Pelluault, un choix avisé en PLO

- 2 juillet 2022 - Par Benjo DiMeo

Recruteur des futures stars du ballon rond de Leicester City, Philippe Pelluault a déniché à Las Vegas une perle rare en Omaha : lui-même !
Son premier tournoi live dans cette variante s'achève par une finale WSOP et une sixième place bonne pour 40 417 $
Event #64 : Pot-Limit Omaha Deepstack 600 $ (Finale)


Philippe Pelluault
Il bouffe du football toute l'année, à toutes les sauces, dans tous les stades d'Europe. De sa propre estimation, c'est 300 matches par an ("au moins !") que Philippe Pelluault observe attentivement depuis les tribunes. Une somme de temps déjà colossale à laquelle il faut ajouter l'étude régulière de kilos de statistiques en tout genre, et des bases de données de vidéos à constamment passer au peigne fin. Tout un travail qui, à l'année, peut aboutir au recrutement... d'un seul joueur. Et encore : les bonnes années seulement. Pour le compte de Leicester City, club britannique ayant éclaté au grand jour en 2016 après un sacre surprise en Premier League, Pelluault exerce ainsi le métier de "scout". Traduction littérale : un éclaireur. Un dénicheur, pourrait-on aussi dire. Un poste de plus en plus stratégique pour les clubs pros du monde entier, qui sert à trouver dans les jeunes pousses d'aujourd'hui les grands de demain.

À Las Vegas, le lillois n'a pas eu besoin de s'inscrire à 300 tournois pour chiner LA perf qui fera sa saison. Ayant coché une petite poignée de tournois à petit buy-in au programme de ses vacances, c'est sur une variante qu'il n'avait jamais essayée en live, le Pot-Limit Omaha, qu'il a découvert une perle rare : lui-même. 6e parmi les 2 858 inscrits du tournoi numéro 64, un deepstack à quatre cartes à 600 $ l'entrée, Pelluault ne trouvait que des motifs de satisfaction après son élimination. "En finale, on est trois short stacks : les deux autres réussissent à sortir avant moi ! Alors que j'étais vraiment très short à 15 restants. Quand ça se passe comme ça, on ne peut pas se plaindre."

Philippe Pelluault  Vivian Saliba
Pelluault aux côtés de la pro brésilienne Vivian Saliba (éliminée juste après après lui, en 5e place)


Dans le football, un bon scout sait se fier à ses intuitions. Au moment de constituer son programme pour Vegas, Pelluault a fait de même. "J'ai regardé le programme des cinq ou six casinos qui proposent des festivals. Celui-là, je l'avais coché à part, au milieu de tournois de No-Limit. Je n'avais jamais joué en PLO en live... mais j'aime bien cette formule de jeu, je la pratique sur les tournois à 10 ou 20 balles de Winamax. Je me suis dit, ça se tente, ça me changera un peu. J'ai dit à mes potes, celui-là je le sens bien. Et puis, je voulais me tester un peu, voir si j'ai le niveau." Un test passé haut la main : les 40 000 $ remportés aujourd'hui constituent le record de gains de ce récréatif, six ans après un beau premier deep-run sur le Monster Stack des WSOP 2016 (36e sur 6 927 pour 31 421 $).

Expert-comptable de formation, Pelluault a fait carrière au Valenciennes-Anzin Football Club (VAFC), où il a grimpé les échelons pour atteindre le poste de Directeur Général adjoint. Des fonctions tout de même très éloignées de l'activité de scout, non ? "Oui, mais à force de fréquenter le milieu, de discuter foot tout le monde, des gens ont fini par se dire 'tiens, Philippe, il a l'œil quand même'. Et on m'a fait confiance pour ce genre de mission." De l'autre côté de la Manche, Leicester City emploie un total huit recruteurs, qui se répartissent à peu près la planète entière. "Le but d'un scout, c'est de trouver les profils adaptés aux besoins du club." À mesure qu'il a développé ses skills (son "oeil"), Philippe s'est vu confier des zones de plus en plus stratégiques : un temps affecté à la Scandinavie, il doit aujourd'hui avoir les yeux partout en Ligue 1 et Ligue 2 chez nous, en première division chez les voisins belges, mais aux Pays-Bas et en Bundesliga.

TF Omaha 600 $
On le devine sans peine : scout est un métier qui demande beaucoup de temps et d'effort, et ne laisse donc que peu de place au hobby préféré de Philippe, pratiqué depuis une bonne dizaine d'années. "Je joue un seul festival dans l'année, en général." Même si, parfois, l'occasion fait le larron au hasard d'un déplacement pro. "Pour l'EPT Prague, par exemple, j'ai pu mélanger travail et vacances." Essayant autant que possible de passer par les qualifs en ligne, Philippe gère sa passion avec une saine prudence. "J'ai un budget en tête. Quand j'arrive ici, je sais exactement ce que je peux dépenser." Après cette première finale sur les WSOP, c'est avec les comptes largement dans le vert qu'il va rentrer à la maison. Avant cela, le Nordiste va tout de même tenter un sat pour le Main Event ("mais pas de direct buy-in, c'est trop"), avant de se consacrer à sa tradition estivale : organiser une belle et grosse fête pour son anniversaire. "Je réunis tous les potes, les anciens collègues du VAFC. Il y a un vrai esprit de camaraderie à Valenciennes, qui a perduré malgré les années." Assis à côté de nous en salle de presse, son vieux pote Greg Ceran Maillard, lui aussi ancien du VAFC et aujourd'hui manager du Team PMU poker, confirme : "Il n'y a pas beaucoup de club où les liens sont aussi forts."

Guillaume Soumier
Si le runner-up de l'Event 45 Daniel Tordjman s'est fait sortir dans l'antichambre de la finale (14e), un autre Français accompagnait Pelluault en finale : Guillaume Soumier. Très longtemps dominateur, le croupier basé à Londres s'est pourtant crashé en 4e place (dans des circonstances non élucidées, ni par nous qui étions en train de manger (désolés), ni par les reporters de PokerNews qui n'ont relaté que sa toute dernière main, une paire de Rois (plus gutshot) craquée par une autre gutshot, au moment où Soumier avait perdu les trois quarts de son chip-lead. La déception doit être grande... mais Soumier quitte tout de même cette première finale WSOP avec près de 70 000 $ dans les poches.

Galerie photo par Caroline Darcourt