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Les 50e WSOP en 50 articles

- 19 juillet 2019 - Par Benjo DiMeo

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Musée des néons
Neon Museum, Las Vegas, Nevada

Les néons de notre "Fabulous Coverage" des WSOP 2019 se sont éteints mardi soir avec la conclusion du Main Event et la victoire d'Hossein Ensan face à Dario Sammartino. Pour ceux qui nous ont suivi tout au long des cinquante derniers jours (et nuits) en direct de la cinquantième édition des World Series of Poker, on ne vous apprendra rien : ce cru fut en tous points exceptionnel. Des affluences qui explosent, des légendes qui confortent leur statut, des nouveaux venus impressionnants, des Français en finale tous les jours (ou presque), un Team Winamax au sommet de sa forme, et quelques polémiques croustillantes, car il en faut pour pimenter les Championnats du Monde.

Imaginons une seconde que vous n'avez pas branché le coverage une seule fois depuis la fin du mois de mai (honte à vous) : que retenir des WSOP 2019 ? Sans plus attendre, voici notre compilation des 50 articles à lire pour être calé sur cette 50e édition.

Français : champions du monde, et pas que du rail !

Montage FR

Compilé laborieusement (mais avec amour) tout au long de l'été, notre fichier Excel est formel : un total de 399 joueurs Français ont atteint l'argent au moins une fois au cours des 90 tournois des WSOP 2019, pour un total de 642 ITM. Pas besoin de consulter les fichiers des années éditions pour l'affirmer : c'est un record (et de fait, on a tout de même vérifié : l'an dernier, on avait recensé 238 joueurs atteignant l'argent un total de 391 ITM) Certes, le nombre de tournois au programme était encore en augmentation cette année, ce qui explique cette croissance, mais on dirait bien que nous étions encore plus motivés en 2019.

Car oui, on s'est régalés tout au long de l'été : avec 3 bracelets remportés, 5 places de runner-up et quantité de finales, le clan tricolore réalise son meilleur été depuis 2011, l'année magique du quatuor ElkY/Soulier/Payan/Teisseire. En plus : l'ambiance fut au rendez-vous, comme n'ont pas manqué de le noter à plusieurs reprises les médias étrangers : question décibels, les "rails" Français ont battu à plate-couture ceux des autres nations, avec à chaque fois des assemblées de potes et supporters joyeux rivalisant de créativité pour trouver de nouveaux chants à hurler entre chaque main.

Qui sont plus gros gagnants de l'été ? Les gains bruts des Français sur les WSOP 2019 dépassent les 6,7 milions de dollars : à peu près pareil qu'en 2018 (mais cette année-là, la finale d'Antoine Labat sur le Main Event comptait pour 1 million de dollars dans le total) Pour figurer dans le Top 10 que l'on vous présente ci-dessous, il fallait viser au minimum une quatrième place, tel Pierre Calamusa sur le 5K 6-max, ou un deep-run sur le Main Event, comme Romain Lewis, meilleur français du Big One grâce à sa 60e place.

Bravo à Jérémy Saderne, Ivan Deyra et Thomas Cazayous : on connaissait déjà le talent de ces jeunes bosseurs. Ils rentrent maintenant dans la légende du poker. Et merci à tous les perfeurs Français pour les émotions et les rails de qualité qu'ils nous ont procuré. C'est un été qu'on oubliera pas de sitôt !
 

Rang Prénom Nom Gains bruts ($) ITM Perfs notables
1 Jérémy Saderne 636 216 5 Vainqueur Mini Main Event
2 Vincent Chauve 626 225 2 Runner-up Monster Stack
3 Ivan Deyra 468 669 4 Vainqueur 3K, finaliste Double Stack
4 Thomas Caza-yous 429 168 6 Vainqueur 3K 6-max
5 Jean-René Fontaine 412 421 3 Runner-up Seniors
6 Pierre Calamusa 225 518 3 4e du 5K 6-max
7 Johan Guilbert 168 834 6 Runner-up du Shootout
8 Romain Lewis 148 417 4 60e du Main Event
9 Simon Legat 145 503 4 4e du Double Stack
10 Paul-François Tedeschi 134 885 3 Runner-up du HORSE 3K


Ils manquent de peu le Top 10 : Axel Allay, 3e du Deepstack à 100 $, Sandrine Phan, podium sur le Ladies, Alain Alinat, runner-up surprise en Limit Hold'em, et David Benyamine, cinq fois payé mais une seule fois finaliste, et donc probablement pas en bénéfice au vu de son assiduité sur les tournois gros buy-ins.

Il a perfé surtout devant son écran : David Fhima, avec 6 ITM dont 4 signés sur les épreuves organisées en ligne (il y en avait 9 au total). Fhima est passé tout près sur le KO Bounty à 600 $ avec une 3e place bonne pour 42 692 $.

Ivan Deyra est le seul tricolore ayant disputé deux finales. On le sait, la deuxième fut la bonne.

Record d'ITM : Julien Sitbon (27 949 $) et Guy Pariente (19 511 $) avec 8 places payées chacun. Que des min-cashes, cependant.

Le meilleur été du Team Winamax ?

Team Winamax
Avec 51 ITM, 6 finales, 2 bracelets, et plus de 2,2 millions de dollars collectés au Rio, on peut l'affirmer sans prendre trop de risques : oui, la 12e campagne WSOP du Team Winamax fut la plus belle de toutes. On savait déjà depuis longtemps que le Team prend très au sérieux les WSOP, préparant chaque été à Las Vegas avec l'application des plus grands sportifs. Chacun à leur manière, mais avec la même application, Ivan Deyra et João Vieira ont vu des années d'effort récompensées par le titre que recherchent tous les joueurs de poker : leurs bracelets rejoignent ceux de Patrick Bruel, Davidi Kitai et Adrián Mateos dans l'armoire à trophées du Team.

Pierrot CalamusaOn note aussi, au cours de cet été, la première finale WSOP d'Adrian Delmas (en plus d'atteindre un podium au Wynn) une nouvelle perf' Highroller pour Adrián, et la 4e place de Pierre Calamusa sur le 5K 6-max, stoppé net dans son élan par un João Vieira en route vers la victoire. Si besoin était de prouver que nos pros ne se font pas de cadeaux lorsqu'ils sont assis l'un en face de l'autre !

Des vainqueurs de qualité

Philip HuiLe Team Winamax et les Français nous ont bien occupé jour après jour, mais nous avons tout de même essayé de donner un peu de place au reste du monde dans nos colonnes. Impossible d'être exhaustif, bien sûr, mais on retiendra tout de même le cinquième bracelet de Michael Mizrachi, le premier (enfin !) de Stephen Chiwdick puis de Joseph Cheong, la victoire du grinder de l'ombre Philipp Hui sur l'épreuve reine des pros, le Poker Players Championship à 50 000 $, la passe de quatre d'Eli Elezra, l'incroyable doublé d'Adam Friedman sur le tournoi Dealers Choice, Daniel Negreanu se faisant battre en heads-up à deux reprises (notamment par John Hennigan sur le Stud à 10K) ou encore Loren Klein, premier joueur de l'ère moderne à remporter un bracelet quatre années de suite.

Les petites et les grandes histoires des WSOP

Foule
C'était notre but avoué au moment d'attaquer notre reportage au coeur de cette 50e édition : aller au delà des hand histories, des coin-flips et des bad beats, bref du "coverage" classique (et, soyons honnêtes, parfois un peu chiant) pour vous raconter les WSOP autrement, en essayant de trouver le plus d'angles originaux possibles.

On est allés à la rencontre des joueurs, les têtes de série comme les amateurs. On a enquêté sur les controverses. On a débattu sur les sujets clivants. On vous a montré les coulisses. Et on s'est détendus en abordant des trucs un peu plus légers.


Une de nos premières interview de l'été a mis en avant un personnage de l'ombre ô combien important : Salette, l'homme par qui l'on passe pour dénicher le tournoi qui nous convient à Vegas.

Tapis_Volant s'est penché sur le phénomène "Fantasy League", ces paris (petits ou gros) organisés en début de festival.

La multiplication des tournois à petit buy-in nuit-elle au prestige des WSOP ? On a tenté d'éclaircir le débat entre élitisme et populisme, en écoutant l'avis des pros comme des amateurs.

Plus léger, ces délires de Tapis_Volant (encore lui), qui nous raconte sa recherche deséspérée d'un mysterieux chip-leader français sur le Deepstack à 600 $, ou se demande si un cure-dent peut provoquer le run good.

On redevient sérieux : y'a t-il eu "angleshooting" en finale du premier Highroller à 50 000 $ ?

Comme chaque année, les structures des tournois ont fait débat, notamment avec l'allongement de certaines épreuves, que tout le monde n'a pas accueilli comme une bonne nouvelle : on a tenté d'y voir plus clair.

Winamax Room
La Chambre Secrète du Team : non, il ne s'agit pas d'un roman oublié d'Agatha Christie mais bien de la salle de repos qu'avait bookée le Team au Rio.

Les WSOP, c'est aussi le rêve que vivent chaque année des milliers d'amateurs, à commencer par ceux du KING5 : on a rencontré les Chakistipophtis, arrivés à Vegas en freeroll grâce à leur deuxième place sur notre championnat annuel par équipes.

Dans la foulée, on en a profité pour prendre des nouvelles des Flambeurs, les vainqueurs de l'édition 2018 du KING5.

Le poker à Las Vegas, ce n'est pas que le Rio : témoin l'Orleans, casino préféré des joueurs amateurs où nous avons passé de nombreuses soirées durant nos days off.

Ils ont des profils bien différents et ils nous ont accordé de très belles interviews cette année : l'amateur Abou Sy, le néo-retraité Hugo Pingray, et le pro João Vieira. Trois lectures indispensables ! À noter aussi : une rencontre avec James Chen, grand pote de Julien Martini connu pour être l'un des meilleurs joueurs de No-Limit du monde, un éclairage sur la nouvelle vie post-sponsoring d'Aurélie Réard-Quélain, une interview de Tony Miles en mode "1 an après".

Deux Mercier
Il y a dix, quinze ou vingt ans, on les a découverts sur le circuit pro tous jeunes et célibataires : il est temps pour elle et eux d'affronter une autre partie très difficile, celle de la parenté. Dans l'un des plus beaux papiers de l'été, Veunstyle est allé à la rencontre de ces joueurs et joueuses devant désormais multitabler entre les jetons et les biberons : Stephen Chidwick, Gaëlle Baumann, Fabrice Soulier, Sonny Franco...

Pierre Calamusa travaille autant son poker que son image sur les réseaux sociaux : a t-on affaire au joueur sponsorisé du futur ? On a mené l'enquête.

Le quotidien d'un pro, c'est parfois de sauter, sauter et encore sauter d'un, deux, trois, voir sept tournois en une seule journée. Le stakhanoviste Erwann Pecheux nous l'a démontré cette année.

En marge des victoires Françaises : les "presque victoires", ces deuxièmes places qui peuvent parfois faire des dêgats dans la motivation d'un joueur. Comment on se relève après avoir manqué de peu le bracelet ? Tapis_Volant a enquêté pour vous.

Binion & Doyle
La cinquantième édition des WSOP fut à n'en point douter une réussite, mais cela n'a pas empêché quelques couacs : témoin cette soirée de gala "Fifty Honors" où personne n'a fait la queue pour rentrer. Les conditions de travail et la rémunération des ont aussi été sujets à polémique : Flegmatic est parti à la rencontre de plusieurs "dealers" afin d'en savoir plus, pour une enquête garantie sans langue de bois.

Autre controverse, plus légère : Chris Moneymaker a t-il sa place dans le Hall of Fame ? Flegmatic se posait la question avant le Main Event  : on a eu la réponse deux semaines plus tard.

Avec tout ça, vous avez assez de lecture jusqu'à la prochaine édition des WSOP ! Pendant ce temps, nous, on va aller se reposer. Pas jusqu'à l'année prochaine, mais presque.

Tous les bracelets des WSOP 2019
Les joueurs ITM sur le Main Event
Tous les résultats Français au format tableur

Pas de bracelet, mais l'été est sauvé

- 17 juillet 2019 - Par Veunstyle72

Paul François Tedeschi s'incline en 2e place
En remportant 127 419 $, le Corse intègre le Top 10 des meilleurs Français de ces WSOP 2019
Event #87 : H.O.R.S.E. 3 000 $ (Finale)

Tedeschi

Le compteur de bracelets WSOP pour les Français cette année, s'arrêtera à trois : Paul François Tedeschi n'a pas réussi à remporter ce tournoi, échouant en tête à tête face au Russe Denis Strebkov. Le Corse empoche tout de même le 4e plus gros gain de sa carrière, 127 419 $, et a quitté cette salle du Rio pour la dernière fois, avec le sentiment du devoir accompli...malgré la déception, indéniable celle-ci, d'avoir laissé filé un bracelet WSOP pour la seconde fois de sa carrière. 

"A chaud comme ça, je suis un peu déçu, surtout quand tu vois le bracelet posé sur la table... c'est la deuxième fois de ma carrière que ça m'arrive, la première fois c'était durant les WSOP Europe à Cannes en 2011. C'est un peu frustrant, mais le gain console bien comme il faut, et il sauve l'été surtout !"

Si la finale s'est plutôt bien déroulée pour Paul François Tedeschi, le tête à tête fut loin d'être une partie de plaisir : "Il était fort en Razz, Stud, Stud Hi Lo, j'étais meilleur que lui en Limit et en Omaha Hi Lo. Il y a eu un gros coup clé entre nous, c'était en Stud Hi-Lo. J'ai AAKK avec flush draw, et lui avait un un tirage low avec une carte qui lui permet de faire une quinte, et qui lui offre déjà une paire. Moi j'avais trouvé deux paires max et un flush draw max... et il finit en trips, sans que je ne fasse ma couleur, du coup je me suis fait scoop. C'était un pot de 4 millions sur 6 millions de jetons en jeu." Et ce coup, c'est clairement celui qui a couté le tournoi au Corse, puisque derrière, il n'a jamais pu revenir dans la course.

Mais s'il y a des défaites en tête à tête qui sont plus difficiles à digérer que d'autres, Tedeschi préfère voir le verre à moitié plein, et se satisfait pleinement de ce résultat, surtout sur le plan comptable : "C'est une grosse surprise ce tournoi pour moi, car je n'étais pas censé le jouer. J'ai eu une intoxication alimentaire il y a 3 jours. J'envisageais de jouer le 1600 $ du Venetian, j'ai été obligé de faire l'impasse dessus. Et le lendemain, quand ça allait mieux, Julien Sitbon m'a chauffé pour que je joue ce H.O.R.S.E., il m'a dit que le field était beau. Moi ça allait mieux, alors je me suis chauffé. Hey, seconde place, 127 000 $, c'est propre quand même, non ?"

Paul François Tedeschi devient le 5e Français runner up d'un event WSOP cette année (après Jean René Fontaine, Yoh Viral Vincent Chauve et Alain Alinat), et conclue un été Français de classe internationale, bravo Polo !

Tedeschi

Résultats
Vainqueur : Denis Strebkov (Russie) 206 173 $
Second : Paul Tedeschi (France) 127 419 $ 
3e : Nick Guagenti (USA) 85 265 $ 
4e : Brian Hastings (USA) 58 359 $ 
5e : Andrey Zaichenko (Russie) 40 876 $ 
6e : Konstantin Puchkov (Russie) 29 316 $ 
7e : Jim Collopy (USA) 21 540 $
8e : Paul Volpe (USA) 16 224 $
9e : Albert Shim (USA) 12 535 $

Tedeschi en passe de sauver son été

- 17 juillet 2019 - Par Veunstyle72

Il reste un Français dans l'Amazon Room !
Paul François Tedeschi est chipleader du dernier H.O.R.S.E.
Plus de 200 000$ sont à gagner
Un quatrième bracelet Français cet été, le dernier jour des WSOP ?
Event #87 : H.O.R.S.E. 3 000 $ (Finale - 9 joueurs)

Tedeschi

On appelle ça la surprise du chef ! Alors que le monde entier (ou presque) a les yeux rivés sur la table finale du Main Event à venir dans quelques heures, alors que la plupart des joueurs de ces WSOP quittent Las Vegas le coeur lourd et le porte monnaie plus ou moins léger, il reste un dernier Gaulois qui se bat seul dans cette Amazon Room pour faire flotter le drapeau tricolore, contre l'empereur Américain déjà en train de remballer toutes les tables du Rio : Paul-François Tedeschi.

Le Corse s'apprête à entamer cet après midi la table finale de l'Event 87, disputée en H.O.R.S.E., et au droit d'entrée de 3 000 $ : "Elle est là la table finale qui peut sauver l'été !", confiait tout heureux Paul-François, en observant le tableau des payouts : "Il n'est pas dégueu ce jour de paie", remarquant qu'avec cette finale, il s'assurait déjà un billet de 12 535 $ : "Bien évidemment, je vise le bracelet, rien d'autre... mais disons que si je fais Top 4, voir même Top 3, je serai déjà content."

Si le vainqueur de ce tournoi empochera 206 173$, le podium assurera un beau billet de 85 265 $, de quoi satisfaire pleinement Polo. Mais pour en arriver là, et malgré son statut de chipleader (il possède une fois et demi le tapis de son premier poursuivant, le Russe Konstantin Puchkov), Tedeschi le sait, il va falloir batailler : "La table, c’est du costaud !" Difficile de le contredire : cinq Américains aguerris et trois Russes déterminés, bonne chance l'ami !

Deux crans à sa droite, Tedesch croisera la route de l'Américain Paul Volpe (4e tapis, 2e finale de l'été après une 7e place sur un 2-7 à 10 000 $, Volpe est un grand spécialiste de cette variante), juste à sa droite, c'est un autre Américain qui a déjà gouté à une finale WSOP cette année (un 10 000$ PLO8, event 65), alors qu'il venait d'en buller une autre juste avant (10 000$ 2-7, event 49), le redoutable Brian Hastings... rien d'autre que le tenant du titre ! Hastings partira avec le troisième plus gros tapis. A la gauche du Français, on retrouve James Collopy. S'il possède l'un des plus petits tapis de la finale, Collopy aura également l'avantage de savoir comment aller au bout (ou presque) d'un tournoi comme celui-ci, lui qui s'était incliné en heads up de cette même épreuve en 2014, pour un droit d'entrée moitié moins cher. Et face à lui, Tedeschi croisera le fer avec le Russe Andrey Zaichenko ou encore l'Américain Nick Guagenti. Beaucoup de pain sur la planche pour notre dernier Français de l'été !

Tedeschi

Après des championnats du monde un tantinet compliqués pour Paul François Tedeschi, et ce malgré une place de runner up sur un PLO8 au Venetian (pour 17K$), le Corse a toujours été sérieux du premier au dernier event disputé. Il aura l'occasion de prouver qu'à force de rigueur et de patience, le résultat finit parfois par arriver. Et pourtant, vous le savez très bien aujourd'hui en France et même ailleurs, il est compliqué de parfaire sa technique sur ces tournois de variantes, ce que Tedeschi constatait aussi : "C'est très compliqué de s’entrainer ailleurs qu’à Vegas finalement. Je ne sais pas si on peut dire que je suis un bon joueur de variantes... Je bricole !"

Dans une variante où on a plus l'habitude, côté Français, de croiser quelques bons vieux renards comme Bruno Fitoussi ou David Benyamine, un peu de fraicheur et de renouveau ne fait de mal à personne. Rappelons que Paul François a fait ses premiers gammes au poker en... H.O.R.S.E, justement, variante qu'il pratiquait pas mal "à l'époque du.com"

"Sur ce tournoi, j'ai eu un run très propre après la bulle. J’ai eu un petit rush en Stud ou j’ai scoop pas mal de pots, dont un beau hero call. Derrière en PLO8, j’ai eu un spot de rêve avec le meilleur jeu en low, contre un joueur qui avait flush et l’autre tirage flush. On a cappé le pot à la dernière, et ça m’a rapporté gros. ça run fluide et j’essaie de ne pas faire d’erreur."

Chipcount table finale 
Paul Tedeschi (France) 1 535 000
Brian Hastings (USA) 887 000
Konstantin Puchkov (Russie) 842 000
Paul Volpe (USA) 624 000
Andrey Zaichenko (Russie) 559 000
Denis Strebkov (Russie) 558 000
Jim Collopy (USA) 365 000
Albert Shim (USA) 328 000
Nick Guagenti (USA) 328 000

Répartition des prix
Vainqueur : 206 173 $
Second : 127 419 $
3e : 85 265 $
4e : 58 359 $
5e : 40 876 $
6e : 29 316 $
7e : 21 540 $
8e : 16 224 $
9e :  12 535 $

PS : Ne cherchez pas de streaming Poker Go, les caméras seront braqués sur le Main Event aujourd'hui et sur la fin du 5 000 $ NLHE turbo, l'event 89, avec notamment Phil Hellmuth (le tenant du titre) et Tony Dunst en table finale.

Une partition jouée à la perfection

- 13 juillet 2019 - Par Benjo DiMeo

Ivan Deyra remporte l'Event #79 des World Series of Poker (380 090 $)
A 25 ans, le Bordelais biberonné aux retransmissions TV des WSOP est sacré champion du monde
Deuxième bracelet de l'été du Team Winamax, le troisième du clan français !


Ivan Deyra - win
Le poker pratiqué au plus haut niveau, beaucoup sont nombreux à le traiter comme un sport. Mais d'autres préfèrent voir dans ces joutes de haute volée une forme d'art. Aujourd'hui à Las Vegas, Ivan Deyra nous a offert quelque chose se trouvant à mi-chemin. Car pour remporter l'Event #79 des World Series of Poker 2019, une épreuve de No-Limit Hold'em ayant rassemblé 671 participants, il lui a fallu faire preuve de la solidité physique et mentale des grands sportifs, tant la partie fut longue, stressante et épuisante pour les nerfs comme pour les muscles. Mais "ValueMerguez" a aussi démontré qu'il avait l'oreille d'un musicien sur cette finale, restant à l'écoute des changements de rythme pour adapter sa stratégie au tempo de la partie : un coup serré, prudent, en retrait, puis agressif, dominateur et conquérant, avant de repasser brièvement en mode défensif, pour aussitôt accélérer les BPM une toute dernière fois sur le coup de 20 heures, au cours d'un ultime heads up joué sur un tempo allegro. Le tout sans improvisation aucune ! Car ce soir, Ivan connaissait sa partition sur le bout des doigts : aucune fausse note n'est venue l'entacher, et c'est devant un public de fans et de copains transis qu'il a reçu, en guise de rappel, une standing ovation bruyante et joyeuse.

Ivan Deyra - rail
Tout au long de cet été américain, Ivan Deyra a attendu son heure et squatté semaine après semaine les gradins des tables finales disputées par ses potes : souvent initiateur des chants de supporters qui ont fait résonner l'Amazon Room au cours des six dernières semaines, Ivan était présent, un sourire grand comme ça, pour les photos souvenir immortalisant les triomphes de Thomas Cazayous, Jérémy Saderne et, il y a huit jours à peine, Joao Vieira. Aujourd'hui, les rôles ont été inversés : celui qui sait si bien se réjouir de la réussite des autres a recueilli, ému, les cris de délivrance de ses amis au terme de la dernière main. Face aux micros qui ont bien vite été tendus dans sa direction, le Bordelais a eu du mal à trouver les mots : "Depuis tout jeune, je regarde les WSOP à la télé avec des étoiles dans les yeux : gagner le bracelet, c'était un de mes objectifs. C'est un rêve qui se réalisé, j'ai des frissons ! Champion du monde, ce n'est pas rien. Je suis trop, trop heureux !" Le gars "merguez", on le connaît depuis toujours pour son humour décalé et le ton léger et enjoué qu'il emploie sur les réseaux réseaux, sur le blog du Team ou dans ses vidéos stratégiques et streamings. Mais ce n'est un secret pour personne : derrière cette facade de déconneur se cache un très grand bosseur, un autodidacte du poker qui a toujours pris le poker au sérieux, depuis ses débuts sur les petits tournois online et les MTT à 200 euros au casino de Gujan-Mestras. A 25 ans seulement, sa quatrième campagne WSOP est récompensée par le titre le plus convoité des joueurs de poker, et la plus grosse perf' de sa carrière sous la forme d'un gain de 390 090 $, deux ans après avoir intégré le Team Winamax sur la foi d'un impressionante régularité dans ses résultats en ligne. Au passage, ce sacre offre à la France son troisième bracelet de l'été, et le second pour le Team Winamax.

Finale
Entamée jeudi, la finale de l'Event #79 avait été mise en pause en début de soirée : c'est avec seulement six joueurs restants qu'elle a repris ce vendredi, peu après 13 heures. Ivan Deyra le savait d'emblée : sa marge de manoeuvre était réduite. Deux joueurs (Davidi Gonzales et le Québécois Guillaume Nolet) possédaient la majorité des jetons, tandis que l'Américain David Weinstein était au bord de l'élimination avec dix blindes. Avec ses 39 BB, Ivan ne pouvait donc que patienter : risquer son tournoi (et donc l'élimination) avant la sortie de Weinstein aurait été une grave erreur, un "suicide ICM", comme on dit dans le jargon, en référence à l'échelle des prix qui est toujours un élément clé de la stratégie des finalistes d'un tournoi.

Ivan Deyra
La concentration et la détermination d'Ivan ont été sans faille tout au long de la dernière table

De fait, tous les finalistes avaient en tête les paliers de gains : personne n'avait envie de sortir le premier, et c'est un début de finale au ralenti auquel nous avons assisté. Les mains ont défilé, puis les blindes ont augmenté, sans que les tapis ne bougent vraiment. La pression s'accentuait sur Ivan : après 75 minutes sans réélle action, son tapis ne représentait plus que 19 blindes. Mais se préparer au pire, c'est cela aussi, être pro : "Je savais que je pouvais très bien sauter le premier et finir sixième. Mais je savais aussi qu'il suffisait de doubler une fois pour revenir dans la course. Pendant deux heures, j'ai été card dead. Je suis resté patient : j'attendais le "setup" favorable." Faute de pouvoir gagner de gros coups, Ivan s'est maintenu en prenant quelques jetons à droite à gauche, et surtout en attendant son heure. Cette heure, elle est venu après plus de trois heures et 70 mains (au cours desquelles Weinstein a fini par lâcher ses dix dernières blindes), sous la forme de deux Dames reçues en position UTG. Les 15BB d'Ivan partent au milieu, et survivent à un showdown face à Guillaume Nolet, derrière avec sa paire de 9.

Ivan Deyra
Ce double-up allait donner le coup d'envoi du deuxième acte de la finale : désormais muni de 30 BB, Ivan faisait face à quatre joueurs en possédant entre 15 et 35. De quoi lui donner un tout petit espace pour, enfin, marquer la finale de son empreinte. Quelques mises ne rencontrant pas de résistance, plusieurs showdowns gagnants : Ivan était de tout les coups, ou presque, et vingt mains plus tard, il était désormais chip-leader. Les blindes avaient encore augmenté et c'était désormais au tour de ses adversaires de se soucier de l'échelle des prix et de l'ICM : le rôle de table captain lui allait comme un gant. La phase de jeu à cinq joueurs fut très longue - plus de deux heures - mais a profité en tous points à Ivan, et quand son As-2 resta en tête contre le KQ de David Dibernardi, scellant son élimination en cinquième place, la troisième et dernière phase de la finale pouvait commencer : face aux 50 blindes d'Ivan, ses trois derniers adversaires étaient aux abois.

Leonard / Ivan
Face à l'Anglais Patrick Leonard

Les 8 BB de Patrick Leonard sont partis au milieu dès la main suivante : avec Roi-9, Ivan parvint à s'améliorer contre le Roi-Dame de l'excellent pro britannique (son seul vrai coup de pot ce soir), sous les cris d'un rail tricolore ravi. Le Team Pro n'avait plus que deux joueurs à battre, munis de 16 et 9 blindes respectivement : c'est un jeu plus que jamais mathématique auquel nous avions affaire, et un jeu qu'Ivan connaissait par coeur, grâce aux milliers d'heures d'expérience engrangées en ligne. Avant de pouvoir soulever le bracelet, un ultime rebondissement tout de même, sous la forme d'un David Gonzalez parvenant à doubler trois fois d'affilée en l'espace de quelques minutes... et à chaque fois contre Ivan ! De quoi lui faire perdre le chip-lead pour la première fois en quatre heures. "Je n'ai pas paniqué", expliquera-t-il après coup. "Je connaissais mes ranges. Ca ressemblait un peu à un Expresso, ou à une table finale comme celle du Highroller, où l'on peut passer de short-stack à chip-leader en deux mains." La détermination pouvait se lire sur le visage d'un Ivan concentré comme jamais, et après avoir éliminé le Québécois Guillaume Nolet, lui aussi auteur d'une prestation sans bavure (77 contre 66), il pouvait entamer le duel final avec une confortable avance sur David Gonzalez.

Ivan Deyra - HU
Techniquement en dessous de son jeune adversaire, dont les victoires en MTT se comptent par centaines en ligne, l'Américain a crânement tenté sa chance, et c'est sur un bluff osé qu'il tirera sa révérance trente minutes après l'entame du duel, avec un 52 poussé sur la rivière d'un board 8-4-4-Roi-3. Là encore, Ivan démontrait son sens impeccable du timing : c'était le moment qu'il avait choisi pour slowplayer les Rois au bouton...

Ivan Deyra - rail
Il était temps de savourer, et mesurer le chemin parcouru depuis ses débuts adolescents sur les tables play money. "Je suis content de mes décisions sur le tournoi, et sur les WSOP en général. Cette année, je me suis investi à 100% sur tous mes tournois, encore plus que les trois années précédentes. On ne sait jamais quand la perf' va finir par arriver. Il faut être patient, perserver, rester focus." Après plusieurs résultats frustrants (dont une 8e place sur le Double Stack mi-juin), le triomphe est cette fois indélébile. "En plus, avec Dans la Tête d'un Pro qui m'a suivi, cela va vraiment donner un truc énorme !" Les caméras de DLTDP collent en effet aux basques d'Ivan depuis le milieu du Day 1 : on bave déjà en comptant sur nos doigts le nombre d'épisodes épiques que cette performance va générer. Mais hors de question de se reposer sur ses lauriers : au sortir de sa victoire, Ivan pensait déjà au 10K$ 6-max qui débute samedi, sa dernière épreuve américaine de l'été avant les vacances en famille dans le bassin d'Archachon, et la reprise à Barcelone en août. Tout de même, il va bien falloir trouver le temps de fêter ça avant de rentrer en Europe, non ? "Oui, il y a des chances que l'on provoque un nouveau tremblement de terre avant notre départ..."

Coach
Le mot de la fin, on le donnera à Stéphane Matheu : le coach du Team Winamax a vécu aux premières loges le deuxième bracelet de son équipe en seulement dix jours. "Je suis super heureux pour Ivan, évidemment ! Comme pour Joao , je pense que ce bracelet est la concrétisation d'un très gros travail effectué par Ivan, au niveau technique bien sûr, mais aussi au niveau mental, dans la gestion de ses attentes, de ses émotions, etc. Il a d'ailleurs fait preuve d'une énorme solidité quand le run a été moins fluide à trois joueurs restants .Ivan est un vrai pro, super discipliné, au point d'avoir pris un appartement tout seul pendant les WSOP, afin de parfaire sa préparation ! Le succès est tellement rare au poker qu'il est d'autant plus savoureux, même si je pense qu'Ivan n'en restera pas là !"

Résultats - Event #79 : NLHE 3 000 $
671 inscriptions - Dotation 1 811 700 $

Ivan Deyra - La win papa !
Vainqueur : Ivan "ValueMerguez" Deyra
(France, Team Winamax) 380 090 $

Runner-up : David Gonzalez (USA) 234 882 $
3e : Guillaume Nolet (Canada) 162 575 $
4e : Patrick Leonard (UK) 114 347 $
5e : David Dibernardi (USA) 81 749 $
6e : David Weinstein (USA) 59 421 $
7e : Andras Nemeth (Hongrie) 43 925 $
8e : Dennis Brand (USA) 33 032 $
9e : Diego Zeiter (Suisse) 25 278 $
 

Ivan Deyra - TF
Tandis que le Main Event se dirige lentement vers sa finale, les bracelets continuent d'être distribués : l'Event 79 était en quelque sorte un tournoi de consolation pour tous les déçus du Main Event

Finale
La phase de jeu à cinq joueurs s'est étalée sur de longues heures

Rail Ivan Deyra
Entre les coups, Ivan vient prendre conseil auprès du collègue Adrien Delmas, branché sur le stream diffusant les cartes des joueurs avec une heure de décalage


Ivan Deyra - win
David Gonzalez fait tapis rivière avec hauteur 5 : Ivan l'attendait avec son full. C'est fini !

Gonzales / Nolet
Gonzalez aux côtés de Guillaume Noel : les deux derniers obstacles entre Ivan et le bracelet`

Ivan Deyra - Team Pro
Deuxième bracelet en dix jours pour le Team Winamax !


Ivan Deyra - DLTDP
Cette victoire, c'est aussi celle des équipes de Dans la Tête d'un Pro ! En cochant à leur calendrier l'épreuve de 6-max à 5 000 $ où ont brillé Joao Vieira et Pierre Calamusa, puis cet Event numéro 79 remporté par Ivan Deyra, nos vidéastes ont démontré de façon spectaculaire que le "run good", cela peut aussi être vécu avec une caméra entre les mains. Deux tournois de suite se terminant de la meilleure manière qui soit, c'est du jamais vu en neuf années d'existence du programme ! Le pire, dans tout ça ? Il reste à "DLTDP" un troisième et dernier tournoi au programme de leur campagne WSOP 2019 : le 10K$ 6-max, qui débute samedi. On n'ose pas y songer, mais tout de même : jamais deux sans trois, les amis ?

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La perf' que l'on n'avait pas vue venir

- 12 juillet 2019 - Par Benjo DiMeo

Alain Alinat termine en seconde place de l'Event #77 (Limit Hold'em 6-handed 3 000 $)
Vous ne le connaissez probablement pas, mais le Français ne sort pas tout à fait de nulle part


Alain Alinat
Une perf' peut en cacher une autre. Au milieu d'une journée marquée par la suite des exploits de Romain Lewis sur le Main Event et l'accession d'Ivan Deyra en finale de l'Event 79 (elle se terminera vendredi), un joueur que nous n'avions jamais croisé auparavant est sorti de l'ombre dans l'Amazon Room, manquant de très, très peu le bracelet sur l'épreuve de Limit Hold'em 6-max sous les projecteurs du podium télévisé.

Alain Alinat, c'est le nom de l'auteur de la perf' française du jour. Ne lui cherchez pas un palmarès sur Hendon Mob : il s'agissait de son premier résultat en tournoi. Pourtant, Alinat n'est pas à proprement parler un touriste ayant décidé d'entrer dans le casino après y avoir vu de la lumière. "Le Limit Hold'em, c'est ma spécialité, en particulier en heads-up. J'ai commencé vers 2005", nous a t-il confié quelques minutes après avoir concédé la victoire à la Canadienne Tu Dao, au terme d'un duel long et frustrant où la réussite n'a pas été de son côté. "Pendant des années, je n'ai joué qu'à ça en ligne, en cash-game." L'évolution du poker a forcé Alain, qui partage son temps entre la France et Bangkok, à changer quelque peu ses habitudes : "Il faut être honnête, le CG Limit est devenu très dur au cours des trois dernières années. On est arrivé à un stade où les joueurs qui crushent la 100$/200$ s'assoient en 10$/20$. C'est pour ça que j'ai été un peu obligé de me mettre au live, et de commencer à tester le No-Limit."

C'est donc au beau milieu de la quinzième année de sa carrière de joueur qu'Alain a découvert le poker en Amérique, terre promise du jeu "Limit" à enchères fixes. "En début d'année, j'ai fait le Commerce à Los Angeles, j'ai épuisé mon visa de 90 jours. Mais ça ne s'est pas très bien passé. Puis cet été, Vegas, pour la première fois. J'ai commencé en 20$/40$ au Bellagio et là, les choses sont allées mieux, j'ai pu tenter des shots en 40$/80$." Cet Event 77 enrichira sa bankroll de 82 132 $ : il s'agissait seulement de sa deuxième participation à une épreuve WSOP, après avoir disputé deux tournois sur l'Asian Poker Tour.

Alain Alinat
Face à Tu Dao, dernière adversaire d'un tournoi en ayant rassemblé 193 au total (on l'avait aperçue il y a trois semaines en finale du Ladies), Alain a vécu une partie frustrante : discipline où les bluffs sont rares et les showdowns sont beaucoup plus nombreux qu'en No-Limit ("un bon joueur de Limit, c'est pas un joueur qui fold !"), le Limit Hold'em joué en heads-up est une variante où on est bel et bien obligé de souvent montrer le meilleur jeu à l'abattage. Le dernier duel fut aussi marqué par une profondeur de tapis réduite, typique des fins de tournoi dans cette variante : un seul coup suffisait pour passer de short-stack à leader, et inversement. Deux coups en particulier resteront dans l'esprit d'Alain, ces coups qui font la différence entre une seconde place et le bracelet. "Il y a cette main où je floppe top-paire et tirage couleur avec Q9. Turn : A... Elle avait la couleur au Roi, elle a pris un pot énorme !" Un peu plus tard, Alain relance avec 77. "Flop 9-3-2, elle check/raise, je call. Turn magique : le 7. Elle bet, je raise, elle call. Rivière : 6, elle donk-bet. Là j'ai un doute, mais le raise est correct si j'ai la bonne main 66% du temps. J'ai brelan, quand même ! Je raise, donc, elle re-raise. Elle avait 4 et 5 pour les deuxièmes nuts !"

Alain Alinat
Au sortir de cette première perf', ce spécialiste du cash-game Limit manque de très peu un bracelet surprise, mais semble néanmoins conquis par le poker en live. "Je vais revenir à Vegas, c'est sûr. Probablement dès Noël, pour jouer les cash-games du Bellagio. Là, en finale, tu m'as vu galérer avec les jetons, on voit que je n'ai pas l'habitude, mais une fois qu'on était en heads-up j'étais dans mon élément." Pour le spectateur, le jeu en Limit est à des années lumières du No Limit. L'action y est moins intense mais le rythme est beaucoup plus rapide : les jetons volent à une cadence frénétique, les pots ne sont pas gros mais l'argent change tout le temps de main. "Avec mes potes, on se chambre souvent là dessus. Les joueurs de No Limit, on leur dit qu'ils ne font que tanker. Et nous, ils nous disent que le Limit est super chiant, il n'y a jamais de gros pots." A Vegas, Alain habite en coloc dans une villa "à moitié française, à moitié polonaise." "Mon mentor est Polonais, il s'appelle Daniel Demicki." Mais Alain a t-il l'intention de se frotter désormais aux tournois de No-Limit, infiniment plus juteux que ceux de Limit ? La réponse est semble t-il négative : "Je n'arrive pas à faire la transition vers le NL. Ce n'est pas mon élément !"

Alain Alinat
Comme tant et tant d'autres pros du poker avant lui, Alain est à l'origine un pratiquant assidu de l'un des jeux de cartes numéro 1 du 21e siècle : Magic : The Gathering. Noah Boeken, Gabriel Nassif, Otto Richard, David Williams : son nom vient s'ajouter à une liste déjà longue de "magiciens" ayant trouvé le succès dans le poker. Le point commun entre tous, ou presque : ils furent (ou sont toujours) performants en Limit, plus souvent qu'en No Limit. Qu'est-ce qui explique cette "mode" ? "David Williams, c'est peut-être le premier joueur de Magic qui a cartonné au poker, et ses premiers résultats étaient en Limit. C'est lui qui a lancé la tendance : avec lui, plein de joueurs de Magic se sont rendus compte qu'on pouvait gagner bien plus d'argent au poker qu'à Magic !" Avec Alain, nous avons affaire à un amateur de jeux au sens large : "J'adore les jeux de plateaux. Il y a des périodes où je vais passer plus de temps sur Dominion qu'à jouer au poker !" Le reste de l'été va d'ailleurs être consacré à ses premières amours : "En rentrant en France, on loue une maison avec les potes pour ne jouer qu'à Magic !"