Winamax

Qui est le boss du (Mixed) Game ?

- 27 juin 2022 - Par Fausto

Un sixième bracelet dans une sixième variante différente pour Brian Hastings. Un cinquième bracelet, le quatrième consécutif, pour le triple vainqueur du Dealer Choice Adam Friedman. Voilà des performances qui forcent le respect chez les passionnés de variantes. Ces exploits invitent à nous poser la question : mais qui est donc le vrai GOAT des « mixed games » ? Éléments de réponse avec les spécialistes du milieu.

Polyvalence, bracelets et palette technique

friedman

« Je vois beaucoup de joueurs qui excellent dans une variante. Mais les meilleurs sont ceux qui les maîtrisent vraiment toutes. Et il y en a peu, pose David Benyamine, premier arrivé dans le carré Purple, où en ce dimanche s’apprête à démarrer le Poker Players Championship. Difficile de dire qui est le meilleur, mais pour moi l’un des plus solides, c’est Mike Gorodinsky ».

Le champion du PLO8 Championship 2008 évoque ici l'un des guerriers les plus redoutés du royaume des Mixed Games. Depuis près de dix ans, Mike Gorodinsky sabre les plus grands tournois de variantes avec une régularité déroutante. Un rapide coup d’œil à son palmarès vous fera saisir le profil du bonhomme.

Gorodinsky

Sa première perf à six chiffres survient sur un 8-game à 5 000 $ au PCA 2010. L’année suivante, il termine 2e de ce même tournoi… Puis le regagne en 2012. Un premier bracelet WSOP en Omaha/Seven Stud Hi-Lo en 2013, puis le graal du joueur de variantes deux ans plus tard, avec la victoire du Poker Players Championship devant Jean-Robert Bellande pour 1 270 086 $.

Le genre de titre qui permet de prétendre au statut de meilleur joueur de variante du monde ? « Ce n’est qu’un bracelet, relativise l’intéressé, qui ne prête pas attention au nombre de titres WSOP pour dire qui est meilleur qu’un autre. Le volume de tournois et le run jouent trop pour que ce soit vraiment significatif. D’autant que beaucoup de joueurs de Mixed Games ont un background en cash game. Pour moi, les meilleurs, ce sont ceux qui arrivent à être très bons à la fois en format Big Bet et en Limit. Si je devais en citer un, je dirai David Oppenheim, certainement le plus fort en variantes en CG ».

David Oppenheim n’est pas le genre de joueur qu’on croise régulièrement sur le circuit. Pour le voir, il faut plutôt regarder du côté des tables les plus chères de Mixed Games, notamment sur les rooms online. Et d’après Julien Martini, c’est là qu’on trouve les boss de fin.

Martini

« Pour savoir qui est le meilleur, tu regardes qui se fait “sit” et qui ne se fait pas sit (c’est à dire, sur les rooms online, quel joueur attire les adversaires et quel joueur a du mal à en trouver en raison de son niveau trop élevé). Pour moi, c’est Johannes Becker. J’ai travaillé avec lui, notamment en Deuce to Seven. Je me demandais si j’allais apprendre quelque chose, parce que j’avais déjà des connaissances, et après deux heures de coaching, je me suis dit que je ne comprenais rien à ce jeu. C’est un autre niveau ».

Une compétition à part

Difficile de mettre d’accord les spécialistes : chacun a son favori. Peut-être pourrait-on trouver un consensus sur les critères permettant de définir le G.O.A.T des Mixed Games ?

Au-delà du fait d'être un joueur complet, Julien Martini met en avant deux points différents. « Au départ, je pensais que le plus fort était celui qui trouvait le plus souvent la meilleure solution dans les situations données. On pourrait dire, celui qui fait le moins d'erreurs. Mais pour définir le meilleur joueur, ça ne suffit pas. Regarde Phil Ivey dans les années 2000. Pourquoi c'était le meilleur ? Parce qu'il ne tiltait jamais, qu'il était capable de quitter une table sans problème pour en trouver une plus profitable, parce qu'il se mettait à chaque fois dans les conditions pour jouer son A-game »

Benyamine

Dans un autre ordre d'idée, David Benyamine insiste sur certaines données spécifiques aux variantes. « Ce ne sont pas les mêmes atouts qu'en Hold'em, Ce sont deux compétitions complètement différentes, tranche-t-il, pointant les écarts de dynamique et d’atmosphère entre les deux mondes. Il y a beaucoup plus de pression en No-Limit. La nature même du jeu demande davantage de patience, plus de condition physique et parfois d’inspiration, puisque par définition, tout peut se jouer sur un coup. En “Mixed Games”, l’expérience et les qualités de lecture jouent un rôle plus important. Un autre point qui n’existe pas en Hold’em, c’est la capacité à repérer les jeux où l’adversaire a des faiblesses pour en tirer profit, notamment dans le Dealer Choice ».

Q.I poker, ressources disponibles et progression

Joao

« L’intelligence de jeu, le QI poker est à prendre en compte, affirme Joao Vieira. Je pense ici à un joueur comme Scott Seiver... Quoique ce gars-là n’est pas mal non plus » fait remarquer le Portugais en pointant du doigt Shaun Deeb qui le rejoint pendant la pause. En termes de compétitivité, ce n’est pas la même chose qu’en Hold’em où le niveau de jeu moyen a explosé. En mixed games, l’augmentation est plus lente. L’étude du jeu reste primordiale, mais l’expérience joue énormément ».

« Je suis assez d’accord, confirme Shaun qui se joint à la conversation. C’est surtout qu’il n’y a pas assez d’endroits pour jouer ce genre de tournois et beaucoup moins de ressources pour travailler son jeu. C’est plus compliqué d’avoir accès à des solvers, ce genre d'outils ».

Deeb

« Je ne compte plus le nombre d’amateurs qui me disent “j’adore jouer en Mixed games, mais je ne trouve aucun outil pour travailler mon jeu”, confirme Julien Martini. Les logiciels, les livres théoriques sont beaucoup plus rares. Il existe des choses, mais les professionnels partagent beaucoup moins leurs secrets » 

Plus rares sont les ressources, plus profonde est la mine d’or. Car si la route pour arriver au sommet est plus étroite, une fois que l’on y est, on est moins nombreux à profiter de la vue. « Si tu es un très bon joueur de Mixed Games aujourd’hui, tu peux faire beaucoup d’argent. Alors que pour être autant gagnant en No-Limit, tu dois vraiment exceller » conclut le Team PMU.

Mizrachi

Michael Mizrachi, l'homme qui a gagné trois fois le Poker Players Championship (2010, 2012, 2018)

Et puisque beaucoup de ces "Tops" qu'on a cité se retrouvent aujourd'hui dans le field, que peut-on dire du niveau de ce PPC ? « En vérité, le niveau est plus faible qu’il y a quelques années puisque beaucoup de joueurs viennent du Hold’em pour tenter des shots en variantes », affirme Allen Kessler, quatre fois runner-up d’un tournoi WSOP de variantes. Julien Martini n'est pas vraiment du même avis. « Le field que tu vois là, c’est ce qu’il se fait de mieux dans l’histoire des Mixed Games. Et la compétition sera encore plus rude dans dix ans, c’est certain. C’est juste que contrairement au Hold’em ou le niveau a augmenté de manière stratosphérique, la progression se fait pas à pas ».

L'ITIN hérisse

- 18 juin 2022 - Par Flegmatic

L'imposition américaine s'interpose entre les joueurs non-Américains et les WSOP
Sans numéro ITIN, impossible pour l'instant de récupérer 100% de ses gains
Mais au fait, c'est quoi un numéro ITIN ? On fait le point sur l'une des préoccupations majeures de cet été

Le sujet s'est répandu dans l'air dans la foulée du tournoi 6-max à 1 500 $ remporté par Léo Soma. 18e de cette épreuve pour 22 000 $, Samy Dubonnet est venu alerter ses petits camarades français : contrairement aux années précédentes, les World Series of Poker ne peuvent pas faire de demande de numéro ITIN. Conséquence directe : tous ceux qui veulent retirer leur gain se voient retenir 30% de la somme, récupérable à condition de se procurer a posteriori ce fameux numéro dont le nom a alors commencé à circuler sur toutes les bouches.

Payout Cages

La salle des payouts. Là où tout finit... et où tout commence.

Quel est ce problème auquel n'avaient encore jamais été confrontés les joueurs non-Américains venus disputer les World Series ? Sera-t-il résolu avant la fin du festival ? Quelle est la meilleure attitude à adopter en cas de perf' ? Est-il possible de s'en prémunir ? Si oui, comment ? La thématique, brûlante et complexe, suppose que l'on commence à plonger au sein du système de taxation américain et du fonctionnement de l'IRS, le FISC local, pas du genre à plaisanter ni à se montrer arrangeant (comme le FISC, quoi). Rassurez-vous, une fois arrivé à la fin de cet article, vous n'aurez eu besoin de remplir aucun formulaire ni de prendre rendez-vous à l'antenne du trésor public la plus proche de chez vous.

Les Français exonérés, mais...

Commençons par le commencement. Tout résident fiscal américain est soumis à une taxation sur ses gains de jeu, pouvant aller jusqu'à 37%. Pour le poker, est concerné tout gain de 5 000 $ net, à un taux de 30%. À titre de comparaison, cela démarre à 1 200 $ pour un gain de machine à sous. Sans rentrer dans les détails, il existe - et heureusement pour nos cousins d'Outre-Atlantique - des moyens d'échapper à ces taxes, en enregistrant en parallèle l'ensemble des pertes de l'année et, pour un joueur professionnel, de renseigner l'intégralité de ses divers frais. Que se passe-t-il alors pour un joueur, au hasard français, qui n'est donc pas résident fiscal américain ?

"Il existe différents traités à ce sujet, signés entre les États-Unis et plusieurs autres pays, nous explique Ray Kondler, avocat spécialisé qui installe son bureau dans les couloirs des WSOP chaque année, conseillant et accompagnant les joueurs dans leurs démarches de ce type. En ce qui concerne la France, l'accord est très clair : aucun gain, quel qu'il soit, n'est assujetti à une quelconque taxation." La seule condition pour faire respecter cela étant de posséder un numéro fiscal dit ITIN (pour Individual Taxpayer Identification Number). "En leur qualité de grand pourvoyeur d'argent, et donc de revenus fiscaux, les World Series bénéficiaient d'un agrément pour pouvoir faire la demande d'ITIN en ligne," poursuit Raymond.

Raymond Kondler

Raymond Kondler, avocat spécialisé ayant pignon sur rue aux World Series of Poker.

Pour le joueur, la procédure était donc parfaitement indolore. Une place payée équivalait à un gain restitué à 100% immédiatement, sans avoir idée de la grande machinerie fiscale qui s'activait derrière lui. Car dans les faits, la procédure a lieu en plusieurs temps : 1) l'IRS retient 30% de la somme jusqu'à ce que 2) le numéro ITIN lui soit fournit et que 3) une demande de remboursement de ces 30% soit envoyée. Et quand on jette un œil aux différents formulaires devant être remplis pour monter un dossier complet - FW7, 6251, 1040NR... : on se croirait dans la Maison qui rend fou des 12 Travaux d'Astérix - il y avait de quoi s'estimer heureux de ne pas avoir à les remplir soi-même.

L'IRS en PLS

Mais alors qu'est-ce qui a changé cette année ? Pourquoi les grinders français se retrouvent à courir après le cash aux quatre coins de la ville plutôt que de retirer leurs gains amputés d'un tiers ? "Au temps du Rio, on avait l'autorisation pour faire les demandes d'ITIN, explique Grégory Chochon, le directeur français des WSOP. Une dame était en charge de traiter tous les dossiers et de les transmettre, et alors on pouvait donner 100% aux joueurs. Sauf qu'elle était agrémentée par l'IRS au Rio seulement, pas au Paris ou au Bally's. Et personne d'autre n'était en mesure de le faire. Donc dès qu'on a su qu'on déménageait, soit bien avant l'édition 2021, on a fait la demande auprès de l'IRS pour pouvoir transférer son agrément ici. Et voilà où on en est aujourd'hui : cette demande n'a toujours pas été acceptée, et on relance l'IRS tous les jours depuis six mois pour qu'elle le soit." "Ils sont injoignables, abonde Ray Kondler. Ils sont désorganisés et en sous-effectif depuis le Covid. Ils ont accumulé un retard énorme, et il n'y a même plus personne pour répondre au téléphone."

Les World Series of Poker et par extension des milliers de joueurs venus du monde entier se retrouvent donc prisonniers d'une situation qui va bien au-delà d'une poignée de tournois de poker et pourrait ne pas se régler dans un futur proche. Grégory Chochon ne s'en cache d'ailleurs pas : "Il y a 50% de chance que l'on ait l'autorisation avant la fin des WSOP." Un flip donc, un de plus, qui pourrait coûter ou rapporter très cher à tout un tas de gens. "Je ne peux que conseiller aux joueurs d'attendre le plus possible, poursuit Greg'. Et surtout, qu'ils ne voient pas ça comme un prélèvement que feraient les WSOP. D'abord, parce que tout gain est lié au casino qui enregistre la somme. Ensuite parce que ces 30% représentent une caution temporaire que retient l'IRS avant que ne lui soit fourni un ITIN."

"Il y a 50% de chance que l'on ait l'autorisation avant la fin des WSOP"

Que des solutions

Surtout, des solutions existent, parfois bien plus simples qu'on ne pourrait le croire. "J'ai rencontré énormément de cas de joueurs à qui on demandait un ITIN et qui ne savaient pas qu'ils en avaient un, ou qui ne savaient pas où le trouver." Sachez-le donc, si vous avez déjà eu la chance de gagner gros, à Vegas ou ailleurs, votre numéro ITIN est toujours inscrit sur vos reçus W2G, fournis après chaque place payée. "Si l'ITIN a été fait au Rio, je peux également regarder dans notre base pour le retrouver," complète Chochon. À défaut, vous pouvez vous rendre dans le casino qui vous l'a fourni, même si ceux-ci tendent à se raréfier. "Le Venetian ne le fait plus, l'Aria non plus, aucun casino de Downtown... Le Wynn le fait parce qu'ils ont quelqu'un d'agrémenté pour les machines à sous."

1040NR-form

Votre futur meilleur ami.

Vous avez bien cherché partout, au milieu des moutons de poussière sous votre lit, soulevé les coussins de votre canapé et raclé tous les fonds de tiroir, mais n'avez trouvé aucun ITIN à vous mettre sous la dent ? Là non plus, tout n'est pas perdu. Il va juste falloir vous armer de patience, de courage et de résilience. Comme au poker finalement ! "Une fois la demande faite, il faut deux à quatre mois pour obtenir un ITIN et entre quatre à six mois à partir du mois de janvier suivant pour recevoir le remboursement, récite Raymond Kondler. Personnellement, je recommande aux joueurs de demander leur ITIN le plus tôt possible. Il est même possible de le faire en amont, sans avoir besoin de fournir une raison particulière." Une piste à explorer donc pour ceux qui n'ont pas encore bouclé leurs valises pour Vegas ou en prévision d'un futur séjour dans le Nevada.

Bien sûr, si vous êtes concerné par la question, vous pouvez tenter de foncer tête baissée dans les méandres de la fiscalité américaine, en montant vous-même votre dossier avant de l'envoyer à l'IRS. Ou vous pouvez passer par des agents spécialisés, comme Raymond si vous êtes actuellement à Sin City, moyennant honoraires, cela va de soi. Spécialiste du sujet depuis de nombreuses années auprès de la communauté Club Poker, Pascal alias 'Calouminou' a également déniché un cabinet londonien qui, une fois contacté, propose ses services à partir de 300 £. Rentable, surtout lorsque, comme Léo Soma, la somme retenue atteint les six chiffres.

Show me the money

Virgile Turchi

Reste que tout cela demande du temps et pas mal d'influx nerveux, ce que bon nombre de joueurs n'ont pas forcément à revendre en pleins WSOP. Surtout, aux World Series comme sur n'importe quel tournoi de poker à travers le monde, le cash reste le nerf de la guerre. Quel que soit le montant du buy-in, l'inscription à un tournoi se fait en espèces, d'où la nécessité de pouvoir compter sur une réserve de billets conséquente. Nous avons notamment croisé Virgile Turchi (photo), errant dans la Paris Ballroom après sa première élimination du "3K 6-max", à la recherche d'une âme charitable voulant bien lui céder quelques billets verts. "J'ai fini par trouver... en échange de quelques pourcents, nous glissera le lendemain le 115e du Monster Stack, qui avait alors encaissé 7 500 $. J'ai essayé de plaider le fait que j'avais re-entry, ce qui me fait tomber sous la barre des 5 000 $ nets de gains, mais ils n'ont rien voulu savoir."

Quant à son coloc' Samy Dubonnet, il se retrouve dans un autre genre de cas, bien particulier. "J'ai fait faire mon ITIN au Wynn l'an dernier, mais ils ont fait une erreur dans mon dossier et je n'ai jamais reçu mon numéro. J'ai un papier spécifiant que la demande a bien été faite, mais le Paris n'en veut pas. Donc mon ITIN n'est valable qu'au Wynn..." Comme disait mon arrière-grand-oncle percepteur des impôts face à une situation d'une telle absurdité : il y a de quoi se la prendre et se la mordre (c'est faux, je ne l'ai jamais connu et il n'a probablement jamais dit ça). Français et plus largement Européens et non-Américains : ils sont donc nombreux, certains sans même le savoir, à espérer que l'IRS finisse par sortir de sa torpeur. Triompher face aux impôts américains : ne serait-ce pas là une victoire encore plus belle qu'un bracelet ?

Fantasy, la grande foire aux grinders

- 16 juin 2022 - Par Fausto

Comme chaque année depuis 2011, la 25K Fantasy League fait vibrer les gamblers fous de WSOP et anime les passions dans les casinos comme sur les réseaux sociaux. Faisons le point sur cette grande foire aux grinders auxquels participent les grosses bankrolls comme les petits porteurs.

Les adeptes de MonPetitGazon, TTFL et autres FantasyLeague comprendront vite les enjeux et l’agitation que suscitent la fameuse 25k Fantasy League. Ceux qui sont étrangers à ces compétitions virtuelles doivent se dire « qu’est-ce que c’est que ce binz » ?

Draft
La bourse aux joueurs ;de poker : le tableau des transactions de la Draft 2022 (Twitter Donnie Peters)

Pour faire simple, il s’agit d’une compétition où les participants endossent le rôle de managers, de propriétaires d’une équipe. Ils composent leur effectif à la suite d’une grande "Draft" pour ensuite défier les autres joueurs. Chaque joueur enrôlé leur rapportera des points, sur la base des résultats réels de ces joueurs dans la compétition associée à cette Fantasy League.

Dans le cas des WSOP, c’est Daniel Negreanu qui est à l’initiative du projet. Depuis 2011, il propose aux participants de parier sur les joueurs qui vont crusher sur les WSOP. Pour jouer, il faut poser 25 000 $, et participer à une grande mise aux enchères qui permettra de constituer, pour chaque équipe, une liste de huit joueurs.

Daniel Negreanu

Crédits : PokerGo

Chaque deep run, chaque table finale, et évidemment chaque bracelet conquis par l’un de vos poulains vous permet d’accumuler des points, selon un barème savamment concocté, que les plus curieux peuvent étudier en détail sur le site officiel de la Fantasy League. Cette année, 14 participants, principalement des joueurs High Stakes, se sont prêtés au jeu.

Si vous trouvez le buy-in, un peu cher, David "ODB" Baker a mis sur pied une autre Fantasy League calquée sur celle de Negreanu, avec un droit d’entrée plus abordable de 500 $, humblement appelé, "ODB Fantasy" qui a rassemblé cette année plus de 400 équipes.

À défaut de deep-run vous-même un tournoi des World Series of Poker, les deep runs des autres, en l’occurrence, des poulains que vous avez sélectionnés, peuvent vous rapporter gros.

La Draft, le D-Day

Étape fondatrice de chaque Fantasy League, la Draft est un des moments les plus importants et les plus délectables de la compétition. C’est là qu’on dessine son équipe, qu’on fait son petit marché, en s’arrachant les meilleurs produits au nez et à la barbe de ses concurrents. Dans les faits, il s’agit d’une grande mise aux enchères, que vous pouviez même observer cette année en streaming et en direct sur la chaîne de PokerGo.

Comment ça fonctionne ? Toutes les équipes sont réunis dans une salle. Dispersés sur différentes tables, elles font face à un grand écran projetant le tableau de la Draft. Daniel Negreanu dans le rôle du maître de cérémonie, épaulé d’un assesseur qui collecte et organise les enchères.

Screen Draft
L'assesseur récolte les enchères auprès de toutes les tables pour savoir qui s'offrira les services de John Racener, qui part ici dans l'équipe d'Andrew Kelsall pour 37$ (Youtube Poker Go)

Tour à tour, chaque équipe nomme un joueur, pour lequel toutes les équipes s’apprêtent à se battre. Elles disposent chacune d’un portefeuille de 200$ pour s’offrir un total de huit joueurs.

« Shaun Deeb » est appelé en premier par l’équipe Dan Shak. Les enchères commencent. « 50 bucks » en prix de départ, « 75 » chez Jeff Platt, « 80 ! » sur la table de derrière, « 90 » et ainsi de suite jusqu’à ce que l’enchère soit adjugée.

Shaun Deeb
Entre sa course au POY et ses multiples bracelets, Shaun Deeb a su gagner la confiance des Drafteurs

L’éventail de prix peut aller de 1 $ à plus de 100 $, soit la moitié du capital d’une équipe misée sur un seul joueur. Évidemment, pour faire de si gros « all-in », il faut être sûr de son coup. On parie alors sur des bourrins des WSOP, des joueurs qui ont prévu de jouer tous les Events, du No-Limit jusqu’au Badugi, sans se reposer un seul jour. On évoque ici des Shaun Deeb, Daniel Negreanu, Phil Hellmuth, des hommes qui font tomber les bracelets comme des mouches et qui, dans leur course au « Player Of the Year », devraient ramener de précieux points à leur équipe Fantasy League.

Comme chaque année depuis 2017, le Canadien termine en tout haut du classement des transferts, avec 111 $ sur sa tête. Mais plus que les têtes d’affiche à prix délirants, ce qu’on recherche dans une Fantasy League, ce sont les bonnes affaires.

João Vieira courtisé, Romain Lewis bradé à 1 $

Lewis

Pour briller dans la société des parieurs, il est bon de trouver le cheval gagnant, mais plus encore, de trouver celui que personne n’attendait. Avec un portefeuille de 200$, on ne peut pas former une Dream Team rassemblant uniquement des légendes du circuit. Il faut avoir le nez creux, le flair, l’intuition pour trouver, pour un investissement dérisoire, un futur vainqueur de bracelet.

Loin des habituels Nick Schulmann (parti à 79 $), Benny Glaser (74 $) Stephen Chidwick (54 $) ou Anthony Zinno (62 $), pourquoi ne pas miser sur une jeune pousse, moins en lumière, mais tout aussi capable d’exploits que les mastodontes du circuit.

C’est le pli pris par l’équipe de Pocket Fives, qui a raflé quatre joueurs pour un dollar seulement, parmi lesquels un certain Romain Lewis, accompagné de Daniel Ospina ou Eddie Blumenthal.

Dan Fleyshman préfère faire confiance à l’expérience. L’entrepreneur a enrôlé de vieux briscards, moins en vogue ces dernières années, mais largement capable de compléter leur collection de bracelets, à l’instar de Michael Mizrachi, acheté 2 $ , Daren Elias pour le même prix, ou encore Joe Cada pour un petit dollar.

En filou, Dan Shak a misé sur un joueur honni, dont l’actualité ou la réputation rendrait sa présence dans une équipe moins évidente. Ali Imsirovic en sixième choix, pour 1 $ d'investissement, semblait un bon pari. En revanche, personne n’a eu l’audace, ou le courage, de prendre un Jake Schindler, déjà vainqueur et runner-up sur cette édition.

Diebold
Avec sa victoire sur le Dealers Choice, Ben Diebold a remporté 299 488 $. Mais surtout, David Baker a gagné 161 points.

À n’en pas douter, le plus gros coup de ce début de WSOP revient à David « ODB » Baker. L’un des plus grands fans de ces Poker Fantasy League a pris en dernier choix un certain Ben Diebold. Aucun bracelet au compteur à l’époque, tout juste 700 000 $ de gains en carrière et ça fait mouche ! Après six jours de festival, le jeune grinder prend son premier bracelet sur le Dealers Choice Championship.

Le Team Winamax bien représenté

Si Winamax n’est pas accessible depuis les États-Unis, les drafteurs américains connaissent bien le W Rouge. Les Daniel Negreanu, Chad Eveslage, et autres Shaun Deeb ont croisé le fer de nombreuses fois avec les membres du Team, parfois lors de tables finales, parfois pour la conquête d’un bracelet.

Joao
João Vieira dans la visière de Shaun Deeb sur le dernier Dealers Choice Championship

Malgré une très faible représentation des joueurs européens dans cette Draft (seulement 13 joueurs sur les 112 sélectionnés), un nombre flatteur de trois joueurs sponsorisés Winamax figure dans les 14 équipes dessinées.

Évidemment, la présence de João Vieira n’est pas une surprise. Le Portugais fait partie des meilleurs joueurs mondiaux en Hold’em comme en variantes, envoie chaque année un volume monstre, rafle des dizaines d’ITMs et son talent comme sa détermination sont connus bien au-delà du Vieux Continent.

Naza fut même l’une des enchères les plus disputées. Lancé à 3 $ par Daniel Negreanu, le prix escalade toutes les dizaines jusqu’à cette dernière annonce de la Team Koray Aldemir - Maria Ho, pour 93 $. Seul Shaun Deeb (110 $) et Daniel Negreanu (111 $) ont été achetés plus cher.

Le deuxième membre du Team arrivera deux heures plus tard, encore une fois nommé par le Canadien. Dnegs demande 1 $ pour Adrián Mateos, dont le prix montera… à 6 $, toujours pour Negreanu. La bonne affaire, même si la máquina se concentre uniquement sur les tournois de No-Limit Hold'em.

Enfin, Romain Lewis sera donc acheté 1 $ par l’équipe de Pocket Fives. Avant-dernier nom cité dans la Draft, il arrive à un moment où les équipes en manque de joueurs complètent leurs effectifs avec des montants insignifiants, sur qui les autres équipes, déjà complètes, ne peuvent renchérir.

Prédictions, troll et Covid

Évidemment, les perfs de chaque joueur animent les débats entre les différents participants. David Baker n’a pas vraiment crushé les WSOP ces dernières années, mais à défaut de connaître les joies d’une table finale, il s’extasie allègrement de ces prédictions gagnantes. « Déjà 23 bracelets remportés par la Team ODB sur la 25k Fantasy League » rappelait Baker, juste après la victoire de Jeremy Ausmus, qu’il avait acheté pour 67 $.

« Merci à toi ODB, rendre heureux les drafters de la 25k Fantasy League et ma priorité numéro 1 dans la vie » répondait d’ailleurs Ausmus, visiblement aussi adroit en troll qu’en No-Limit Hold’em short-handed.

Trois vainqueurs de bracelet déjà pour la Team ODB. « Je suis meilleur en Fantasy League qu’en poker réel » finissait par résumer la semaine dernière le double bracelet WSOP, ponctuant sa sentence du Hashtag #Rincé.

À défaut de monter des jetons, ses prédictions devraient a priori lui assurer la première place du classement provisoire. C’était sans compter sur Daniel Negreanu. Le créateur de la Fantasy League a repris le chiplead suite aux exploits répétés de Dario Sammartino, acheté à bon prix (16$). Troisième du 25 000 $ Omaha et du 25 000 $ No-Limit Hold’em, Josh Arieh rapporte également 164 points. Additionnés aux deep runs de Nick Schulman et Shannon Shorr, cette équipe compacte et performante accumule pour l’instant 505 points.

Classement Fantasy
La Team Negreanu domine pour l'instant le classement après deux semaines de festival

En bas de tableau, on retrouve la Team Rester avec 118 points seulement. En même temps, quand on mise la moitié de son budget sur un Phil Hellmuth que le Covid a éloigné des tables, difficile de se mêler à la tête de course.

« Peut-on annuler l’édition en raison du Covid ? » priait Donnie Peters, senior manager de PokerGO, lui aussi privé de plusieurs forces vives par raison médicale, ce à quoi le premier du classement répondait : « C'est la vie ».

From Paris to Bally’s

- 3 juin 2022 - Par Fausto

Visite guidée des deux nouvelles maisons des WSOP. Le grand déménagement suscitait de nombreuses attentes. Il semblerait que les joueurs soient conquis.

Paris

« From Paris to Bally’s, and Every disco I get in, my heart is pumping for Love » disait (ou presque) le groupe Infernal dans l’un de ses titres phares. Si vous ne regardiez pas le Top 50 MCM au milieu des années 2005, vous n’aurez peut être pas la référence, mais ce qui est sûr, c’est que l’enchantement dont parle le duo danois décrit parfaitement l’arrivée des WSOP dans leurs nouveaux quartiers.

Après seize éditions au Rio, les WSOP s'invitent en effet sur le Strip. Cette fois, ce n’est pas un, mais donc deux casinos qui hébergeront le plus grand festival de poker du monde. Deux voisins connectés depuis leur naissance par un tunnel les liant à jamais : Le Bally’s, bientôt renommé Horseshoe, et son petit frère né en 1999, le Paris.

Tout le monde connaît cette réplique de La Tour Eiffel illuminant le ciel du Strip, en face des fontaines du Bellagio. Du haut de ses 164 mètres (et encore, elle aurait pu faire la même taille que sa cousine parisienne si l’aéroport international n’avait pas mis son véto), elle domine d’autres miniatures suggérant la capitale parisienne. Un petit arc de triomphe, et une façade rappelant le Louvre, le Musée d’Orsay et l’Opéra bordent l’allée menant vers l’entrée principale.

Le tour du propriétaire

Une fois dans le Casino, de nombreuses références plus ou moins subtiles rappelant l’univers, le chic de la capitale française. Des devantures de boutiques écrites dans la langue de Molière, un espace Napoléon dans un décor de vieux bistrots parisien, avec piano-bar, cocktails et dégustations de cigare, une « Rue de la paix » achalandée de petites échoppes, qui mène vers l’endroit où nous allons déambuler pendant un mois et demi : l’immense « Paris Ball Room ».

King's Lounge

Arrêtons-nous un instant sur cette salle majuscule. « Vous êtes ici dans la plus grande poker room de l’histoire des WSOP » précise Jack Effel lors de son discours introductif. 317 tables réparties dans les six zones de jeu : cinq pour les tournois et un pour la King’s Lounge, dédiée aux parties de Cash Games High Stakes, de Holdem’ comme de variantes (25/50 $ et bien plus).

Paris ball Room

Une belle addition de tables qui font 317, plus grand total pour une salle de poker de WSOP

La quantité ne rogne pas sur la qualité. Une grande hauteur de plafond, des espacements de table plus que raisonnables, des tapisseries rouges ma foi plutôt jolies, des chaises aux coussins confortables, les joueurs sont bien installés. Ce champ de bataille massif verra les premiers affrontements de tous les tournois du festival. Les Day 1 se dérouleront en effet tous ici et si les presque 3 000 sièges ne suffisent pas, les floors ouvriront les tables de la « Grand Ballroom », située côté Bally’s.

Bally's Grand Room

Un bataillon de croupiers prêts à recevoir l'armée de joueurs du Housewarming à 500 $ dans la Bally's Grand Room

188 tables y sont déployées, dans une salle où on a cette fois privilégié l’aspect pratique. Cette "Grand Ball Room" est voisine de l’ « Event Center », plus intimiste, plus raffiné, où se tiendront les "Final Day" de ces WSOP. 85 tables tout de même dans cette salle dont l’ambiance feutrée et le décor rappellent subitement l’Amazon Room.

Bally's Event Center

Comme toujours, les posters géants des vainqueurs de Main Event sont placardés sur les bords de la salle. Ces héros du poker observeront les Day 2, 3 et plus de tous les tournois, à l’exception des High Rollers, pour lesquels un espace est dedié du côté du Paris. L’Event Center est séparé en deux parties. 80 tables « communes » d’un côté, 4 tables extérieures et le spot télévisé des tables finales de l’autre, scrutés bien évidemment par une armée de caméras PokerGo.

TV Table

Dans les couleurs et la disposition, le plateau ressemble beaucoup à celui du Rio. L’agencement des tables a cependant été revu de manière à ce que les journalistes et le public observent plus facilement les tables extérieures. Cette mise en place réussie est d'autant plus méritante que les organisateurs n'ont eu que douze jours à peine pour monter tout ce décor. Très demandé pour toutes sortes d'évènements, le "Convention Center" était en effet occupé par d'autres, si bien que les WSOP ont dû redoubler d'efforts pour dresser les différents espaces dans les temps.

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Les finitions sur le gong : Des tables de l'Event Center pour le Day 2 du 2 500 $ fabriquées pendant le Day 1.

Évidemment, dispatcher les tournois dans deux casinos différents avaient de quoi inquiéter certains participants, qui redoutaient de longues marches pour se rendre d’une salle à l’autre. Ils peuvent être rassurés : Trois minutes à peine suffisent pour aller de la Paris Ball Room à l’Event Center. Petit tour GPS :

Plan

Depuis le Paris, emprunter le couloir faisant la jonction vers le Bally’s. La boutique WSOP est situé à l’intersection des deux casinos. En une minute, vous voilà dans la salle principale du Bally’s où s’étalent de nombeuses rangées de machines à sous et tables de Blackjack, Craps et roulettes. Après avoir dépassé les tables de contrepartie, tourner à droite dans une allée bordée de machines, jusqu’à rejoindre le couloir menant vers le « Convention Center ». Un cadre « Welcome To The WSOP » éclairera alors votre chemin jusqu’aux deux grandes salles. Un jeu d’enfant.

« Pour l’instant, c’est un dix sur dix »

Et les joueurs, que pensent-ils de ce déménagement ? Après un premier sondage, les premiers arrivants sont unanimes. La nostalgie du Rio laisse vite place au contentement, face à un espace de jeu si massif, si confortable, si neuf.

Ball Room

Premier point de satisfaction, les conditions de jeu. « La salle est belle, vaste, plus lumineuse qu’au Rio, me confiait Guillaume Diaz, qui bataillait hier sur le 2 500 $ dans la Paris Ball Room. On sent la nouvelle jetonnerie, c’est très agréable à manier. Il n’y a pas toutes les petites poussières qui peuvent s’accumuler au fil des années ».

D’un point de vue logistique, les WSOP semblent avoir corrigé quelques bugs du passé. « Sur les premiers jours d’un WSOP, tu dois faire les queues pour organiser tes inscriptions, faire des virements, toutes sortes de chose comme ça. Et cette année, c’était franchement rapide. Pour l’instant c’est un dix sur dix » commente Julien Martini.

L’argument qui revient presque systématiquement reste le nouvel emplacement. Terminé l’isolement derrière le pont séparant le Rio du Strip. Cette fois, les joueurs sont au cœur de l’énergie de Vegas et à proximité de toutes les adresses que le boulevard peut proposer. « C’est sûr que d’un point de vue des restaurants, c’est le jour et la nuit avec le Rio » commente Arnaud Mattern. « Ils auraient juste pu faire un effort sur le parking, qui était gratuit au Rio, mais c’est vraiment pratique d’être à côté de tout ».

« Tu peux aller au Bellagio juste en face, que ce soit pour le cash game ou bien pour le choix de restaurants, encore plus vaste qu’au Paris, confirme Volatile. Mais il y a déjà bien de quoi faire ici, avec de très belles adresses, notamment Mon Ami Gabi (restaurant français situé au pied de la Tour Eiffel du Paris) ».

Les Anglais partagent le point de vue de leurs homogues français : les WSOP au Paris, c'est les nuts.

Les joueurs vont pouvoir se régaler... et les couvreurs aussi. Après les longues journées de coverage, la présence d'un snack de qualité dans l'enceinte du casino est très appréciable, pour ne pas dire nécessaire. Et je peux vous assurer que ni moi, ni aucun de mes confrères ne regretteront le stand de pizza du Rio, même si les parts de peperonni un peu trop grasses et trop acides nous ont parfois sauvé de la fringale avant d'aller dormir. Juste après ce post, je me dirigerai d'ailleurs vers le stand du Bobby's Burger qui propose des sandwichs américains bien goûtus à des heures très tardives. Malgré ses penchants pour la cuisine et le raffinement de la culture française, le Paris n'a pas oublié tout de même ses racines américaines. Bon appétit et à demain pour une troisième journée de WSOP !