Jean-Claude Perrot, le shark du business

- 30 juin 2023 - Par Fausto

Un Français déroule sur les tables du Super Seniors 1 000 $. Amateur de longue date et businessman accompli, Jean-Claude Perrot fait partie des plus gros stacks à 23 left du massif tournoi des vétérans. Rencontre avec ce sudiste aussi bavard qu'ambitieux et dont le style impulsif fait des ravages depuis trois jours.

Event #61 : 1 000 $ Super Seniors (Day 3)

Perrot

« Excuse me, are you french » demande-je à ce joueur en chemise à carreaux bleus. Sur le chipcount, il répond au nom de Jean-Claude Perrot mais nos confrères de Pokernews lui ont accolé un drapeau américain.

« Je ne comprends pas ce qu’ils ont fait ces Amerloques. Ils ont dit que j’habitais à Charlotte. Surtout pas, je viens de Bagnère-de Bigorre » explique Jean-Claude. Le sudiste a l’air d’humeur bavarde.

« Je suis un jukebox, tu mets une pièce dans la machine, et ça ne s’arrête plus. D’ailleurs, tu veux aller manger, je t’invite ».

Cinq minutes après avoir repéré Jean-Claude, me voilà donc dans un luxueux restaurant du Paris en train de faire la connaissance de cet amateur, qui s’est pris d’amour pour les cartes il y a 25 ans.

« Je suis un ami de Jean-Pierre Gleize et de la bande à Claude Marbleu, situe Perrot, qui a longtemps habité à Toulouse. Un jour, Jean-Pierre m’a dit, viens, je t’emmène faire un tournoi à Marrakech. Il m’a expliqué les règles dans l’avion, et une fois arrivé, je fais table finale. J’ai gagné des tournois au Saadi, à la Mamounia… Je trouvais que je n'étais pas mauvais et je m’y suis mis ».

Ayant fait carrière dans la société Carrefour, dont il a été président de la branche Espagne pendant un certain temps, Jean-Claude joue quelques parties de cartes à côté de son emploi du temps bien chargé. Des homegames entre copains, mais aussi des beaux tournois un peu partout sur le Globe, des EPT Varsovie au PCA des Bahamas.

« Mon meilleur fait d’armes, c’était un 1 000 $ aux WSOP 2008. On est plus que 19, j’ai deux Rois, je pars à tapis contre deux Dames, et il me fait la dame. Derrière, le mec fait 2e pour 450 000 $ », se souvient Jean-Claude.

Perrot

15 ans plus tard, le voilà encore à 20 left d’un énorme tournoi des championnats du monde. Cette fois, c’est sur le Super Seniors à 1 000 $ que le jeune soixantenaire fait des étincelles. « Je viens content, je vole, je suis heureux de jouer » s’enthousiasme le patron, qui profite d’un run agréable depuis deux jours. « Hier, j’ai rasé les tables. J’ai fait tous les coups que je savais faire. J’ai dû faire quinze bluffs, c’est passé à chaque fois. J’ai fait brelan contre brelan. À un moment, je re-raise et je ne cherche que le dix pour la quinte. Devine ce qu’il tombe. Un dix, il avait deux paires, et je lui prends tout ».

Joueur d’expérience, Jean-Claude est adepte de la guerre psychologique. « J’aime prendre l’ascendant sur l’adversaire. Le poker, c’est que ça. C’est un jeu où tu ne regardes pas les cartes. Tu regardes le mec. C’est un duel, il faut que tu rentres dans sa tronche »

Un style de jeu basé sur le feeling, qui lui permet d’abuser des adversaires qu’il sent un peu faiblard. « Là par exemple, je n’avais rien du tout, affirme le joueur, faisant référence à ce re-raise bouton sur un board 239, qui a fait lâcher son voisin américain. Les mecs se caguent. Et puis, les vieux, ils aiment trop l’oseille. Dès qu’il y a un palier, ils lèvent la tête pour voir combien ils vont prendre en plus ». 

Jean-Claude sait mettre la pression dans les bons moments, mais en bon businessman, il sait également flairer les arnaques et est capable de gros fold lorsqu’un adversaire tente de lui sous-tirer les jetons. « C’est ma spécialité, lâche Perrot. Hier, je suis dans un coup avec A-K, je raise sur un flop avec Roi-Valet, le mec me re-raise, je lache tout de suite en montrant mon As-Roi. Toute la table me regarde en me disant “quoi, tu lâches ça”. Je leur réponds “vous croyez quoi, il a deux valets en face”. Et effectivement, le gars montre deux Valets ».

Perrot

Ancien pilier de Carrefour, Jean-Claude est venu avec trois amis, dont son copain Paulo de Leclerc. « C’est quand même dingue, qu’un gars de Carrefour soit pote avec Leclerc. Par contre, je ne les vois pas beaucoup, puisque je joue douze heures par jours depuis que je suis arrivé. C’est déjà mon troisième ITM. Du coup, le soir, je rentre tout seul, je me fais un whisky, je dors, et je repars au combat ». 

Compétiteur dans l’âme, ce pur joueur de tournoi ne se soucie pas de la pression monétaire. « L’argent, je m’en fous. Dans trois jours, je rentre en France et j’ai un deal qui m’attend pour référencer mes deux nouvelles boites avec des gros distributeurs. On parle de grosses valeurs, bien plus que sur ce tournoi. Mon but, c’est d’abord de faire TF, et puis de ramener la breloque ».  

Le chemin est encore long, mais Perrot a déjà bien percé ce field gros de 3 121 joueurs. Au moment de revenir du diner, ils ne sont plus que 23, et Jean-Claude reprend la partie avec une grosse cinquantaine de blindes, un tapis qui le place dans le Top 5 provisoire. L’opportunité est là, est ce requin du business n’est pas du genre à laisser filer une bonne affaire. Allez Jean-Claude !