masquer le menu

La perf' que l'on n'avait pas vue venir

- 12 juillet 2019 - Par Benjo DiMeo

Alain Alinat termine en seconde place de l'Event #77 (Limit Hold'em 6-handed 3 000 $)
Vous ne le connaissez probablement pas, mais le Français ne sort pas tout à fait de nulle part


Alain Alinat
Une perf' peut en cacher une autre. Au milieu d'une journée marquée par la suite des exploits de Romain Lewis sur le Main Event et l'accession d'Ivan Deyra en finale de l'Event 79 (elle se terminera vendredi), un joueur que nous n'avions jamais croisé auparavant est sorti de l'ombre dans l'Amazon Room, manquant de très, très peu le bracelet sur l'épreuve de Limit Hold'em 6-max sous les projecteurs du podium télévisé.

Alain Alinat, c'est le nom de l'auteur de la perf' française du jour. Ne lui cherchez pas un palmarès sur Hendon Mob : il s'agissait de son premier résultat en tournoi. Pourtant, Alinat n'est pas à proprement parler un touriste ayant décidé d'entrer dans le casino après y avoir vu de la lumière. "Le Limit Hold'em, c'est ma spécialité, en particulier en heads-up. J'ai commencé vers 2005", nous a t-il confié quelques minutes après avoir concédé la victoire à la Canadienne Tu Dao, au terme d'un duel long et frustrant où la réussite n'a pas été de son côté. "Pendant des années, je n'ai joué qu'à ça en ligne, en cash-game." L'évolution du poker a forcé Alain, qui partage son temps entre la France et Bangkok, à changer quelque peu ses habitudes : "Il faut être honnête, le CG Limit est devenu très dur au cours des trois dernières années. On est arrivé à un stade où les joueurs qui crushent la 100$/200$ s'assoient en 10$/20$. C'est pour ça que j'ai été un peu obligé de me mettre au live, et de commencer à tester le No-Limit."

C'est donc au beau milieu de la quinzième année de sa carrière de joueur qu'Alain a découvert le poker en Amérique, terre promise du jeu "Limit" à enchères fixes. "En début d'année, j'ai fait le Commerce à Los Angeles, j'ai épuisé mon visa de 90 jours. Mais ça ne s'est pas très bien passé. Puis cet été, Vegas, pour la première fois. J'ai commencé en 20$/40$ au Bellagio et là, les choses sont allées mieux, j'ai pu tenter des shots en 40$/80$." Cet Event 77 enrichira sa bankroll de 82 132 $ : il s'agissait seulement de sa deuxième participation à une épreuve WSOP, après avoir disputé deux tournois sur l'Asian Poker Tour.

Alain Alinat
Face à Tu Dao, dernière adversaire d'un tournoi en ayant rassemblé 193 au total (on l'avait aperçue il y a trois semaines en finale du Ladies), Alain a vécu une partie frustrante : discipline où les bluffs sont rares et les showdowns sont beaucoup plus nombreux qu'en No-Limit ("un bon joueur de Limit, c'est pas un joueur qui fold !"), le Limit Hold'em joué en heads-up est une variante où on est bel et bien obligé de souvent montrer le meilleur jeu à l'abattage. Le dernier duel fut aussi marqué par une profondeur de tapis réduite, typique des fins de tournoi dans cette variante : un seul coup suffisait pour passer de short-stack à leader, et inversement. Deux coups en particulier resteront dans l'esprit d'Alain, ces coups qui font la différence entre une seconde place et le bracelet. "Il y a cette main où je floppe top-paire et tirage couleur avec Q9. Turn : A... Elle avait la couleur au Roi, elle a pris un pot énorme !" Un peu plus tard, Alain relance avec 77. "Flop 9-3-2, elle check/raise, je call. Turn magique : le 7. Elle bet, je raise, elle call. Rivière : 6, elle donk-bet. Là j'ai un doute, mais le raise est correct si j'ai la bonne main 66% du temps. J'ai brelan, quand même ! Je raise, donc, elle re-raise. Elle avait 4 et 5 pour les deuxièmes nuts !"

Alain Alinat
Au sortir de cette première perf', ce spécialiste du cash-game Limit manque de très peu un bracelet surprise, mais semble néanmoins conquis par le poker en live. "Je vais revenir à Vegas, c'est sûr. Probablement dès Noël, pour jouer les cash-games du Bellagio. Là, en finale, tu m'as vu galérer avec les jetons, on voit que je n'ai pas l'habitude, mais une fois qu'on était en heads-up j'étais dans mon élément." Pour le spectateur, le jeu en Limit est à des années lumières du No Limit. L'action y est moins intense mais le rythme est beaucoup plus rapide : les jetons volent à une cadence frénétique, les pots ne sont pas gros mais l'argent change tout le temps de main. "Avec mes potes, on se chambre souvent là dessus. Les joueurs de No Limit, on leur dit qu'ils ne font que tanker. Et nous, ils nous disent que le Limit est super chiant, il n'y a jamais de gros pots." A Vegas, Alain habite en coloc dans une villa "à moitié française, à moitié polonaise." "Mon mentor est Polonais, il s'appelle Daniel Demicki." Mais Alain a t-il l'intention de se frotter désormais aux tournois de No-Limit, infiniment plus juteux que ceux de Limit ? La réponse est semble t-il négative : "Je n'arrive pas à faire la transition vers le NL. Ce n'est pas mon élément !"

Alain Alinat
Comme tant et tant d'autres pros du poker avant lui, Alain est à l'origine un pratiquant assidu de l'un des jeux de cartes numéro 1 du 21e siècle : Magic : The Gathering. Noah Boeken, Gabriel Nassif, Otto Richard, David Williams : son nom vient s'ajouter à une liste déjà longue de "magiciens" ayant trouvé le succès dans le poker. Le point commun entre tous, ou presque : ils furent (ou sont toujours) performants en Limit, plus souvent qu'en No Limit. Qu'est-ce qui explique cette "mode" ? "David Williams, c'est peut-être le premier joueur de Magic qui a cartonné au poker, et ses premiers résultats étaient en Limit. C'est lui qui a lancé la tendance : avec lui, plein de joueurs de Magic se sont rendus compte qu'on pouvait gagner bien plus d'argent au poker qu'à Magic !" Avec Alain, nous avons affaire à un amateur de jeux au sens large : "J'adore les jeux de plateaux. Il y a des périodes où je vais passer plus de temps sur Dominion qu'à jouer au poker !" Le reste de l'été va d'ailleurs être consacré à ses premières amours : "En rentrant en France, on loue une maison avec les potes pour ne jouer qu'à Magic !"