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L'attente en valait la chandelle

- 17 novembre 2021 - Par Veunstyle72

À 26 ans, Romain Lewis remporte son premier bracelet WSOP, le 29e de l'histoire du poker français
Sa quatrième finale sur les Championnats du Monde fut la bonne

Romain Lewis
Les Américains vont bientôt la connaitre par cœur, et Jack Effel sera une fois de plus ravi de la lancer dans un Français qui s'améliore à mesure que les tricolores défilent sur l'estrade pour recevoir leur bracelet : oui, la Marseillaise s'apprête à retentir de nouveau au Rio, quatre jours à peine après le triomphe de Mourad Amokrane en Omaha. Avec en tête d'affiche la fraicheur d'un jeune homme de 26 ans, enfin Champion du Monde. Après trois podiums lucratifs mais frustrants en 2018, Romain Lewis a réussi à concrétiser ce qu'il convoitait tant dans sa carrière : le trophée ultime de tous les joueurs de poker. En remportant devant 306 inscrits l'Event 76, un Super Turbo costaud à 10 000 $ l'entrée, son palmarès gonfle au passage de 463 885 $, plus huit primes d'élimination valant 3 000 $ chacune. Pour en arriver là, le parcours aura été long malgré son jeune âge, et les déceptions nombreuses, de celles que l'on ressent en chutant sur les toutes dernières marches nous séparant du triomphe. Tout ça est désormais loin derrière.

table finale
Rembobinons un peu l'histoire. À 14 heures, les cinq derniers joueurs sont en place dans la zone Gold de l'Amazon Room. Entamée hier soir, la finale de l'Event 76 peut reprendre. Avec des niveaux de 20 minutes, aucun retard n'est permis : c'est la loi du format Super Turbo. De fait, le sprint final n'aura duré que deux petites heures. Même pas 120 minutes concentrant une intensité rare, comme seules ces tournois turbo peuvent nous en offrir. Des coups à tapis dans tous les sens, des éliminations qui s'enchaînent à cadence accélérée, des joueurs qui se battent avec trois blindes parce que tout est possible. Avec, ce qui ne gâche rien, un casting de rêve : Stephen Chidwick, Dario Sammartino, Yevgeniy Timoshenko... des grosses pointures qui, au final, n'allaient pas être à la hauteur du patron Romain Lewis.

Romain Lewis
Le gamin du sud ouest a bien grandi. Les tournois freeroll qu'il disputait en club à 18 ans semblent bien loin, maintenant qu'il affronte les meilleurs joueurs du monde sur des épreuves à cinq chiffres l'inscription. Et pourtant Romain n'oubliait pas les bases au moment de nous glisser ses premières impressions. "Tu sais, les tournois turbo je les pratique depuis que j'ai 18 ans chez PokerSphere, j'ai l'habitude, j'étais prêt, c'est totalement mon format !" Avec cette victoire, Romain accroche un quatrième titre en live... le quatrième sur un tournoi turbo ! Est-il possible de devenir Team Pro Turbo ? On posera la question à Stephane Matheu, qui n'a pas laissé filer une miette de ce festin offert par son jeune poulain. Avec un rail globalement acquis à sa cause, Romain ne jouait pas seul sur cette finale. Lorsqu'il poussait (souvent) ses jetons au milieu, c'est tout un peuple acquis à sa cause qui se chargeait de remplir l'Amazon Room de décibels.

romain lewis rail
Des jetons poussés au milieu, parlons-en. Ce format de tournoi n'est pas comme les autres. Quel est le move préféré des joueurs de tournoi à moins de vingt blindes de moyenne ? Le resteal à tapis, bien sûr. L'Ukrainien Timoshenko n'aura pas tenu cinq minutes, dans une confrontation 88 contre Sammartino qui détenait QQ... l'Italien qui va ensuite laisser filer les gros sous, après avoir perdu le plus typique des flips, QQ contre le AK de Chidwick.

La pression n'a pas le temps de redescendre quand l'Américain Barth Melius est le premier joueur à empocher le premier gain à six chiffres, un joli 103 547 $, après être tombé contre l'Indien Aditya Agarwal... Pendant ce temps, Romain se faisait tout petit. Effacé, il ne le fut pas dans cette finale non : simplement, il attendait le moment opportun pour bondir de sa tanière. "Quand je tombe à 6/7 BB, que je fais tapis et que ça fold, c'est vrai que je suis déjà très content. C'est un Turbo, il faut prendre tous les jetons possibles. Pour la confiance, c'est parfait aussi."

Aucun de ses resteals à tapis n'a été payé... et à chaque fois qu'il mettait la main au milieu, son rail célébrait ça mieux que jamais. D'ailleurs, petit aparté sur cette bouillante section de supporters. "Je tiens à dire que ce rail est très intelligent", nous a soufflé entre deux coups Rob, arbitre en charge de la finale. Un Américain qui complimente un rail français, ce n'est pas fréquent. "Ils applaudissent et crient quand il faut, ils sont silencieux pendant les mains, c'est très agréable. En revanche, pour contrôler Mustapha, c'est une autre histoire !" Rob est taquin et a noté comme tout le monde ici que le leader des troupes en tribunes s'appelait Mustapha Kanit. "En pression constante !" hurlait l'Italien - en français s'il vous plaît - à chaque fois que Romain envoyait son tapis. Sur une structure comme celle-ci, à chaque fois que l'on récupère les blindes on se rapproche un peu plus de la victoire et les tribunes ont chanté comme il se doit à chacun des vols de leur poulain.

Romain Lewis
À trois joueurs restants le rythme s'est quelque peu calmé. Il semblerait même que l'on ait vu défiler un niveau entier sans élimination. Le joueur indien à plus d'un million de dollars de gains en live Aditya Agarwal contrôlait les débats avec son gros stack, même si la crainte qu'inspirait Stephen Chidwick compensait son déficit en jetons. Dans le rail, tout le monde rêvait de voir Romain éliminer Chidwick : pour beaucoup, l'ancien numéro 1 mondial reste le boss final du MTT game. L'Anglais a offert une occasion à Romain, en faisant tapis en bataille de blindes. Il en restait 7,5 chez Romain, alors que l'Anglais en possédait deux de plus. Il a fallu une bonne minute pour que Romain ne prenne sa décision... call avec Q9 quand Stephen Chidwick ne pouvait montrer mieux que... Q8 ! Lecture au laser, croupier qui claque un 9 sur la turn puis un 9 sur la rivière : le petit Lewis venait de faire vaciller un géant, tout en se repositionnant dans la course. "T'as vu ce call contre Chidwick ?! Wouaaah ! Je pense que j'étais obligé de le faire en vrai", nous glissera Romain après la finale.

Stephen Chidwick
Chidwick n'avait plus que quelques minutes à vivre sur cette finale. Malgré un double up (avec deux blindes, la belle affaire), il sera définitivement mis hors-jeu par Agarwal, avec KJ contre QQ. Son deuxième bracelet attendra : pour l'heure, le dernier duel de l'Event 76 pouvait commencer.

romain lewis HU
Il ne durera qu'une dizaine de mains. Parti en désavantage numérique, Romain paiera un bluff d'entrée de jeu avant de doubler dès la main suivante... mais son adversaire fera de même lors de la troisième main. "Là, je me suis dit 'Oh non, pas encore...pas deuxième'. C'est vrai que j'y ai pensé..." À toi, à moi... Quelques mains que l'histoire ne retient pas sont disputées... jusqu'au moment où les deux joueurs partent à tapis avant le flop, Agarwal mettant la pression maximum sur Romain. Le Français n'a pas tremblé au moment de pousser avec 55... mais n'a juste pas aimé la main qu'il rencontrait, 76. À cette heure-ci, il faut passer entre toutes les balles, et c'est avec agilité que Romain va slalomer entre les cinq cartes d'un board 94JKA déroulé à toute vitesse par la croupière. Romain serre le poing mais n'exulte pas. Pas encore car son adversaire n'est pas mort, seulement à genoux. Le tête-à-tête peut repartir... avec un Romain ayant désormais le vent dans le dos, avec 15 millions de jetons contre 3,4 millions.

romain lewis HU
Il faut boucler, il faut conclure, le bracelet est là, il l'attend. Romain paie une première fois le tapis de son adversaire avec 87 et découvre avec bonheur 76 chez son adversaire. Une joie de courte durée, puisque les deux joueurs vont split à cause d'un tableau 2K7AQ. C'était reculer pour mieux sauter avec un nouveau all-in préflop joué dans la foulée : T9 chez Romain Lewis contre A3 pour Aditya Agarwal. Le T qui tombera sur le turn scellera définitivement le triomphe de Romain Lewis, sous les vivas d'un rail franco-Winamax.

romain lewis winner
Romain Lewis. Champion WSOP. Aujourd'hui et pour l'éternité. "Ça fait plaisir, enfin ! Cette fois, il ne m'a pas échappé. À chaque fois, j'étais content de mes résultats... mais à chaque fois, je me disais aussi que c'était vraiment dur de gagner un bracelet en fait. Là, c'est bon, je peux enfin ajouter ce petit bijou à ma coloc de Wimbledon. Ivan Deyra, Jeremy Saderne, moi : ça commence à faire quelques-uns tout ça. On a quand même bien vibré sur cette finale, c'est ça le Turbo, j'adore, ça se joue à pas grand chose. Et maintenant, je peux t'annoncer que je vais pouvoir chill sur cette fin de WSOP ! Après un cru 2021 jusque-là sans bracelet, malgré deux tables finales pour un Pierre Calamusa tout proche du bonheur dès le début de ce festival, malgré les tables finales d'Adrián Mateos, Mustapha Kanit, et João Vieira, Romain Lewis permet au Team Winamax d'imprimer encore un peu plus sa marque sur le circuit mondial du poker.

romain lewis steph matheu
Avant de partir célebrer avec notre héros, un coup d'oeil au palmarès du vainqueur. Romain dépasse maintenant les trois millions de dollars de gains en tournoi live, une grosse vingtaine d'ITM sur les WSOP version Vegas, quatre tables finales WSOP, une table finale WSOP-Europe, une table finale WSOP-Circuit et désormais un bracelet WSOP. Tout cela à 26 ans seulement. Le futur, que lui réserve-t-il à Romain Lewis ? On a hâte de le découvrir en sa compagnie. - Veunstyle

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