Winamax

Ebouriffant !

- 25 juin 2022 - Par Benjo DiMeo

Jonathan Pastore remporte le prestigieux tournoi 6-max à 5 000 $ des WSOP
Issu du poker associatif, le grinder online de 27 ans n’a eu besoin que de 150 minutes pour venir à bout d’une finale à cinq pourtant très relevée
Il y a quelques semaines, il pariait de ne plus se couper les cheveux tant qu’il n’aurait pas gagné de bracelet
Pastore se rendra chez le coiffeur muni d'un gain record de 771 765 $ et du titre de Champion du Monde, le 34ème de l’histoire du poker français
Event #46 : NLHE Short-Handed 5 000 $


Jonathan Pastore
Peut-être qu’un jour, les futurs historiens du poker écriront que le déménagement des World Series of Poker au pied de la réplique à l’échelle 1/2 de la Tour Eiffel ne pouvait que constituer un heureux présage pour le clan français. Car c’est avec une régularité affolante que les tricolores font trembler les installations du plateau télévisé des WSOP depuis le 1er juin, date de la pendaison de la crémaillère de la nouvelle maison des WSOP. C’est maintenant une certitude : les joueurs français se sentent chez eux dans les casinos Bally’s et Paris… et ce vendredi soir, c’est encore une fois en VF que l’on a hurlé sous les spotlights de la feature table. Et les centaines de joueurs assis autour des tables du tournoi Colossus, dont le Day 1 se déroulait en parallèle, ont pu profiter d’une bruyante et joyeuse Marseillaise improvisée en milieu d’après-midi. Cocorico, encore !

Jonathan Pastore
Ainsi, même pas une semaine après la deuxième place de son meilleur pote de poker sur le tournoi numéro 34, Jonathan Pastore est allé tout au bout de l’un des tournois de No-Limit Hold’em les plus prestigieux et les plus relevés au programme des WSOP, le fameux « 5K 6-max », délivrant une prestation aussi irréprochable qu’expéditive. Le grinder originaire du Mans a tenu tête sans broncher à un professionnel aguerri dont la victoire semblait acquise à peine quelques heures plus tôt. A 27 ans, il devient le deuxième Champion du Monde français de l’été après Léo Soma, et le 34e au total dans une histoire du poker tricolore qui n’en finit pas de s’enrichir.

Jonathan Pastore
« Je ne réalise pas trop ce qu’il se passe », a lâché Pastore quelques minutes après la dernière main, le bracelet doré entre les doigts, tandis que les clameurs de sa large section de supporters et amis résonnaient encore dans la salle de bal. « J’ai l’impression d’être en train de rêver, que je ne suis pas encore à Vegas, que je vais me réveiller et qu’en fait c’est demain que je pars ! » Et pourtant, les faits sont là : pour son deuxième séjour à Las Vegas et pour sa première apparition en table finale d’une épreuve des WSOP, Jonathan Pastore a bouclé la dernière phase d’un tournoi en un temps record, n’ayant eu besoin que de deux heures et demie pour surclasser ses quatre derniers adversaires, alors qu’une phase difficile vécue tard la veille l’avait fait chuter à 30 blindes, tandis que le très dangereux Stephen Song - trois millions de dollars de gains de carrière et un bracelet au compteur - avait écrasé la table de ses relances pour se retrouver en possession de 50 % des jetons.

Jonathan Pastore
Pour renverser la vapeur et faire mentir ceux qui avaient déjà passé le bracelet autour du poignet de Song, Pastore a servi en table finale un cocktail mélangeant talent, préparation et chance. Avec un ingrédient secret : l’affection et les encouragements venus des gradins, presque entièrement remplis de compatriotes. Des amis, comme le fidèle Chevre.Miel, son coloc à Malte, Samuel Anclevic, le meilleur pote sus-cité… Mais aussi des têtes d’affiche venues témoigner de leur soutien : Sonny Franco, YohViral, Julien Sitbon, Jean Montury, Julien Martini, Sarah Herzali… « On a cette chance chez les Français, dès que quelqu’un deep-run, tout le monde est là, c’est incroyable. On a toujours les meilleurs rails ! » Et cette belle assemblée a eu l’occasion de donner de la voix, observant son poulain prendre les risques qu’il fallait d’entrée de jeu, engageant son tapis dès la première main, puis plusieurs fois encore au cours des orbites suivantes. Le fruit d’une stratégie mûrement réfléchie.

Jonathan Pastore
« J’ai pris les spots contre Stephen, car je savait qu’il allait ouvrir très large. Pareil pour Elio Fox, qui relançait un peu trop au bouton, et contre qui j’ai pu reshove. C’était l’objectif, j’ai respecté le plan. Hier, j’avais joué assez serré, c’était très dur, je me suis fait marcher dessus par Stephen. Je ne trouvais aucun spot, lui les prenait tous, je n’ai monté aucun jeton. J’étais fatigué, il était tard, je ne me voyais pas changer de stratégie. Aujourd’hui, j’ai pu jouer différemment. Je pense ne pas avoir fait d’erreur en finale, mais tout a été clean, je n’ai pas eu un seul spot compliqué. Quand ça se passe comme ça, c’est magnifique. Tout le monde rêve de vivre une table finale comme ça ! »

Jonathan Pastore
Deux mains gagnantes au showdown contre Fox et Song ont permis à Pastore de se sortir de la zone dangereuse avant même la première élimination de la journée. Et une fois sortis Paraskevas Tsokaridis (5e, des mains de Pastore), Elio Fox (4e), et enfin Tamer Alkamli (3e, là aussi par Pastore) en succession rapide, la physionomie de la table finale avait radicalement changé : le tapis de Stephen Song ne semblait plus aussi imposant. De fait, il était distancé par celui de Pastore. Et c’est donc avec une détermination redoublée que le Français pouvait aborder cette dernière manche contre un joueur qu’il admire. « C’est un plaisir de jouer contre des mecs comme Stephen Song. C’est un des tout meilleurs, je le respecte beaucoup, il est très friendly. Il faudrait plus de mecs comme lui dans le poker. »

Jonathan Pastore
Le heads-up final du 5K 6-max fut à l’image du reste de cette finale jouée à cinq : expéditif. « Quand il me payait, j’avais des mains, et quand je n’avais rien, il jetait. Il y a une grosse part de variance en heads-up, on ne s’en rend pas forcément compte. » Certes, mais sur la toute dernière main, c’est avec une bonne décision, et non de la chance, que Pastore a conclu l’affaire, en payant le tapis de Song sur la rivière d’un board QK1064 avec Dame-Valet. En face, Song avait tenté le 3-barrel de la dernière chance avec… 52. « Je pense qu’il commençait à craquer à la fin. C’est un peu un joueur de live, donc il y a de l’égo en jeu. Quand j’ai défendu avec Dame-Valet, je savais que j’allais payer sur beaucoup de rivières. J’ai préféré prendre mon temps, parce qu’on est en finale quand même, mais ma décision était déjà plus ou moins prise. »

Jonathan Pastore
Ce triomphe majuscule sur un tournoi emblématique de la génération online s’accompagne d’une petite anecdote savoureuse, de celles qui font le sel des WSOP : quelques semaines avant de partir pour Vegas, Pastore avait parié avec un ami qu’il ne se couperait pas les cheveux avant de gagner un bracelet. Le rendez-vous avec le coiffeur sera fixé probablement beaucoup plus vite qu’il ne se l’imaginait. « Je vais y aller, oui… mais vite fait, car ma copine aime bien les boucles ! Il faut que je fasse attention… »

Jonathan Pastore
Les observateurs attentifs avaient déjà repéré Jonathan Pastore au cours des derniers mois, sur le terrain du live comme online. Son premier séjour à Vegas en novembre 2021 s’était concrétisé par une grosse deuxième place à 73 00 $ sur un des énormes tournoi low-stakes organisés par le Venetian. L’hiver suivant, il avait raflé une somme supérieure encore en triomphant du plus célèbre des tournois dominicaux du .com, le Sunday Million. Des performances qui, bizarrement, ne constituent pas un arbre cachant la forêt. « J’ai très peu travaillé mon jeu cette année, j’ai très peu joué aussi. J’ai juste eu un très bon run, notamment avec le Sunday Million, mais je me suis concentré sur d’autres projets. Je suis pas mal impliqué dans les cryptomonnaies et les NFT. J’ai quatre ou cinq trucs à côté. Mais maintenant, je compte me remettre à fond dans le poker. Après Vegas, je vais bosser mon jeu afin de pouvoir jouer un peu plus cher online. »

Jonathan Pastore
Le talent qui a éclaté au grand jour aujourd’hui s’est développé à Malte, où Pastore s’est rendu « sans trop de bankkoll » sur l’invitation d’un ami. Il y vit encore aujourd’hui, faisant régulièrement l’aller et retour vers Le Mans où est basée sa copine. Mais pour expliquer sa réussite, le Champion du Monde n’oublie pas ses racines poker, fermement plantées dans le milieu associatif, plus précisément au sein de l’Orléans Poker Club. « Commencer à jouer en asso, cela m’a vraiment aidé pour aborder le circuit live. Quand j’ai fait mes premiers vrais tournois, j’avais des automatismes, contrairement à pas mal de joueurs online qui sont un peu perdus lorsqu’ils découvrent le live. » Parmi ses soutiens, il n’y avait d’ailleurs pas que des pros. « Il y a pas longtemps, j'avais retrouvé l'OPC pour faire le TD sur un de leurs gros évènements annuels. Aujourd'hui, des joueurs du club étaient là. Ça fait bizarre, ces deux mondes qui se rencontrent, tandis que moi je gagne le bracelet… »

Jonathan Pastore
S’il n’avait pas décidé de prendre au sérieux le poker, Jonathan Pastore aurait pu se consacrer entièrement au tennis. « Pendant quelques années, j’ai alterné entre donner des cours à des jeunes, et partir à Malte pour jouer. Mais en fin de compte, pour être vraiment performant, il faut y aller à fond. L’année dernière, je me suis vraiment bougé les fesses. » En guise de mentor, Pastore cite un nom qui ne devrait résonner qu’aux oreilles des plus initiés. « Igor Durcel, un joueur belge pas très connu. Il reste dans l’ombre mais aujourd’hui il joue très cher. Il a été mon moteur, un modèle. Je voulais être comme lui. » De nos jours, Pastore veut voir encore plus grand. Son coach mental Audrey était là dans les tribunes. Un coach sportif suivra.  « Je veux être encore plus professionnel. On a besoin de soutien, c’est important d’être entouré. »

Jonathan Pastore
Le bracelet : voilà, c’est fait. Et maintenant ? La réponse ne surprendra que ceux qui n’ont jamais interviewé un Champion WSOP : « Je veux gagner le deuxième ! Il faut surfer sur la confiance. Attention, pas de sur-confiance, hein ! Il faut rester à sa place, ça ne reste qu’un tournoi. Je veux juste kiffer, prendre du plaisir. De toute façon je ne réalise pas trop, je suis encore dans ma bulle, je suis resté focus de A à Z. Il faut que je digère. Quand la pression émotionnelle va retomber… C’est incroyable de gagner ce tournoi, pour moi c’est un des plus prestigieux avec le 10K 6-max. D’ailleurs je crois qu'il a battu le record d’affluence cette année ? »  Effectivement : avec 920 inscrits, l’épreuve a dépassé les 851 joueurs rassemblés lors de l’édition 2019 remportée par Joao Vieira.

Jonathan Pastore
Avec les 771 000 dollars remportés aujourd’hui, Jonathan Pastore va investir en dehors du poker. Et à la table, il se verrait bien apporter un peu de diversité dans son quotidien de joueur. « Avant Vegas, je m’étais dit : si tu gagnes un bracelet, tu tenteras d'aller chercher le prochain en Mixed Games. On n’est pas beaucoup de Français à en jouer, les fields sont plus petits, on croise les meilleurs du monde. J’ai vraiment envie de m’y préparer pour l’an prochain. Je vais me former toute l’année. Sinon, l’argent ne va pas spécialement impacter mon programme de tournois. Je joue déjà assez cher online. Mais je vais sûrement tenter quelques shots… » Essayer les Mixed Games ? Hé bien, il se trouve que le Poker Players Championship à 50 000 $ démarre dans deux jours… Une suggestion accueillie avec un éclat de rire. « Chaque chose en son temps ! On y va étape par étape. Pour l’instant, je veux apprécier ce qui m’arrive. En profiter avec ceux qui m’entourent. J’ai de la chance d’être super bien entouré dans le poker, et en dehors du poker. Je suis quelqu’un d’assez réservé à la base. Je me sens plein de gratitude. Je suis chanceux. On est à Vegas, on joue au poker. C’est incroyable, non ? »

Résultats - Event #46 : NLHE 6-max 5 000 $
920 inscriptions - Dotation 4 243 500 $

Jonathan Pastore

Vainqueur : Jonathan Pastore (France) 771 765 $

Runner-up : Stephen Song (USA) 476 990 $
3e : Tamer Alkamli (USA) 331 503 $
4e : Elio Fox (USA) 234 036 $
5e : Paraskevas Tsokaridis (Grèce) 167 882 $
6e : Patrick Sekinger (UK) 122 395 $
7e : Ezequiel Waigel (Argentine) 90 714 $

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