On me dit que le vainqueur s'est glissé dans la salle

- 12 novembre 2021 - Par Benjo DiMeo

Tous les joueurs restants sont désormais réunis dans l'Amazon Room
Il reste moins de 1 200 joueurs pour 1 000 places payées
Main Event (Day 3) - Level 14 (2 500 / 5 000 BB ante 5 000)

 

Dodo
Oh ! C'est pas le moment de somnoler : on va bientôt entrer dans les places payées


Après six Day 1 de dix heures, deux Day 2 du même tonneau, sept heures de jeu sur le Day 3, et un total de 5 300 buy-ins à 10 000 $ partis en fumée, enfin : la réunification. Le moment où les derniers joueurs du Main Event - 1 200 et quelques - sont réunis sous le même toit, celui de l'Amazon Room. Cependant, on dirait que les traditions se perdent sur les WSOP : aucun superviseur ne s'est emparé du micro pour lancer la traditionnelle annonce : "Mesdames, messieurs, c'est officiel : le vainqueur du Main Event se trouve dans la salle." Tant pis. Avec moins de 1 200 joueurs encore en course et deux heures trente restant à jouer ce soir, il est quasiment certain que l'on assistera à la bulle avant la fin du Day 3. Un qui ne pourra la vivre qu'en spectateur est Johan "Yoh Viral" Guilbert, sorti peu avant le dîner.

Le morpion n'a pas fini de gratter

Arnaud Mattern
Insaisissable Arnaud Mattern, absent du chip-count du Day 1 alors qu'il était bel et bien en lice sur le 1F, avant de manœuvrer avec dextérité un stack précaire, perdu au milieu de la Pavilion tout au long d'un Day 2 qu'il terminera dans le ventre mou du classement avec 106 000. Sur le Day 3, on a passé la moitié de la journée à passer devant sa table sans le voir... pour finalement enfin accrocher des yeux sa casquette grise au retour du dîner en zone Gold de l'Amazon, assis sur la même chaise qu'à onze heures, mais avec un tapis autrement pus appétissant : 470 000. "Il s'accroche, le morpion", rigole-t-il ! Et le triple finaliste EPT (dont une victoire à Prague en 2007, la toute première de l'histoire du Team Winamax) de nous dérouler quelques éléments de langage sur un rythme saccadé. "Je suis resté bloqué à 160 000 un bon moment. Puis j'ai grind un peu, je passe à 186 000. Et là je me propulse en deux mains." Une histoire de top-paire trouvée avec Roi-8 et qu'il value bet correctement sur deux tours d'enchères. Une autre impliquant un tirage ventral avec 8-5 qui rencontre le jeu max sur le turn, pareil : deux value bet payés. Roulant désormais à 240 000 jetons à l'heure, Arnaud appuie sur le bouton Nitro : "La table était tight, j'ai relancé toutes les mains." Y compris un Valet-2 avec lequel il trouve un board 10-8-4-7-9. "Je suis contre le mec à ma gauche, je suis sûr qu'il a brelan J'ai misé les 3/4 du pot, il a payé." C'est assis à une "belle table" qu'Arnaud peut tranquillement entrer dans la phase de la bulle, une zone où il est particulièrement apte lorsqu'il possède des jetons. La chose est entendue : le morpion est bien accroché. - Benjo

Kalfon la forme

Franck Kalfon
Les réguliers parisiens le savent très bien, le monde entier s'apprête peut-être à le découvrir bientôt : Franck Kalfon a tout à fait le profil pour s'accrocher le plus longtemps possible dans un Main Event WSOP. Sa journée est proche d'être idéale : parti avec 81 000 jetons, on le compte désormais à presque 600 000 unités. La machine a mis beaucoup de temps à se mettre en marche, mais elle est désormais bien lancée.

Et après avoir discuté un peu lui, une tendance a rapidement fini par ressortir : tous les pots intéressants dans lesquels il investissait des jetons, il les a pratiquement tous disputé depuis sa BB et sans jamais que ses adversaires ne voient ses cartes au showdown. Une stratégie de grind totalement adaptée à la situation, et qui réussit parfaitement au joueur de poker qu'est Franck Kalfon, plus solide qu'un roc quand il s'agit de ne jamais disparaitre d'un tournoi. 

Franck fait peu d'erreurs, il connecte plutôt bien les boards et a réussi à instaurer un climat de doute dans la tête de certains de ses adversaires, ce qui n'est pas la pire des stratégies lorsqu'il s'agit de jouer de longues heures avec les mêmes têtes. La bulle approche, et sauf accident, il y a fort à parier que Franck Kalfon fasse partie de ces quelques français in the money. Ce serait une grande première pour lui. Après cela, il pourra alors rêver plus grand. - Veunstyle

Martinet dans la cour des grands

Martinet
Bluffcatcher l’un des meilleurs joueurs du monde sur un pot monstre au Day 3 d’un Main Event ? La case est cochée pour Johan Martinet. En confiance depuis le début de journée, le néo-livertard a fait parler sa qualité de read pour s’offrir le scalp de Justin Bonomo. « Il ne fallait pas qu’il essaie de me bluffer ! » commente Martinet. En confiance, on vous dit.

Johan ouvre avec deux dix UTG, et ça fold jusqu’à la grosse blinde. On y trouve Justin Bonomo, l’homme au 56 millions de dollars de gains qui accepte le duel avec Johan Martinet, joueur français inconnu au bataillon. Enfin, pour l’instant.

Le flop vient Q75 et Martinet place un C-bet à 9 000, midpot. Justin paye pour voir la turn 2. Martinet check derrière Bonomo, mais l'action repart sur la river 3. Check de Justin, 25 000 envoyé par Johan et la riposte du champion est radicale : Tapis 204 000 !

Voilà qui mérite une petite réflexion chez Martinet. Les minutes passent et le Français décide de call avec sa paire de dix. Justin montre... Une paire de 4. Coup de tonnerre : Notre random français vient d'abattre le numéro 2 de la "All-Time money list" mondiale. Et avec la manière.

« Avec ce move, je suis capé, et je pense qu’il a voulu en abuser, explique Johan. Je ne sais pas si c’est le sizing qu’il aurait utilisé pour value avec deux paires ou plus ». Une analyse technique qui se double d’un raisonnement psychologique. « Depuis qu’il était à la table, personne ne bougeait. Je pense que les autres se chient dessus face à lui. Il a voulu me mettre une décision, surtout que moi, je suis personne ». Bonomo s’est clairement trompé de client. Et avec 690 000 jetons devant lui, une maitrise des dynamiques si aiguisée et une confiance totale, Johan Martinet, aussi random qu’il soit, se présente comme un outsider sérieux. Vous l’aurez lu en premier ici. - Fausto

Milliard le barbare

Julian Millard
C’est un des animateurs du bataillon français depuis ce début de Main Event. Toujours chaud d’action, et souvent avec beaucoup de jetons, Julian Milliard envoie de gros coup de haches sur ces adversaires. Parfois, il découpe des têtes, parfois il se heurte à une enclume.

Juste avant la pause, il s’était même placé dans les top stacks, avec un pic à 750 000 jetons, en se payant le luxe de déstacker un champion du monde. La victime s'appelle Jerry Yang, vainqueur du Main Event 2007. Julian paye Jerry avec une paire de six qui trouve son brelan sur un flop 467. Juilian paye un premier parpaing, puis un deuxième sur la turn 9. Mais sur la river 7, c’est par un tapis que riposte le Français. Jerry réfléchit, mais ne voudra pas lâcher sa couleur max, battue par le full de Milliard. Le champion est à terre, le joueur de high stakes dans le ciel de ce Main Event.

Pas pour très longtemps. A peine revenu du dinner break, Julian connait une digestion compliquée. Toujours aussi agressif, le Français s’engage dans un bluff aussi coûteux qu’audacieux.

Open EP, payé par Julian avec AJ en petite blinde, et la grosse blinde complète. Tout le monde check sur le flop 9103 et Milliard passe à l’attaque sur la turn 2. 20 000 dans 30 000, payé par la grosse blinde tandis que l’ « original raiser » se couche. Sur la river 2, Julian opte pour l’overbet. 100 000 dans 70 000, tank chez la grosse blinde qui paie avec son J10. Milliard enchainera deux petits coups perdus, pour redescendre à 500 000 jetons. En attendant le nouvel assaut. - Fausto

On baisse Pavilion

Pavillion
C'est à 20h49 très précisément que la Pavilion Room a dit au revoir aux dernières tables du Main Event qui y étaient encore actives. Lorsque les superviseurs sont arrivés avec les sachets et l'ordre de déménager les deux ultimes tables dans l'Amazon Room, un joueur short-stack réfléchissait depuis une plombe sur la rivière d'un gros pot. Le temps fut demandé, et le joueur en maladie a laissé s'écouler la minute entière avant de concéder le pot. Lorsque fut venu le temps d'emballer les jetons et de se bouger, le short-stack a montré le même empressement, ne s'exécutant qu'après s'être fait sévèrement rappeler à l'ordre par un superviseur.

Pavillion
J'ai essayé de marcher aux côtés de ce joueur à 10 BB sur le chemin menant vers l'Amazon. J'ai fini par abandonner. Je suis incapable de marcher aussi lentement. Je lui souhaite tout de même d'atteindre les places payées. On ne va pas se mentir, c'est pas gagné. - Benjo