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Plus de jetons, plus de frissons ?

- 11 juin 2019 - Par Tapis_Volant

Les WSOP ont considérablement amélioré les structures de leurs tournois
Qu'en pensent les pros ?

Deep Impact

Bousculés par les autres Series organisées dans les autres casinos du Strip (Venitian, Wynn...), les WSOP ont du réagir pour conserver leur clientèle et contenter les joueurs qui réclamaient toujours de plus belles structures.

Il y a quelques années, il paraissait aberrant pour un joueur lambda de choisir de disputer un tournoi à 1 000 $ au Rio plutôt qu’un Deepstack Extravaganza au Venitian pour le même montant de buy-in. Avant 2014, le nombre de jetons au départ d’une épreuve des WSOP correspondait au montant du buy-in multiplié par 3. Vous vous inscriviez sur un Event à 1 500 $, vous démarriez le tournoi avec 4 500 jetons. Le tournoi commençait sur des blindes 25/25 et dès le début du troisième niveau (50/100), vous n’aviez plus que 45 blindes devant vous si vous n’aviez pas fait fructifier votre tapis de départ. Autant dire qu’il ne fallait pas perdre les premiers coups disputés si vous vouliez vous amuser un peu. Cela générait beaucoup de frustrations chez les joueurs amateurs d'abord séduits par l'idée de jouer un tournoi pour un bracelet. Se faire éliminer d’un tournoi sur le premier flip ne fait jamais plaisir, surtout s’il intervient après moins de deux heures de jeu. Je me souviens avoir entendu au début des années 2010 beaucoup de jeunes grinders qui regrettaient d'avoir "spew 1 500 $ pour un rêve de bracelet et pas pris de plaisir".

Pingray

Hugo Pingray après son sacre dans le Monster Stack

C’est d’ailleurs cette notion de plaisir, de satisfaction de ses clients, qui a amené les WSOP à changer son fusil d’épaule niveau structure, proposant d’abord des tournois-événements avec plus de jetons de départ, comme le Monster Stack, lancé en 2014, qui offrait 15 000 jetons aux joueurs pour s’exprimer, soit 3 fois plus de jetons que sur les 1 500 $ habituels de l’époque. La première édition du tournoi remporté par le Français Hugo Pingray avait été un énorme succès avec 7 862 joueurs au départ de l'épreuve, largement devant les fields habituels à 2 000 joueurs.

Convaincus par le succès de ce Monster Stack, les WSOP optent l’année suivante pour un tapis de départ correspondant à 5 fois le montant du buy-in pour chacun de leurs tournois, une avancée certes timide, mais qui est plutôt bien reçue par les joueurs à l’époque, qui se sentent moins oppressés dans les premiers niveaux de jeu et risquent moins l'élimination prématurée.

Après plusieurs années avec cette formule, c'est en 2019 que le changement est le plus radical niveau structure. Plus de jetons pour les joueurs (25 000 sur le 1 500 $ 6-Max, 50 000 sur le Big50, 300 000 sur le High Roller 50 000 $...), des structures beaucoup plus lentes, et ceci pour tous les montants de buy-ins. Résultat des courses, beaucoup d'épreuves qui se terminaient en 3 jours en nécessitent désormais 4 pour connaître un vainqueur, ce qui n'est pas forcément du goût de tout le monde, comme on y reviendra par la suite.

Comment évaluer une bonne structure de tournois ?

Mais avant cela, laissez-moi vous présenter un système qui permet aux joueurs de savoir quels sont les tournois qui possèdent les meilleures structures. Inventée par Plog, un éminent contributeur américain du forum « Twoplustwo », les S-pts (Structure-Points) sont déterminés par une formule mathématique qui met en relation la taille du tapis de départ et l'évolution des niveaux, créant un chiffre qui représente la qualité du tournoi en terme de structure. Plus le chiffre est élévé, plus la structure est lente. Comme m'expliquait Salette dans son interview, "ces scores sont à comparer à buy-in équivalent : ainsi un score de 59 sera très bon pour un tournoi à 150 $ comme on les trouve régulièrement à l’Orleans, et très mauvais pour des tournois à 1 100 voire 1 600 $ comme on les trouve au Wynn."

À titre d’exemple, voici les S-pts correspondant à certains tournois phares des WSOP :

Main Event 10 000 $ : 345 S-Pts
Marathon Event 2 620 $ : 255 S-Pts
Monster Stack 1 500 $ : 155 S-Pts
6-handed WSOP 1 500 $ : 132 S-Pts
Crazy Eights 888 $ : 64 S-Pts

Si vous connaissez la structure d'un tournoi (starting stack, durée des niveaux et augmentation des blindes), vous pouvez calculer les S-pts de ce tournoi grâce à l'outil mis en place par Plog sur son site Poker Tournament Evaluator.

À l'heure où le Millionnaire Maker connaît son Day 3, il me paraît intéressant de constater qu'avec ce système de S-pts, on peut démontrer que la structure de ce tournoi s'est considérablement améliorée depuis sa création en 2013. Ce n'est pas que grâce au nombre de jetons, bien évidemment, mais par le fait qu'il y a beaucoup plus de paliers dans l'évolution des niveaux, je vous invite à comparer d'ailleurs la structure du Millionaire Maker en 2013 et la structure de l'édition 2019.

Le Millionaire Maker depuis 2013 :

Année Jetons de départ S-pts
2013 4500 87
2015 7500 113
2017 7500 117
2019 25000 153

De plus, on notera que la mise en place de la Big Blind Ante en 2018 (sur 8 tournois) et sa systématisation sur les tournois de l'édition 2019 a certainement un impact important sur le nombre de mains/heure distribués par les croupiers, donnant également plus de possibilités aux joueurs pour développer leur jeu.

Ces améliorations sont clairement là pour contrer les événements Deepstack que proposent des casinos comme le Venitian depuis quelques années. Ainsi, le Big50, qui a été créé cette année pour célébrer la 50e édition des WSOP, mais surtout parce que le Colossus était en perte de souffle, a offert 50 000 jetons et des niveaux de 50 minutes pour permettre aux joueurs de passer un moment inoubliable aux WSOP - et donc de revenir. On se souvient de la frustration de beaucoup de joueurs concernant la structure du Colossus lors de sa première édition en 2015 (85 S-pts). Il semblerait que les retours des joueurs aient été entendu par l'organisation, puisque la structure du Big50, plus gros tournoi du monde avec 28 371 entrées, a clairement satisfait les joueurs, avec une structure qui atteint 124 S-pts. 

Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur les S-pts et découvrir quels sont les tournois qui offrent les plus belles structures, que ce soit au Rio ou dans les autres Casinos de Sin City, je ne peux que vous encourager à aller jeter un oeil sur le site Vegas-Poker Scheduled sur lequel vous pouvez facilement comparer les tournois grâce à ce système. De plus en plus visité, et notamment par les Américains qui sont friands de structures deepstack, ce site vous permettra de savoir si le prochain tournoi des WSOP propose une belle structure ou est une belle boucherie. Corentin Hillion, le fondateur, me racontait que "beaucoup de joueurs ne regardent pas assez les structures avant de s'enregistrer dans un tournoi. Par exemple, l'Event #12 NLH Double-Stack 1 000 $ était clairement une boucherie (91 S-Pts) alors que l'Event #22 Double-Stack 1 000 $ prévu ce week-end possède une structure très lente (169 S-pts)."

Le revers de la médaille

C’est par un tweet de João Vieira que j’ai compris que ces changements de structure ne plaisaient pas forcément à tout le monde. Mais que reprochent les pros à ces nouvelles structures qui permettent aux joueurs récréatifs de s’amuser encore plus longtemps ?

Interrogé sur ce tweet et sur son ressenti, Joao me confiait "ne voir personne heureux de ces changements. Les structures plus lentes rendent les chances de gagner des récréatifs beaucoup moins probables et le grind des professionnels beaucoup trop long. Dans ces tournois, il y a beaucoup d’exemples où le Day 3 s’est fini dans l’après-midi alors que l'organisation aurait très bien pu terminer le tournoi le jour même. La magie des WSOP, c'est surtout l’excitation de jouer plein de tournois, de jouer beaucoup de variantes dans le but de gagner des bracelets, et ne pas passer trois jours pour faire un min-cash. Je ne suis pas particulièrement heureux de ces changements mais les WSOP tentent de s’améliorer et c’est tout de même positif."

Vieira

Romain Lewis "comprend l’augmentation car un joueur amateur américain un peu trop tight peut jouer plus de mains en moyenne pour le même buy-in, du coup c’est logique d’augmenter le starting stack mais ça change beaucoup de choses. Les premiers niveaux ressemblent moins à un tournoi, avant on pouvait tomber a 50BB très vite et les gens bustaient assez linéairement durant le Day 1, c’était plus fluide et on terminait toujours le Day proche de l’argent. Maintenant, on doit attendre les premiers niveaux du Day 2 pour que le starting stack soit en danger donc on a beaucoup plus de short-stacks proche de l’argent. Heureusement que personne ne stall ici à Vegas sinon ces bulles seraient horribles! Pour moi, c’est pas génial ces nouvelles structures, ça me permet d’enchaîner moins rapidement des tournois et rend les Day 1 un peu moins excitants. Mais au moins, on monte plus de piles !"

De son côté, Sylvain Loosli "comprend ceux qui se plaignent parce qu'ils veulent jouer un max d'events. Pour les récréatifs, je ne sais pas trop ce qu'ils en pensent, mais ça donne forcément un edge supplémentaire aux pros. Ca n'a pas trop de sens sur des low buy-ins, mais ça peut-être cool sur les 5 ou 10k+ !"

Comme souvent, le débat fait rage entre pros et amateurs sur ces questions, comme on peut le voir sur Twitter. Entre ceux qui veulent jouer le plus longtemps possible sur un tournoi et ceux qui veulent disputer le plus de tournois possibles pendant les WSOP, pas facile de contenter tout le monde. Et même si les WSOP semblent à l'écoute des joueurs pour améliorer la structure de leurs tournois, on ne sait pas encore vraiment à qui profite le crime. Il sera intéressant de voir si les amateurs continuent de gagner des bracelets avec des structures beaucoup plus lentes. Il reste plus de 60 Events à jouer, on a le temps d'analyser encore l'impact de ces structures sur les tournois des WSOP.