masquer le menu

Le Big50 devient le plus gros tournoi de poker de l'histoire

- 4 juin 2019 - Par Tapis_Volant

28 371 entrées sur le premier gros événement de ces World Series
Un succès attendu mais une organisation critiquée

Pavillon Full

Pour célébrer le 50e anniversaire, les World Series of Poker ont décidé de frapper fort d’entrée, en proposant un nouveau tournoi "gimmick" intitulé de manière optimiste le "Big50". "Big" pour 5 millions de dollars garantis dont 1 million pour la première place, "50" pour 50 000 jetons, pour des niveaux de 50 minutes, pour le 50e anniversaire.

Le pari était osé, mais tout portait à croire que ce tournoi allait être un gros succès. Après l'énorme affluence du Day 1D (9 121 entrées), les chiffres sont désormais officiels et le Big50 devient tout simplement le plus gros tournoi de l'histoire jamais organisé avec 28 371 entrées, dépassant largement le précédent record détenu par la première édition du Colossus 565 $ en 2015 et ses 22 374 entrées, et générant un prizepool gargantuesque de 13 509 435 $.

 Les chiffres du record

Entrées Day 1A : 6 095 - Joueurs uniques : 5 159 - Prizepool : 2 986 660 $
Entrées Day 1B : 5 972 - Joueurs uniques : 3 784 - Prizepool : 2 843 780 $
Entrées Day 1C : 7 183 - Joueurs uniques : 3 861 - Prizepool : 3 375 570 $
Entrées Day 1D : 9 121 - Joueurs uniques : 5 166 - Prizepool : 4 303 425 $

 Un succès prévisible

Chochon

Grégory Chochon, artisan du succès de ce début de WSOP

Tous les ingrédients étaient réunis pour que ce nouveau tournoi ajouté au programme cette année puisse marquer les esprits. Pour Grégory Chochon, directeur français des WSOP, ce succès s’explique par plusieurs facteurs. « D’abord, on ne prend de rake sur les premières bullets des joueurs, ça alimente le prizepool et ça fait plaisir aux nouveaux. Ensuite, on crée une belle structure pour un tournoi à 500 $. 50 000 jetons, des niveaux de 50 minutes, cela n’a rien à voir avec la structure du Colossus, beaucoup de joueurs avaient l’impression de ne pas en avoir pour leur argent sur le Colossus et on a voulu changer cela. Et enfin, la value, parce que beaucoup de joueurs savent que dans des énormes fields comme celui-là, le niveau n’est pas forcément très relevé et donc ça attire aussi les joueurs réguliers. »

L’idée de génie des organisateurs a été de planifier ce tournoi dantesque dès le lancement des Series. Comme me l'avouait Grégory, « c’est clairement une stratégie pour faire venir les joueurs plus tôt. Bien sûr, certains viennent pour jouer le Big50 ce week-end là, et repartent, mais beaucoup ont envie de rester pour prolonger l'expérience, c’est une habitude chez nous de vouloir frapper fort dès le début des Series comme on l'avait fait avec le Colossus. Ca crée du buzz et ça pousse les gens à venir tôt à Vegas. »

Pour beaucoup de joueurs croisés dans les couloirs du Rio, ce Big50 constituait leur première occasion de disputer un tournoi des WSOP, et même si l'on ne connaît pas encore les chiffres de la fréquentation des nouveaux joueurs, il y a fort à parier que la mise en place d’un tel tournoi soit clairement profitable pour l'avenir de notre jeu préféré. Le poker n'est pas mort quand l'on constate un tel engouement pour le premier gros événement de cette 50e édition des World Series of Poker.

Une organisation critiquée mais résiliente

Si l'on peut clairement féliciter les World Series pour avoir créé un tel événement, on peut également constater que l'organisation a éprouvé quelques difficultés pour gérer un tel raz-de-marée de joueurs désireux de faire partie de l'histoire.

Comme souvent, les WSOP génèrent leur lot de détracteurs, d’anonymes qui expriment leur mécontement sur Twitter ou de professionnels qui mettent en avant les problèmes générés par une aussi grosse affluence dans les couloirs du Rio.

En effet, si les Day 1A et 1B se sont globalement bien déroulés, malgré quelques inévitables files d’attente pour les inscriptions, les Day 1C et Day 1D sont devenus de véritables casse-tête pour les organisateurs, notamment à cause du problème des late regs.

File attente 2

On s'occupe comme on peut dans la file d'attente de la Brasilia

Il faut savoir que la capacité maximale du Rio en terme de tables s’élève à 5 230 places, réparties dans quatre salles (Amazon, Pavillon, Brasilia et Miranda). Les organisateurs sont obligés d'avoir recours aux late reg pour satisfaire les joueurs et offrir à tous l'occasion de jouer - ou re-entry - ce tournoi. Sauf que le Day 1C et le Day 1D étaient déjà sold out (complets, quoi) dès le Day 1B. Donc, pour satisfaire les joueurs, les organisateurs ont décidé de vendre des places en late reg seulement à partir de 11h pendant le Day 1D, pour ne pas faire attendre trop les joueurs et laisser le tournoi se désengorger un peu avant de pouvoir asseoir les nouveaux prétendants. Or, les joueurs, probablement habitués à se battre pour obtenir leur ticket pour un concert de Madonna, étaient déjà plus de 1 500 à attendre … à huit heures du matin. Ce qui veut dire que les joueurs, même s’ils obtenaient un ticket en late reg, devaient attendre que les joueurs aux tables se fassent élimine pour rentrer. Certains ont attendu des heures et des heures pour pouvoir participer à ce tournoi événement, donnant lieu à des files d’attente interminables partout dans le Rio et provoquant le mécontentement de certains. Les joueurs s’impatientaient, tuaient le temps comme ils pouvaient, lisant des romans, mangeant à même le sol, jouant online sur leur portable, j’en ai même vu un finir une dissertation de philo en attendant qu’on lui attribue un siège…

C'est certes regrettable de devoir attendre aussi longtemps pour participer à un tournoi, et certains ont commencé leur deuxième bullet avec seulement une quinzaine de blindes devant eux, mais vu la complexité d'organiser un tournoi pareil, on ne peut que se réjouir qu'un tel événement soit possible. Et il faut aussi dire que les joueurs sont aussi un peu fautifs s'ils n'ont pas réussi à avoir leur siège. Ils pouvaient s'inscrire en ligne sur le site de Bravo Poker et retirer leur ticket sur les machines mises en place au Rio... ou venir plus tôt pour s'inscrire.

Personne n’a jamais fait rentrer 4 000 personnes en late reg sur un tournoi de poker et cela requiert une grosse organisation que Daniel Negreanu a d'ailleurs félicité sur Twitter. Des appels aux bénévoles ont même été lancés dans le groupe Caesars, des employés venant de partout pour filer un coup de main et gérer les différentes files d’attente. Car, ce n’est pas une queue unique de late reg qui s’est constituée, mais une par salle, créant des situations à la limite de l'absurde. Vous n’aviez plutôt pas intérêt à quitter votre place si vous vouliez rentrer dans le tournoi !

"La veille du Day 1D, on a même réfléchi à rajouter un flight, me confiait Grégory Chochon. On veut contenter tout le monde, mais en regardant les chiffres, on a compris que tous les gens qui voulaient jouer le tournoi l’ont joué. Ca aurait juste été donner une nouvelle chance à des gens qui ont déjà joué. Et puis, c’était un peu problématique d’organiser un nouveau flight de 5 000 joueurs à la dernière minute. Surtout, ce n'était pas vraiment dans l’esprit, mais on sait qu’on aurait pu le faire."

Jetons Lampe

La jetonnerie controversée du Big50

Même si les organisateurs étaient conscients qu’ils allaient dépasser les 25 000 entrées après avoir fait plus de 6 000 un jeudi, et estimaient ne pas avoir été dépassés par les événements, il semblerait que ce raz-de-marée humain ait causé quelques soucis au niveau de la jetonnerie. En effet, on a fait les fonds de tiroir pour donner des jetons à tout le monde, à tel point qu’il existe plusieurs versions de certaines valeurs de jetons dans le tournoi (comme les jetons de 5 000 sur la photo ci-dessus), et ce n’est pas sans compliquer les choses à table où les « missclicks » sont nombreux.

Un tournoi qui connaîtra son épilogue le 7 juin

Aladin Reskallah

Aladin bien en place avant la bulle sur le Day 2D du Big50

Maintenant que le record est établi et bientôt ajouté au Guinness des Records 2019, intéressons-nous un peu à la suite de ce tournoi sur lequel plus de 4 000 joueurs repartiront avec de l'argent.

Aujourd’hui a lieu le Day 2D qui récompensera 1 369 joueurs sur les 2 103 joueurs assis à la reprise du tournoi à 10h du matin. S’il est encore trop tôt pour s’intéresser aux survivants de ce dantesque field, on se réjouit de retrouver notre double Top Shark Winamax Aladin Reskallah avec un stack confortable de 70 blindes à l’approche de la bulle, notamment grâce à une belle confrontation où sa paire d’as a trouvé un flop A-7-7 contre un joueur qui détenait 7-6 pareillé.

In dans tout depuis son arrivée à Sin City le 31 mai, Aladin a prévu un gros programme pour cet été, ayant coché tous les tournois de Hold’em jusqu’à 5 000 $. Ce qu’il n’avait pas forcément prévu, c’est qu’il allait passer autant de temps sur ce Big50. « Sur un malentendu, ça ferait quand même un beau bracelet », me confiait-il avant de placer un squeeze gagnant. « Ma table est magnifique, sur le squeeze que tu viens de voir, le payeur a passé As-Dame de trèfle en me disant que s’il n’y avait pas eu de trèfles sur le flop précédent, il aurait payé, mais que là, les trèfles étaient forcément au fond du paquet. » Confiant en ses chances, Aladin est néanmoins convaincu qu’il devra astiquer longtemps sa lampe s’il veut poursuivre ce beau deep run jusqu’au bracelet tant espéré.

La finale de ce Big50 aura lieu le 7 juin : neuf jours seront donc nécessaires pour passer de 28 371 entrées à la photo du futur vainqueur. Le prizepool n'est pas encore officiel, mais il se pourrait que le vainqueur du Big50 reparte avec près de 2 million de dollars.