Exploit sauvage

- 1 juillet 2022 - Par Fausto

Dan Cates réalise le back-to-back sur le Poker Players Championship après un duel hors-norme contre Yuri Dzivielevski. Sans jamais quitter le personnage du catcheur Randy Savage, "Macho Man Dan" inscrit son nom dans l'histoire du poker.
Event #56 : Poker Players Championship 50 000 $ (Fin)

Daniel Cates - Antonio A. for PokerGO

Crédit photo : Antonio A. - PokerGO.com

Il est presque six heures du matin. Le soleil éclaire déjà la vallée de Las Vegas, et au fond du centre de convention du Bally’s, sur le plateau télévisé de l’Event Center, deux hommes terminent un long bras de fer. Et malgré l'heure tardive (matinale ?), les gradins sont encore pleins à craquer. D'un côté, le clan américain. De l'autre, le kop brésilien. Oubliant la fatigue, les deux camps ont encore les ressources pour donner de la voix. Car au milieu, les compétiteurs leur en donnent amplement pour leur argent. Jungleman (Dan Cates dans le civil), le génie sauvage de la scène high stakes, défend son titre sur le Poker Players Championship face au prodige brésilien Yuri Dzivielevski

Pour ce un-contre-un à 1,4 million, l’Américain est déguisé en Randy Savage, un catcheur charismatique de la fin des années 80, vêtu d'un attirail jaune et rouge comportant pantalon en cuir moulant, veste de cow-boy et grande cape noire descendant jusqu'au  sol. Il est debout à côté de la table, saisit les jetons de ses paluches et les pose sur la table avec lourdeur, en imitant la voix intimidante et enrayée du fameux catcheur.

Dan Cates

Face à lui, Dzivielevski ne bouge pas, ou si peu. Dans une élégante chemise, la moustache la mieux ciselée du circuit se défend pour détrôner le champion.

7 heures de catch

Les deux hommes se regardent dans les yeux depuis plus près de sept heures. Dans toutes les disciplines de combat du poker - 9 variantes en tout - "Macho Man" Dan et Yuri se rendent coup pour coup en prenant le chiplead à tour de rôle. Dan Cates a mené la danse pendant la majorité du combat, mais Dzivielevski riposte à plusieurs occasions pour reprendre les rennes.

Yuri

Le Brésilien doit sauver une première balle de match en Pot-Limit Omaha avec un 101032s qui fait brelan sur Q106, et qui tient face au tirage quinte et couleur de Dan Cates. Dans la foulée de ce double-up, il enchainera avec une série de coups de Stud puis de Omaha Hi-Lo pour pointer à 26 millions contre 9 chez Jungleman. Dan Cates ré-équilibre les débats, l'un prend l'avantage en Razz, l'autre revient en Omaha et toute la nuit, le Brésilien et l’américain s'échangeront ainsi les commandes du heads-up.

Yuri récite un poker de très haut niveau, agressif, excellent dans toutes les variantes et Dan Cates riposte par une solidité affolante, doublée d’une créativité naturelle qui lui inspire des coups de folie. C’est sur un de ces moves improbables que Jungleman fera la différence, sur une main de Deuce to Seven à graver dans les annales des WSOP.

Le coup de folie de Jungleman

Pour vous remettre dans la situation, Yuri avait pris un nouveau un large avantage en jetons 29 millions contre 5 millions. Cinq minutes plus tard, Cates revient à égalité en laissant le Brésilien s’empaler sur un tirage flush raté avec Q5 sur un board JJ105K.

Cates Yuri

Cates revient en force quand arrive le round de Deuce to Seven en Limit :

AKQ32 servi chez Dzivielevski.

Q1035J servi chez Daniel Cates. Les deux joueurs demandent trois cartes chacun après un open 1 600 000 du Brésilien, payé par Jungleman. 

Cates trouve un 66543 contre 98732pour son adversaire. Cates met la pression avec un donk bet 800 000, sur lequel Dzivielvski place une relance. Cates paye et tire une carte, tandis que le Brésilien "stand pat".

L’Américian trouve un 10, qui lui donne un low, peut être un peu faiblard face au move de Yuri. Check chez Dan Cates, et bet de Dzivielvski 1 600 000. Après trente secondes de réflexion, Jungleman renvoie la pression sur le Brésilien avec une relance à 3 200 000.

Yuri

Dzivielvski ne l’avait pas vu venir, mais il paye la relance. Après que Dan Cates "pat", le joueur ne sait pas quoi faire et met près d’une minute à se décider entre garder son jeu intact ou remplacer une carte (photo). Il choisit de tirer et voit son 9-low remplacé par un 10-low. Il ne le sait pas encore, mais il vient de changer une main gagnante en main perdante, sous la pression de Jungleman, qui gagne avec 10-low meilleur (10-6-5-4-3 contre 10-8-7-3-2). 

Au showdown, Yuri comprend qu’il a déjoué et abandonne un pot massif de 12 800 000 jetons à Jungleman, qui a fait craquer son adversaire avec ce coup de génie.

Cette fois, le Brésilien ne s’en relèvera pas. Deux mains plus tard, les deux joueurs se donnent la revanche en Deuce-To-Seven. Dzvielevski ouvre à 800 000, Cates fait monter les enchères à 1 600 000, 3-bet 2 400 000, payé par Jungleman. Les deux joueurs ont du jeu mais cette fois, la main de Dan Cates domine celle Dzvielevsk du début à la fini. Après deux tirages, Jungleman donnera le coup de grâce avec un Deuce-To Seven 7-6-4-3-2 contre le 8-7-5-4-3 de Yuri.

Il reste un jeton vert de 100 000 à Yuri, un huitième de blinde. Comme un clin d’œil du destin, le Brésilien doublera quatre fois d’affilée pour revenir à deux millions mais sur un énième tapis pré-flop, Dan Cates achève son adversaire avec J4 contre Q5 sur un board 48896

Macho Man soulève sa cape en la portant des deux bras, puis tourne sur lui-même en direction du public. Il se pose quelques secondes en gardant la main droite brandie vers le toit de l’Event Center, en indiquant de ses doigts le chiffre "deux". Il vient d'inscrire son nom dans la légende du poker en réalisant le back-to-back, sur le plus prestigieux tournoi de mixed games au monde.

A la manière des plus grands catcheurs, Dan Cates/Randy Savage a allié dans sa prestation l’esthétisme et la dramaturgie, en prolongeant le combat de mille rebondissements et acrobaties. Ce KO assure une fin mémorable, qui restera gravé dans les mémoires des spectateurs  brésiliens et américains encore amassés autour des gradins sous les coups de six heures du matin, comme dans les livres d’histoire du poker.

« Il s'est battu vraiment vaillamment. A chaque fois, il est revenu alors qu’il était 'up against the wall' » [dos au mur], lâche le vainqueur au micro de Jeff Platt, toujours dans son personnage de catcheur. Il avait ces moves brésiliens sauvages, poursuit-il en mimant comme un mouvement de capoeira avant de reprendre sa tirade : Mais il n’avait aucune chance contre 'Macho Man' Dan ! Yeeeaahhh ! »

L’homme sauvage écrit l’histoire

Dan Cates

Dan Cates réalise une performance et un exploit inimitable : Remporter le plus prestigieux tournoi de Mixed Games au monde pour la deuxième fois consécutive. Personne ne l’a jamais fait : lui l’a fait déguisé en catcheur américain des années 80, sans lâcher son rôle de la première à la dernière minute.

Qu'est-ce qu'un combat de catch, sinon une chorégraphie dont l'issue finale est écrite à l'avance ? En choisissant ce nouveau costume (l'an passé, il avait remporté le tournoi grimé en Goku), Dan Cates souhaitait peut-être, consciemment ou inconsciemment, faire passer le message que pour la défense de son titre sur le Poker Players Championship, le dénouement était, lui aussi, connu d'avance.

Il inscrit son nom au côté des deux autres multiples vainqueurs que sont Brian Rast (2011, 2016) et bien sûr, Michael « The Grinder » Mizrachi, qui a déjà réussi le triplé (2010, 2012 et 2018).

Une nouvelle fois, Dan Cates montre qu’il est un joueur à part, dans sa personnalité comme dans son poker. Un génie du jeu, qui réfléchit et s’exprime comme aucun autre. Un protagoniste de la scène high stakes, capable d’énormes swings et d’exploits géants, en entremêlant la fantaisie et la malice dans un esprit sauvage.

Un homme qui peut poser sur une terrasse ensoleillée entourée de vingt mannequins qui le caressent de leurs pieds tandis qu’il médite sur une table en bois. Un gambleur de longue date, fou de cash games high stakes, qui dit avoir perdu des pots de 20 millions de dollars. Un homme au génie déroutant, différent, spontané qui place le jeu sur une autre planète, la sienne. Et on est bien content qu’il nous invite à la visiter sur ce genre de partie.

Résultats - Poker Players Championship 50 000 $
112 inscriptions - Dotation 5 362 000 $

Dan cates
Vainqueur : Dan Cates (USA) 1 449 103 $
2e : Yuri Dzivielevski (Brésil) 895 614 $
3e : Naoya Kihara (Japon) 639 252 $
4e : Benny Glaser (UK) 464 420 $
5e : Johannes Becker (Allemagne) 343 812 $
6e : Koray Aldemir (Allemagne) 258 812 $
7e : Taylor Paul (USA) 109 661 $

PPC 50K
Julien Martini le décrit comme l'un de ses mentors : pour sa première apparition en finale du PPC, l'Allemand Johannes Becker n'a pas battu son highscore (5e contre runner-up en 2017)

PPC 50K
Benny Glaser était venu muni de son A-game, motivé comme jamais pour briller sur un tournoi qui compte plus que tout pour lui. Sa stratégie ultra-agressive et créative a fait des merveilles durant la première partie de la finale, lui permettait de combler rapidement l'écart avec Dan Smith. Mais l'histoire était bel et bien écrite en faveur de Macho Man hier soir...

PPC 50K
Il y a dix ans, presque jour pour jour, il devenait le premier joueur japonais à remporter un bracelet : avec cette troisième place, Naoya Kihara bat son record de gains sur les WSOP

 

Galerie photo par Caroline Darcourt

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