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Le goût du travail bien fait

- 5 juillet 2019 - Par Benjo DiMeo

João Vieira remporte l'Event #70 (NLHE 6-handed 5 000 $)
Ce premier bracelet vient récompenser la patience et le travail du Portugais aux 4 000 finales online
Le Team Winamax fête avec joie une collection de bracelets qui s'agrandit


Victoire !
"La performance m'importe, pas le résultat."

C'est avec ces mots que nous choisissions de titrer un long entretien que nous avait accordé João Vieira il y a moins de dix jours. Cette citation nous semblait résumer parfaitement la philosophie et l'éthique du travail irréprochable du pro portugais. A savoir : ne pas se focaliser sur la fin d'un tournoi, souvent (presque tout le temps, en fait) insatisfaisante, ne pas se laisser miner par cette satanée variance, les bad beats, les éliminations à la bulle mais plutôt se concentrer à 100% sur tout le travail que l'on doit accomplir en amont, dans un monde du poker toujours plus pointu, toujours plus compétitif. La préparation (aussi bien stratégique, que mentale et physique), les décisions que l'on prend chaque minute, les plus cruciales comme les plus anodines, la recherche constante d'edge, millimètre par millimètre : voilà ce qui compte vraiment. Si l'on arrive préparé pour perfer, alors les résultats suivront forcément.

Victoire !
Aujourd'hui au Rio, les résultats de João Vieira se sont parfaitement accordés avec sa performance. Au terme d'une finale menée avec sang-froid, méthode et détermination, le Portugais remporte à 29 ans son premier bracelet de Champion du Monde sur l'une des épreuves de No-Limit les plus difficiles de l'année, le fameux 6-max à 5 000 $ ayant attiré cette année un field record de 815 inscrits. Les 758 011 dollars de la première place font passer son total de gains de carrière live à plus de 3,3 millions, cimentant sa place au sommet de la All Time Money List de son pays.

Au cours des cinq dernières semaines, nous avons pu voir João débarquer chaque jour au Rio pour disputer une nouvelle épreuve, dans tous les formats possibles, à tous les tarifs proposés. Les résultats frustrants se sont enchaînés (plusieurs min-cash, quelques bulles, beaucoup de bad beats), mais la frustration n'était que de notre côté, celui des observateurs. Rien de tout ça chez João, pour qui seul comptait le fait d'avoir joué le mieux possible : le reste n'était que littérature, et après chaque bust, il ne lui restait qu'à penser au prochain tournoi. Aujourd'hui, au moment de mettre le bracelet à son poignet après toutes ces journées passées à sauter, sauter et encore sauter, le Portugais n'estime donc pas que justice a été rendue.

Joao Vieira
"Au poker, je ne crois pas à la justice, je crois surtout au travail", a expliqué João aux journalistes. Tout en admettant que remporter le trophée le plus convoité des joueurs de poker le "soulage d'un poids". Pendant longtemps, le travail et les résultats de João sont restés relativement underground, comme un secret bien gardé, partagé par quelques initiés dressant la liste des "meilleurs joueurs dont on ne parle pas assez". Témoin ce tweet du pro anglais Patrick Leonard publié à la veille de la finale : "Ce mec a eu un run dégueulasse tout l'été, mais il continue de se pointer chaque jour et de très bien jouer avec une belle mentalité. Il est un modèle pour tous les aspirants professionnels." Dans l'ombre, celui qui fut à 15 ans le plus jeune basketteur professionnel du Portugal a passé les huit dernières années à patiemment construire l'un des plus beaux palmarès de l'histoire en ligne, avec, de son propre décompte, "plus de 4 000 finales disputées" et des millions de dollars de gains le plaçant aux côtés de joueurs comme Chris Moorman au panthéon des joueurs de l'ère Internet. Depuis des lustres, João jouissait de la reconnaissance de ses pairs, les autres pros, les acharnés de travail, les grinders world class : avec son entrée dans le club des vainqueurs WSOP se profile une médiatisation accrue, et donc la reconnaissance du public.

"Je me verrais bien en remporter cinq..."

Rail FR
Mais attention, João prévient : cette consécration n'est pas un point culminant, elle n'est que le début. "Le premier bracelet, c'est une belle étape, mais ce n'est pas une fin en soi, j'ai des objectifs plus ambitieux. Je travaille sur beaucoup, beaucoup de compartiments du jeu, j'ai donc encore beaucoup, beaucoup d'autres choses à prouver." João a les chiffres précis en tête : "Il y a 89 bracelets distribués chaque année. Je me verrais bien en remporter cinq..."

Parmi les secteurs sur lesquels João avait récemment bossé : les lectures ("live reads"), les fameuses tells. On a eu l'occasion d'en avoir la démonstration hier soirs, avec un incroyable call valant plusieurs milliers de jetons sans lequel il n'aurait proablement pas soulevé le trophée aujourd'hui. La suite, pour João, va ressembler à ce qui a précédé : "Je vais continuer de bosser, rester humble. Je reste la même personne, avec les mêmes buts." Tout en concédant "avoir du mal à réaliser ce qui se produit. Quand on s'assoit à table, on doit tout oublier, mettre de côté les émotions. J'ai été tellement concentré pendant quatre jours que je me sens comme anesthésié..."

Un finish en accéléré

Heads Up
De cette finale jouée à rythme rapide (cinq heures, pauses comprises, entre le coup d'envoi à six et la dernière élimination), on retiendra l'impressionnante poussée finale de João, qui s'est lui-même chargé d'éliminer ses trois derniers adversaires en moins de 90 minutes. Le coéquipier Pierre Calamusa d'abord, puis l'Anglais Jamie O'Connor, aidé (sic) par un rail britannique où l'alcool a coulé à flots, et enfin Joe Cada, déjà légendaire à 31 ans seulement.

Joe Cada
Depuis sa victoire sur le Main Event en 2009 (après avoir infligé le plus cruel des bad beats à un certain Antoine Saout), Cada a surfé sur l'une des plus belles vagues de l'histoire moderne des WSOP, collectant trois bracelets supplémentaires en dix ans, et terminant à dix reprises dans le Top 10 d'une épreuve des Championnats du Monde, dont une nouvelle finale Main Event l'an passé. Mais le cinquième bracelet devra attendre : parti à l'avantage en jetons, Cada a rapidement perdu un coup crucial qui a plus ou moins scellé l'issue du match, en payant perdant sur la rivière d'un board 542KA après de longues minutes de réflexion. Face à la relance finale de João avec 43, ses deux paires As-5 n'étaient pas bonnes, mais il ne sut trouver le fold et c'est recroquevillé dans son fauteuil, visiblement abattu, qu'il découvrit la quinte de João.

Heads Up
A peine entamé, le dernier duel du tournoi était déjà en train de se terminer : Joe Cada ne se remit jamais de ce coup de batte. Six mains plus tard, les deux joueurs étaient à tapis avant le flop pour une confrontation ô combien classique. As-Roi est resté en tête contre As-Dame : le Team Winamax pouvait exhulter.

Une victoire collective

Victoire !
Car la victoire de João Vieira est aussi le triomphe d'une stratégie de groupe, celle du Team Winamax, collection de joueurs de haut niveau démontrant depuis 2007 que si le poker reste un jeu où l'on gagne seul, le chemin pour y parvenir est plus facile à emprunter lorsque l'on est bien entouré. Ce sacre agrandit une collection de bracelets entamée par le Génie belge Davidi Kitai en 2008 et confirmée en 2013 et 2014. Ajoutons-y les titres WSOP remportés en dehors du Team par le plus célèbre amateur de France Patrick Bruel (1998) et la máquina Adrián Mateos (2013, 2016 et 2017), et l'on obtient une armoire remplie de huit bracelets dorés à la saveur résolument internationale.

Rail FR
Massés derrière le rail tout au long de la finale, puis devant les objectifs des photographes pour la photo souvenir, les coéquipiers de João ne tarissaient pas d'éloges sur celui qui a rejoint le groupe il y a maintenant 18 mois. Recruté sur la foi de résultats online béton et d'une force de travail semble t-il illimitée, João n'avait pas mis longtemps avant d'impressionner ses nouveaux coéquipiers, à la table comme lors des discussions stratégiques quotidiennes du Team. "C'est un des tous meilleurs, clairement", lâchait par exemple Ivan Deyra depuis le rail. "D'abord par la quantité de ses victoires, mais aussi pour le mental. Sur ces WSOP, et ceux de l'an dernier, il n'a pas run fluide du tout. Et pourtant il se pointe à chaque tournoi, aussi fort que le jour précédent. C'est impressionnant." On ne change pas de thème : le travail paie. C'est si simple et si compliqué à la fois : "De nous tous, c'est lui qui est le plus obsédé par le jeu. Il est tout le temps dedans, c'est un vrai bosseur. Et ce n'est sûrement que le début..." Un peu plus tard, Davidi ne cachait pas son admiration : "Sans doute le joueur le plus complet que je connaisse, le vrai patron de ce jeu. Très fier d'être dans le même team que toi @Naza114_oficial !! Bravo my friend, well deserved"

Victoire !
Aurea, la fiancée de João, fut aussi un soutien de tous les instants

La satisfaction est forcément au rendez-vous pour le "papa" du Team, celui qui le façonne au quotidien : le coach et manager Stéphane Matheu. "João, c'est un modèle de travail, d'humilité, d'abnégation et de résilience. Au fil du temps, assez vite finalement, il s'est imposé comme un leader du groupe, d'une manière naturelle, évidente, simplement par l'exemple qu'il donne aux autres. Alors, forcément, je suis très heureux pour lui que ses efforts soient aujourd'hui récompensés par un titre aussi prestigieux, à la hauteur des valeurs de champion qu'il incarne". Cette victoire, c'est aussi celle des valeurs défendues par le coach, qui ne peut s'empêcher de se projeter, déjà, vers les prochains succès : "Je suis enthousiaste et impatient de découvrir la suite pour lui et le Team, tant cette victoire est une source d'inspiration et d'émulation !"

Résultats - NLHE 6-handed 5 000 $
851 inscriptions - Dotation 3 789 7590 $

Victoire !
Vainqueur : João Vieira (Portugal, Team W) 758 011 $

Runner-up : Joe Cada (USA) 468 488 $
3e : Jamie O'Connor (UK) 317 956 $
4e : Pierre Calamusa (France, Team Winamax) 219 468 $
5e : Olivier Busquet (USA) 154 112 $
6e : Barry Hutter (Floride) 110 127 $
7e : Timothy Cramer (USA) 80 109 $

Benjo (texte) et Tapis Volant (la plupart des photos)