.

« Quand je vais revenir en France, je vais me réveiller » déclare le joueur, faisant référence à cet enchainement de perfs démentiels, qu’il a du mal à quantifier, à réaliser.

Au-delà des dollars encaissés, Michael Rodrigues démontre depuis le début de festival sa polyvalence dans toutes les différentes formes de poker. Un premier titre en Badugi, variante qu’il jouait pour la première fois en Live, et pour la deuxième fois de toute sa carrière. Une 7e place en Deuce-To-Seven, un jeu de “Draw”, sur la version à 1 500$… Avant de répéter la performance, trois jours plus tard, sur la version Championship, dont il terminait 3e pour 139 048 $.

Rodrigues

Ce vendredi, ce n’est plus avec cinq, mais avec quatre cartes en mains que le Portugais a fait des étincelles, sur un jeu qui n’a rien à voir avec les deux premiers : le PLO8.

« Je pensais qu’il était pour moi ce deuxième bracelet. J’avais 17 millions, quand les autres en avaient dix à eux deux, rappelle Rodrigues. Mon adversaire a tout touché sur les derniers coups. Je partais avec nut-low et un gros tirage high et je ne prenais qu’un quart du pot ou bien je me faisais scoop ». Le Portugais sait qu’il n’a pas trop le droit de “whine”. La déception du doublé est toute relative. « 2e devant 1 100 joueurs pour 160 000, je ne vais pas me plaindre ». 

Après son titre en Badugi, Mika se présentait à nos micros comme « un joueur de cartes ». Un grinder formé à la dure, capable de se défendre sur tous les terrains. Pour ces décathloniens du poker, il existe une compétition toute trouvée. Un classement qui récompense justement les meilleurs joueurs de cartes, qu’ils en tiennent deux, quatre, cinq ou sept : Le prestigieux Player of the year.

POY

A l'instar des Chris Ferguson, Jason Mercier, Mike gorodinsky ou Shaun Deeb, les vainqueurs du POY scrutent à jamais les joueurs se ballandant dans les salles et les couloirs des WSOP

« Cette saison, je suis venu pour 50 Jours, avec un objectif personnel bien particulier en tête, et assez élevé. Je le dirais pas maintenant, mais pour te donner un indice, cet objectif s’achève le dernier jour du festival » déclarait Mika le lendemain de son titre. Le joueur n’a plus besoin de nous le cacher : il comptait dès le départ combattre pour le titre du “POY”. 

Un pari bien audacieux pour un joueur qui n’avait jusque-là aucune finale, ni même de vraies perfs sur les World Series. Un grinder Portugais dont la plus belle perf ne dépassait même pas les six chiffres. Pouvait-il vraiment combattre dans la course des Shaun Deeb, Dan Zack, Josh Arieh, Brian Rast et compagnie ? Des hommes qui ont déjà fait tomber les bracelets et les millions de dollars de gains ? Oui.

Deeb

Michael a rapidement fait son apparition dans le classement, son titre en Badugi le plaçant même dans le Top 10. Après ses deux finales en Deuce-To-Seven, Mika approche même la barre des 2 000 points et se positionne comme un prétendant sérieux.

Avec désormais une victoire (sur 516 joueurs), une deuxième place (sur 1 125 joueurs), une 3e place (sur un Championship de 113 joueurs), plus une quatrième finale, Mika se classe provisoirement en 3e position dans ce fameux classement, “seulement”. La faute à un Shaun Deeb toujours aussi monstrueux de régularité (14 ITM, 4 finales, 1 titre sur le 8-game mixed). Mais aussi à un invité surprise. Un certain Ian Matakis, grinder américain relativement random, et qui, à l’instar de Rodrigues, vient de réaliser en trois semaines autant de résultats qu’en six ans de carrière.

Matakis

Jusque-là inconnu au bataillon, Ian Matakis déroule sur ces WSOP en deep-runant absolument tous les tournois sur lesquels il s'aligne.

15 ITMs, 3 TF, 1 victoire. Ajoutez-y une 15e place sur le Milly-Maker (plus de 10 000 joueurs et trois autres Top 20), et ça vous fait un total de 3 338 points. Et contrairement à Shaun Deeb, Monsieur Matakis ne joue pas de gros buy-in. Un seul 5 000 $, grand maximum, où il a fait ITM, avant le 5 000 $ 6-max… Dont il terminait 7e hier soir.

« C’est incroyable ce qu’il fait ce Matakis. Alors que personne ne le connait. Tout le monde ne parle que de Shaun Deeb, alors que c’est lui qui a toujours été devant » commente Michael Rodrigues, admiratif de ce joueur qui deep run tous les tournois dans lesquels il rentre. « Je vais peut être aller combattre dans la cour de Ian, qui prend les points que sur les petits buy-ins. Au moins, sur ces tournois, tu es sans pression ».

À voler trop près du soleil, on peut se bruler les ailes

Rodrigues

Si la course au POY est réservée à l’élite des grinders, c’est parce qu’elle peut s’avérer dangereuse… Et extrêmement coûteuse. Pour prétendre au titre, il faut jouer un volume monstrueux. Chaque jour-off est une opportunité laissée à vos concurrents de vous dépasser. Les plus gros buy-in rapportant plus de points, il est largement conseillé de joueur les 10 000 $ et plus, d’autant que les fields réduits permettent de multiplier les tables finales. Et si le run n’est pas au rendez-vous, la facture peut être salée.

Installé dans le Top 3 provisoire du classement, Michael Rodrigues a voulu mettre toutes les chances de son côté en tentant des shots sur des gros, voire des très gros buy-in. Sa réussite en mixed-game l’a même poussé à tenter le Poker Players Championship à 50 000 $. Plutôt couillu pour un homme dont le cœur de buy-in est davantage les 1 000 - 2 000. « J’ai aussi mis deux bullets sur le PLO 25 000 $, affirme Rodrigues. En une semaine, j’ai drop une tonne. Ça m’a servi de leçon : j’ai appris que je ne ferai plus ça ». Avant de se bruler les ailes, Mika aura appris le mythe d’Icare, remixé à la sauce grinder.

Match à trois dans la dernière ligne droite

La perf à 160 000 $ tombe donc à point nommé pour refaire le plein de roll et de confiance, à l’aube des deux dernières semaines de tournois.

Rodrigues

« Chaque année, le titre se joue autour des 4 500 » déclare Michael Rodrigues, qui planifie soigneusement son calendrier de tournois en fonction de la course au POY. Les gros buy-in rapportent plus de points, accrocher une finale est plus envisageable, mais un deep-run sur un large field permet aussi de scorer gros. Pour ce samedi, ça sera le Turbo Super Bounty à 10 000 $. Et si le run n’est pas au rendez-vous, on se rabattra sur les mixed-games, puisque juste après l’entrainement réussi sur le PLO8 1 500 $, la version Championship, à 10 000 $, est programmée à 14H.

Mais pourquoi jouer cette course, dont le carburant se paie en centaine de milliers de dollars ? Y a-t-il un prix, une récompense, un trésor qui justifie qu’on se lance corps et âme dans cette course ? Absolument pas. Hormis un siège pour le prochain Main Event (d'une valeur de 10 000 $) et une belle photo affichée dans les couloirs du Horseshoe, le titre de POY couvre le vainqueur de gloire plutôt que d'or.

« Je ne joue pas au poker pour l’argent, affirme Mika, aussi éclectique en poker qu'en entrepreneuriat. À côté, j'ai diverses sociétés dans divers domaines... Comme dans les cartes, on touche à tout. Le "Player of the Year" le fais parce que je joue à tous les jeux. C’est pour le prestige. Et puis, voir un Portugais dans ce classement devant tous les Américains, ça serait rigolo ».

POY

Actualisé quotidiennement, le classement place pour l’instant Ian Matakis en pole position avec 3 709 points. Shaun Deeb sui avec 3 358, tandis que Mika complète le podium provisoire avec 3 279. Le trio dispose d’un petit matelas d’avance sur le gang de poursuivants, composés des Chad Eveslage (2 titres), Chance Kornuth, Chris Brewer, Jeremy Ausmus, Josh Arieh ou encore John Monette.

Au vu de la forme de Matakis et de la régularité de Shaun Deeb, Michael Rodrigues ne part pas favori pour la première place. Après tout, un Top 5 serait déjà un énorme succès, n’est-ce pas Mika ?

« Au POY, soit t’es premier, soit t’es rien du tout, répond sèchement le joueur. Top 3 c’est bien quand même, je ne sais pas s’il y a déjà un Portugais qu’il l’a fait (Joao a fait 7e en 2022, son meilleur classement). Là, on est dans les trois premiers, de loin. On va voir ce qu’on peut faire ». Tout juste sorti du 10 000 $ Super Tubo Bounty, Mika revient à ses premières amours, avec un tournoi Mixed-Big Bet mêlant encore des formes de poker bien exotique, notamment le 2-7 Pot Limit ou encore le Poker 5-card draw, plus communément appelé poker fermé. Les derniers tournois distribueront encore de nombreux points, avec bien sûr le Main Event.

« Ça va me faire bizarre de jouer qu’avec deux cartes et d’attendre des heures en foldant » commente le joueur. Après tout, il ne manque plus qu’une perf dans la plus classique des variantes, pour parachever le feu d’artifices Rodrigues.

Shooting and pointing in Las Vegas

- 24 juin 2023 - Par Rootsah

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Le sport à Las Vegas, ce n'est pas seulement lancer des dés sur une table de craps. Entre le futur Grand Prix de Formule 1, le terrain de golf sur le Strip et la victoire des Golden Knights en Stanley Cup il y a quelques jours, Sin City vibre aussi au rythme du sport, du vrai. Mais l'activité sportive dans le Nevada peut également être beaucoup plus cool... et aussi plus Française. La preuve : on est allé faire un tour au Pétanque Club of Las Vegas, qui représente fièrement l'un des jeux les plus populaires de l'Hexagone. Sans strass ni paillettes, on vous emmène taper quelques boules au pied des montagnes.

"Tu dois viser à droite !" "Valérie, tu tires ?" "Bien pointé, bien joué !" "Attention, on est bien à six mètres ?" "Oh, il faut mesurer, là !" À moins que vous ne soyiez jamais parti en vacances au soleil, vous reconnaissez certainement ces quelques tirades, qui fleurent bons les parties de pétanque du Sud de la France. Sauf qu'ici, nous ne sommes pas dans les rues de Marseille ou sur un boulodrome du vieux Nice : en ce dimanche soir, les joueurs de boules du coin se sont donnés rendez-vous sur les terrains de... Las Vegas ! Oui, la ville de tous les possibles abrite en effet un club de pétanque tout ce qu'il a de plus officiel, localisé à une petite demi-heure en voiture du Strip, au pied des Spring Mountains : le Pétanque Club of Las Vegas. "Regarde, les couchers de soleil sont très beaux ici," nous montre Valérie Hodson-Pujol, la présidente de l'entité vegassienne. Et si le club se retrouve à jouer à l'entrée du Lone Mountain Regional Park, c'est qu'il s'est installé sur des anciens terrains de bocce, un jeu de boules italien, dans un complexe sportif en périphérie de la ville. "Le terrain le plus proche était à quatre heures et demi de route, à Los Angeles", explique Valérie.

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Vous ne rêvez donc pas : si vous voulez occuper un de vos day off à Las Vegas sur un air de vacances françaises entre deux tournois de poker, il est donc possible d'aller tenter quelques carreaux pour se détendre. Avec les bons vieux codes de la pétanque, mais en version américaine, donc : "Un tir, on dit shooting. Pointer, c'est point", renseigne Valérie. Mais si le vocabulaire de la pétanque semble donc s'être adapté à la langue de Shakespeare, on ne peut pas dire que ce jeu fasse partie de la tradition des sports américains. Un pays où l'attention se concentre par exemple sur le hockey sur glace, en témoigne les scènes de liesse à Las Vegas il y a quelques jours pour fêter les Golden Knights.

Pas d'effet boule de neige

Las Vegas
Mais alors, comment la pétanque s'est-elle fait une petite place dans le Nevada ? Valérie nous raconte : "Le club a été créé en 2019. Au début, on était cinq ou six, on jouait de manière informelle sur les terrains. Puis certains de nos joueurs voulaient pratiquer la pétanque de manière plus sérieuse, en se dirigeant vers la pétanque sportive plutôt que loisir. Alors on s'est affilié à la fédération de pétanque américaine, qui compte 2500 ou 3000 licenciés. Le terrain appartient à la ville." Une aire de jeu qui semble faire l'affaire, même si elle n'est pas parfaite : "J'aimerai bien que la surface soit plus dure, mais ça dépend des périodes de l'année, poursuit la présidente. Alors je rajoute des cailloux, car c'est un peu trop sableux. Mais la pétanque se joue sur tous les terrains, il faut savoir jouer partout."

Banc
Le club house ? Un banc sur lequel Valérie et ses compères posent tout le matériel, comprenant des boules importées de France. "On achète notre propre matériel, on essaie de le faire venir de France. Au début, on était content car une grande marque s'était installée du côté de San Francisco, ce n'est plus le cas." À part au niveau du matos, difficile de développer les infrastructures : "Notre cotisation annuelle est de 45 dollars, dont 15 vont à la fédération de pétanque. On peut avoir un peu d'aide, mais c'est très marginal. Quand on organise l'Open de Las Vegas, c'est hors fédération", précise Valérie. Au pied du banc ? Une glacière, contenant quelques boissons fraîches pour ne pas attraper un coup de chaud. Mais pas de bouteille de pastis ou de cannettes de bière, malheureusement pour la transmission de l'apéro-pétanque à la française : aux États-Unis, il est interdit de consommer de l'alcool sur la voie publique. 

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Aujourd'hui, l'effectif du club compte une petite vingtaine de membres : "Ce sont essentiellement des francophiles, qui aiment la France, qui disent quelques mots, détaille Valérie. Mais le club est ouvert à tous. On a une Espagnole, une Vietnamienne. C'est plus intéressant quand la population est variée." Difficile cependant de faire grossir les troupes sur la durée : "Il y a des gens qui déménagent ailleurs... On avait un très bon joueur qui est parti au Maroc, un autre à San Diego, un autre au Texas... Et le parc où nous jouons n'est pas très passant. Quand les Américains nous voient jouer, ils demandent toujours : 'Mais comment vous reconnaissez vos boules ? Pourquoi elles ne sont pas colorées ? Qu'est-ce qu'il y a à gagner ?'" ​

Team
Les jeunes ne semblent pas non plus se prendre de passion pour la boule grise : "Dans le sport américain, ils se demandent avant tout ce que ça peut apporter, renseigne Valérie. Le sport peut permettre d'intégrer une école, d'avoir des aides financières. Mais la pétanque, personne ne sait ce que c'est !" Enfin, la jeunesse au pouvoir a fonctionné durant un temps : "À un moment, on avait des mormons qui venaient. C'était des jeunes très enthousiastes, mais au bout de quelques semaines, ils devaient changer de région, et ils ont disparu. En fait, il suffirait d'une personne pour que ça se développe, comme quand la reine de Thaïlande avait imposé la pratique de la pétanque aux militaires. La Thaïlande est ensuite devenue le deuxième pays le plus médaillé dans la discipline, après la France. J'attends quelqu'un dans le genre ici !" 

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Les membres actifs se retrouvent eux deux fois par semaine pour s'adonner à ce sport bien français. Et on s'adapte : "On joue à différents moments, selon les saisons. L'été, c'est plutôt à dix heures du matin, comme il y a beaucoup de retraités. En ce moment, on joue le jeudi et le dimanche. Mais on joue aussi le soir, pour que ceux qui travaillent puissent venir jouer. L'avantage, c'est aussi qu'on peut aussi mettre de la lumière sur les terrains." On aurait pu s'attendre à ce que le club de pétanque du coin soit un lieu de rendez-vous pour la communauté française de Las Vegas : mais malgré les 3 000 Français environ résidents permanents de Sin City, seuls Valérie et son mari sont nés dans l'Hexagone : "Par le passé, on avait fait des événements pour le 14 juillet, comme un grand pique-nique. Mais aujourd'hui, nous sommes plus mélangés. Ce ne sont pas les Français qui font vivre le club."  De temps en temps, des touristes de passage à Las Vegas appellent toutefois Valérie pour savoir s'il est possible de venir taper quelques boules le temps de leur séjour. "Certains touristes français et étrangers, plutôt que d'être en ville, préfèrent rester un peu dehors."

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Et les joueurs de poker alors ? Nous avons notamment croisé Fabien Perrot aux WSOP, qui confiait qu'il passerait bien faire un tour au club entre deux tournois... "Parfois, on a des joueurs qui viennent, affirme Valérie. Un jeune d'une trentaine d'années venait régulièrement, un amateur. Mais souvent, ils ont peur de venir car il fait trop chaud, alors que le soir, ça va... On a davantage de monde qui vient pendant les championnats du monde de poker." D'ailleurs, cela marche dans les deux sens : "Il y a plusieurs années, je m'occupais de groupes francophones et d'alliance française, se souvient Valérie. Et il y avait Antoine Saout en finale du Main Event, en 2008. On a cherché un drapeau breton, on a trouvé, et on est allé au Rio voir la finale."

Pétanqueurs et pétanqueuses

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Parmi les tops regs du club, certains ont en tout cas leur petite réputation aux States. Bon, pas forcément pour la pétanque, on vous le confesse. On vous présente donc Ed Smith, 75 ans et ex-champion de billard de l'état du Nevada, qui fait aussi des croisières poker avec sa femme. "J'ai gagné plusieurs tournois en Espagne à Lugo, et à Las Vegas, renseigne Ed. J'ai fait partie de l'équipe nationale d'Espagne." Ed est également joueur de poker à ses heures perdues. "La plupart du temps, je joue en cash-game au South Point. Je joue quatre fois par semaine, je fais de l'Omaha Hi-Low, les parties sont belles. Mais je n'ai jamais joué de tournois WSOP." Un vrai passionné donc, qui s'adonne aux cartes pour s'occuper durant sa retraite : le profil classique du joueur qu'on rencontre aux tables de cash-game low-stakes de Las Vegas. Et boules en main, Ed semble également faire partie des meilleurs joueurs du club.

Greg
Joseph, lui aussi, est à la retraite. Mais par le passé, il s'est illustré dans un tout autre domaine. "C'est un ancien "cold case", explique Valérie (les amateurs de la série apprécieront). Lui, c'est sa femme Twee qui l'a initié au poker. "Ils adorent ça", précise la présidente. Particularité : Greg joue des deux mains ! "C'est rare à la pétanque", assure Valérie. On peut ainsi voir Greg pointer de la main gauche ou droite, un avantage certain quand votre boule doit se frayer un passage sur un côté précis du terrain... Si Greg est donc venu à la pétanque par l'intermédiaire de sa compagne, toutes les passerelles sont bonnes. Kim, elle, a été entraînée dans le game par son voisin, et a visiblement pris goût au jeu, à moins que ce ne soit dans les gènes : "J'ai une grand-mère française. Cela fait deux ou trois fois que je viens, j'esssaie d'apprendre. Avant, je jouais plutôt au mini-golf ! Mais je n'ai pas d'accointances particulières avec la France."

Duo
Kim, avec Valérie, et Greg sur la droite

Ce voisin, c'est Greg, qui lui facture beaucoup plus d'expérience, et parle un peu Français. "Je jouais déjà en 1958, quand j'étais militaire", nous raconte-il. Je me suis marié avec une Française, je m'y suis remis il y a six ou sept ans." Michel, le mari de Valérie, est donc l'un des deux seuls joueurs réellement francophone sur le terrain, comme en témoigne son accent du Sud de la France. "Je viens de Béziers. J'ai 78 ans, je n'ai pas joué à la pétanque pendant plus de 50 ans. Je m'y suis remis il y a quatre ans, quand j'ai rencontré Valérie alors que j'étais venu pour les vacances. J'ai eu ma green card [le permis pour travailler aux États-Unis], et je suis resté."

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Et Michel est à bonne école, pour sûr : en plus de son rôle de présidente du club (Ed en est lui le trésorier), Valérie est clairement la référente des joueurs au niveau technique. Elle est ainsi souvent appelée pour donner des informations sur le déroulement de la partie, mais aussi prodiguer quelques conseils, quand ce n'est pas elle qui vient filer quelques tips. Bien que ce ne soit pas toujours facile : "Tu vois, lui, il lance dans une mauvaise position", désigne t-elle en nous montrant un joueur un peu déséquilibré. Au début, je leur ai dit de lancer la boule d'une certaine façon, pas par en dessous comme au bowling. Ça ne sert à rien de forcer, il faut juste être souple et relax. Mais parfois, ce n'est pas évident. En ce moment, on a d'ailleurs quelques débutants, alors j'essaie de leur enseigner les bases. Pourquoi on pointe, pourquoi on préfère tirer à un autre moment... La pétanque, c'est un peu comme un jeu d'échecs. J'essaie d'expliquer la stratégie."

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Il faut dire que cette joueuse originaire de Lyon a donc de la bouteille. "J'ai commencé il y a 15 ans, en mode loisir, puis je suis devenue accroc. Là, on vient d'acheter une maison en imaginant qu'on allait construire un terrain dans le jardin. Avec la piscine, c'est chaleureux et convivial !" Car Valérie est désormais bien installée dans le Nevada : "Cela fait 30 ans que je vis aux États-Unis. J'ai toujours voulu venir dans le pays, depuis mes 13 ans. J'ai réussi à venir dans le cadre d'un échange international. Je venais, je repartais, et j'ai rencontré mon premier mari, qui était militaire. Quand on s'est séparés, j'ai voulu revenir à Las Vegas, où là au moins j'avais des amis, plutôt que de retourner vivre en France." Car pour elle, Las Vegas, ce n'est pas que les casinos du Strip : "J'aime beaucoup les alentours. Je connais des sources d'eau chaude dans le désert, il y a plein de marches à faire. Il y a une station de ski, il y avait encore de la glace en plein été. En montagne, on est sous les pins, la température baisse de 15 degrés. L'hiver, on va plutôt du côté du Lake Mead, où il y a plein de choses à faire. Je suis guide dans la région, entre parenthèses. J'ai ma société." Si vous cherchez à visiter Las Vegas côté nature, vous savez donc où vous adresser. 

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Valérie vit aussi la pétanque en mode compétition : "Avec mon mari, on fait de la pétanque tourisme et ce n'est pas donné à tout le monde. Je me déplace quand il y a des compétitions dans d'autres villes. Là, je pars à Portland, et en août je vais au Québec. La pétanque se développe énormément là-bas. Il y a le festival Festi-Pétanque, qui est la plus grande réunion du Canada. Je vais aussi jouer au Mexique. Et je fais donc du tourisme en même temps. " De quoi voir que la pétanque est en plein développement aux États-Unis également, notamment à New York (de nombreux articles relatant le phénomène sont dispos sur la Toile). Mais visiblement, les Américains ont encore du mal lorsqu'il s'agit de faire passer la pétanque au niveau supérieur : "Je suis allé aux sélections américaines, raconte Valérie. Il y avait une fille qui jouait avec sa mère de 86 ans ! Et la Fédération dit : 'On joue un week-end, et les gagnants du concours partent en sélection.' C'est complètement aberrant pour les Français. Une partie en 13 points, ça passe vite..."

"N'importe qui peut jouer contre le champion du monde"

Tournoi
Mais en parlant de haut niveau, Valérie a tout de même réussi un coup de force il y a quelques semaines : "On a organisé notre tournoi annuel, et on a fait venir deux champions du monde français, Dylan Rocher et Damien Hureau." Mais comment avoir convaincu deux des meilleurs joueurs du monde de venir à Sin City ? "Je les connais personnellement, explique Valérie. Et quelquefois, ils trouvent des partenaires intéressés pour être sponsorisés. On en a aussi profité pour découvrir tout ce qu'il y a autour de Las Vegas : le Grand Canyon, la Vallée de la Mort.... Cela permet de montrer que Las Vegas, ce n'est pas que des casinos." 

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Au final, le tournoi semble avoir rencontré un grand succès : "Le niveau était très très bon, car plusieurs joueurs ont déjà participé aux championnats du monde, notamment au Canada. Il y avait des Mexicains, des Canadiens, des joueurs d'autres états américains... C'est un tournoi open, on n'est pas obligé d'être licencié, c'est ouvert à tous. On remet des prix et des coupes. Nos joueurs étaient contents de voir des champions."  Même si pour cela, il a fallu les convaincre : "Je leur dis que quand j'ai commencé, je faisais aussi les 4h30 de route, même pour marquer cinq points, dix points, puis gagner une partie, puis deux.. Il faut d'abord se battre avec soi-même." Dylan Rocher, fan des States, a lui expliqué dans les colonnes de SportMag comment il voyait la pétanque au pays de l'Oncle Sam : "Jouer à la pétanque au milieu des buildings à New York, c’est vraiment quelque chose de grandiose. La pétanque se développe beaucoup là-bas. Le niveau reste moyen, mais en développement. C’est un pays qui n’a pas une énorme culture pétanque, mais il y a des clubs très actifs qui mettent en place pas mal d’événements très intéressants. Il y en a un à New-York et un autre en Floride qui sont les deux grands événements de l’année là-bas."

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Et si au final, Dylan Rocher a gagné le tournoi, associé à sa mamie, Michel, par exemple, a apprécié l'expérience : "J'ai tout de même marqué quatre points contre lui ! C'est quelque chose de jouer contre ce genre de champions. C'est aussi ce qu'il y a de bien avec la pétanque : n'importe qui peut jouer contre le champion du monde." Alors, Dylan : "You shoot or you point ?"

Retrouvez toutes les infos sur le Pétanque Club of Las Vegas grâce à leur site internet et leur page Facebook

Crédit photo tournoi : Pétanque Club of Las Vegas

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