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Good Morning Vegas : enfin le Hellmuth qu’on aime

- 18 octobre 2021 - Par Rootsah

Un doublé express, une légende qui persiste et signe, une bonne nouvelle attendue par tous les joueurs d'Europe, une nouvelle finale pour le Team Winamax, un Monster Stack prometteur pour le contingent tricolore : on n'a pas manqué de raisons de se réjouir ce week-end.

La stat du jour : sweet sixteen!
 

Cette fois-ci il n’a pas crié, il n’a pas menacé de foutre le feu, il n’a pas juré comme un charretier. Enfin, pas beaucoup. À la place, pour sa quatrième finale au Rio en même pas trois semaines, il s’est contenté de faire ce qu’il sait faire mieux que personne d’autre dans l’histoire du poker : gagner des bracelets. Avec cette seizième récompense sur les World Series of Poker, Phil Hellmuth cimente un peu plus sa place de meilleur joueur de l’histoire des Championnats du Monde, creusant d’un cran supplémentaire l’écart qui le sépare d’autres légendes du poker qui ont quelque peu délaissé les WSOP ces dernières années - le fameux « club des 10 bracelets » formé par le semi-retraité Doyle Brunson, le désormais invisible Johnny Chan, et le moins motivé Phil Ivey.

« Motivé » : voilà bien un terme (parmi tant d’autres) qui sied comme un gant à Hellmuth, dont la soif de victoires et l’envie de marquer l’histoire sont semble-t-il restées intactes depuis sa première victoire au Binion’s Horseshoe il y a maintenant 32 ans de cela. Rendez-vous compte : depuis son sacre originel sur l’édition 1989 du Main Event, l’enfant terrible du poker a traversé les époques, résisté aux modes, vu défiler des générations entières de joueurs et remporté des bracelets au cours de cinq décennies consécutives. On fait les comptes : 5 durant les 90’s, 4 durant les 00’s, 4 autres durant les 2010’s et, dans la nuit de dimanche à mardi, son premier de la décennie 2020. L’été dernier, Hellmuth a fêté ses 57 ans. Très loin de l’âge de la retraite pour un joueur de poker : qui pourrait prédire combien d’autres il en gagnera avant de sucrer les fraises ?

Phil Hellmuth
D’autant qu’après avoir si longtemps été décrié (à tort ou à raison) comme étant un « simple » joueur de No-Limit Hold’em, incapable de se diversifier vers des formats censés être plus pointus, le 21e siècle l’a vu enfin triompher dans des formats exotiques. Après deux victoires en Razz en 2012 puis 2015, le voilà qui se défait d’un field de 272 inscrits dans le format Deuce to Seven joué en No-Limit. Gagner dans cette variante de cow-boys, au programme des WSOP depuis les débuts entre Texans des années 70, c’était un objectif poursuivi de longue date par Hellmuth. « J’en voulais un depuis les années 80 parce que c’était le bracelet le plus cool à gagner. C’est le tournoi que Chip [Reese] et Doyle [Brunson] ne manquaient jamais. Tous les gros joueurs, comme Billy Baxter – tous les champions se pointaient juste pour ce tournoi. À l’époque ça jouait pour 10 000 $, on pouvait recaver, alors je me retrouvais à dépenser 50 000 $ tellement je le voulais, ce bracelet. » Après avoir échoué en deuxième place face au même Baxter en 1993, après s’être incliné contre John Juanda en 2011, Hellmuth la tient enfin, sa victoire en « Deuce ».

C’est acquis depuis longtemps, et cela ne changera peut-être jamais : Hellmuth est le recordman incontesté des victoires sur les WSOP. Le record d’ITMs, il est aussi à lui. Le Main Event, il l’a déjà gagné avant même la naissance de beaucoup de ses adversaires d’aujourd’hui. Quelles pages lui reste-t-il à écrire dans le Livre d’Or des WSOP ? Pourquoi pas atteindre la première place de la All-Time Money List ? Il y figure actuellement en quatrième place. Mais ce qui trotte avec insistance dans la tête d’Hellmuth, c’est surtout le statut de Player of the Year des WSOP. Trois fois, dans le passé, depuis sa création en 2004, ce satané titre honorifique (mais qui donne droit à une bannière géante affichée au-dessus des tables) lui est passé sous le nez : face à Jeff Madsen (2006), Ben Lamb (2011), et enfin Greg Merson (2012). Au terme des 30 premières épreuves des WSOP 2021, Hellmuth pointe en seconde place au « POY » juste derrière un Anthony Zinno venant tout juste de signer le premier doublé de cette édition (voir ci-dessous). Il reste encore une bonne cinquantaine d’épreuves au programme : inutile de vous demander où vous pourrez trouver Phil tous les jours jusqu’au 23 novembre…

Le doublé du week-end : Anthony Zinno

Deux bracelets en une semaine : c’est l’exploit réussi par Anthony Zinno dans ces WSOP 2021. Alors oui, ça à l’air incroyable comme ça, mais visiblement pour l'Américain cela ne fait que répondre à une feuille de route précise selon le tweet de Ryan Leng ci-dessus : apparemment, Anthony vise rien de moins que le titre de Player of The Year sur les WSOP, et cela passe évidemment par des performances comme sa dernière victoire sur l’Event #27, un tournoi de HORSE à 1 500 $. Déjà chipleader à l’issue du jour 2, Zinno a tranquillement conclu l’affaire, ajoutant 160 636 $ à sa fiche Hendon Mob déjà riche de plus de 10 millions de dollars de gains en tournois live, venant notamment à bout de Randy Ohel (runner-up) et Max Pescatori (8e) en finale. Il s’agit donc de la seconde breloque de ces WSOP pour le joueur originaire de Rhode Island (la première avait aussi été gagnée en Stud il y a quatre jours) et la quatrième de sa carrière : Anthony devient ainsi le seul joueur de l’histoire à détenir 3 titres WPT et 4 bracelets WSOP (tous dans des tournois de variantes), une réussite dûe selon lui au travail abattu durant la pandémie pour améliorer son poker.

Cette victoire permet en tout cas à Anthony de se hisser en tête du Leaderboard du Joueur de l'Année des WSOP, où Phil Hellmuth lui colle désormais au train. Les deux joueurs possèdent près de 500 points d’avance sur Jason Koon et Ari Engel, ce qui constitue un confortable matelas dans ce classement dont les points sont calculés en prenant en compte la taille des fields et le classement des joueurs sur chaque tournoi. Si Hellmuth et Zinno continuent à perfer, ce ne sera pas facile de les rattraper. À noter que Koon mène lui un nouveau classement apparu cette année, le "No Limit Velo Leaderboard", prenant uniquement en compte les events live et online (sur WSOP.com) disputés en No Limit Hold'em, les Casino Employees, Seniors, Super Seniors, Ladies, et Tag Team étant exclus des deux Leaderboards.

La très bonne nouvelle du week-end

Il était temps ! Après un mois de louvoiements, la Maison-Blanche a enfin dévoilé la date exacte à laquelle les frontières américaines rouvriront enfin pour les voyageurs en provenance d’Europe, du Royaume-Uni et de la Chine. Le 8 novembre, donc, soit après la tenue du dernier Day 1 au programme du Main Event (il tombe le 7). Tant pis pour nous, alors ? Non ! Très réactifs, les organisateurs des WSOP ont aussitôt annoncé l’ajout au programme de deux Day 1 supplémentaires (1E et 1F), qui permettront à pas mal de pros restés à la maison de traverser l’Atlantique et d’arriver dans les temps pour entendre Jack Effel prononcer les mots « Shuffle up and deal ». Un beau geste qui témoigne de la considération des pontes de Vegas pour les joueurs non-américains. Merci !

Cet ajout de dernière minute devrait ravir nombre de pros qui n’ont pas pu entendre la douce mélopée de Le Bon, La Brute et le Truand depuis deux ans… mais va bousculer quelque peu la suite du Big One. Ainsi, toutes les journées à partir du Day 2 se retrouvent décalées de 24 heures. Cependant, la finale se tiendra aux dates prévues depuis le début, les 16 et 17 novembre. L’explication est simple : la journée de pause qui était prévue le 15/11 passe tout simplement à la trappe.

Voici le nouveau déroulé jour-par-jour du Main Event :

Les obstinés du week-end : François Pirault et Clément Van Driessche

Pirault Monster StackCe n’est pas la première fois qu’on parle d’eux dans nos colonnes : et pour cause, les deux jeunes loups grindent sans relâche depuis le début des WSOP, enquillant les tournois comme des perles. Pour l’instant, le bilan est mitigé : si tous les deux sont passés près d’un bon one time, ils n’ont pas encore réussi LA grosse perf' tant attendue. François "On_The_Road" Pirault a ainsi chuté en 15e place du Millionaire Maker sur un field de 5 326 inscrits (pour un gain de 42 935 $ tout de même) tandis que Clément "KorteX" Van Driessche (3 ITM sur ces WSOP) s’est bien fait kiffer jusqu'en demi-finales de l’Event #26.

En ce début de semaine, les deux sharks auront cependant une nouvelle chance de briller : tous deux font partie des Français les mieux placés pour le Day 3 du Monster Stack à 1 500 $, Clément disposant du 57e tapis et François du 78e, alors que François Tosques (285e), Nacim Amakrane (291e), Samy Boujmala (439e), Florian Ribouchon (440e), Sylvain Loosli (456e) et Antoine Saout (484e, on commençait à désespérer de voir son nom sur un tableau de résultats) ont fini dans l’argent. Les Tricolores seront aussi représentés au Day 3 par Axel Jacquin (63e), Ivan Deyra (76e), Jeremy Saderne (127e), et le runner-up de la dernière Top Shark Academy Arnaud Enselme (136e). ainsi que les têtes d’affiche Ryan Leng (chipleader), Jason Wheeler (2e), Uri Reichenstein (8e), Chris Brewer (15e), James Romero (19e), Upeshka De Silva (21e) ou encore Bart Lybaert (23e). Tout ce beau monde est assuré d’un cash de 4 527 $, alors que le vainqueur encaissera 610 347 $ et qu'une place en finale vaudra un minimum de 64 490 $. Ce sera déjà le premier objectif pour nos Frenchies, ce qui serait la 4e TF de l'escouade bleue dans ces WSOP après les secondes places de Jeremy Malod et Pierre Calamusa ainsi que le podium de David Benyamine. On_The_Road (31 BB) débutera à la table de Dylan Linde (27 BB) tandis que Clément (41 BB) commencera par en découdre avec le chipleader (136 BB), Dylan Wilkerson (68 BB) et Ankush Mandavia (18 BB). Allez, cette fois, on va au bout ?

Le « ça va bien finir par passer » du week-end

Joao Vieira
Infatigable João Vieira. Une semaine après sa troisième place en Lowball, le Portugais du Team Winamax a de nouveau fait une apparition sur le podium réservé aux finales. Sur l’épreuve de Short Deck, João se contente cette fois d’une cinquième place bonne pour 42 885 $ (le titre a filé dans les bras de Chance Kornuth). Mais vous connaissez l’animal : il ne s’arrêtera pas tant qu’il n’aura pas ajouté un second bracelet à son poignet. Enfin, il s’arrêtera une nuit, grand max. Dès le lendemain, il partira immédiatement en quête du troisième.

La photo du week-end

Dylan Weisman
Elle est signée Hayley Hochstetler, boss de l’équipe de reporters photo officielle des WSOP : elle montre un Dylan Weisman décollant littéralement du sol après sa victoire sur le Pot-Limit Omaha à 1 000 $ (avec un petit coup de main de ses potes). « Je revis ma bar-mitzvah ! »

Les tweets du week-end

Ouf, le Rio l'a échappé belle... 


Un brag qui n’a pas super bien vieilli : si la pro New Yorkaise a fini par décrocher une honnête 21e place, on en connaît un qui a ensuite bien profité de l’unique re-entry proposé sur ce tournoi :
 



Parmi les (nombreux) témoignages d’admiration suite au 16e bracelet d’Hellmuth, celui d’un ami de trente ans à l’esprit revanchard bien connu :
 

Lundi 18 octobre : demandez le programme !


Entrée WSOP
Crédit photo - PokerGO.com

En ce lundi, on suivra évidemment avec attention le Monster Stack, dont le Day 3 débute à 19 heures en France, avec donc six Bleus encore en course. Aucun cependant n’est aussi bien placé que Florian Guimond dans le Day 2 du 8-Handed Deepstack à 800 $ : le grinder possède le 8e stack (55 BB) à 159 joueurs restants, derrière le chipleader Alex Miles et Mukul Pahuja (6e) notamment. Il sera accompagné à sa table par Francois Evard (16 BB), le reste du clan français étant composé d’Adrien Delmas (23 BB), Cédric Adam (15 BB) et un certain Ernest Wittman (27 BB).

Un troisième tournoi de HORSE (3 000 $ de buy-in, 282 entrées), est également en cours : Eli Elezra mène les troupes pour le Day 2, devant Maria Ho, Barbara Enright, Daniel Negreanu, Brandon Shack-Harris, Amnon Filippi ou encore David Williams, le shortstack officiel. Aucun Français n’a atteint les 43 places payées. Adam Owen est lui aux commandes du Deuce to Seven joué en Limit (1 500 $ l'entrée), où il reste 76 joueurs sur 285 dont Thomas Eychenne et Julien Martini au milieu d’un bon banc de sharks.

Du côté des Day 1, on regardera de loin le lancement des Events #35 et 36, une belle boucherie de NLHE à 500 $ sur deux jours et le Dealers Choice 6-Handed Championship à 10 000 $ prévu pour finir mercredi et dont le casting promet d'être bien relevé.

Benjo et Rootsah

WSOP : le coverage Winamax