Level 3 : Kitbul montre déjà qui est le papa

- 6 juillet 2019 - Par Benjo DiMeo

Level 3 : 200 / 400 BB ante 400
Main Event 10 000 $ (Day 1C)

Le timing, la clé de la réussite

Le run good dans un tournoi de poker, cela ne concerne pas que ceux qui sont assis à la table : nous autres observateurs privilégiés, payés pour vous raconter ce qu'il se passe heure par heure, on a aussi le droit de "chatter" de temps en temps. C'est ce qui vient de m'arriver lorsque, me baladant un peu au hasard au milieu de l'océan de joueurs de la Pavilion Room (227 tables quand même), je tombe sur Davidi Kitai. Petit hochement de tête pour saluer notre génie préféré, tiens, le voilà qui paie une relance à 1 000 en début de position, et se voit imiter par deux autres joueurs. Davidi en multiway au Level 3 du tournoi le plus deep du monde ? Evidemment que je vais rester, histoire de voir si la magie belge va opérer.

Davidi_Kitai
Le flop tombe 928. Le relanceur initial check et Davidi donk-bet directement. Je suis content d'être resté.

Un seul joueur paie (son voisin de gauche, donc pas le PFR) et le turn tombe K. Davidi check, son voisin mise 6 000, et... Davidi check/raise à 20 000 ! Je suis très content d'être resté.

L'adversaire de Davidi veut rester dans le coup : c'est payé. Le pot fait maintenant 50 000 au bas mot et j'ai du mal à contenir mon excitation avant même que la rivière, un deuxième 8, ne soit retournée.

Davidi check. S'il était à tirage (mettons, Valet-10, à trèfle ou pas), c'est manqué. S'il est light avec une pocket paire ou un petit bout du flop, il va peut-être lui falloir hero call. Mais son adversaire va check lui aussi, et le showdown me confirmera que je suis meilleur devant une table qu'avec des cartes en main : Davidi retourne une véritable bombe sous la forme d'un pocket paire 99. "Nice hand," dit son adversaire : on ne verra pas ses cartes.

"Je l'ai jouée tricky, je me demande ce qu'il pouvait avoir", se demandera Davidi après avoir encaissé les jetons, faisant grimper son stack à 83 000.

In a poker room far, far away...

Poker Room
Il y a tellement de monde sur ce Day 1C que certains retardataires ont été envoyés jouer leur Main Event à plus de 10 minutes et un kilomètre à pied de l’Amazon, dans la salle qui sert d’habitude à accueillir les parties de cash-game low-stakes du Rio, sobrement appelée Poker Room.

Isolées du reste du field, vingt tables sont réparties à l’intérieur de la salle et tout autour, pour accueillir ces joueurs qui rêvent eux aussi de devenir le nouveau John Cynn mais qui vont devoir le faire en écoutant les explosions de joie des gamblers de casino tout autour d'eux. Sur ces tables, quatre Français évoluent au milieu des bruits de machines à sous pour leurs débuts dans l’épreuve.

Loosli

4e en 2013 et 18e en 2018, Sylvain Loosli connaît la route qui mène vers les derniers jours de compétition du Main Event. Quand je lui demande ce qu’il ressent à l’idée de jouer dans cette Poker Room loin des mythiques salles du Rio, il confesse que c’est un peu de sa faute. " Je suis arrivé assez tard pour aller chercher mon ticket, je pense que c’est pour ça que je me retrouve ici. Ce qui est ennuyeux, c’est que tu ne peux pas passer tes pauses avec tes potes, t’es trop loin. Le bruit des machines à sous est bien gênant, mais je mets la musique et ça passe. C’est sûr que c’est pas la même ambiance mais ça reste le même tournoi. J’ai eu beaucoup de réussite à deux reprises sur le Main, j’espère que cette année, ça se passera encore comme ça ! "

Saderne

Ensuite, c’est un Jérémy Saderne tout sourire que je retrouve également ici. " Je crois que j’ai raté ma cérémonie ", me dit-il, un peu honteux. En effet, la cérémonie de bracelet pour sa victoire sur le Mini Main Event était prévue aujourd’hui à 14h et Jérémy m’avoue avoir complètement zappé. Naïvement, il me demande si elle a eu lieu. " Tu penses qu’on l’a donné à qui, ton bracelet ? " Jérémy avait bien envie d’entendre la Marseillaise, espérons qu’une nouvelle cérémonie puisse être organisée pour lui, pour que le clan français puisse chanter en coeur les paroles guerrières de notre hymne national. Jérémy me confie qu’il n’éprouve pas trop de difficultés à se re-motiver après sa victoire, sans doute parce que c’est le plus beau tournoi de l’année. Ce qui lui fait tout bizarre, par contre, c’est d’avoir si peu de jetons devant lui. C’est vrai que quand on a fait des relances à plusieurs millions, annoncer " Eight hundred " doit faire un peu bizarre.

Enselme

A l’intérieur de la Poker Room, son pote Arnaud Enselme est coincé dans un coin à côté d’un mec déguisé en cow-boy. Pour Arnaud, le début de ce Day 1C est plutôt compliqué. Rapidement monté à 70 000, il a de son propre aveu " joué trop de coups, et de manière beaucoup trop passive " pour descendre à 35 000. Je lui reparle de la table finale de Jérémy Saderne et il a des étoiles dans les yeux au moment d’en parler : " Je pense que c’est un des plus grands moments que j’ai vécu ". On n’oubliera pas de sitôt le saut qu’il a fait au-dessus de la balustrade pour aller serrer dans ses bras Jérémy après l’arrivée du 6 sur la rivière !

Basou

Enfin, c’est tout au fond de cette Poker Room que je retrouve Basil « Basou » Yaïche. Avec un sourire, il me dit qu’on l’a emprisonné là pour son premier Main Event. Et oui, même si on aurait pu croire que l’ex-high staker ait déjà joué le plus beau tournoi du monde, ce n’est pas le cas et il est un peu déçu de devoir le jouer dans une salle comme celle-là. Désormais joueur amateur en vacances pour venir kiffer quelques events des WSOP, Basou n’en oublie pas son esprit de compétiteur et a bien envie de briller sur ce tournoi, ne serait-ce que pour donner un bon coup de boost à ses activités théâtrales.

Etat des tapis de nos quatre mousquetaires de la Poker Room :

Jérémy Saderne 52 000
Sylvain Loosli 36 000
Arnaud Enselme 35 000
Basil Yaïche 30 000

La bande à Basile

Basile Leleu

Alors que je me lamentais de ne pas avoir trouvé de Français notable dans les sections White et Black de la Pavilion Room, j'aperçois Basile Leleu (photo) dans le rail de cette dernière. "J'attends qu'une table se libère pour aller jouer un satellite une table à 1 000 $ pour le Main Event," précise le Parisien. Car oui, même lors du dernier des Day 1, une poignée de Sit&Go qualificatifs continuent de tourner, d'autant plus cette année que les joueurs peuvent late reg jusqu'au départ du Day 2. "Si jamais ça passe, c'est ce que je ferai d'ailleurs, précise Basile. Je suis un gros joueur d'Expresso - même si j'ai pas mal levé le pied depuis quelques temps -, donc commencer à 75 blindes, sur des niveaux de deux heures en plus, ça me fait parfaitement."

Malgré cela, le plan était plutôt de jouer dès aujourd'hui. "J'ai déjà fait deux sats hier mais sans réussite. Ce qui résume d'ailleurs un peu mon Vegas jusque là. Je suis plutôt content de comment j'ai joué, les cartes n'ont juste pas été de mon côté," explique celui qui a déjà joué "le 888, un 600 $ au Venetian et pas mal d'autres Events." Arrivé à Sin City en sa qualité de qualifié Winamax, Basile sait aussi que ses plus beaux tournois restent à venir : "Il me reste à jouer le Double Stack à 1 500 $ et le Little One for One Drop. D'ailleurs, j'ai gagné ce sat' online contre Timothée, un pote avec qui je suis venu et qui lui a gagné son ticket pour le Main sur le sat' à 575 $ d'hier.

Timothée Colcher

"Clairement, je préfère avoir gagné ma place sur ce sat' là que sur le online !," lâche Timothée (photo), confortablement assis en table 182 avec un stack qui avoisine les 100 000 jetons. "J'ai gagné un gros coup contre Rainer Kempe, résume le Français, quatrième du dernier Main Event des WSOP-Circuit à Cannes, où il avait remporté 39 500 €. Mais ça va, la table est OK : mi-reg' mi-récréatifs." Et avec ce bon départ, voilà qui devrait encore un peu plus faciliter les choses.

Anecdotes, statistiques et citations à la con

Cela fait un mois qu'il parle de vous, les Français de Vegas, jour après jour. Vous allez maintenant entendre parler de lui au cours des jours à venir :

Baseball

C'est bien sympa votre Main Event, mais bon quand même il y a deux matchs de baseball à la télé !

Shinny
Quand on disait de venir en habits de lumière pour jouer le plus beau tournoi du monde, il ne fallait pas forcément prendre cela au sens propre...