Ivan Deyra remporte l'Event #79 des World Series of Poker (380 090 $)
A 25 ans, le Bordelais biberonné aux retransmissions TV des WSOP est sacré champion du monde
Deuxième bracelet de l'été du Team Winamax, le troisième du clan français !
Le poker pratiqué au plus haut niveau, beaucoup sont nombreux à le traiter comme un sport. Mais d'autres préfèrent voir dans ces joutes de haute volée une forme d'art. Aujourd'hui à Las Vegas, Ivan Deyra nous a offert quelque chose se trouvant à mi-chemin. Car pour remporter l'Event #79 des World Series of Poker 2019, une épreuve de No-Limit Hold'em ayant rassemblé 671 participants, il lui a fallu faire preuve de la solidité physique et mentale des grands sportifs, tant la partie fut longue, stressante et épuisante pour les nerfs comme pour les muscles. Mais "ValueMerguez" a aussi démontré qu'il avait l'oreille d'un musicien sur cette finale, restant à l'écoute des changements de rythme pour adapter sa stratégie au tempo de la partie : un coup serré, prudent, en retrait, puis agressif, dominateur et conquérant, avant de repasser brièvement en mode défensif, pour aussitôt accélérer les BPM une toute dernière fois sur le coup de 20 heures, au cours d'un ultime heads up joué sur un tempo allegro. Le tout sans improvisation aucune ! Car ce soir, Ivan connaissait sa partition sur le bout des doigts : aucune fausse note n'est venue l'entacher, et c'est devant un public de fans et de copains transis qu'il a reçu, en guise de rappel, une standing ovation bruyante et joyeuse.
Tout au long de cet été américain, Ivan Deyra a attendu son heure et squatté semaine après semaine les gradins des tables finales disputées par ses potes : souvent initiateur des chants de supporters qui ont fait résonner l'Amazon Room au cours des six dernières semaines, Ivan était présent, un sourire grand comme ça, pour les photos souvenir immortalisant les triomphes de Thomas Cazayous, Jérémy Saderne et, il y a huit jours à peine, Joao Vieira. Aujourd'hui, les rôles ont été inversés : celui qui sait si bien se réjouir de la réussite des autres a recueilli, ému, les cris de délivrance de ses amis au terme de la dernière main. Face aux micros qui ont bien vite été tendus dans sa direction, le Bordelais a eu du mal à trouver les mots : "Depuis tout jeune, je regarde les WSOP à la télé avec des étoiles dans les yeux : gagner le bracelet, c'était un de mes objectifs. C'est un rêve qui se réalisé, j'ai des frissons ! Champion du monde, ce n'est pas rien. Je suis trop, trop heureux !" Le gars "merguez", on le connaît depuis toujours pour son humour décalé et le ton léger et enjoué qu'il emploie sur les réseaux réseaux, sur le blog du Team ou dans ses vidéos stratégiques et streamings. Mais ce n'est un secret pour personne : derrière cette facade de déconneur se cache un très grand bosseur, un autodidacte du poker qui a toujours pris le poker au sérieux, depuis ses débuts sur les petits tournois online et les MTT à 200 euros au casino de Gujan-Mestras. A 25 ans seulement, sa quatrième campagne WSOP est récompensée par le titre le plus convoité des joueurs de poker, et la plus grosse perf' de sa carrière sous la forme d'un gain de 390 090 $, deux ans après avoir intégré le Team Winamax sur la foi d'un impressionante régularité dans ses résultats en ligne. Au passage, ce sacre offre à la France son troisième bracelet de l'été, et le second pour le Team Winamax.
Entamée jeudi, la finale de l'Event #79 avait été mise en pause en début de soirée : c'est avec seulement six joueurs restants qu'elle a repris ce vendredi, peu après 13 heures. Ivan Deyra le savait d'emblée : sa marge de manoeuvre était réduite. Deux joueurs (Davidi Gonzales et le Québécois Guillaume Nolet) possédaient la majorité des jetons, tandis que l'Américain David Weinstein était au bord de l'élimination avec dix blindes. Avec ses 39 BB, Ivan ne pouvait donc que patienter : risquer son tournoi (et donc l'élimination) avant la sortie de Weinstein aurait été une grave erreur, un "suicide ICM", comme on dit dans le jargon, en référence à l'échelle des prix qui est toujours un élément clé de la stratégie des finalistes d'un tournoi.
La concentration et la détermination d'Ivan ont été sans faille tout au long de la dernière table
De fait, tous les finalistes avaient en tête les paliers de gains : personne n'avait envie de sortir le premier, et c'est un début de finale au ralenti auquel nous avons assisté. Les mains ont défilé, puis les blindes ont augmenté, sans que les tapis ne bougent vraiment. La pression s'accentuait sur Ivan : après 75 minutes sans réélle action, son tapis ne représentait plus que 19 blindes. Mais se préparer au pire, c'est cela aussi, être pro : "Je savais que je pouvais très bien sauter le premier et finir sixième. Mais je savais aussi qu'il suffisait de doubler une fois pour revenir dans la course. Pendant deux heures, j'ai été card dead. Je suis resté patient : j'attendais le "setup" favorable." Faute de pouvoir gagner de gros coups, Ivan s'est maintenu en prenant quelques jetons à droite à gauche, et surtout en attendant son heure. Cette heure, elle est venu après plus de trois heures et 70 mains (au cours desquelles Weinstein a fini par lâcher ses dix dernières blindes), sous la forme de deux Dames reçues en position UTG. Les 15BB d'Ivan partent au milieu, et survivent à un showdown face à Guillaume Nolet, derrière avec sa paire de 9.
Ce double-up allait donner le coup d'envoi du deuxième acte de la finale : désormais muni de 30 BB, Ivan faisait face à quatre joueurs en possédant entre 15 et 35. De quoi lui donner un tout petit espace pour, enfin, marquer la finale de son empreinte. Quelques mises ne rencontrant pas de résistance, plusieurs showdowns gagnants : Ivan était de tout les coups, ou presque, et vingt mains plus tard, il était désormais chip-leader. Les blindes avaient encore augmenté et c'était désormais au tour de ses adversaires de se soucier de l'échelle des prix et de l'ICM : le rôle de table captain lui allait comme un gant. La phase de jeu à cinq joueurs fut très longue - plus de deux heures - mais a profité en tous points à Ivan, et quand son As-2 resta en tête contre le K
Q
de David Dibernardi, scellant son élimination en cinquième place, la troisième et dernière phase de la finale pouvait commencer : face aux 50 blindes d'Ivan, ses trois derniers adversaires étaient aux abois.
Face à l'Anglais Patrick Leonard
Les 8 BB de Patrick Leonard sont partis au milieu dès la main suivante : avec Roi-9, Ivan parvint à s'améliorer contre le Roi-Dame de l'excellent pro britannique (son seul vrai coup de pot ce soir), sous les cris d'un rail tricolore ravi. Le Team Pro n'avait plus que deux joueurs à battre, munis de 16 et 9 blindes respectivement : c'est un jeu plus que jamais mathématique auquel nous avions affaire, et un jeu qu'Ivan connaissait par coeur, grâce aux milliers d'heures d'expérience engrangées en ligne. Avant de pouvoir soulever le bracelet, un ultime rebondissement tout de même, sous la forme d'un David Gonzalez parvenant à doubler trois fois d'affilée en l'espace de quelques minutes... et à chaque fois contre Ivan ! De quoi lui faire perdre le chip-lead pour la première fois en quatre heures. "Je n'ai pas paniqué", expliquera-t-il après coup. "Je connaissais mes ranges. Ca ressemblait un peu à un Expresso, ou à une table finale comme celle du Highroller, où l'on peut passer de short-stack à chip-leader en deux mains." La détermination pouvait se lire sur le visage d'un Ivan concentré comme jamais, et après avoir éliminé le Québécois Guillaume Nolet, lui aussi auteur d'une prestation sans bavure (77 contre 66), il pouvait entamer le duel final avec une confortable avance sur David Gonzalez.
Techniquement en dessous de son jeune adversaire, dont les victoires en MTT se comptent par centaines en ligne, l'Américain a crânement tenté sa chance, et c'est sur un bluff osé qu'il tirera sa révérance trente minutes après l'entame du duel, avec un 5
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poussé sur la rivière d'un board 8-4-4-Roi-3. Là encore, Ivan démontrait son sens impeccable du timing : c'était le moment qu'il avait choisi pour slowplayer les Rois au bouton...
Il était temps de savourer, et mesurer le chemin parcouru depuis ses débuts adolescents sur les tables play money. "Je suis content de mes décisions sur le tournoi, et sur les WSOP en général. Cette année, je me suis investi à 100% sur tous mes tournois, encore plus que les trois années précédentes. On ne sait jamais quand la perf' va finir par arriver. Il faut être patient, perserver, rester focus." Après plusieurs résultats frustrants (dont une 8e place sur le Double Stack mi-juin), le triomphe est cette fois indélébile. "En plus, avec Dans la Tête d'un Pro qui m'a suivi, cela va vraiment donner un truc énorme !" Les caméras de DLTDP collent en effet aux basques d'Ivan depuis le milieu du Day 1 : on bave déjà en comptant sur nos doigts le nombre d'épisodes épiques que cette performance va générer. Mais hors de question de se reposer sur ses lauriers : au sortir de sa victoire, Ivan pensait déjà au 10K$ 6-max qui débute samedi, sa dernière épreuve américaine de l'été avant les vacances en famille dans le bassin d'Archachon, et la reprise à Barcelone en août. Tout de même, il va bien falloir trouver le temps de fêter ça avant de rentrer en Europe, non ? "Oui, il y a des chances que l'on provoque un nouveau tremblement de terre avant notre départ..."
Le mot de la fin, on le donnera à Stéphane Matheu : le coach du Team Winamax a vécu aux premières loges le deuxième bracelet de son équipe en seulement dix jours. "Je suis super heureux pour Ivan, évidemment ! Comme pour Joao , je pense que ce bracelet est la concrétisation d'un très gros travail effectué par Ivan, au niveau technique bien sûr, mais aussi au niveau mental, dans la gestion de ses attentes, de ses émotions, etc. Il a d'ailleurs fait preuve d'une énorme solidité quand le run a été moins fluide à trois joueurs restants .Ivan est un vrai pro, super discipliné, au point d'avoir pris un appartement tout seul pendant les WSOP, afin de parfaire sa préparation ! Le succès est tellement rare au poker qu'il est d'autant plus savoureux, même si je pense qu'Ivan n'en restera pas là !"
Résultats - Event #79 : NLHE 3 000 $
671 inscriptions - Dotation 1 811 700 $
Vainqueur : Ivan "ValueMerguez" Deyra
(France, Team Winamax) 380 090 $
Runner-up : David Gonzalez (USA) 234 882 $
3e : Guillaume Nolet (Canada) 162 575 $
4e : Patrick Leonard (UK) 114 347 $
5e : David Dibernardi (USA) 81 749 $
6e : David Weinstein (USA) 59 421 $
7e : Andras Nemeth (Hongrie) 43 925 $
8e : Dennis Brand (USA) 33 032 $
9e : Diego Zeiter (Suisse) 25 278 $
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