Level 4 : la terre tremble (littéralement)

- 6 juillet 2019 - Par Benjo DiMeo

Level 4 : 300 / 600 BB ante 600
Main Event 10 000 $ (Day 1C)


Pour la deuxième fois en 48 heures, un séisme d'importance a secoué une zone rurale de la Californie : ses effets se sont fait sentir à 250 kilomètres de là, en plein coeur des World Series of Poker. Les rumeurs prétendent que le Rio va bientôt être détruit et remplacé par un nouveau casino ou stade de football : aujourd'hui, il a tremblé dans ses fondations !

Nous étions en salle de presse quand quelque chose à commencé à remuer sous nos pieds. Stupéfaction chez les européens peu habitués à ces manifestations de la planète Terre, baîllements chez les californiens pour qui les tremblements de terre sont une occurence quasi hebdomadaire. Le séisme a duré une bonne quinzaine de secondes, et d'après les premiers compte-rendus, il serait noté 7.1 sur l'échelle de Richter : ce n'est pas rien.

La vidéo suivante ne montre pas le tremblement de terre en lui-même (il n'était heureusement pas assez puissant pour être visible à l'oeil nu), mais les réactions des joueurs du Main Event sont parlantes :

Il restait 41 minutes à jouer dans le Level 4 : face à l'évènement (qui a immédiatement fait se multiplier les tweets au Rio), le Main Event a été mis en pause-dîner plus tôt que prévu. Notre plan de nous barrer du Rio avec cinq minutes d'avance sur les joueurs (histoire d'éviter la queue à notre cantine préférée Roma Deli) tombe lamentablement à l'eau. Bordel !

Ces pros qui risquent bien plus que le buy-in

Mike McDonald
Révélé par sa victoire en 2008 sur une étape EPT qui n'existe plus (Dortmund, Allemagne), Mike McDonald a accumulé au cours des neuf années suivantes plus de 13 millions de dollars de gains, en plus de ses nombreuses perfs online sous le pseudo "Timex". Depuis deux ans, le Canadien désormais âgé de 29 ans se fait plus rare sur le circuit. Encore un jeune retraité ! Il faut dire que "McD" s'est lancé à fond sur le juteux marché des cryptomonnaies, et a gardé un pied dans le poker en lançant PokerShares, son site de bookmaking entièrement dédié aux tournois, où il risque son propre argent face à des parieurs du monde entier.

Bref, nous avons-là affaire à un amateur d'action, et pour son retour aux affaires sur le Main Event, McDonald n'a pas pu s'empêcher d'épicer un peu la partie en rajoutant un gros bet par-dessus le buy-in de 10 000 $ :

Essayons de traduire un peu ce tweet très techique, que seuls les initiés comprendront du premier coup. D'abord, qu'est-ce que le crossbook ? Les joueurs highstakes en raffolent : à l'époque où il donnait tous ses gains à des oeuvres de charité, Barry Greenstein payait ses factures avec cette pratique.

"Crossbooker", c'est tout simplement parier son propre résultat final dans un tournoi donné.

Exemple : je joue le Main Event et je parie contre Mustapha Kanit. Je me mets d'accord avec lui pour crossbook 10% de notre action. Mustapha run good mais bust en 600e place, pour un min-cash à 25 000 dollars. Moi, je suis en super forme et je vais jusqu'en 25e place pour 300 000 dollars. Résultat des courses : je paie à Mustapha 10% de son min-cash (2 500 dollars) mais lui me doit le même pourcentage de mon gain, soit 30 000 dollars. Je gagne donc un total de 27 500 dollars contre lui, en plus de mon gain sur le Main Event.

Avec ce tweet, Mike McDonald a de fait annoncé qu'il était prêt à crossbook n'importe qui pour un pourcentage compris entre 5 et 20%. Afin, tout de même, d'éviter la cagoule ultime où un pro comme Stephen Chidwick casserait la baraque et gagnerait le Main Event (ce qui lui coûterait, si Chidwick avait pris le maximum bet de 20%, quelque chose comme 2 millions), McDonald s'est protégé en fixant un cap de gains sur le tournoi de 2,5 millions de dollars (pertes/gains potentiels : 500 000 $), et en "layant" 1,1 contre 1. Traduction : une perte de 1 million lui coûterait en fait 900 000 balles. Ce qui est déjà pas mal.

Regardez les réponses au tweet initial de McDonald : son offre a généré un maximum d'enthousiasme chez les pros, certains misant carrément sur les performances d'autres joueurs qu'eux-mêmes comme Phil Ivey, Adrian Mateos, Davidi Kitai, Stephen Chidwick, et d'autres top pros du circuit.

Avance rapide deux heures après le début du Day 1C : Mike McDonald a déjà plus que triplé son stack ! Certains commencent déjà à trembler. Evidemment, il est encore trop tôt dans ce tournoi de dix jours pour tirer des plans sur la comète, mais de notre position d'observateurs, on se prend à rêver des scènes vécues en 2010, lorsque Tom Dwan avait, déjà, tout misé sur sa propre tête et bien failli broke la planète high sakes tout entière...

Back in 2010

Gregoire_Auzoux

La dernière fois que j’avais croisé Grégoire Auzoux, je crois que c’était il y a 9 ans quand il terminait runner-up de Deepstack Club Poker à l’Aviation Club de France. Je me souviens que j’avais été choqué à l’époque parce qu’un deal avait été conclu en accordant la victoire à JP Bot sans que les joueurs continuent à jouer.

Quelle surprise de tomber sur lui assis sur ce Day 1C du Main Event ! J’ai bien mis une dizaine de secondes à me souvenir d’où je le connaissais, ce qui nous arrive régulièrement en tant qu’observateurs du poker. Installé à Malte depuis quelques années où il gère une boîte de marketing qui s’occupe de conseiller les sites de jeu en ligne, Grégoire Auzoux continue de jouer à un rythme pas très soutenu. On se souvient de sa plus grosse perf’ à ce jour, quand il a terminé runner-up du Winamax Poker Tour derrière Mathieu Philibert pour 64 000 €. A Vegas depuis une semaine, il s’est déjà permis le luxe de remporter le 1 000 $ H.O.R.S.E du Binions pour 23 000 $, de quoi commencer son séjour sereinement avant d’attaquer le gros morceau de son programme, le Main Event. Pour l’instant, tout se passe pour le mieux pour Grégoire qui pointe déjà à 100k à une table qu’il me décrit comme relativement facile.  

Ca castagne déjà à Vegas

Rémi Castaignon PH

Arrivé il y a peu à Vegas, Rémi Castaignon, vainqueur de l’EPT Deauville en 2013, a déjà posé ses marques dans la ville du vice.

Auteur d’un deep run frustrant sur le Crazy Eights, où il est passé de « 1 million to zero » en l’espace de trois coups perdus contre Jesse Sylvia, Rémi Castaignon s’est bien rattrapé depuis en dealant le 1 700$ du Planet Hollywood pour 160k$. "Ça fait bien plaisir pour débuter le séjour", me confiera-t-il sans s'étendre plus que ça sur cette perf' magnifique.

On se souvient de son deep run sur le Main Event 2017 (540e pour 24 867 $) alors qu’il avait réalisé un début d’été catastrophique. Cette année, Rémi Castaignon a pris place sur le plus beau tournoi du monde en pleine confiance. Pour l’instant, il connaît un départ timide avec seulement 25 000 devant lui après trois niveaux écoulés, mais m’a promis que la prochaine fois que je viendrais le voir, il aurait 100 000 devant lui.

Le retour des ballas ?

Fedor Holz

Comme chaque année, le Main Event est aussi l'occasion de voir ou revoir des têtes peu ou pas croisées depuis le début des WSOP. À l'image de l'Allemand Christoph Vogelsang, qualifié hier lors du Day 1B, d'autres grands habitués des tournois les plus chers de la planète ont retrouvé le chemin du Rio spécialement pour le Big One. Parmi ceux-là, un joueur que l'on a bien eu du mal à reconnaître, d'une part parce qu'on ne le voit plus que rarement autour d'une table et d'autre part parce qu'il nous a paru bien changé, Fedor Holz.

L'été dernier, le jeune prodige d'outre-Rhin avait signé deux tables finales, et non des moindres, d'abord en terminant 9e du High Roller à 100 000 $, avant de boucler son été par une deuxième place sur le Big One for One Drop à un million de dollars, derrière Justin Bonomo. Cette année, il semblerait que l'ami Fedor ait coché sur son calendrier la fin du festival, alors que des épreuves à 50 000 et 100 000 billets pointent le bout de leur nez. Non, cette année encore, les finalistes du Main Event ne seront pas les seuls à se battre pour des millions de dollars. À noter que le Turc Orpen Kisacikoglu figure également dans la liste de ces ballas réapparus comme par miracle.